‹ Histoire d'un coup d'état (décembre 1851) d'après les documents authentiques, les pièces officelles et les renseignements intimesChapitre 16 sur 40 · LE PRÉFET DE POUCE AUX HABITANTS DE PARIS · texte numérisé non relu

LE PRÉFET DE POUCE AUX HABITANTS DE PARIS

Habitants de Paris !

Comme nous., vous voulez Tordre etjla paix; comme nous, vous êtes impatients d*en finir avec cette poignée de factieux qui lèvent depuis hier le drapeau de l'insurrection.

Partout, notre courageuse et intrépide armée les a culbutés et vaincus.

Le peuple est resté sourd à leurs provocations.

11 est des mesures néanmoins que la sûreté publique commande.

L'état de siège est décrété.

Le moment est venu d*en appliquer les conséquences rigoureuses.

Usant des pouvoirs qu'il nous donne.

Nous, préfet de police, arrêtons :

Art i*'. La circulation est interdite à toute voiture publique ou bourgeoise. Il n'y aura d'exception qu'en faveur de celles qui servent à falimentation de Paris, au transport des matériaux.

Les slAlionnements des piétons sur la voie publique et U formation de groupes seront, saus sommation ^ dispersés par les armes.

Que les citoyens paisibles restent à leur logis.

n y aurait péril sérieux à contrevenir aux dispositions arrêtées.

Fait à Paris, le 4 décembre 1831 .

U préfH âê péUew^

Db lAcra.

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Ces mesures énergiques annoncées , ces avertissements donnés, de quoi peuvent se plaindre les coupables et les imprudents?

Les curieux sont, en pareilles circonstances , les auxiliaires des énieutiers. Quiconque est à la barricade doit être considéré comme un insurgé. Quiconque ne reste i>as à son logis |)eut être pris pour un Fauteur d'insurrection. O^rtes, on doit déplorer toujours qu'il y ait des victimes imprudentes; mais cette fois elles seront sans excuse. Aussi loyale qu^elle est sévère , Tautorité n'a laissé ignorer le danger à personne. Souvent on est systématiquement injuste. Est-ce la répression qui est responsable de ces malheurs privés qui mettent en deuil les familles et les cités? N'est-ce pas plutAt Tinsurrection? Pourquoi donc Tinnocenter d'un tel crime ?

Si Tautorité militaire a compris et déjoué la tactique des insurgés, ces derniers ont compris aussi dans toute son étendue la périlleuse nécessité à laquelle on les condamne.

Ils sentent q Til faut accepter la lutte; mais il faut la faire désespérée. Les meneurs se sont réunis et les plans sont arrêtés. On ne recule devant aucun moyen pour soule\er le peuple. Ni les incitations des chefs de parti, ni les discours incendiaires faits dans les rues, ni la hideuse exhibition des cadavres de la rue Aumaire, rien n*a pu le remuer. On va répandre au milieu de lui les plus fausses nou\elles, tout ce qui est de nature à jeter Talarme , à amener Tatlhésion des faibles et

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au moins Thésitation des autres. Peut-être parviendra-t-ôn même à faire tourner un corps de troupes, on l'espère; et ensuite on compte sur l'entraînement de l'exemple.

Ce plan, conçu et arrêté par certains habiles du parti rouge, on trouve immédiatement une armée prête pour l'exécution. Tous les frères et amis, tous les chefs des associations secrètes, tous les rigoristes de la rue L epelletier, tous les désappointés de la fusion et les gants jaunes de la légitimité, se mettent en campagne. Dans un instant, les fausses nouvelles les plus graves circulent dans Paris. Cela se fait avec la rapidité de l'éclair; cela se propage comme une traînée de poudre. Sur les murs on affiche le placard suivant :

Habitants de Paris !

Les gardes nationales et le peuple des départements marchent sur Paris, pour nous aider à saisir le traître Louis-Napoléon Bonaparte.

Pour les reftrétentants du peuple^ Victor Hlgo, président; Schcelcher, secrétaire.

Les colporteurs de fausses nouvelles parcourent les rues, pérorent dans les groupes, entrent dans les maisons , et dans un instant tout Paris sait qu'à Lyon , à Amiens, à Lille, à Rouen, l'insurrection est victorieuse, et que le général Neumayer, parti de cette dernière ville avec deux régiments, et entraînant les populations sur sa route , est aux portes de la capitale avec trente mille

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hommes. I^ général Lamoricièrc s*est échappé de prison ; il est sur les boulevards à la tè(e de régiments qui ont pris parti pour TAssemblée contre le Président. Li cour de cassation s*est transportée à Versailles et y est en perinanence. La haute cour de justice y siège aussi, sous la protection des i*égiments qui s'y trouvent et (le la garde nationale. La déchéance et la mise hors la loi du Pri'sident sont prononcées. Mille autres nouvelles semblables et aussi absurdes sont propagées par les agents <les partis. Ils poussent du reste aux dernières limites Taudace <lu mensonge. Si on manifeste un doute sur leurs afliriuations, ils nliésitent pas et disent : Je suis sûr ; je tiens ce que je dis de témoins oculaires; d'autres vont plus loin et disent : Je sors de voir Neumayer ou Lamoricière faisimt le coup de feu à la tète de leurs troupes. Puis on met Todieux, Tignoble, à cùt<> du faux. On dit que le Président vient de faire prendre de force , à la Banque j vingt-cinq millions pour acheter les troupes et les généraux, comme si en France rhonneur militaire et le courage étaient à vendre. On crie à la tyrannie; on parle de persécutions conmiises envers les prisonniers politiques. Le général BiHleau a été blessé à coups de baïonnettes. Le général Cavaignac a été l>ùillonné y et on lui a mis les menottes comme à un malfaiteur. En un mot , tout est bon aux hommes de parti qui s'apprêtent à verser le sang fran* çais. Pour réunir plus de soldats sous leurs drapeaux sacrilèges, ils ne reculent devant aucun mensonge, devant aucune calomnie.

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Si rhonnèteté manque à cette tactique, certes on doit avouer qu'elle est habile. Elle pouvait avoir les résultats les plus déplorables, non-seulement sur la population, mais encore sur ses défenseurs. Mais, Dieu merci , les anarchistes ont compté sans la vigilance de Tautorité, sans l'activité et le dévouement du préfet de police , sans l'énergie de résolution du ministre de la guerre. Minute par minute , les différents chefs d'administration, à l'aide des télégraphes électriques qui sont établis dans leurs bureaux , se concertent , s'instruisent de ce qui est vrai , de ce qui est faux. Il ^a unité de plan, de décisions, d'exécution.

Informé de ce qui se passe, le ministre de la guerre fait afficher dans tout Paris un arrêté qui assimile les colporteurs de fausses nouvelles aux insurgés, déclare qu'ils seront arrêtés comme complices et livrés aux conseils de guerre.

L'énergie employée à propos manque rarement son but. L'arrêté dont nous parlons refroidit singulièrement les propagateurs de fausses nouvelles. Celui qui menace les insurgés d'être fusillés produit un eflbt non înoins salutaire. Beaucoup qui avaient l'intention d'aller aux barricades s'en retournent chez eux.

Cependant le mot d'ordre est donné sur toute la K*<gne de l'insurrection. On sent qu'on ne peut pas inn tier tout Paris au plan qu'on avait arrêté d'abord. Ei maintenant que les troupes sont retirées, qu'on est ttialtre du terrain, si Ton crie : atrt Armes, il faut qu'oïl les preûne soi-même ; si Ton pousse à faire des barrict-

des, il faut soi-même y travailler. On combattra, puisque, malgré soi, on est sur un champ de bataille où il faut coml>attre.

Durant toute la matinée, desex-représentanls» des hommes ap|>artenant aux classes riches et en bien plus grand nombre qu*hier, parcourent les rues, excitant \v peuple à la révolte, lisant des proclamations et répandant de fausses nouvelles.

De neuf heures à midi, on commence à faire des barlîcades dans tout Tespace compris entre les boulevards, les rues Rambuteau, Montmartre et du Temple. Les principles kirricades sont faites successivement et par onire d*e\écution dans les rues Saint-Martin, du Temple, aux boulevards Saint-Martin et Saint-Denis, puis rues Beaubourg et Transnonain , rue de Volta, rue Phélippi'aux , rues du Petit-C^irreau, Montorgueil, Rambuteau. En même temps, elles s*élévent, comme par enchantement, dans les rues latérales des grandes voies que nous venons de nommer. Les plus fortes de la journée du 4 sont celles de la rue de Rambuteau, principalement celles ({ui occupaient les carrefours Rambuteau-Saint-Denis et Rambuteau-Saint-Martin. Sur le premier de ces deux points, le carrefour était fermé par quatre barricades. Venaient ensuite celles de la rue Saint-Martin, notamment à Tentrée de la rue Grénetat. Puis celle du boulevard , à Tentrée de la rue SainU Denis; elle était formidable. Les barricades de la rue du Petit-Carreau, surtout au coin des rues Bourbon-

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Villeneuve et du Cadran, étaient aussi du nombre des plus fortes.

Nous avons recueilli, sur les lieux mêmes que l'insurrection avait choisis pour champ de bataille, des détails que nous donnons comme certains et qu'il est important de connaître, pour avoir une idée juste de cette guerre impie, de Tégoisme des partis et de l'anarchie contre la société.

Rue Beaubourg, au coin de la rue Jean-Robert, une barricade a été commencée avec une voilure, amenée de la rue des Gravilliers. Trente hommes environ la traînaient. Sur ces trente, il y en avait au moins vingt parfaitement mis et appartenant aux classes élevées. Au moment du danger, ils sont partis, laissant quelques misérables à figures atroces et quelques jeunes gens qu'ils ont payés pour se battre.

Dans la rue de Rambuteau, la première barricade a été faite à mi-chemin de la pointe Saint-Eusiache à la me Saint- Denis, vis-à-vis la maison de M. Paton, pharmacien-droguiste. Les hommes qui l'ont commencée étaient de ces repris de justice, de ces forçats échappés, de ces scélérats qui, le soir, guettent et assassinent les passants. On ne saurait, nous ont dit ceux qui les ont \us à Tœuvre, trouver d*expression qui puisse rendre rhorreur qu'on éprouvait à leur aspect. C'était quelque chose de hideusement atroce qu'on ne pourrait exprimer. Et pourtant un ex-représentant du peuple était là, fraternisant avec ces hommes et leur don-

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nant des poignées de main. Ce représentant allait d*une barricade à l*autre dans la rue. Il était légèrement l;oi(cux. Quand la barricade fut construite : € Il nous faut des armes maintenant, disent ces hommes, forçons les boutiques pour en prendre. » Si beaucoup d*hal)itants dans cette me ont eu la faiblesse de les donner, si quelques-uns même les ont offertes, d'autres ont eu un noble courage, celui de refuser et de résisler aux menaces des insurgés.

Vn des misérables (|ue nous venons de dire, fait 8au-> ter« à coups de barre de fer, un panneau de la devanture de M. Paion, et passant sa tête : o Vos armes? dit-il. ^ Vous ne les aurez pas, répond ce brave citoyen. —On vous y forcera bien. — J'attends que vous le fassiez. » A plusieurs reprises Tinsurgé insiste. « Si vous ne les donnez pas, on va mettre le feu à votre maison. — Eh bien ! venez le mettre si vous l'osez, » répond M. Pkton. Les insurgés se retirent en disant : «Allons voir ailleurs , on sera peut-être plus accommodant. » En février, ce courageux citoyen, non-seulement avait re^ fusé de faire de la poudre, quoiqu'on le menaçât d*ua coup de hache, mais encore avait chassé les insuifét de chez lui. Plus tard, un ctub démagogique s'instalMt dans son quartier. Les doctrines les plus épouvanteblés y étaient prêchées, les motions les plus atroces y étaient faites. M. Paton vient les combattre, on M porte un coup de poignard qui perce son paletot. Mais son énergie domine cette horde de bandib on d*ÎB^ sensés. Celui qui le frappait était un repris de juiticfti

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On nomme M. Paton président du club. Quelque temps après, il le fermait en faisant comprendre aux ouvriers qu'il valait mieux travailler que perdre son temps à s'occuper de politique. On ne saurait trop louer de tds actes de courage. Ils méritent d'être cités comme exemple à tous les bons citoyens.

Vis-à-vis chez ce négociant, il y avait une maison en construction ; des maçons y travaillaient. Les insurgés, pour prendre les outils de ces braves ouvriers et pour les forcer à se mettre eux-mêmes dans leurs rangs, enfoncent les portes provisoires de la maison ; mais les maçons se défendent courageusement et chassent leurs agresseurs.

Un peu plus loin, au carrefour Rambuteau-Saint- Denis, c'étaient deux représentants qui avaient déterminé la formation des barricades. Ils avaient lu aux groupes assemblés des proclamations de la Montagne. Celui qui lisait était agité d'un tremblement nerveux que tout le monde remarquait. Il n'avait pas l'excuse de la jeunesse ; n'avait-il donc pas non plus celle du courage? Était-ce un remords anticipé qui l'agitait ainsi 7 Dieu le veuille ! car bientôt après on relevait sur les barricades les cadavres de plusieurs jeunes gens que ses paroles y avaient amenés, et qui étaient venus mêler leur sang précieux à celui des bandits de l'émeute. L'un de ces jeunes gens était un artiste. Les artistes I pauvres fous, hommes des illusions et des rêves, jamais ils ne s'arrêtent dans les réalités, toujours ils sont vie» times des idées creuses et des théories insensées ; tous

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les gluaiix leur sont bons, tout ce qui a I apparence de la générosité les séduit. Ce jeune homme est tombé là, comme tant d'autres. Espoir d'avenir, promesses de génie peut-être, amour de la famille certainement, d'autres amours encore, tout a fini là; et maintenant, ceux (|ui n'ont que les regrets et les pleurs ignorent où repose sa dépouille mortelle. Si vous lisez ces lignes, vieillard à cheveux blancs, qu*on a vu trembler en fomentant l'émeute, en appelant le meurtre, mèl. z vos larmes silencieuses d'expiation aux larmes des regrets. Priez Dieu ({u'il vous pardonne comme vous pardonne quel<iu'un qui pleurera longtemps!

Aux barricades de ce carrefour, on a vu des choses ignobles. Des hommes bien mis, des riches sont venus. Us se sont vêtus de blouses dans une maison voisine; ils ont travaillé aux barricades. Et les barricades une fois faites, ils sont vite allés reprendre leurs beaux habits et sont partis. Cëtait Thcure du danger.

On y a vu aussi des choses atroces. Un passant veut faire des œinontrances, veut empêcher le désordre. On le prend, on l'attache en croix, les bras et les jambes écartés sur la roue d'une voiture à demi renversée. Le moyeu lui confond les reins. On fait à plusieurs n^priscs le simulacre de le lusiller, puis on dit : « Ne le tuons pas, il aura les premières décharges de la troupe. » D'autres insurgés l'ont détaché. Ce fait nous est garanti par les négociants dont la barricade touchait les maisons. Ib nous ont dit encore ({u'un autre avait faiUi, au même

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lieu, être étranglé. On l'avait pris à la gorge^ on lui tordait sa cravate. Et on nommerait cette guerre une guerre d'opinion ! Quand on sait les atrocités qu'elle a commises partout, quand on voit le personnel de ses combattants, il faut bien le dire, c'est la guerre de la barbarie contre la civilisation. Honte, mille fois honte aux ambitions, aux égoismesqui ont consenti à se servir de pareils moyens pour faire triompher leurs intérêts! Quelque chose qu'il ne faut pas omettre se passait en même temps rue Saint-Martin, dans l'espace compris entre deux barricades, celle qui barrait la rue Grénetat, et l'autre qui, à trente pas, barrait la rue Saint- Martin, vis-à-vis le restaurant Bonvallet. Là aussi, il y avait un représentant. C'était un vieillard aussi, lui, de cinquante à soixante ans. Il avait au bras une jeune femme à la mise élégante, et belle, à ce qu'on dit. On Ta vue, cette jeune femme, distribuant aux insurgés de Targent, après cela leur jetant ses bijoux, leur prodiguant des poignées de main; puis elle les appelait ses amis, les encourageait à bien se battre. Elle leur payait d'avance le prix du sang. Elle leur donnait ses mains et ses joyaux, ce que d'ordinaire une femme ne donne qu'à ceux qu'elle aime d'amour ou de charité.

c Forcez donc, disait-elle, tous ces lâches qui se renferment dans leurs maisons à venir vous aider et à combattre avec vous. » En même temps, et comme pendant à cette créature déclassée, il y avait là une sorte de bandit, de forçat, peut-être, qui criait : « Défoncez les boutiques, jetez tout par les fenêtres, jetez les

meubles! » Cotait bien sa place et son langage, à lui ; mais une femme ! Quand Témeute rugit dans les cités et que la mort vole dans Tair, femmes, voire place est chez vous, au milieu de vos enfants. Là, priez Dieu qu*en ces jours néfastes il ne fasse pas trop d*orphelins et qu'il garde les enfants aux mères. Il en est quelques unes qui vont aux btirricades, comme il en est qui vont sur les autres champs de bataille. Quand une femme vient panser des blessés, apporter aux victimes le baume descunsolalions, elle est encore à sa place ; celle-là, c*est une héroïne, c*est elle qui est vraiment noble et grande. Mais celle qui, pour ses passions politiques, n*a pas horreur du sang, qui marche avec les émeutierset qui les encourage, n*est pas une femme. Nous laissons à la pudeur révoltée du sexe qu'elle outragea lui donner le nom qu*elle mérite.

Le lendemain, elle osait, encore au bras de son mari , passi^r sur le lieu du combat. Peu s*en fallut que les honnêtes citoyens qui nous ont donné ces détails ne raient arrêtée pour la conduire en prison.

On a vu aussi, à la grande barricade de la rue Saint* Denis, une fenmie travailler à arracher les paves, et exciter les insurgés.

Mais le fait culminant, celui qui domine tout, comme physionomie de cette guerre exécrable faite par les partis, c'est le sui\ant. Nous Tavons écrit sous la dictée de témoins oculaii*es, dvs habitants du quartier. Aces mêmes barricades des rues Saint-Martin et Grénetati il y avait un certain nombre de meneurs, de chefs de

ptrli« A leur costume, à leurs manières^ on voyait ce qu'Us étaient, on le vil encore mieux à l'heure du péril : ils partirent tous. Eh bien ! quand ces hommes virent que les barricades avaient pris un aspect formidable et qu'elles étaient garnies de défenseurs, ils voulurent arboper dessus des drapeaux. Puis la division se mit entre eux ; l'un plantait un drapeau blanc, l'autre un drap^u rouge, l'autre un drapeau noir. Chaque parti renversait le drapeau du parti contraire. Plusieurs furent ainsi arborés, puis arrachés. On en vint presque aux mains, et les soldats stipendiés de l'émeute regardaient faire et disaient en termes qu'on nous permettra de transformer: «Mais, en définitive, pour qui donc allons-nous nous faire tuer? — Peu vous importe, allez toujours, il y a cent mille francs pour vous, » répondait-on. Ce fait est caractéristique, il est le stigmate de celte affreuse guerre. Ces partis qui déjà se disputent l'émeute, pauvre France, qu'eussent-ils fait de toi, si la Providence eût permis leur triomphe ! Les voilà qui combattent tous avec les mêmes soldats, qui recrutent dans l'écume sociale tout ce qui assassine et tue pour de l'argent.

A l'œuvre, à Tœuvre! les parricides, frappez tous le cœur de la patrie, chacun devons espère qu'il restera, proie ensanglantée, accroché au bout de son poignard I

C'était la même chose partout. Rue du Petit-Carreau, c'est un hooune décoré et richement vêtu, qui fait ameoer, à l'angle de là rue Bourbon -Vilknenve, la

voiture chargée de décombres avec laquelle on commence la barricade. Lui-même décharge cette voiture. Pendant que Tinsurrection fait des barricades dans Paris, des représentants, réunis à Belleville, rue des Amandiers, font des proclamations incendiaires, et ex«pédient rivqnemmcnt des ordres dans toutes les directions. M. le préfet de police, instruit de ce qui se passe, vcilli* avec le plus grand soin à ce que ces proclamations no puissent être afiichées. Malgré les précautions de la police, on parvient à coller, en plusieurs endroits, la pièce suivante :

rEirLEî

ncpiiis trois jours U's valets dr lu lliissic régnent dans la capitale, b's arine> te manquent; ta presse e^t tuée. Prends les armes de tes enn«'iiiis. Va liri<4'r Ii-a presses napulétiniennes, afin que nus frères des prnvinre> ne siii«>nt i)«ni)t arrt>té> dans leur élan patriotique par de fausM'S nouvelles.

I*lu>ieurs dr parte me nts victorieux s*avanct*nt.

Paris le >era.

Pour te comité des proscrits ^

Pour te comité centrai de résistance^

Sur touti* la ligne dos boulevards, les groupes sont iiunibrrux , menaçants. Les énieutiers attaquent les nfliciirs isolés. Lr matin, ils ont assassiné un gendarme mobile qui portail une ordonnance: à midi, à Tinstant

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OÙ on renversait les voitures pour barricader les rues Saint-Martin et Saint-Denis, deux officiers de la ligne ont été assaillis, sur le boulevard Poissonnière, par une horde de forcenés qui les ont blessés grièvement et les ont entraînés dans la rue du Faubourg-Poissonnière, où ils ont disparu. A peu près au même moment, un officier d'état-major de la garde nationale a été renversé de cheval au coin de la rue Richelieu ; mais immédiatement les émeutiers ont pris la fuite. Toutes les boutiques sont fermées depuis la Ghaussée-d'Antin jusqu'à la Madeleine. La mairie du 5* arrondissement est prise par les insurgés qui désarment le poste de gardes nationaux qui s'y trouve. A la mairie du 2* arrondissement, une tentative pareille a eu lieu, mais elle a été énergiquement repoussée.

Le maire lui-même racontait l'événement en demandant du secours: « Pendant un instant, disait-il, la mairie a été assaillie par une bande d'insurgés, qui ont ten!é d'enfoncer la porte d'entrée. Le poste de la garde nationale n'est composé que de vingt-cinq hommes. C'est trop peu pour résister. Envoyez de la ligne, afin que je puisse sauvegarder la mairie, ses archives, et maintenir les fonctions qui m'ont été confiées. »

A midi, le général en chefMagnan connaissait entièrement, par ses rapports et par ceux du préfet do police, la position des insurgés. Il savait que , sur plusieurs points, les barricades étaient formidables; mais il avait décidé de n'attaquer qu'à deux heures, et, inébranlable dans ce dessein, il ne voulut pas, quelques instances

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qiron fit |)ivs tlv lui^ avancer iruii seul luomeut le sÎLMial (le la bataille. Il voulait la livrer dùcisivo et laîfrser aux iiisurj^és tout le temps possible pour se réunir et pi»iir prendre les mesures qui leur donneraient la confiance nécessaire pour enf-ajçer la lutte.

Le général a>ail calculé qu*en deux heures il aurait |)artont \aincn Tinsurrection. L*ardeur des troupes lui était connue II suivait (piels généraux il avait sous ses ordres. Cette confiance était [lartout. Quand le général en cher a\ait dit au ministre : « Laissez-moi faire, et je vous répoinls de tout; » le ministre avait répondu : a Je \ous laisse faille, parce que je vous connais. »

l'n |)eu a>ant deux heures, le (général en chcfécrivaît au préfet de |>olice : «Dans un instant vous allez entmdre le canon. Les divisions Carrelet et Levasseur sont en opération de comltat. J*ai voulu pour commencer que tout mon inonde fût réuni et bien sous ma main. Il va fétre. Soyez tranquille, raiïaîre sera \igoureusement menée et promptement termi* née. »

C'est un lambeau déchiré aux proclamations de nos grandes «!uerres; c*est comme un écho du style napoléonien. On sent, en lisant ces lignes , à quelle écde appartient le général Magnan.

Toutes les dispositions sont admirablement prises. Les (juartiers insurgés sont enfermés dans un cercle de fer.

L'armée occu|»e l(*s positions suivantes : La brigade Buurgon est sur le boulevard entre les portos Sainir

Denis et Saint-Martin ; les brigades de Cotte et Canrobert sont massées sur le boulevard des Italiens ; le général Dulac occupe la pointe Saint-Eustache, et la cavalerie du général Reybell est rangée dans toute la longueur de la rue de la Paix. Ces cinq brigades forment la division Carrelet.

La division Levasseur prend l'insurrection du côté opposé. La brigade Herbillon occupe THôtel-de-Ville; la brigade Marulaz, la place de la Bastille , et la brigade Courtigis, arrivant de Vincennes, est aux portes du faubourg Saint-Antoine. La division de grosse cavalerie du général Korte est aux Champs-Elysées.

A deux heures de l'après-midi, toutes ces troupes s'élancent à la fois. Le général Bourgon , avec sa brigade, remonte le boulevard jusqu'à la rue du Temple, foudroyant l'émeute partout où elle ose se montrer. Puis, s*engageant dans cette rue , il attaque et renverse successivement toutes les barricades qui s'y trouvent jusqu'à la rue de Rambuteau.

Le général de Cotte, conduisant sa brigade, vient attaquer la formidable barricade de la rue Saint-Denis. C'est le brave 72* de ligne qui forme la tête de colonne. Le colonel Quilico, qui le commande, était au lit malade quand Tordre est venu de marcher. Un colonel français n*est pas malade un jour de bataille. Une décharge tarible accueille le 72*. Le général de Cotte a son cheval tué sous lui ; le colonel Quilico est blessé ; le lieutenant colonel Loubeau, l'adjudant-major, sont tués, vingt hommes tombent auprès d'eux. Mais les soldats.

i'hrlrisis à la vue de leurs chefs tués ou blessés, s*élancent, et, a|)rès une vive résistance, la barricade est enlevée. Les insur<:és y sont nombreux , la plupart y trouvent la mort. Ot obstacle franchi, la colonne sViiga{:e dans la rue Saint-Denis. Un bataillon du 15* lég(M* o>t lancé <lans la rue du Petit-GaiTeau qui est iurtement barricadée. Pa tout Timpétuositë du général de (lotte triomphe de la résistance de T insurrection.

Kn même temps, le {général Canrobert arrive à la porte Saint-Martin , et culbute successivement les insurgés à touttïs leurs barricades dans la longueur de la nie du Kaubonrg-Saint-Martin et dans les rues adjacentes. Prestpie tontes les barricades de la grande rue sont eid('>é(>s par le 5* bataillon de chasseurs à pied, <|ue le commandant Levîissor-Sorval conduit avec une admirabli' intrépidité.

l/mneni a fondé les |ilus grandes espérances sur les barricades \raimrnt formidables de la rue de Rambutean. Lr général Dnlac les attaque, ainsi que celles des rues voisines, avrc les trois bataillons du 51* de ligne , commandé par li' ctiltmel dr Lourmel, un bataillon du i\r de ligne, un du 43' et une batterie d'artillerie. Rue d(* llandmtrau la résistance est terrible ; le canon gronde et les feux de latn»upesont tellement nourris, que. pendant prés <b* cinq (piarts d'heure, c*est une tenqtéti' de détonations. Mais rien ne peut résister à Telan de nos soldats , malgré Thabile défense des in- MU*grs: iU les forcent tians leurs retranchements et en passi'ut qui'lques-uns |»ar les armes, 11 y avait là, i>anni

les insurgés, d'anciens satellites de Caussidière, faisant admirablement le coup de feu.

Mais il y avait aussi de pauvres jeunes gens inexpérimentés du métier des armes. L'un d'eux, enfant de quinze ans, ne savait comment épauler son fusil; tant bien que mal, enfin, il tire, mais le recul de l'arme l'ayant presque renversé, il la jette et se sauve épouvanté. Ce fut là aussi que tomba le jeune artiste de qui nous avons parlé plus haut. Tandis que les bandits se cachaient derrière les barricades, lui jouait sa vie à découvert et se battait bravement. Il fut atteint des premiers.

La division Levasseur s'élançait aussi de son côté. La brigade Herbillon part de l'Hôtel-de-Ville en deux colonnes, dont l'une commandée par le général Levasseur lui-même. Elles se portent sur le centre de l'insurrection par les rues du Temple, Rambutcau, Saint- Martin et Beaubourg.

Db général Marulaz attaque dans le même sens la rue S^int-Dcnis et fait attaquer les rues latérales par une colonne légère, sous les ordres du colonel de la Motterouge, du 19* léger.

A l'heure de la bataille, le général Courtigis, descendant de Vincennes, balayait les barricades du faubourg Saint-Antoine, et prenait, sur la place de la Bastille, la position que la brigade Marulaz venait de quitter.

Comme on le voit , les deux divisions opéraient un mouvement convergent qui devait écraser l'insurrec- Uon et ne lui laisser aucune issue. Les prévisions du

«^ônôral en clioroiit été vraies de tout point ; en moins (I4* trois liciins. la révolte est vaincue partout. Nulle part dans l'attaque un seul instant dliésilation ni de désordre. Partout les opérations sont dirigées avec une liahilete, une précision qui font le plus grand honneur à roux qui commandent. Quant aux soldats ^ entraînés par leurs cliets qui leur C4»minuni(pient rinlrépidilé dont tous ont fait preuve dans cette journi'e, ils marclient au feu a\ec un ensendde et un entrain qui dominent les chances du conihat et qui fixent d*avance le succès.

Il était ordonné à tons les généraux de suivre avec leurs coloiuies d*attaque Titincraire tracé par le général en chef, sans s'en écarter. Malheureusement, l'un d'eux, se laissant emporter par un courage trop anlent, s'engagra, sortant de son itinéraire, dans la rue du Temple, à la poursuite (hs insurgirs. l'ne autre colonne y opérait dtjà. Pendant qnehpies minutes de fatale erreur, ces <leux colonnes m^ scmt tiraillées, et deui ou trois soldats sont toinhés.

Les plus fortes UnTÎcades, telles que celles des rues S;iint-l)enis, llainhuteau, Saint-Martin, ont été attaquées avec le canon; mais partout les soldats ont terminé à la lKiï(»nnetle.

Ainsi, de deux hc»nres à quatre heures et demie, le (piartier circonscrit par les houlevards, les rues Montmartrt*, Ran)liuteau et du Temple, a été sillonné dans tous le< sens par h*s cohmnes. La plupart des insurgés imtéte tués ou faits prisonniers.

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Au moment où Faction générale commençait, les insurgés, qui sentaient l'importance qu'il y avait pour eux à s'emparer de la Cité, et notamment de la préfecture de police, attaquaient vigoureusement le Palaisde-Justice et ses abords. A deux heures et demie, le feu était très-vif sur la place du Palais-de- Justice et rue Constantinc, où les insurgés, embusqués dans les maisons, dirigeaient une terrible fusillade sur les gendarmes mobiles. Ce corps s'est admirablement battu. Il à préservé un des points stratégiques les plus importants de Paris, puisqu'il relie les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin à celui des Écoles.

Pendant que les troupes d'infanterie étaient engagées, la brigade de cavalerie du général Reybell balayait les boulevards en faisant des charges sur les rassemblements qui essayaient de s'y former à la hauteur de la me Montmartre.

La cavalerie fut reçue par un feu terrible que firent les insurgés embusqués dans les maisons. Le général Reybell fil arrêter ses escadrons, qui ripostèrent d'une façon formidable, appuyés par une partie de la division €anrobert. On fit voler en éclats, à coups de canon, les portes des maisons, où quelques insurgés furent pris et pas'és par les armes.

La cavalerie du général Korte, qui, des Champs-Ëly*sées s*était aussi portée sur les boulevards, arrêta un grand nombre de fuyards et les fit prisonniers. H y a eu sur les boulevards Montmartre et Poissonnière, dans

SiU HISTOJRE

colle iloiiloiircusc circonstance, trente-cinq morts et un ccriain nombre de blessés.

A cinq heures, ne trouvant plus d'ennemis à com« battre, les troui)es reprennent en grande 'partie leurs positions respectives. Li brigade Marulaz s'échelonne sur les boulevards, depuis le café Turc jusqu'à la Bastille.

Pendant que cette grande bataille se livrait sur la rive droite de la Seine, la rive gauche, occupée par le général de di\ision Renaud, présentait une vive agi-^ tation dans les quartiers Saint-Marceau et dans les environs des Kcoles.

Quelques meneurs cherchaient à s emparer de Tcglise Saint-Médard pour y sonner le tocsin, et étaient arrêtés [Kir un ofiieier de paix et ses ns:ents. L'un d'eux était un médecin, un autre un pharmacien.

Des rassemblements nombreux axaient lieu aux alentours du carrefour Ihissv, où Ton construisait une barricade. Tne forte patrouille envoyée sur les lieux suffit pour les dis|>iTser. Partout les excellentes dispositions prises |iar le «rénéral Renaud , sa vigilance incessante, ont comprimé les émeutiers et empêché l'exécution de leui*s projets. 11 a eu le bonheur de n'avoir pas à combattre. Si>s trou|>es eussent montré^ comme celles des autres divisions, la plus vive ardeur, s'il eût fallu en venir aux mains. Mais, gnke à Dieu, Tinsurrecti(»n. cette fois, n*a pas appelé dans ces quartiers les malheurs de la guerre civile l^

Ecrasés sur le terrain qu'ils avaient eux-mêmes

choisi, les insurgés ont (enté un dernier effort en se portant en masse dans l'espace compris entre les rues Montorgueil, du Petit-Carreau, la Banque et la place des Victoires.

Aussitôt après le départ de la troupe, ils venaient de reprendre possession de ces deux rues , et élevaient, sous la direction de Gaston Dussoubs, frère d'un représentant, des barricades formidables. La première barrait la rue Montorgueil, à Tangle de la rue Mandar, et couvrait ainsi le passage du Saumon, duquel ils s'étaient emparés, et dans lequel la plupart des habitants avaient livré leurs armes. La seconde barricade s'élevait, rue du Petit-Carreau, aux angles des deux rues du Cadran et Saint-Sauveur. La troisième barrait la même rue à l'angle Bourbon - Villeneuve. Entre ces trois grandes barricades, il y en avait plusieurs, mais fort peu importantes. Sur ces points, on avait éteint le gaz, posé partout des factionnaires et forcé les maisons pour avoir destarmes. Les passants étaient arrêtés et contraints à se mêler aux insurgés.

Sur ce point, on avait négligé, et c'était à tort, d'employer un moyen qui réussissait merveilleusement ailleurs. C^était de faire occuper les maisons des angles des rues par de la troupe. Avec un peloton, on garde ainsi une rue tout entière et on intimide singulièrement les insurgés. Autrement, chassés d'une barricade, ils y reviennent aussitôt que les soldats Font quittée. Us paraissent ainsi reconquérir leur position.

En même temps, d'autres barricades s'élevaient rue

Pagovin. des Fossés-Monimarirc, et menaçaient ainsi la Biinque et Thotel dos Postes. Ces dernières barri* cades lurent enlevées les premières. Le colonel Cou— rant. du 10" do ligne, <|ui était en position au Palais national , se porta rapidement avec son régiment sur la place des Victoires, où une masse d'insurgés, chassés des quartiers Saint-Denis et Saint-Martin, s'étaient réunis. I^s disperser, enlever au pas de course les barricades des rues Pagevin et des Fossés-Montmartre, ne fut pour le brave colonel que Taffairc d'un instant. Après avoir ainsi balayé Témeute, il vint prendre posi* tion à la Ranque, cou>rant ainsi ce point important et le quartier de la Bourse.

Refoulés sur cet endroit, les insurgés se replièrent sur le passaire du Saumon et sur les barricades des rues Montorgueil et du Petit-Carreau. Cernés de tous côtés, ils sentaient la nécessité de faire une résistance désespérée. Après di\ heures, malgré Tobscurité qui règne dans le «piartier. puis(|u*on y a éteint le gaz, le colonel de Counnel, qui avec son ri'giment, le 51'. occupe la |)oint(* Saint- Eustache, se décide à attaquer. Plusieurs lmrric<ides de peu d*importance sont enlevées par le i* bataillon, qui est accueilli par une vive fusHlade à la barricade qui est à Tangle de la rue Mandar. Les soldats montent au pas di> course , la baïonnette en avant. Les insurgés ne les attendent pas. Les uns se replient sur les kirricades de la rue du Petit-Carreau; les autres, au nombre de soixante ou cent, cherchent un refuge dans le passage du Saumon. Un capitaine

D'UN œUP D'ÉTAT. W7

crie devant la grille : « Douze hommes de bonne volonté ! )) Douze soldats s'élancent dans le passage. Mais Tennemi ne lient pas contre cette poignée de braves. Ceux qui connaissent les lieux fuient par la première galerie à droite et se font ouvrir la porte d'une cour qui donne sur la rue du Cadran ; d'autres, moins heureux, se cachent dans les escaliers, sous des auvents, se couchent dans des coins obscurs. Plusieurs sont passés par les armes. Un des insurgés s'était réfugié dans un cabinet qui donnait sur les toits : entendant monter un soldat, il passe par une lucarne et s'accroche au zinc, qui cède et se détache. Il tombe dans la rue, où il se brise.

Quatre autres s'étaient réfugiés dans l'escalier, le premier à gauche en venant de la rue Montorgueil. Par humanité, on les cache ; ils inspiraient tant de pitié ! Le passage fouillé , le capitaine sort avec ses hommes, et la troupe, qui faisait halle dans la rue, marche en colonne vers la rue du Petit-Carreau. Les quatre bandits prennent alors leurs fusils, et, se penchant par un soupirail, (ont feu et blessent ou tuent plusieurs soldats.

Gaston Dussoubs est debout sur la barricade, à l'angle de la rue du Cadran. Il s'adresse aux soldats, et d'une voix vibrante : t Vous ne tirerez pas sur nous, qui sommes des prolétaires comme vous! leur dit-il. D'ailleurs, la ^institution est violée; nous sommes dans notre droit, nous mourrons pour le défendre. » Cette voix, durant un instant de solennel silence, est entendue de tout le quartier. L'officier qui commande crie :

« Ras les armes! » On refuse; le feu commence. A la première décharge, Dussoubs tombe mort. Puis le feu continue, les décharges se succèdent; mais enfin la vai<>ur des soldats l'emporte et la barricade est enlevée. Tandis qu^une partie du bataillon fouille les maisons ri fait de nombreux prisonniers, Tautre s'élance à Tattaipie des deux barricades qui restent , Tune qui est franchie au pas de coui*se, la dernière qui fait une résistance longue et désespérée, et où les insurgés laissent un certain nombre des leui's. C'est à ces barricades, dernier refuge de Tinsurrection , qu*on a trouvé parmi les morts le plus grand nombre d'hommes bien \étus.

Les connnunes suburbaines ont eu aussi leur part dans Tinsurrection. A la Chapelle-Saint-Denis, quelques compagnies du bra\e 2S* ont eu à enlever de nombreuses barricades. A Montmartre, Téncrgie du maire Y M. Piémonlési, et le courage de quelques gardes nationaux, dont Tun a été grièvement blessé, ont empêché la conmiune de partici|)er à cette lutte impie.

Ia* général Magnan cite, dans son rapport, comme s'étant [larticulièrement distingué dans cette journée, le capitaine de la Roche d'Oisy, ciMumandant la 4* compagnie du \" batailbui de gendarmerie mobile, qui, par son altitude énergi(|ue et la sagesse de ses dispositions, a préservé de toute atteinte Tlmprimeric nationale, qu'entouraient des grou|)es menaçants. Le lieutenant Fa\re. de celte compagnie, a\ec vingt-cinq de ses gendarmes, a pris <i'assaut la plus forte des barri-

cades faite auprès de cet établissement^ et formée de diligences renversées, de pièces de bois et de tonneaux.

Pour compléter ce récit, nous citerons un passage du rapport du général en chef:

« Les rapports qui me furent adressés dans la nuit du 4 sur Tétai de Paris me donnant la presque certitude que rinsurrection n'oserait plus relever la tète, je retirai à minuit une partie des troupes de leurs positions de combat, pour leur donner un repos qu'elles avaient si bien mérité.

« Le lendemain , 5 décembre , je voulus montrer toute Tarmée de Paris à la population. Je voulais, par cette démonstration, rassurer les bons, intimider les méchants.

« J*ordonnai aux brigades d'infanterie, avec leur artillerie et leurs compagnies de génie, de parcourir la ville en colonnes mobiles, de marcher aux insurgés partout où ils se montreraient encore, d'enlever et de détruire les obstacles qui pourraient gêner la circulation .

a A cet effet, le général Carrelet, à la tête d'une colonne de sa division, se porta, vers neuf heures du matin, à la barrière Rochechouart, où l'on signalait encore Texistence d'une barricade formidable. Mais les insurgés, altérés par le résultat de la journée du 4, n'osèrent plus défendre leurs retranchements et les abandonnèrent à l'approche de nos troupes.

« l'ne autre barricade, élevée dans le faubou»*g Poissonnière, fut pareillement désertée par ses défenseurs.

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avant Tarrivée de la colonne aux ordres du général Canrohert, chargé de l'enlever.

« A partir de ce moment , la tranquillité n*a plus été truuhlêe dans Paris, et la circulation a été rétablie sur tous les points. L'année est rentrée dans ses quartiers, et, dès le lendemain ti, Paris ne voyait plus dans les rues ce déploienu'ut inusité de forces, était rendu à son acli\ité. à son mouvement, à sa vie habituelle. »

Ainsi Huit, dans la capitale, cette formidable insur* rection, hitte sacrilé^'e des partis contre le |K)Uvoirqui sau\ail la France et laci\ilisalion européenne, si fortement menacées |)ar la fatale échéance de 1852.

Si cette lutte n'a pas été plus longue, si elle n'a pas reconmu'ncé le .'>, cela tient à la terreur inspirée aux insurgés par la \aleur admirable de nos soldats. Cela tient aussi à ce qu'un assez grand nombre d*arresta«tions parmi les meneui's furent faites dans la soirée du i. A huit heures, M. de Maupas en donnait Tordre. C(*nl ou cent \in^t représentants avaient rédigé, dans cette soirée, une proclamation d'une \iolence extrême. Grâce à l'active surveillance de la police, elle n*a pas été allichée.

Du côté de l'insurrection, les inertes ont été nombreusi^. beaucoup d'insurgés ont été tués sur les? barricades, et quelques-uns, pris les armes à la main, ont été passés par les armes. On a fait une foule de prisonniers. C'est à nos soldats que tant de malheureux doivtMil la >ie, car l'ordre était formel. Le ministre de la guerre n'avait |»as entendu faire dans sa proclamation

DTN COUP D'ÉTAT. 211

unei^aine menace. Il avait ordonné qu*on en exécutât les termes à la lettre : Pas de prisonniers armés.

a On fait toujours des prisonniers, malgré mes ordres, » disait-il dans la soirée du 4. Du reste, les insurgés comptaient que cette loi de la guerre serait appliquée, car, dans plusieurs réunions, ces paroles revinrent plusieurs fois comme objection à ceux qui se montraient trop ardents : a Mais si on nous prend, on nous fusillera, c'est bien certain. »

Il y a eu 1 16 insurges tués sur place. Beaucoup sont morts de leurs blessures dans les hôpitaux. On peut évaluer à 200 à peu près le nombre de leurs blessés. Le pouvoir ne compte que huit individus tués comme simples curieux. On a revendiqué ce titre pour beaucoup, qui malheureusement avaient un autre motif que la curiosité pour se trouver devant les soldats. Dans ce chiffre , nous ne comprenons pas les quelques personnes, victimes infortunées, qui ont été atteintes dans leurs maisons par le feu des insurgés ou par celui de la troupe.

Quant au nombre des prisonniers, il a été considérable dans cette journée, ainsi que dans celle du lendemain 5, et il entre pour plus de moitié dans le chiiïre total des arrestations politiques faites à Toccasion des événements de décembre. Ce chiffre était, au 20 janvier 1852, de 2,133, dont 216 représentants, sur lesquels 29 étaient encore à Sainte-Pélagie.

Mais les pertes sur lesquelles doit pleurer la France, ce sont celles qu*a faites notre brave armée. Dieu merci.

elles ont été faibles en comparaison des résultats obtenus. Il y a eu 25 tués, dont un ofTicier, 18i blessés, dont 1 7 ofliciers. 1^' ohiiïre peu élevé des tués et des blessés <lans Tannée s*e\pli(}ue par la rapidité et par la résolution avec lesquelles on a attaqué et combattu partout, oriiciers et soldats ont admirablement fait leur de\oir. I/année a conquis un titre de plus à la recon*naissance du pays.

Klle a été ce (pfelle est partout devant les ennemis de la France, brave, énergicpie et admirable de dîsci- |»lini . Tous, dans la solidarité du danger, ont combattu avec cet enthousiasme qui est le gage assure de la victoire.

Nous avons dit quels sont les généraux qui commandaient. A\ec de tels hommes à sa tête, Tarmée avait la (o\ et rentrainemenl.

Le u'énéral .Ma^Mian a justifié la confiance que lui téiuoi;znait le ministre en lui disant : « Je vous laisse faire, parc(* que je vous connais. »

Le ministre de la guerre de Saint-Arnaud a conslamment dominé la situation par stm énergie, sa pré- \oyaiice et la précision de ses ordres. Il s*est montré dignt* de s;i réputation ; c*est tout dii*e. L'homme qui parlait à TAsMMnblée, comme il la fait, devait parler aussi à rinsiMTection comme il vient de le faire.

Il faut signaler encore l'infatigable activité de M. de Maupas, |»ivlVt de polict*. C\^{ h lui qu*on doitd*avoir éxité dt^s malheurs plus grands. Ainsi, par la rapidité drs mes!in's qu'il a prises, il a eni|R*ché les insurgés

D'UN COUP D'ÉTAT. il 3

de couper les tuyaux des gazomètres. Il a constamment tenu l'autorité militaire au courant d^s démarches el des actes de l'insurrection. M. de Maupas a montré, dans ces fonctions nouvelles pour lui, une habileté qui n'a d'égale que son dévouement à la cause de Tordre et au prince qui en est la représentation si éminente.

Le 4 au soir, le général ministre de la guerre adressait cette proclamation à l'armée :

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