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« I/état Joint à ce rapport, indique nominativement tous les braves que le feu des insurgés a atteints. La colonel est on tète de cet état, comme il était en tète à% la charge; son cheval avait été grièvement atteint aussi.
u Ce fait d\irmes, exécuté avec une valeur et une intrépidité admirables, a sauvé la ville d*Auch d*une dévastation certaine, et le département d*une conflagrttion générale. De tous côtés, les bandes de pillards et d'émeutiers se dirigeaient vers la ville, dans laquelle elles avaient de nombreuses intelligences. L*échec éprouvé |>ar leur première colonne , jeta l'épouvanta parmi les autres. (|ui rétn»gradèrtMit immédiatement et disparurent.
« Li conduite du G*' de hussards est au-dessus de tout éloge : ofliciers et S4)ldats ont fait \aleureusement leur devoir, et je ne puis assez reocnimander ces braves,, monsieur le ministre, et appuyer les bienveillantes di»- |>ositions dans les(|uelles vous êtes déjà à Irur égard.
« M. Ci>urby de Cognord vous vs\ connu depuis long-> tem|>s. ainsi qu*à moi. Le colonel du H* régiment de hussards \ienl de prouver qu*il est toujours Tinlrépide chef de la ca\alerie fraiu;aise à Sidi-Braliim.
u Veuillez agréer, monsieur le ministre, etc.,
« Le général de brigade commandant la subdivision de la ii* division militaire et letat de siège dans le dé{>artement du Gers,
u DE Géraidon. »
M. de Magnitot, le préfet sortant de fonctions, a
marché pendant Taction avec son collègue à la tête des troupes. Ensuite il lui a remis la Préfecture, et, prenant un fusil, est allé se joindre, comme simple volontaire, aux citoyens de la garde nationale.
Il faut citer, comme s*étant distingué d'une façon toute particulière, le capitaine Bernardy, commandant la gendarmerie. On nomme parmi les personnages arrêtés : Violet, lieutenant de gendarmerie en disponibilité; Gastineau, rédacteur en chef de VAmi dupeupley a été pris chez le sieur Lacaze, limonadier, où il s'était caché.
I/insurrection éclatait à Fleurance, chef-lieu de canton, à onze kilomètres de Lectoure, en même temps que dans les environs d'Auch. Les démagogues de la localité, ceux qu*avait expédiés la réunion de l'Ami du peuple j avaient donné le mol d'ordre dans les campagnes, et, dans la nuit du mercredi 3, Fleurance fui envahie, à petit bruit, par les insurgés. Quelques heures avant le jour, les habitants paisibles furent éveillés par un bruit affreux. Quiconque ouvrait une fenêtre pour voir ce qui se passait, était immédiatement ajusté par les bandits qui remplissaient les rues. De tous côtés arrivaient des bandes qui grossissaient ce hideux rassemblement. Des fusils, des haches, des hauts-volants, des faux, des broches, des coutelas, des tranchets emmanchés de bâtons : telles étaient les armes de ces soldats de la jacquerie. Chacun était prisonnier chez soi. Impossible de se réunir pour résister. Dans la ville, il n'y avait que quelques gendarmes, que les insui*gés assiégeaient
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dans Unir c:iMTnC; à laquelle ils voulaienl mettre le feu, l^aire que ces braves militaires, sommés de rendre leurs aimes, avaient dit (|u*ils ne les lâcheraient que morU. On put cependant taiiv partir un couirier |M)urAuch et un autre pour Lectoure. G'ite dernière ville, étant LM*aucoup plus rapprochée, envoya p'us promptement des SiH:oui*s. xVu milieu de la journée, le sous- préfet Lacoste, le ju«;e-d*instruction, le greftier, le procureur de la Uêpubli(|ue , arrivaient a\ec quinze gendarmes S4MIS les onlres du lieutenant Guérin. Les insurgés sortiront pour les recevoir à Tentive de la ville; maïs la valeureuse cohorte s*élani:a à fond de train et se fit passjige jusqu'à la place, oii elle\int se raujzer sous le lialcon de la mairie. Les insurgés en\ironnaient ces braves. Deux de leui*s tambours étaient au premier rang. Le sous-préfet^ marchant àTun d*eux, lui arrache les baguettes, puis la caisse qu*il jette au loin. Vingt fu>ils le couchent en joue. Découvrant sa poitrine : « Frappe/, s écrie-t-il, frap|»i*z un magistrat sans défense! (>oye/-vous in*intimider ? C(*lui qui protège le bon ordre et l'humanité n*a rien à craindre; il n*y a que li*s misérables qui s'arment contre la société qui doi\ent trendiler... Frap|K.'/, \ous dis-je, je mourrai eo fais;uit mon de\oir. et \ous, on vous enverni au bagne a\ec les voleurs et les assassins! » Puis il commande i Tautre tandK)ur de faire un rouhunent. Cet liomnie hésite: » t)béiss<*/, lui dit le magistrat, ou je \ous passe n)on èpee au lra\ers du ciups! *» Alors, sublime s|>ectade. M. Lacoste fait le> trois sommations, et les insurgés.
dominés par cette audace du devoir, se séparent. Ce n'est pas assez pour le représentant de Tautorité: a Maintenant, dit-il, les barricades que vous avez construites, travaillez à les renverser. » Les insurgés obéissent encore. Que Ton compare la conduite de ces courageux magistrats à celle des représentants à la mairie du 10«.
Comme les insurgés travaillaient à la destruction de leurs barricades, un escadron de hussards, parti d'Auch, entrait dans Fleurance. Épouvantés, ils ont pris la fuite en jetant leurs armes. Beaucoup ont été arrêtés; mais, comme toujours, les chefs avaient fui des premiers. On cite parmi ceux-ci : Dupuy, Campan, Delas, Tarissant. Claoné, médecin, qui avait attaqué la mairie, les armes à la main, a été arrêté encore nanti de cartouches.
A Mirande, les troubles se manifestèrent dans la journée du 5. Cinq ou six mille insurgés s*emparèrent de la ville et firent prisonnières les autorités, notamment le sous-préfet qui fut blessé au cou, mais légèrement, d'un coup de pistolet. Une autorité révolutionnaire fut installée, composée de MM. Canteloup, \étérinaire, Adrien, Terrait, Passama et quelques autres. Ils tirent garder à vue les véritables fonctionnaires dans la prison de la ville, pillèrent la poudrière, firent diflerentes ré(|uisitions forcées, et distribuèrent à ceux qu'ils nommaient leurs soldats, des cartes, sorte de bons, sur les(|uels les habitants devaient leur délivrer ce dont ils auraient besoin. Les troupes disponibles à Âuch ne
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suffisiint pas pourchasser les insurgés* une colonne, partie de Toulouse, formée «ruiu^ compagnie du 66* de ligne el de d(»u\ |)ièces d'arlillerie, est entrée le 7 au soir à Mirande. Lors de l'arrivée de cette colonne et des autres troup(s« que h* préfet y a conduites* les insurgés avaient «piitté la ville après avoir détruit leurs harrir.i.drs. rrmis leurs prisoimiers on liberté, et même implore li'ur intercession |)rès du gouvernement. Ijl plupart des luenrurs ont pris la fuite; ce|HMidant les arrestations ont été nombreuses.
A Condom, le t». les choses se passiienl pres4]ue de la menu» mauièn*. La \ille, occupée par l'insurrection , vit aussi Trlahlissement d*unc administration insurrectionnelle; nuiis . connue ceux de Mirande, let insurgés, à la nouvelle «prun détachement marchait sur eux, se «lispersércnt. Ils rétahlin^nt eux-mômes* M. ('^unpaigno à la Sous -Prélecture. Les handes qui ont marché sur Aiich s<Mit parties de Vic-Fe/ens^ic, de Masseulu* et de Jcgun . (Ui les mairies ont été prises par les iiisurj^és. On cite le n)air( de Jegun, M. Jules Lasme/as* connut* avant montré la plus grande in* trepidité.
LoT-KT-<iARo\M-. — A Marmaude. à Villeneuve-d'Agen. rinsurreclion s^*^t manifestée de la (di^on la plus grave. Ls nouvrihs de Paris arrivèrent à Marmande le i au soir. Le sous-iuefet. M. Pelliue, donne ordre à i{uel«|ues brigades de g(*ndarmerie de se concentrer sur cette ville. Dans la matinée du mercrcili 3, quelques
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drapeaux furent arborés aux fenêtres ; les démagogues de la localité se mirent en mouvement, et beaucoup se répandirent dans la campagne, pour y donner le signal de Tinsurrection. Le soir, une séance tumultueuse du conseil municipal eut lieu ; on y laissa entrer les délégués du peuple, et, sous la pression qu'ils exercèrent, le conseil rendit un décret de déchéance contre le Président. Le maire, M. Dufour, qui a fait la plus honorable résistance, et un autre conseiller municipal, n'ont pas voulu signer ce décret, qui invitait la population de Marmande à défendre la Constitution les armes à la main. Le 4, des rassemblements nombreux avaient lieu dans les cafés, sur les places, et le sous-préfet fit publier l'invitation aux hommes d*ordre de se réunir, pour prêter leur concours à l'autorité. Cette demande du sous-préfet resta sans résultat. Une commission, dite municipale, s'était organisée, et était composée de MM. Vergues, avocat; Goyneau, avoué; Mouran , marchand de prunes; Bacarisse, avoué, et quelques autres. Pelit-Lafitte, Moreau , prirent part aux actes coupables commis dans Marmande. MM. Vergnes, Petit-Lafitlc et Moreau sommèrent le sous-préfet de dire s'il était pour le Président de la République, et lui demandèrent de résigner ses fonctions entre les mains .lu peuple. M. Pelline répondit qu'il ne reconnaissait comme son chef que le ministre de l'intérieur, et qu'il regardait tout ce qui se passait comme illégal. Le 5, envahissement de la Sous-Préfecture, nomination de Peyronny, chef d'escadron en retraite à
Miramont, au commandement de la garde nationale ; Seré-Lanauzc est nommé son lieutenant. Séquestration du sous-préfet dans son appartement. Ce fonctionnaire sort, malgré les consignes des sentinelles, et s'embarque dans une yole avec M. Joly, ingénieur des bords de la Garonne, pour aller chercher des secours à Bordeaux. Miramont avait fourni quatre cents hommes à Témeule. La commission révolutionnaire avait distribué toutes les armes destinées à la garde nationale. Plusieurs citoyens étaient gardés à vue, et d'autres étaient contraints à faire de la poudre, à fondre des balles et des boites à mitraille, car on espérait utiliser deux canons qui avaient été donnés à la ville pour le service de la garde nationale.
Après renvahisseracnt de la Sous-Préfecture, le souspréfet avait donné Tordre à M. Flayette, lieutenant de gendarmerie, de se retirer à Couthures avec ses gendarmes. Cet oftîcicr reçut dans la nuit celui de se replier jusque sur la Réole.
Le sous-préfet s'était rendu à Bordeaux près du général d'Arbouville, qui, n'osant pas immédiatement dégarnir cette ville, conseilla à M. Pelline de se rendre à la Réole où étaient les gendarmes , et d'y attendre les , secours qu'il lui enverrait. Le dimanche 7 , dans la soirée, le lieutenant Flayette reçut l'ordre de se porter à Couthures pour y favoriser le débarquement de cinq cents hommes de troupe de ligne envoyés de Bordeaux sur un bateau à vapeur. Cent chasseurs à cheval et une demi-batterie d'artillerie marchaient sur Mar-
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mande par la \oïe de terre. A quatre heures du matin, les insurgés, prévenus de l'arrivée des troupes, forcèrent leurs chefs à marcher à leur tête et prirent la route de Caslelnau. Peyronny , Seré-Lanauze , Vergnes, Gergerès et quelques autres, étaient de cette expédition. Arrivé à Sainte-Bazeille, Peyronny venait défaire prendre position à ses bandes, quand on entendit le bruit d'une troupe de cavalerie qui approchait ; c'était le lieutenant Flayette avec vingt-cinq gendarmes et le sous-préfet, se portant sur Couthures suivant Tordre qu'il en avait reçu. Au moment où *^ P^'^ ton s'avançait au trot, les gendarmes d'avant-garde ayant le sabre à la main, un commandement fait d'une voix fortement accentuée se fait entendre : Qui vive! un instant après : Qui vive, joue, feu ! Une terrible fusillade suit ce commandement, et plusieurs gendarmes tombent grièvement blessés. Les chevaux du lieutenant Flayette et du raaréchal-des-logis Gardelte s'affaissent. Les autres chevaux s'emportent, et le peloton se disperse. Gardelte et un autre gendarme restent gisants sur la route. Les insurgés s'approchent ; un nommé Prévost dit : « Qui est celui-là? On lui répond : — C'est un maréchal-des-logis qui est tué. — Tant pis, dit cet homme. — Mais il avait tiré sur nous? — Alors tant mieux, ajoute Prévost, il faut lejeter dansun fossé.» Un nommé Masson frappe Gardctte de deux coups de sabre: « Lâche, lui dit Gardette, » Masson lui porte un troi- Même coup de sabre. Un autre insurgé, nommé Mazumet, avait une broche qu'il enfonce entre les flancs du
blessé. Alors Ganiette fît le mort. On se mit à le dépouiller ; quand on lui prit son sabre, il fil un mouvement. On lui donna encore un coup de sabre. Nous citerons textuellement les paroles de Peyronny lui-même devant le conseil de guerre : « Je proteste que j'ignorais toutes ces atrocitiSi ; il n*y a que la canaille qui puisse agir ainsi ; et <|uand on voit que ce sont des Français . il est impossible de ne pas être saisi d'horreur et d'indignation. » Bientôt, ayant appris que la troupe avait débarquée les insurgés se débandèrent. Pevronnv et les autres chefs durent chercher leur salut dans la fuit«'. Quant au sous-préfet, il parvint à rallier une douzaine d*honnnes et rentra avec eux à Marman<ie.
Le lieutenant, de son côté, retrouvait quelques-uns de ses soldats à Sainte-lkizeille , et , conduit par un pays^in sur 1rs bords de la Garonne, y apprenait que la trou|H' de ligne venait de débim|uer. Il la rejoignait à Sainte-Ri/eille. Les troupes entrèrent sans difticulté à Marniande.
.\insi, cette \ille demeura au |>ouvoir des insurgés depuis le 3 au soir jus<prà la matinée du lundi H. Le procureur de la République était, pendant tout ce t(*mps-là, resté bra\enient à son poste.
Le 18 déceud)re au matin, Pevronnv et Seré-Lanauze ont été arrêtés sur un bateau en descendant la Donlogne pour s'emlKirquer, au bas de la rivière, sur un navire en |Kirtance |K>ur l'étranger. On les a ooih duits à Bordeaux , où un conseil de guerre a coadamoè
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Peyronny à la déportation et à la dégradation comme chevalier de la Légion d'honneur. Le 1 4, par le bateau à vapeur^ déjà trente prisonniers étaient arrivés de Marmande.
A Villeneuve-d'Agen, les insurgés s'étaient aussi emparés de la ville et y avaient, comme à Marmande, installé une autorité révolutionnaire. Le sous-préfet et le président du tribunal s'étaient retirés à Tabbaye d'Eysses, sous la protection de deux compagnies du 17* qui gardent la maison centrale. Nous empruntons le récit suivant au Journal de Lot-et-Garonne, du 15 :
«Le samedi 13, les colonnes expéditionnaires, ayant en tête le préfet de Lot-et-Garonne, ont fait leur entrée dans la ville. Un peloton de vingt gendarmes, sous les ordres du brave commandant Poterlet, entré le premier à Villeneuve, fut reçu par les habitants d'une façon assez malveillante; mais l'énergique attitude de la gendarmerie et Tallocution plus énergique encore du commandant à la foule, imposèrent silence à cet essai de démonstration.
« Une demi-heure après, Pinfanlerie, la cavalerie, Tartillerie arrivaient dans toutes les directions, et le calme se rétablissait par enchantement.
« Le préfet de Lot-et-Garonne avait un grand acte de réparation à accomplir. Escorté d'un détachement de chasseurs, il s'est rendu à l'abbaye d'Eysses, où le sous-préfet et plusieurs des autorités avaient dû se réfugier. Chassé de Villeneuve par la violence, le sous-préfet y est rentré avec les honneurs dus à l'autorité.
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«< Le préfet s'est empressé de premlre toutes les mesures (le sûreté que commandaient les circonstances. Tous les clul)s, cabarets et autres réunions socialistes ont été fermés et gardés par la troujHî. Quarante mandats (ramener ont été lanc(*s ; mais, conmieon le pense bien, la commissi(m municipale et toutes les autorités pn»\iMiires a\aient pris la volée au son du tamtH)ur, et Ton a |Mi seulement ramass(*r une douzaine de personnes.
« Quant aux Dubruel, aux Pbilips, aux Brondeau, et autres premiers suj(»ts de ce gouvernement pour rire, qui se permettait de destituer les fonctionnaires, d'arrêter les courriei"s et de mettre les caisses publiques sous le séquestre, on est à leur poursuit(*, et bientôt, sans doute, ils rendr(»nt compte au conseil de guerre de leur conduite pendant ces tristes journées.
« Quelques habitants, ayant misidistacle auxré(|uisitions frappées pour la nourriture et le logement des troupes, les soldats ont été logés militairement chez les récalcitrants.
« DixerM's autres mesures d'ordre ont été pr^îscriles par le préfet avec une pronq>titudc et une vigueur re« nianpiables.
« IsQ plus difTicilc a été de si' procurer un maire. Des démarch(*s ont été faites auprès de plusieurs habitant^ de Villeneuve, restés fidèles à la bonne cause. Aucun ifa voulu encourir la responsabilité municipale. Le préfet alors a pris un moyen héroïque, il a fait venir trois conducteurs des ponts-et-chaussécs, dont les
principes el la conduite étaient des plus satisfaisants, et il les a nommés maire et adjoints.
a Hier matin, le calme le plus profond régnait dans cette ville, la veille insurgée. Le préfet est rentré à Âgen. »
La ville de Clairac voulut aussi avoir sa part dans les troubles du département. Le maire, M. Audebert, fit afficher une proclamation qui mettait le Président hors la loi. Mais dès qu'on eut appris la mise en état de siège du département , le calme se rétablit.
Haute-Garonne. — Le mercredi 3, au soir, on a affiché à Toulouse la dépêche télégraphique annonçant la dissolution de TÂssemblée. La municipalité est restée en permanence une partie de la nuit. Les troupes ont été consignées, et la place du Capitole occupée par un piquet de cavalerie. A dix heures du soir, rue de la Pomme, où se trouvent les bureaux de V Émancipation ^ et sur la place du Capitole, des groupes nombreux commencent à se former, ils sont très-animés et présentent une physionomie des plus hostiles. Bientôt ils se dispersent, la manifestation a été contremandée.
A deux heures du soir, le lendemain , on arrive de tous les côtés sur la place en criant : « Vive la République ! vive la Constitution ! » Une demi-heure après, M. de Forgeinolles , capitaine d'état-major du général ReviMi, se présente pour passer au milieu de la foule. Il est rt'çu à coups de pierres et aux cris de : « Vive la Ré-
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publique ! » Alors il tire son sabre et veut avancer. Un individu tire un coup de pistolet sur lui et le manque. Aussitôt les curieux prennent la fuite. Un instant après, le f.énéral, le procureur général , le maire et quelques consi'illers municipaux « arrivent avec Tartillerie à cheval et se ran^'cnt devant de nombreuses troupes d'infanterie (|ui ékiient en bataille sur la place du Capitule. Les autorités font les trois sonnnations, et la cavalerie charge au galop sur la foule, qui se di$pers4\
Le même jour 4, les deux journaux I* Emanci/Mition Civilisaiion publiaient une protestation qui invitait le peuple à se lever |>our la défense de la Constitution, et déclarait le Président déchu.
La proclamation suivante a été aflichée :
\\i\ lialiitaiiU (!<' la HaiitMàarunmr,
Ia> ^i;/iiaUiro> (k- la priHlaiiiatinn iiuvmliaire, pu M ici* aujourd'hui [tir rKmanctjHitiuH vi la Civilisation^ niit t'tc arié:t>, t'I la cuur d*appe| iti'T<Hil«»iiM'« >ur li*> rt'(|iii>itiiinsilu prucurfurgûiiéral, vient irêviN|uer, ce xiir iiiruii', la cou iiai>«anc«.' «lerrUi* atVain', i|ualitiéi* roui plut, avant p4»ur hut (IVxritiT U'^ habitante à la ^mjitiv civile, ainsi i|uo do la triit.iti\r «l'.b«M>^iiiat ili>iit M. «if Fiir^'cinulU*<«, rapitaine aid*'-do-camp lie M. Ir ^'rnei.il rniiiiiiaiidant la di\i>îun, a été rulijel aujourd'hui.
ïj'- oiiniiii^siire> inst moteur!» sont : M. le premier président cC MM. 1« s i-iinstillris Tarroui et llenal.
l.i'> ai ic>tati«iiiH i>iit ete op<*nr> iian^ résistance. Toulouse jouit de* piii> ce iiioiii* lit tif la plu> fcrande trani|iiillite.
b-s aut4»rite> ci\ilt> et militaires Mjnt m nie>ure de ré priaK*r toute nouvelle tentative de dL*Siirdie.
Toulouse, le \ décembre 1H5I.
Le préfet de la Hauie^Garimnê,
Ptirmi.
L'individu qui a tiré sur M. de Forgemolles est en état d'arrestation.
Grâce à l'énergie des autorités, et surtout aux mesures prescrites et habilement dirigées par M. le préfet Piétri, l'ordre n'a pas été troublé davantage à Toulouse.
Haute-Vienne. — La proclamation du préfet de ce département contient le récit des désordres qui l'ont affligé. Nous la citerons en entier :
Le préfet, aux habitants de la Haute-Vienne,
I><*s anarchistes s'étaient portés dans les communes rurales pour y semer Talarmc. Déjà ils proféraient d'effroyables clameurs; ils sonnaient le tocsin , prélude de tant de crimes. Ils couraient à travers les campagnes, armés de fusils, de haches , de fourches et de faux. Leur nombre s'élevait à près de cent cinquante.
Aussitôt que cette nouvelle est parvenue à la connaissance de Tautorité , il a été envoyé de Limoges cinquante hussards et six gendarmes, sous la direction du commissaire central. Le détachement a atteint h s anarchistes à Linards et les a immédiatement mis en déroute. Trois coups de feu sont partis de la bande sur les hussards. Ceux-ci ont riposlé par une vigoureuse décharge. Sept insurgés ont été blesdés, dont deux assez gravement à la tète.
Le sergent de ville Blanchard en a blessé un autre d'un coup de sabre, au moment où il couchait en joue un militaire.
M. Hucliaud, curé de Saint-Bonnet, a marché contre ces brigands à la tête de vingt-deux paysans armés pour la défense de Tordre. Ce brave et digne ecclésiastique n'a pas p«ili devant un canon de fusil tourné contre lui ; il a donné un de ces nobles exemples de courage auxquels applaudira tout homme qui porte un cœur élevé.
Le rapport du commissaire central, dalé du 6, à neuf heures du soir, me fait connaître qu'on a opéré trente arrestations et que ce matin on doit en faire de nouvelles. On a saisi des fusils, des balles, àeé cartouches, des couteaux-poignards.
b*s Ini^stids, la freiulamicrii* ont déployé une grande énergie. Le niiniii.tiiiLiiit tlii ilrtai'liniit'iit, le lieiiti>naiit Rmôvr, a mniitrc une lAtn'iii'- \ii:iii'ni' <t iiiif .-ulinir.iltli' iiitn'piditi!' dans raUai]ii<'.
M. It' tMnimi<«*:airi' central a a^i avi*c btMiirotip île i «voulut ion et de baiiK'-rr«>iil,it il il rniidiiil n'tti'allairi' avec une (icti%ité qui m a a§*
>'irr 11" -Uii t*>.
H,U'»n*-n«'ii- «r.ijinitiT «pu- l'.ipp»! à raiiarchir i*st n'iMiu.W* par la (tr^-^'iMinli- in.tjiiiiti' ilt'olii.ivr^ h.ihitaiits des camp.igno, <|iii \eulent r«irdir. l.i p.ii\ it li> travail, «'t non la s|H)liHtion et le brigandage.
An-^M ai niiillait-tiM av<T s\iii|katliic It* détachement qui !ie portait à la p • M^iiitf il. -* iii^ur^'i ^.
Si «iih jipii-^ iiii^tTaM* ^ ir%aitnt un lHitilr\ri*M*ni«*nt anarchii|ue flan- ii'itir p-tN-*. \'\ vi.LMiirt'iiM* M'prf^'^inii i|ii«' cette tenlatîvt» virntde sulm. !•-« tiiibl tiniiatMii'* <pii ri-app«Ti»nt liit'ntôt les rniipaldes , en pii-\i< iiilimil a )aiiiai^ li> rcdnir.
M. 1«' pi«H iiii-'ir «11- la Ki'piiMiipie rt M. If jii^^* irinstriirtion soal partie lu* r •••ir, aerMinp.iL'nis di- i|ii«'li|iirs {?i'ndariiK*s, |M>ur suivie rniMnicti'tn *\r rv mniniiiircnH-nt d*iine véritalde jaei|uerie, qui aurait pn ili \rNii u'iavi* >i t-llc ira\iit été pmmptfnient et éiierj^iquenn nt it'priun't .
K. m: Mkm^k.
I.iiiiu^'e^, It- T dfd iiilirc is.'il, a su lu'ures du matin.
Cv n'rsl t|irà Tattilude \i|:(»urHisr de ses autorités, iiotainincnl du \nv(v{ . M. dt* Meiitquc, du g(*m'*ral de Snllit*i*>. mininaiidaiit la sid)di\ision , du général Lu- ^iiut« cul(Hu*l <it* la caille nationale , que Limoges a dû de lu* pas éliv atta(|iiée par les hrigaiids, qui avaient pour l)iit la ruiiii* de la suciété, le meurtre et le pillage.
l)esari'(^tatioiis im|iurlaiites uni été faites. Konneîx, eahatvlier. plaee de la Mairie, T un des chefs de la l>aiidr t|iji N*e>t |mrt(T >ur Ifs communes de S;iint-Bon- Ufl 1 1 dr Liiiaitls, a clé arrête par le maire et les liabi-
tanls de Saint-Vitte au moulin de Cuzzac. Il a fallu lui lier les membres pour pouvoir le conduire à Saint- Yrieix. Ce forcené appelait le peuple à son secours. Cétait à lui qu'était échue la mission de soulever les communes de Saint-Germain, Vicq elGIanges.
Les gendarmes de Nexon ont arrêté dans ce canton trois individus de Limoges : les sieurs Paquet, corroyeur, Barry, menuisier, et Thomas , cafetier, qui le parcouraient pour soulever la population.
« Comme un grand nombre de villes, Bellac a eu son complot, ses rassemblements armés dans les campagnes, et ses bandes organisées pour le pillage , sous l'inspiration de meneurs qui sont en ce moment arrêtés ou enr fuite.
« Une explosion devait avoir lieu, dans tout l'arrondissement , pendant la nuit du 5 au 6, et fortifier Tinsurrection projetée à Limoges. Sur plusieurs points, des bandes se sont formées pour marcher sur Bellac, qui, disait-on , était en feu. Une colonne de pillards, armés de fusils, de faux, de fourches et de bâtons, est venue même aux portes de la ville.
« Grâce aux mesures énergiques combinées entre M. 1)oé, sous-préfet, et M. Bertrand, procureur de la République, parfaitement secondes par M. Simon, commandant de la gendarmerie , dont toutes les forces niiiilaires étaient réunies au chef-lieu, le plan des pillards a échoué. Une partie des meneurs a été arrêtée , d*autres ont pris la fuite.
« Sur un point éloigné de l'arrondissement , à Lus-
sac-lf;s-fl^His^;^, une hanrie a arrêté un courrier porteir des dé[)èches , l'a rlépooillé et maltraité. Le procureur de la Itépnhiiqiie s'y est transporté sur-le-champ , escorté d'une Force imposanie. Six nouvelles arrestations ont (rlé Ofiérécs.
a O^ mouvements partiels se rattachaient à un plan général qui embrassait tout le département de la Haute- Vienne. I^cour de Limoges a évoqué Taflaire. Fendant toute cette semaine, MM. Larombière, substitut de M^ procureur général, et Désiles^ conseiller^ assistés du procureur de la République et de M. Talandier, substitut, ont entendu de nombreux, témeins. Vingt-* cinq. nouvelles arrestations ont été ordonnées, entre autres celle d'un ancien prêtre catholique devenu prêtes* tant, de M. Frichon^ frère de l'ancien représentant. La vigueur des magistrats a rassuré le pays. » (Lettre insérée dans le Comtiiulionnel du 23 décembre.)
Le conseil municipal de Limoges, reconnaissant des services rendus par le préfet , M. de Mentque , par le général Solliers et par le colonel de la garde nationale ^ général Lugnot, a décidé qu'une épée d'honneur serait ofierte ù chacun des deux premiers, et que le portrait du dernier serait placé au musée de la ville*
De son côté, la garde nationale a ouvert une sousfcription pour qu'une seconde épée d'honneur fût offerte: à M. de Menl(|ue. De pareils hommages honorent à la fois ceux ({ui les offrent et ceux qui en sont l'objet.
BAssi£2i*ALB«9« — Si la Nièvre, et le Jura^ootÀireven-
diquer le triste privilège d'avoir surpassé tous les autres départements insurgés dans les horreurs et les abominations de la jacquerie, celui des Basses- A!pes peut revendiquer celui d'avoir été le siège d'une des insurrections les plus formidables. Dans ce département , Ix)ngomazino, Gent et leurs autres complices, avaient immensément recruté pour les sociétés secrètes. Le caractère provençal, qui est celui des habitants des Basses-Âlpes , surtout dans les parties inférieures du département, se prêtait merveilleusement à receyoir les doctrines du socialisme. Les habitants de ce pays sont prompts à agir et réfléchissent peu. Ils sont colères, fiers, égoïstes et cruels. Esprits brillants, tètes inflammables , ils sont aptes aux choses d'imagination, mais ils approfondissent peu. Le jugement leur fait presque toujours défaut. Ils aiment la nouveauté, l'extraordinaire et vont tout d'un coup aux extrêmes. Ils sont fougueux en tout et détestent ce qui est sage, modéré, réfléchi. Leur littérature prouve ce que nous avançons. Est-il rien d*audacieux, de satirique comme Barthélémy et Méry ? Peut-on trouver un écrivain plus acre et plus emporté dans sa franchise, souvent irréfléchie, que Rabbe ? Est-il un historien qui soit plus prompt à blâmer les opinions timides et plus rapide à exagérer les théories hasardées que Thîers?
Presque totis les habitants des campagnes avaient été affiliés aux sociétés secrètes. On leur avait montré, comme application immédiate de la doctrine socialiste, le partage des biens, la suppression de la bourgeoisie.
2 o HISTiHRE
chosi'S <|irils comprenaient tri-s-bien et qui alléchaient leurs convoitises, leurs rancunes de fierté Messéc ; puis la régénération sociale, grand mot vide de sens, 4|u*ils Taisaient sémillant de comprendre et qui flattait leur vanité naturelle. (le département, comme tous ceux du midi. princi|>alement ceux du Var, de Vaucluse, de la Drome, des nouclies-du-Rlione, de rilérault, etc., était prêt à se lever en masse au premier signal. Il est bien certain aujourd'hui , métne pour les optimistes iraxant le i décembre, que, si ce coup providentiel et sauveur n*eiit été Frappé par Louis-Napoléon , tout le midi de la France s'insurgeait, se levait sous Tétendard du S4>cialismt* rouvre.
Kntre Lyon et Marseille, tout le pays était infecte de •ri liisnu'. (j'S <leu\ >illes étaient deux fovers d'où les ru'lis secrètes ravonnaient incessanunenl. A Mar- ,\\\i\ ({ueltiiu* temps avant le i décembre, dans une réuiii(»n démagogique et sociale. Buisson, conseiller général du canton <ie Manos4pie et l'un di*s chefs de la jaci}uerie des Itasses-Alpes. disait, au nom des bandes, aux conspirateurs réunis: « Nous sommes prêts; nous nous lèverons au premier coup de sifilot. o Grâce à ce Ituissun peut-être, Manosque, chef-lieu de canton dans rarrondis>ement de Forcalquier, axait été choisi comme centre de ré>olte.
Dans lec.munenî'inK'ut du c!iapilre, Itisurrcction de Paris, nous si;:nalions le départ de la capitale d'un certain nornbre de mi'neurs, de chefs démagogues pour la |»ro\ince. Or, ! ' rapport des autorités du département
des Basses- Alpes au ministre de Fintérieur constate que le 4^ avant Tarrivée des dépêches télégraphiques à Forcalquier, des meneurs parcouraient déjà les campagnes, annonçant les événements de Paris et invitant les habitants à s'insurger. Il ne faut pas trouver ce fait extraordinaire. Tout bien calculé, quelqu'un, parti de Paris le 2 au matin, pouvait être rendu à Avignon le 4 au matin et gagner en quelques heures, à cheval, l'arrondissement de Forcalquier dans les Basses-Alpes. Les moyens de transport qu'on a maintenant permettent cette vitesse vraiment miraculeuse.
Le jeudi 4 décembre, c'était foire à Maunes. Ce fut là qu'on donna le mot d'ordre de la révolte. Les démagogues des communes voisines s'y trouvaient réunis, et, dès le soir, transmirent les ordres des chefs dans leurs localités respectives.
Escoffier, horloger à Forcalquier, chef militaire de l'insurrection dans l'arrondissement ; Debout, avocat dans la même ville; Noël Pascal, instituteur révoqué, se donnèrent rendez-vous près de la ville, et parcoururent, pour les soulever, les villages de Lurs , de Peyruis, d'Ongles, de Dauphin, de Pierrerue, de la Brillanne, proches de Forcalquier.
Dès le lendemain 5, au matin, le tocsin, qui n'avait cessé de sonner, avait réuni des insurgés en très-grand nombre. Ils s'emparèrent de la mairie de Dauphin, malgré la résistance énergique que leur opposa l'adjoint Morel. Les armes destinées à la garde nationale furent prises.