JOURNEE DU
Celte histoire de rinsurrection, nous ne l'écrivons pas sur des données vagues y sur des documents incertains. Tout est vrai, pas un fait n*a été admis par nous sans contrôle direct. C'était une rude besogne , nous Ta vous faite.
Pour avoir une idée vraie de l'insurrection de Paris, il ne faut pas la voir seulement aux barricades , dans cette lutte sacrilège qui a fait une plaie nouvelle au sein de la patrie et mis une lionte de plus au front des partis, il faut la surprendre dans ses préi>aratifs , combinant ses plans odieux, aiguisant ses poignards et décrétant le meurtre.
ii* HlSTOIRIi:
Il ne faul pas non plus ci*aindrc de la décrire dans toute sa vérité. Pourquoi donc en voiler une partie? Pourquoi la eaelier? dans quel intérêt? Ces horreurs, qui ont ooiité tant de sang et tant de larmes à notre France , il faut les montrer comme un châtiment aux coupables, comme un avertissement aux tiédes, comme une leçon providentielle à tous.
Les |»artis! c*était un coup de foudre qui venait de tondier au milieu d'eux. Tout à l'heure encore, ils étai«'nt unis pour détruire , faire des ruines , quitte après à sVntrVj:orger pour le hutin. Le i>ouvoir, qu'ils voulaient renvM'ser, a prévenu l'exécution de leurs complots. Par son acte énerjii(|ue. il a mis la France à couvert sous son é|iée. Dieu prolége la France.... Les partis sont atlérés; pendant les premières heures du matin du 2 décembre, le sentiment qui h^ domine, c'est de la rage consternée*. Quoi ! les blancs n'auraient |ias Henri V, les orléanistes la branche cadette et les routes de toutes nuances n'auraient pas I8.*)2? Dès que •le premier moment de stupeurest passé, on se cherche pour s'entendre et pour organis^^r l'insurrection.
Dans les meneurs légitimistes, mi dit, et rc mot est d'un grand pers<mnage : « Mieux vaut la rouge que ce qui se présente. » Les meneurs des associations disent : « La flotte va se réunir, tout n'est pas terminé. * Li prcniièrt* phrase est dite en français dans un salon , la seconde en ar^ot dans un club. Le |)his coupable iciT est-ce le rouge qui \a combaltre pour S4*s appétits brutaux ou pour ses théories insensées? FAÎdemment non;
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c'est l'autre, avec son égoïsmeatrocc, qui veut atteindre son but, même en marchant dans le sang et sur l'honneur français.
Dès onze heures du matin, tous les meneurs sont sur pied. Tout ce qui a coutume 'd'influencer et de conduire le personnel des émeutes s'agite. Les princes des barricades sont à leur poste et viennent recevoir ou donner le mot d'ordre. C'est Pornin, la jambe de bois, si célèbre à l'Hôtel-de-Ville après février ; c'est Joanny, un ancien commandant des aventuriers de Rome, qui , demain soir, va jouer un rôle hideux ; ce sont vingt autres qui déjà sont réunis au club Leu, rue Saint- Denis, et qui commencent à se griser, afin de se donner du cœur. A certains journaux, où affluent tous les rouges, on se déclare en permanence, et on envoie de tous côtés des émissaires pour prévenir les frères et amis, pour exciter le peuple à la résistance, pour voir quel est l'effet produit dans la population par les événements. Ce qui déconcerte le plus, c'est qu'une grande partie des chefs sont arrêtés et manquent à l'action. Cependant il iàut agir vite et l'on agit. Il faut de l'argent, on en trouve. Dès le matin, on expédie dans les provinces des agents pour les soulever. Ils vont vite; nous en trouverons à Forcalquier, dans les Basses-Âlpes, avant que le sous-préfet soit informé des événements de Paris.
Beaucoup des représentants de la gauche se réunissent chez Crémieux, afin d'organiser la résistance et do se distribuer les rôles. Plusieurs autres conciliabules
I »(( HISTOUIE
seiiihlahlos ont lion snr ditTôrents points. Généralement on s'y montre altéré de Tattitnde de Paris. « l/indiflt*rence de ce penplt», dit nn oratenr, est plus écrasante que la dissolution elle-même ; eVst à désespérer de la démorratie, >» pensiV* que traduit difTéremment un légitimiste pérorant sur un trottoir du faubourg Saint- Germain. «Si le peuple est assez làclie pour accepter ct'tte humiliation , il i st di^ne de la tvrannie. » Ijcs émissiins \iennent faire leurs ra|)ports. Aux réunions div(*i*ses, aux journaux qui sont en permanence, on reprend un peu courage en apprenant cpie les chefs de sections, les délégm s de toutes sortes , sont sur pied dans lis 2% .'>% 6\ S* et 9* arrondissements. On reçoit aussi la nouvelle que le faubourg Saint-Antoine, qui a pris les ordres de Hecurl. ancien ministre de février, fait descendre une piirtie de si^s contingents aux cris de : Vive la Hépubli(|ue ! Vive la Constitution !
Le parti rimge a s(»n aristocratie et ses prolétaires. Ces derniers ne subissent (|ue jus(|u*cï un certain point rinlluence et la direction des premiers. lisse souviennent de re\ph>ilation de février. Ils ne veulent plus d*a\ocals et de gr<»s bonnets. Ils ne demandent pas mieux que de s'entendre dans un but commun; mais apri's la victoire, ils c<»inptent cette fois rester les maîtres. Ils ont plus directement sous la main le i)ersonncl des émeutes, ces hommes introuvables quand Paris est calme, et dont, aux jours néfastes de Témeute, surgissent, on ne sait d'où, les sinistres et horribles figures. Tandis que la léte du parti siège en permanence dans ses bu-
reaux el chez les représentai! Is, Tarrière-ban que nous venons de dire se réunit par groupes chez les chefs des associations.
Des rendez-vous sont donnés ainsi en secret à la barrière desTrois-Couronnes, dans un lieu bien connu du monde socialiste; on se réunit à Montmartre , à Belleville. Une des assemblées les plus nombreuses se tient rue du Faubourg-Saint-Denis, 162. On décide partout que les chefs des associations se rendront le soir sur la partie du boulevard comprise entre les |)ortes Saint-Martin et Saint-Denis. Dans toutes ces réunions, on rédige des proclamations et des bulletins provocateurs. Nous en retrouverons un bon nombre demain sur les murs de Paris. Chacun, dans ces assemblées, veut se faire tribun , chacun veut aussi faire sa proclamation et son appel au peuple. Il y a celles des représentants, celles des journalistes, celles des chefs de club, des délégués des corporations, etc. Chez la plupart des imprimeurs qui peuvent disposer de leurs presses, on refuse d'imprimer ces proclamations. D'anciens déportés se chargent de le faire , notamment à Belleville et chez des affiliés de Paris.
Mais partout les déceptions sont grandes. Le peuple, on comptait qu'il allait se lever en masse , et son attitude est calme, satisfaite. L'armée, on la disait à soi ; elle était enlacée, prétendait-on, par les affiliations secrètes, et partout on la voit décidée à faire son devoir. On espérait une révolution , on ne pourra faire qu'une émeute. C'est risquer gros , n'importe , on la
ikt HisTomii:
fera. Les émeutes parfois grossissent en roulant dans l(*s rues (les cités , on tâchera que Témeule prenne les proportions crune révolution. Il faut attendre, dit-^n, et fali^'uor la troupe ; il faut que les représentants et les inourui^i aillent haranguer les groupes. Il faut faire aujourd'hui de Tagitation partout, de la résistance nulle part. Cette tacti(|ue est immédiatement mise à (*\rculi(m. Iteaucoup de représentants qui sont encore IîImts, les rédacteurs des journaux de partis, les puis» siuices déohue^^ de (é\rier, se répandent dans lesgroupes, < \citaut à la révolte et jetant partout des ferments d*insurroction : «I^ G)nstitution est violée, le Président est un traitrc, il faut courir aux armes! » Les agitaleui*s agissent surtout dans les quartiers généraux de Témeute, dans ces rues |>opuleuses, dont celles du Temple, Siiint-Denis, Saint-Martin et Montorgueil, sont le centre. Ils parconrc*nt les l>oulevards depuis la Madeleine juscprà la Bastille. Ils sont suivis par quelques huinmes à mines sinistres et par cette foule de rôdeurs de baiTières et de votjous parisiens qui sont les chacals de ^é^leul(^ Quel cortège pour les représentants de la France et pour certains n(»nis des partis aristocratie* quis! Voilà donc oii vont la démence, Taveuglcment des partis.
Dans la matinée, conmie nous Pavons dit dans le chapitre précédent . on avait fait tout ce qu*on avait pu |M>ur réunir des ganles nationaux des 10* et 11* arrondissements. (A*tte tentative avait échoué, grâce à Taclife vigilance de M. de Maupas, qui avait prévenu rauloritè
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militaire que l'on convoquait à domicile les gardes na*tionaux des 10* et 11* légions ^ et qu'il était de la plus haute importance de faire occuper fortement les deux mairies.
C'est à deux heures à peu près qu'apparaît sur les boulevards la première affiche de l'insurrection. En France, on commence tant de choses par le burlesque !
5ous, citoyens français,
Vu Targence,
Vu Fart. 68 de la Constitution, au nom de la haute cour de justice, ordonnons à tous les huissiers, sergents et autres de saisir ci arrêter partout où sera possible, le citoyen Loui£-NapolcH)n Bonaparte, ex-président de la République, et tons ses complices dans Pattentat de ce jour.
Paris, 2 décembre 1851.
Si|7fi^, Roi'GET, Ed. Meql'kt.
Toute la journée se passe en vains efforts. Le peuple est calme. Les groupes, qui stationnent sur les boul^ vards principalement, se montrent partout sympa** thiques aux mesures prises par le gouvernement. Lei meneurs sont découragés. Les sections socialistes devaient commencer à dix heures du soir. Les postes étaient désignés et la convocation faite pour dix heures ou dix heures quarante-cinq minutes. Les principaux quartiers choisis pour faire des barricades étaient lea faubourgs du Temple « Saint-Marceau , Saint-Antoine, la Bastille et la barrière du Trône. 11 va sans dire qu'il
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CMi était drmnntMk^<|uartiersSainf-Marf in, Saint-Denis, controorilinaire du plan d'opôralions dos insurgés.
Lesnioncui-s avaiont fait deux promisses: d*abord celle de fournir aux rontingents des minutions et surtout des IxHulies portatives il la main, ensuite celle de leur amener le i \* ré;:iint'nl de lijzne.Or, les bombes manquèrent, el ce rt'u'iment était, comme tous ceux de l'armée, parfiiitenirnt ilé\oué à l'ordre. La plupart de ceux (|ui étaient convoqués ne Niinent pas au rendez-vous. Puis, en face des dis|M)sitions de l'armée , les plus ardents bésitaicnt. A on/e heures, la plupart dis délé<;ués des associations , n*ayant pu décidt»r une prise d'armes, se retirent.
Les principaux chefs de barricades et prédicateurs de groupes, réunis prés de la porte Saint-Martin, sont obliges de s*a\ouer qu'ils ne disposent que de IV^ume révolutioiniaire, et <|ue le peuple ne se lèvera pas. La plu|iart des ou>riers ont répondu : Nous voterons, nous n«* nous battrons pas! N'importe, aleajartaestj le sort en (*st jeté: ni les meneurs d'en haut, ni les meneurs d'en bas ne renoncent à la partie. Il faut cpie les ambitions (*t les égoïsmes déçus s'accrochent à la dernière connue à la plus honteuse ressource. On fera des bar* ricades en compagnie des repris de justice, on appellera dcN bougrs tout et* (pie les pontons de Ca\aignac y ont laissé. A demain donc! D'ici là, on fera de la poudre, on fondra des balles, on distribuera quelques armes dé|»os<'es chez un des chefs. Les meneurs des partis ricins si» cotis(»ui. et réunissi*nl l'or qui doit payer T sassinat el le meurtre.
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Ainsi, celle journée s'est passée tout entière en préparatifs, en tentatives avortées. L'autorité n'a pas eu à réprimer un seul désordre ostensible sur la voie publique. Le peuple s'est montré calme et digne. Ceux qui vont verser le sang français n'auront pas, cette fois, à invoquer l'entraînement ; aux barricades, il n'y aura presque pas d'hommes politiques, mais en majorité des conspirateurs égoïstes, des malheureux stipendiés, des enfants, quelques fous, et des repris de justice en rupture de ban.
Le principal rendez-vous est fixé pour demain matin, place de la Bastille, à sept heures.
Si les ennemis de la société se remuaient pour organiser la révolte et la lutte, ses défenseurs prenaient, de leur côté, les mesures les plus énergiques pour la maintenir. Une des choses les plus importantes était de priver rémeute de ses chefs ordinaires. M. de Maupas fit enlever, dans la journée, tous ceux des plus dangereux qu'il avait été impossible d'arrêter dès le matin. Le personnel de la police ne permettait pas de faire plus de quatre-vingts arrestations régulières à la fois. I^iCS ordres du préfet furent exécutés avec une rare précision. Ils avaient été donnés à midi. Quelques heures après, la plupart des individus qu'il avait désignés étaient incarcérés. Les arrestations faites dans cette première journée atteignirent le chiffre de cent soixante, non compris les représentants internés à la caserne du quai d*Orsav.
Voici la liste exacte des personnages arrêtés sur mandat et internés à Mazas dans la journée du 2. Cest le relevé du registre d*écrou.
1 CHAKRAS , ruprésoiitanl (lu peuple.
2 ht LAMORKJERE, n^pK'SODtant du peuple
3 KiMitH (Dt NuiiD), reprûsi'nUnt du peuple, i LtOJMTK (Mi.vm) , épicier.
5 (^.AVAIGN\(' , représeiilani du peuple.
6 BthKAr , n^préseiitant du [>euple.
7 (JIAN(iAU.MbH, repré:»enUuit du peuple.
8 Lb VU) , quenteur.
î» KAINK, n'préseiitani du |M'uple.
10 <iHKPlM) , représenUint du peuple, il MALAPtllT.
12 LEMI^LE fiU, .sans profession.
13 li.\ZE, représeuiant du peuple, questeur.
H MIoT, représentant du peuple.
15 HIHLACH, n>taurateur.
10 BBIN , coniniissairc de |K>llce de FAssemblée.
17 PHIUPPE (ALrai>?(SE), fabricant d outils.
18 H\'{Ji (.MARnù-AtpHoNsi::), graveur.
1^» SIX (Thkoih»rk) , tapissier.
20 TllIKKS , représentant du p*:uple.
21 GKMLLbR ((jullu'Mk), professeur.
22 N.vnAl'h, représentant du peuple.
23 VALE.NTIN , représentant du peuple.
2i li<M*4irt;T (Aruoi»), siiis profession.
tli UïA.VïAl\ ((:txi.sTi>) , >culpteur.
26 MOiLAS «Umiiix) , libraire.
27 SCHMim (Jacaiixs) , rcsUurateur.
2H AIlTAl'I) (l>»t is-Ci.uhi:) , sans profession. 21» \ ASBENTKH (I^^ri-i) , imprimeur.
30 HOllX (Mir.Hiit) , marchand de Yin.
31 CELLIER ((jiAiu.»>) , aYocat.
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32 JACOTIËR (Louis-François) , relieur.
33 CHCyriN (Etienne), tailleur de limes.
3* MISSOT (Pierre), homme de lettres.
35 BONVAIXET (Théodork-Jacques) , restaurateur
36 MEiUMtlR (Arsène).
37 Bl'ISSON (Alexandre).
38 LrCAS (I/>uis-Julien) , marchand de vin.
39 CKOrSSE (Charles-Joseph-Albert) , clerc d'avoué.
40 BOIKEAU (Pierre-Désiré) , ouvrier.
4i ClliMEL (Pierre).
42 N(X;rEZ, cafetier.
43 BAILLET (Edouard) , ex-capitaine.
44 THOMAS (Phiuppe-Alexandre) , serrurier.
45 VOIMEH (Charles) , cordonnier.
46 BILLOTTE (Lédn-Joseph) , peintre.
47 GllTERA (Charles), avocat.
48 MICHEL , capitaine à la 4' légion.
49 GHJGNAN , sténographe.
50 STEVENOT.
51 MACEN (Hu>polyte), homme de lettres.
52 POLLNO (Antoine-Charlss-Marie).
53 L\GKANGE (Charles), représentant du peuple. 5i CAHAUÎNE (Louis- Antoine) , homme de lettres.
55 LASSEKKE (Jkan-Isidork) , instituteur.
56 CREMIEUX , représentant du peuple.
57 HECl'RT, ancien ministre.
58 Di corx.
59 M.ATHIEI , homme de lettres.
On savait que les insui*gés avaient Tintcntion de sonner le tocsin ; on envoya occuper les clochers et couper les cordes des cloches, en demandant préalablement, par déférence, la permission aux curés.
Le ministre de la guerre comprenait parfaitement la situation et était disposé à toutes les éventualités. On
peut s*en convaincre en lisant ce qu*il écrivait au gé< néral en chef :
LE MIMSTRi: DE LA Ul'ERRE At GENERAL MAG.'^AM.
Mon clicr général,
Anjounriiui, il n'y a plus de ménagements à garder, plus de précaiitiniis à pn ndrc pmir Ctichor les mesures que le guufcmement croit nrco^^saires au salut de la nation, au maintien de Tordre partout.
Nous devons nous préparer à un coml»at (|ui peut être long et acharne. J\s|H.re «lu^il n'tn >era pas ainsi, mais notre devoir est de tout prévoir.
I>oniK'/ donc iuuuédiatemcnt des ordres pour <|uc, dans toute Té* tendue de votre connnandement, les munitions de guerre soient prête», les rés4'r\es complèted et en état. \a^. caissons en assez grand nouibn* et a>M.'/. liicn attelés pour (|u<* 1rs gargouss<'S et cartouches pui^S4>nt ètit' tran<*porté(*s rapidement sur le point indiqué.
Recommandez à Tartillerie de ne négligtT aucun détail.
Ne |K>rdez pas de vue que les troupes se iKittcnt mal quand les vivred leur manquent
ijui' \o> inti iidant.*> Hiicnt donc prévenus, et iiue les distributions soient as««urées |»<irtout. Il faut que dans la journée toutes les troupes aient dans le sac quatn' jours de vivres de campagne ; on les remplacera de suite dans les réserves.
J*ap|K.'lle auâ>i votre attention, d*une manière toute particulière, sur la cavalerie.
11 ne faut pa> que les chevaux manquent un instant de leur ration. Si la cavalerie est au bivouac, ordonnez que les chevaux soient aussi bien pansés et >oignés que dans les quartiers.
Vous aurez à pn^ndre des mesures pour que, dans le cas où les trou|)es seraient obligées de rester dehors, elles puissent faire du Cea et avoir de la paille.
Cest dans les moments difficili*sque les hommes de cœur et d'inlel* ligence prennent leur place, et je n*ai pas besoin de tous répéter.
mon cher général, à quel point je compte sur vous. Vous servirez de modèle à cette armée si fière de vous avoir pour chef, vous lui ferez comprendre toute la grandeur de sajmission, et votre première, comme votre plus douce récompense, sera d'avoir contribué à sauver la France de Tanarchie et du désordre.
Recevez, etc.
Le minittre de la guerre^
A. DE Salnt-Ar!UUD.
Comme on le voit, rien n*échappa à la vigilance du ministre de la guerre : ni les petits détails, ni l'ensemble.
Avant de continuer notre récit, il est nécessaire que nous fassions connaître à nos lecteurs et les chefs de l'armée de Paris et sa composition ; car Tarmée est rinstrument principal du grand acte que nous allons raconter. C'est elle qui, par son dévouement, s'associe au neveu de l'Empereur pour le salut du pays.
Dix-huit régiments d'infanterie de ligne, trois d'infanterie légère, quatre bataillonsdechasseursà pied, deux de garde républicaine, deux de gendarmerie mobile, quatre compagnies du génie, une de mineurs; deux régiments de lanciers, deux escadrons de guides, deux escadrons de garde républicaine, deux de gendarmerie mobile, neuf batteries d'artillerie embrigadée, dix d'artillerie non embrigadée. Tel est l'effectif de l'armée de Paris, auquel il faut joindre ici la division de grosse cavalerie de Versailles, commandée par le général Korte, et formée des !•' et 2* carabiniers, 6* et V cuirassiers et
a* dragons.
L'ciïectif lie Tarmëe de Paris, proprement dite, forme trois divisions et onze brigades :
La division Oirrolet comprend les brigades de Cotte, Bourgon. Oiniol^Tt, Dulac et la brigade de cavalerie
Revbrll ;
La division Henaud comprend les brigades Sauboul» Fon'v et Ripert ;
La division Le\asseur comprend les brigades Herbillon, Marulaz et Courtigis;
La di\ision de grosst» cavalerie de Versailles est formée des deux brigades Tartas et d*Allonville«
Le général Carrelet, commandant la première division, fut blessé cl Kylau, dans la campagne de Prusse. 11 a cununandé, connue colonel, la garde municifiale de Paris. Inflexible dans le devoir, d'une rectitude de jugement remanjuable, il possède à un degré éminent les qualités ijui font les vrais soldats. Nul ne sait mieux que lui faire la guerre des rues et dompter Témeute.
Le général de Cotte a surtout les qualités qui font Texcellent commandant de cavalerie. Plein d entrain et d*élan, il serait mieux à sa place qu à la tête de Tiufanterie. Nature emportée et entreprenante, c*est un officier qui rapfielle ces inqiétueux généraux de cavalerie de TËmpire, qui enfonçaient les bataillons carrés, déterminaient la victoire, étaient, en un mot, les rois des déroutes. C*est un homme fort instruit et une nature pleine d*élévation et de distinction.
I/LN COIP U'ÉTAT. Jal
Le général Bourgon est aimé du soldat, qui apprécie ses qualités solides. Son intelligence, son sang-froid à toute épreuve, lui méritent ajuste titre la confiance de l'armée.
Le général Canrobert est Tun des officiers les plus brillants de farméc d'Afrique, où il s'est distingué dans une foule de circonstances. Il s'est illustré à Constantine , dans les campagnes contre Bou-Maza, d'une façon toute particulière. Admirable d'intrépidité à la tète de ses zouaves, au siège de Zaatcha, il montait à l'assaut avec vingt de ses braves, dont deux seulement restaient debout près de lui. 11 est très-aiiné du soldat, qu'il a le don d'électriser. A une intelligence hors ligne, le général Canrobert joint un caractère plein de franchise, de loyauté. L'opinion de tonie Tarmée prédit un grand avenir à ce général.
Avec du talent, du courage, et TaiTection méritée de tout le inonde, on a large et beau chemin devant soi.
Le général Dulac, homme de devoir et d'énergie, a comoiencé à servir en Afrique. 11 a commandé pendant ti*ois ans la place de Paris et s'est constamment montré à la hauteur des devoirs nombreux qu'exige celte position. On doit dire à féloge de ce général, que pendant qu'il remplissait ces fonctions importantes, qui le mettaient en rapport journalier avec les oiliciers de la ^rnison de Paris, il a conquis non--si^ulemenl 1' time, mais encore l'amitié de tous.
Le giMiéral Rcvbcll est un officier de cavalerie plein de résolution, doué d'une nature calme. Il possède Faplomb et la solidité qui font les bons généraux de grosse cavalerie. C'est un de ces hommes qui vont où le devoir conmiande sans dévier ni broncher, esclaves de laconsij:ne et ne comptant jamais Tennemi.
Le général Krnaud, qui commande la 2* division de Tannée de Paris, est une des célébrités les plus éclatantes qu'aient produites nos guerres crAfrique. Il réalise complètement le type du soldat brillant et audacieux. Brave comme les preux des croisades, il en avait en Afri(|ue la réputation chevaleresque. Comme les généraux Saint-Arnaud et Canrobert, il a le don d'enlever le soldat et de le rendre invincible. Général de division à quarante ans, il a compté ses grades par ses blessures. Il aime la responsabilité, parce qu'il a l'initiative et la conscience de ce qu'il veut. Pendant les années 1835, 1830 et 1S37, il a appris à faire en Espagne la guerre des batailles rangées. Il possède rex|>érience, Factivité, les connaiss^mces militaires, qui en feraient au besoin un de nos premiers généraux si la France avait de grandes guerres. I^^ maréchal Hugeaud avait apprécié son talent et lui avait prédit de hautes destinées. 11 venait d'étoutrer l'insurrection du val de la Loire, quand il fut appelé au conunandement <le la f * division de l'armée de Paris. Le général Renaud a étéiiur le point d'être ap{»eléà un poste éminent. Il avait été i^endant quelque tenip^ question de le faire ministre de la guerre.
D'UN œUP D'ÉTAT. 153
Le général Sauboul, homme de savoir, de rectitude et de fermeté, capable de très-bien conduire des troupes. Il est remarquable surtout par son énergie dans la discipline. On se souvient de sa conduite au 13 juin 1849, place Saint-Sulpice. Il fit arrêter immédiatement, par la ligne, un chef de bataillon de la garde nationale qui avait refusé de lui obéir.
Le général Forey, actif et plein d'audace, compte quinze années de guerre en Afrique. Officier brillant et très-aimé du soldat, sur lequel il exerce une grande autorité, ce général joint à ces qualités une connaissance très-approfondie du métier. Il est un des meilleurs officiers généraux de Tarmée.
Le général Hipert a commencé sa carrière militaire sous TEmpire. Il a les qualités qui distinguaient le^ hommes de cette époque : dévouement absolu, commandement sur, bravoure calme et ne reculant jamais. Services anciens et fort honorables.
Le général Levasseur, qui commande la 3* division, a exercé en Afrique des commandements très-importants, et s'est fait remarquer partout comme un officiel énergique, entreprenant, brave et sachant communiquer aux soldats sa bravoure. C'est un homme qui aime par-dessus tout Tordre, Tautorité, et qui ferait tout pour défendre la société menacée.