‹ Histoire d'un coup d'état (décembre 1851) d'après les documents authentiques, les pièces officelles et les renseignements intimesChapitre 23 sur 40 · S HISTOIRE · texte numérisé non relu

S HISTOIRE

A Manosquo, Buisson, qui était en correspODdance incessante avec les démagogues de Marseille, attendait que cette ville se déclarât. Il savait que le département des Basses-Alpes manquant de troupes, les forces de l'insurrection y seraient plus que suffisantes, et il voulait se porter avec son contingent sur le chef-lieu des Bouches-du-Rhône. Dans la matinée, il fut instruit que les cxcellcnlcs mesures prises dans cette ville par les autorités la maintenaient dans le devoir. Alors il se décida à se joindre aux autres insurgés de l'arrondissement pour marcher sur Forcalquicr. Le plan était de s'emparer d'abord de celte sous-préfeclure, pour, de là, se porter sur Digne, sur Apt, et donner ensuite la main aux insurrections des départements voisins.

Le sous-préfet, M. Paillard, ne pouvait disposer qi;ie de quelques brigades de gendarmerie tout à fait insuiffisantes pour résister à une insurrection formidable. Il fit un appel aux hommes de bonne volonté, qui, le soir du 5, se réunirent à la Sous-Préfecture, au nom)>re d'environ trente. Comme rien n'annonçait que les insurgés dussent venir soudainement, on se sépara à dix heures du soir avec promesse de se réunir une heure plus tard. Mais pendant ce temps-là, les insurgés s'fivançaient. Un formidable contingent, fourni par le Dauphin, Manosquc, Maunes et Forcalquier lui-même, marchait sur cette ville. Une autre colonne, trè&-nombreuse aussi, arrivait par la route de Banon. Une troisième, formée des habitants de Peyruis, Lurs et Pierrerue, venait de son côté. La jonction s'opéra hors de la

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TilIc, cl bientôt le bruit du tambour annonça que les soldats de la jacquerie approchaient.

I^ moment était solennel; M.'Paulmier, substitut, et les gendarmes, étaient allés en toute hâte requérir les gardes nationaux. Quatre seulement et un officier répondirent à cet appel. Impossible de résister à cette terrible invasion. Que va faire le magistrat qui représente l'autorité, et qui, devant de tels ennemis, représente, il faut bien le dire aussi, la société? On lui conseille de fuir. « Je mourrai à mon poste! dit-il, mais je ne fuirai pas. » Ce courageux fonctionnaire voulait, en affrontant ainsi Témeute, qu'il ne fut pas dit que le principe d'autorité reculât devant la violence, devantes hordes de l'anarchie. Dût-il verser son sang, il voulait accomplir son devoir. Si l'émeute le tuait , elle prenait ainsi sa vraie signification devant tous les honnêtes gens.

Bientôt 'la colonne débouche sur la place de la 'Sous- Préfecture. Deux raille quatre cents insurgés environ viennent se ranger en bataille sur huit rangs devant ce monument. Tous ont au bras des rubans rouges, ainsi qu'à leurs chapeaux. La plupart sont armés de fusris, puis les autres de tout ce (|ui peut couper, percer ou assommcM'. On sait que les paysans ont des armes terribles : leurs faux, leurs croissants, leurs piques, leurs haches; puis les fourches, si dangereuses dans leurs mains.

C'était une bande formidable à voir, avec ses armes révolutionnaires et \a quasi-discipline à laquelle elte

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olxMssait. Lr soiis-profet se plaija sur si»ii balcon avec son cVliarpo. An comniandc^ment <iu chef Kscoffier, qui cria : n Montagnards, halte! » la bande s*arnMa, et lui, s*avanranl sous les fenêtres : « (litoyen sous préfet, (lit-il, la Constitution est violée! Bonaparte est un traitn»! vous êtes déchus tous les deux! » ^Textuel.) « (liloyns. on vous lroni|H' ! «lit le sous-préfet, le Présiilent a rétabli le suiïrage universel. • Des vociférations couvrent sa voix. «Si vous venez nrassassiner, reprit le ruura^eux fonctioiuiaire en «lécouvrant sa |k>îtrine, frappe/! »> Des fusils s*abaissérent. Buisson, le chef de ceux de Manos(|ue. k*s releva. I/avocat Del>out, et Taillandier, serrurier, encoura*:eaient, au contraire, les assiissins. « Le |>eu|>lc ne >eut pas votre mort, dit Escollier, mais \ntre châtiment. D'^Ni^endez , rendezvous! — Je ne me rendrai pas! — t)n va enfoncer votre porl«'! — Knionrez! Je ne coderai tju'à la violence!» Alors le sons-préfet \a demander aux quelques défenseurs qu'il a autour <lr lui s*ils veulent résister. Sur leur n'Ius, il desrend. Déjà on brisait la porte à coups de marteau dr charron. « .Me voici! dit-il. h On le conduit à i>col1i«T« qui, vt yant cr grand courage, le prend sous sii proirction. .Maigre cela, les forcenés qui Tentouri'nt lui arrachant si croix, lui donnent des coups de crosse, \v frapi^'ut avec <les sîdirrs non aiguisés, qui le meurtrissent. Il re<;(»it dans la cuisse droite un coup de baï(»nnetle. qui coupe une artère. Kscofiier le cou* vrail de son corps. Il |mrvient à Tarracheraux nicissa-* creurs et le con<luit en prison. Quelque tem|)s après.

M. Paulmier, le substitut, y arrivait aussi, tout meurtri des coups de crosse que lui avaient donnés ces brigands. Buisson et Godefroy, un autre chef des insurgés, l'avaiAt protégé. Des gendarmes aussi furent amenés. Escoffier envoya chercher un médecin pour soigner le sous-préfet. Il paraissait navré que ses hommes eussent commis de semblables attentats. Après avoir accompli ce devoir d'humanité, Escoffier s'en va retrouver ses bandes.

Un instant après son départ, le bruit se répand qu'une compagnie de la ligne, de passage à Forcalquier, et partie le matin, fait un retour offensif sur la ville. Ceux de Manosque, bandits qui sont depuis longtemps affilies à ceux de Marseille, se précipitent sur la prison, s'emparent des magistrats captifs, sous prétexte de les conduire à Manosque, mais en fait pour les massacrer en route. On met les menottes et la chaîne au cou à M. Paillard, et on veut forcer le sous-préfet à marcher. En vain le médecin, en vain le chef Godefroy, disent à ces barbares : « Mais vous voyez bien (|ue cet homme ne peut pas marcher, horriblement blessé comme il Test. Voyez, il perd des flots de sang! — Il marchera! répondent- ils, ou bien nous le massacrons sur place! » Le malheureux sous-préfet dut se mettre en chemin. Ils lui ont fait faire ainsi six kilomètres. On prit le chemin de Manosque. Godefroy, voyant (ju'on voulait se dt^faire des prisonniers, voulut accompagner la bande i)Our les protéger. En route, les insurgés disaient en patois : a Tu auras beau faire, ce soir ils au-

ront la corde au cou, et c'est toi qui tireras dessus, Godefroy. »

On arrivait au village des Encontres, auand on enlendit le galop d'un cheval : c'était Esconier, qui arrivait à bride abattue. S'ctant aperçu qu'on avait enlevé les prisonniers, et soupçonnant bien ce qu'on en voulait faire, il venait, espérant arriver à temps pour les sauver. Il fit monter M. Paillard sur son cheval et le conduisit, toujoui*s escorté de la bande d'assassins, au village des Enconircs, où il le fit mettre dans une chambre sur un matelas. En s'y plaçant, le blessé s'aflaissa et perdit connaissance. Il avait énormément perdu de sang. Escoffier pleurait en donnant des soins à M. Paillard. Il alla lui-môme lui chercher un peu d'eau-devie pour relever ses forces. Quand le blessé revînt à lui, il entendit un des bandits, qui s'était placé de faction dans sa chambre, dire : « Il joue la comédie. >»

Escoffier obtint, à force de prières, d'exhortations et de menaces, de faire partir sa bande et de laisser M. Paulmier pour soigner le blessé. Mais une autre bande de Manosquins étant survenue, ce chef ne put pas empêcher qu'on emmenât M. Paulmier.

Vingt-quatre heures après, le sous-préfet put être transporté à Avignon , où des soins lui furent prodigués. H eut le courage d'adresser au ministre un rapport circonstancié des événements, mais dans cette rédaction ses forces le trahirent comme dans sa lutte sublime. Ce rapport n'est pas terminé. Brusquement interrompu , il annonce sans doute que le héros du

devoir avait écouté, en récrivant, son courage plutôt que consulté ses forces.

Escoffîer, à vous maintenant, nous ne passerons pas outre sans tous féliciter et sans vous plaindre. Sans vous féliciter, car vous vous êtes repenti ; vous avez pleuré sur cet homme héroïque, martyr de son devoir; vous vous êtes dévoué pour le sauver. Sans vous plaindre , car votre place n'était pas avec les assassins et les Imndits, vous deviez être parmi lesdéfenseurs de Tordre. Quelques hommes comme vous, autour d'un homme comme lui , cela eût suffi peut-être pour empêcher le triomphe du désordre, pour éviter des crimes et des hontes à rhumanité. Pour ceux qui n'étaient qu'égarés, quelle leçon ! quels remords!

EscofTier, avec ses bandes, retourna vers Forcalquier, où l'on se concentrait pour marcher sur Digne. Que faut-il donc pour arracher un homme à ses voies criminelles ! Ce chef d'insurgés , nous le retrouverons à Digne , faisant partie de h municipalité insurrectionnelle. DcVidément il est coupable. ApK^s les pages précédentes, il nous en coûte d'être forcé d'écrire celle ligne de condamnation.

De tous cêtés, les bandes d'insurgés venaient grossir le rassemblement à Forcalquier. A Banon , à Reillanne, àSiiint-i'Ltirnne-des-Orgues, les habitants repoussèrent les insurgés à main armée.

L'arrondissement de Sisteron ne tarda pas à suivre l'exemple de celui de Forcalquier. Le vendredi 5, on f agitait dans la plupart des communes voisines de Sis-

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Utoii. Los déma{;ogii»*s do la ville ôtaionl sur pied. Le snus-prôl'ol fil lUTolorruii d'eux, le sieur Fêrcdoux fiU, qui était si^naU^couiiue un des moueurs les plus exaltés. Dos li.'iiulos ne tardèrent |)as à aceourir de tous les environs, v\ niôiu*? do certains oantons des Hautes-Alpes. On sait que la \illo deSistoron est presque sur les limitn dos deux dé|»arti'nionls. <iu ooté du canton <\e Riliier», <laiis les Hau(o>-Al|)os, cpii fut un dos plus ardents k s^iiiNur^'i-r. N'ayant que des forces complètement insuffisantes |ii>ur résister aux l>andes insurroclionnellesconsidéral»l«*s qui envahissaient Sistenui , le sous-préfet se réfii^iia dans la citadelle, où il se maintint, avec à peu prés quatro-\in<:ts jeunes recrues, jus«|u'â Farriu^e des forces qui furent envoyées contre les insurgés.

A l'entrée des bandes, le conseil niunici|)al dut se retirer «*t faire plan* à une nnniicipalité [irovisoire, dans laquelle entreront Férêdoux , qu'on lit sortir de prison. un iionnné Hayniouil et queli|Uo> autres, choisis parmi les socialistes de la localité. M. Bianquart de Itailleul . s<»us-pivret de Sistoron , s'est parfaitt^mont conduit durant r<*s éNéiirnients déplorahlos. Plusieurs fois sommé lie reniln- l;« ritadolle. par les in>ur^és qui occu|Mienl Sisteron , au noinliro d*envin)n quinze cents ou deux mill«\ il ri*fus;i éniT^Mfpiemont et sut même inspirer une toilt* crainte par l'attitude qu'il |)rit , que, quoique les insurges aii*nt occupé la \ille pendant cinq jours, h-s pi'i-sonnos et h's pnqtriétt's y furent respectées.

(l'est ainsi ipie marcha le soulèvement . dans les journtVs du i et du -i . «lans le département d(*s Basse*-

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Alpes ; mais bientôt il devint général , et se montra partout. Contre cette levée en masse de l'insurrection, il était matériellement impossible de résister. Le département n'avait pas de troupes, ou plutôt ce qu'il avait ne pouvait pas compter. On ne pouvait pas mettre trois cents hommes en ligne , y compris la compagnie hors rang du 25^ léger. Tout ce qui était en dehors de cette compagnie se composait de conscrits nouvellement arrivés de Bretagne, et ne sachant pas manier leurs armei;. Quant aux gardes nationaux , il ne fallait nullement espérer en leur concours, car il aurait été plus dangereux qu'utile. Presque partout les brigades de gendarmerie avaient été surprises et enlevées. Quand éclata cette formidable insurrection, le dépôt était en marche pour se rendre à Nimes , et les compagnies étaient disséminées. Toutes les forces réunies, il eût encore été bien difTicile de résister.

Ce fut de Forcalquier et de Manosque que les insurgés se mirent en mouvement pour marcher sur Digne. Us étaient au nombre de douze ou quinze mille. La nouvelle en arriva à la Préfecture dans la soirée du 5 décembre. Le préfet se hâta de concentrer les quelques brigades de gendarmerie encore disponibles dans les environs. Ainsi que nous Tavons vu, une compagnie, partir de Forcalquier pour Digne, faisait un retour offensif sur ce foyer de Tinsurreclion : ordre lui fut expédié de revenir à Digne. Le préfet fit partir des courriers pour prévenir à Aix et à Marseille de la situation du d^paitemeul. L*un d'eux, fouillé huit fois en route.

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arrive lUMiimoins • à forco «l'adn^se ol de présence (l'espril, vi |Kirvient à Mai^eille.

PciMiaiit ce temps-là , le préfet faisait arrêter à Digne plusieurs des principaux démagogues « et notamment Charles Coite, avocat.

Le <», à huit henn^ du matin , les autorités, connais s^int res|)rit <le la «:arde nationale, décident (|u*elle ne sera pas convoquée. Dans la journée « ohsédé par les demandt*s <|ui lui arrivent de tous eûtes , le préfet consent à laiss«*r sortir de prison Tavocat Charles G»lte , ainsi que les autres prisonniers. Le soir, on fut prt>vena de rapproche des Imndt-s insurrectionnelles. Iteaucoup d'habitants supplient le préfet décéder, pour éviter le sac de la ville ; il refuse, et déclare que son devoir lui conunan<ie de résister |>ar tous les moyens en sim pouvoir.

Qiioi(|u«' la «larde nationale n'eiU pas été convo(|uée, elle se réunit à <li\ heures du soir, et se rangea sur la place de la casiTiie en chantant la Marseillaine et en criant : Vive la rouge! vive Ut Rêpubliqtu: dénwcraiiqm vi sociale! Incidemment les sohials allaient être pris entre deux feux : les insurgés du dehors et les insurgés du dedans allaient se réunir pour les attaquer. 1^ pr^ fet n*unit les chefs militaires en conseil de guerre , pour délilHMer sur ce<|u*il convenait de faire. D'un commun accord , il est reconnu <pi*on ne peut pas défendre la ville avec tn)is cents jeunes recrues, qui n'ont aucunement Texp^Tience du métier des armes, et surtout fous un feu double. 1^ préfet propesa de faire une retreile

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militaire ^ et de se retirer en se défendant pied à pied ; mais le major commandant ayant déclaré qu'il resterait dans sa caserne pour imposer aux insurgés , et protéger ainsi la ville, il dut se retirer, et gagna le fort de Seyne, où il resta deux jours. Il avait écril au préfet des Hautes-* Alpes pour l'informer de ce qui se passait et lui demander du secours.

Les insurgés , à leur entrée dans Digne , organisèrent une municipalité provisoire, de laquelle Escofiîer faisait partie , et voulurent s'emparer de la caisse du receveur général, M. de Matharel. Voici les renseignements que nous trouvons, à cet égard, dans une lettre écrite de Digne au CùnsiUuiiomèel , du 14 décembre.

« Dès l'approche des bandes insurgées qui marchaient sur Digne, M. de Matharel fit déposer à la caserne, par. mesure de prudence, une partie de son encaisse (15,000 francs) , et il se chargea d'une somme égale en billets de banque. La caserne, qui n'était gardée que par quelques conscrits du 25' léger, a dû , pour éviter le désarmement dont ils étaient menacés, faire des concessions aux chefs de l'insurrection y et particulièrement celle de remettre l'argent du trésor, qu'ils i*édamaient au nom de sept mille paysans armés jusqu'aux dents. Ln refus eût nécessairement amené des contributions forcées , et probablement le pillage et l'incendie de la ville.

« Le lendemain, non satisfaits des ressources trouvées à la caserne , les chefs de la révolte revinrent auprès du receveur général pour lui demander une somme

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Av \\JU)0 fr. ({u*il fallait encore , disaient-ils, pour la solde des hommes. Heureusement, le sang-froid de M. Matharel ne lui fit pas défaut, et il n'^sisla aux instances qui lui furent faites. Il a pu non-seulement siuistraire à rinsurreclion la moitié de son encaisse , mais encore sauve^^arder les bureaux et les archives de la recette générale, en restant à son poste jusqu'à la lin. »

Le chef de Tinsurrection des liasses- Alpes se nommait Aillaud. Dehtuit, l'avocat de Forcalquier, était son lieutenant.

Durant tout le temps de Toccupation de Digne par les insur^Ms. le maire, .M. Fruchier, a été admirable de courage. Il un cessé de protéger, par tous les moyens po^^ihles, ses administris contre les violences des soldats «lu désordre. Payant partout de sii penMuine, il a constannnent montré la plus grande en«'rgie; sommé de prendre le brassard rouge cpie portaii*nt les insurgés des Itasses- Alpes, il a ré|Hnidu en montrant son ('charpe: u Je n«' leconnais «pie les couleurs nationales. »

NoussonuiKS heureux de rendre justice à ce courai:eu\ lonctionnain*, aucpiel une regrettable erreur attribuait une conduite toute dilférente. Le journal qui Taxait conunise s*est. du reste, empn'ssé <le la rectifier.

.\ Forcali|uier. lis insurgés qui avaient mis la ville en rtat de sie,i:t\ avaient aussi installe une municipalilr r(*\ohitioniiaire. Ils avaient prochnué que tout individu qui M'iait trouvé avec i!es armes, ne faisant pa> partit- île leurs bandes, serait fusiHé. 1^'s hommes

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de dix-huit à trente ans avaient été mis en réquisition au nom du peuple. On avait forcé les caisses publiques et la poste. Une bande, partie de cette ville, s'était dirigée sur Apt, dans les Hautes-Alpes.

Ainsi, tout le département était au pouvoir de Tinsurrection. On pillait les caisses publiques, on arrêtait les courriers, et la population paisible, frappée d'intimidation, séquestrée de toute nouvelle extérieure au département, était en proie aux plus vives inquiétudes.

Mais de tous les côtés à la fois, les troupes s'avançaient pour écraser l'insurrection. A la nouvelle transmise par son collègue, le sous-préfet des Hautes-Alpes faisait partir de Gap quatre cents hommes du 40° de ligne, sous les ordres du capitaine Monnier qui s'était porté sur Sisteron. A son approche, le sous-préfet et les autres autorités, descendant de la citadelle, avaient trouve la municipalité révolutionnaire en séance. Plusieurs de ceux qui la composaient avaient été arrêtés. Ce fut à Sisteron que le préfet des Basses-Alpes vint joindre le capitaine Monnier. Laissant dans cette ville deux compagnies, il partit avec deux autres pour se porter sur Digne.

Les insurgés, apprenant que le préfet des Bouchesdu-Bhône envoyait des troupes contre eux, quittèrent Digne dans la journée du 9, pour se porter contre elles. La rencontre eut lieu dans la commune desMées, et apiès un combat de quelques instants, où les insurgés perdirent plusieurs des leurs, ils se débandèrent et se portèrent vers Manosque et Forcalquier. Cette dernière

ville fut enlevée le II. Le préfet reprenait Digne le 12, et le I :t les troupes îles Russes-Alpes^ sous les ordres du colonel deSereev, et formant une forte colonned*artillerie, <lc cavalerie et (rinHinterie, \ faisaient aussi leur entrée. L«» cohmel Viiioy, du 5i*, venant d'Apt par Forcal(|uier, entra à Digne le 14. Le ITi, le chef de bataillon Foley, du 10^ léger, nommé commandant de Tétai de sié^e |iar le lieutenant-colonel Pearson, arrî* valu aussi lui, à Digne.

Le 10 au matin, le général d*état- major Morris, nonnnéconimandant des opérations mililain*s dans le département, était à Forcal({uier se rendant à Digne. M. Millet, chef lie bataillon du 36' de ligne, a pris le connnandemeiit de Tétat de siège dans rarmndis^emcnl de Forcalquier.

On sVst occupé alors de rétablir partout \cs autorités démi>sionnaires ou \iolemment éloignées de leurs postes, puis on a pr«>cédé aux arrestations cpii ont été f<»rt nond)reus«*s.

DéN le I:L le préfet marchait sur IVircelonnette« qui, le S, à la nouM'Ile d(*s événements dt* Digne, a\ait aussi eu son insurrection, (laslinel André, libraire, RuITe, Pascal i'i Libre lils. s'eluienl constitués en comité de s;dut public. .\>ec soixante individus armés, ils s'étaient emparés du sous-préfet, qui était ii alade et alité, et des autres autorités. Là aussi, avait eu lieu le pillage des caiss4's publiipu's. Les citovens paisibles avaient été l'objet des |dus odieuses menaci*s. Apri*s le départ des insurgés de Digne, le sieur Cotte, avocat, et quelques

autres s'étaient rendus à Barcelonnette, qui resta six jours au pouvoir de l'insurrection. A l'approche du préfet et de deux compagnies qu'il amenait^ les démagogues prirent la fuite et le sous-préfet rentra immédiatement en fonctions.

A Castellane, il n'y a pas eu d'insurrection.

Huit cent cinquante arrestations à peu prés ont été faites dans les Basses-Alpes. Dans beaucoup de localités, les bras manquent pour le travail, et la misère est le partage de bien des familles, qui, avant ces déplorables événements, vivaient heureuses dans une modeste aisance. Malheureusement, à cause de la proximité de la frontière, les chefs ont pu s'enfuir pour la plupart, et ce sont les hommes égarés, les moins coupables certainement, qui ont à subir la peine de la rébellion. C'est toujours ainsi : les meneurs, les chefs d'insurrection, ceux qui poussent le peuple à la révolte, s'esquivent au jour du danger. C'est ce qu'on a toujours vu à Paris dans les émeutes.

Moins heureux que beaucoup d'autres, parmi les meneurs des Basses-Alpes, les quatre membres du comité de salut public de Barcelonnette ont été ari'étés par la garde nationale et par les douaniers de la commune de Fuers, dans la nuit du 13, comme ils se disposaient à franchir la frontière du Piémont.

L'insurrection des Basses-Alpes a été, comme on le voit, une des plus longues et des plus graves parmi celles des départements. Cependant, à l'exception de l'assassinat commis à Forcalquier sur la personne du sous-

jti msToiiŒ

préfet, et des cruaut('s horribles auxquelles se sont por-* (ées les bandes de Manosque, on ne trouve pas que rinsurreclion de ce département ait été,àbeaucoup pri-s, aussi féroce^ aussi horrible que celle de certains autres.

Vaicli'sk. — Dans ce département, l'organisation Micialiste était très-puissante; elle avait été dirigée par (lent. Tex-commissaire. Quand les actes du i décembre furimt annoncés, en TabsiMice du chef princi|>aly ce fut Klzéar Pin, ancien constituant, qui se mit à la lètc du mouviMnent, et (|ui lit le plan de l'insurrection. Elle éclata sur quatre points à la fois. A Orange, à Carpentras« à À|»t, à Pertuis.

Le dimanche 7, à cinq heures du soir, tout parais- >ait calme à Orange et rien n'annontjait qu'il dût y avoir .Iti trouble, quand, à sept heures du soir, cinq ou six i\'uts S4»cialistcs sortirent des cabarets, se portèi*ent sur la Mairie dont ils s*emparérent, sansqu*on leur opposât la moindre résistance, et de là marchèrent sur la Sous- Préfecture qu'ils enlevèrent de même. Les gendarmes furent désarmés, mais bientôt Ténergique intervention de M. le major Théremin lit tout rentrer dans rordre, et les princi|»au\ meneurs furent arrêtés.

A (^ar|)entras, le mouvement avait ctimmencé à peu prés au même moment. Tne bande de pillards marchait sur celte ville, se croyant sure de réussir, parce qu'elle comptait sur le concours des démagogues qui l'habitaient; mais le sous-pi*éfet, M. de Froidefonds, ;Avait fait arrêter ceux qui étaient désignés comme les

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principaux meneurs, et ensuite, réunissant les hommes d*ordre, en avait formé une troupe décidée comme lui à combattre énergiquement pour la défense de la société. Avec ces volontaires et une compagnie d'infanterie, il marcha contre les bandes, les rencontra à une demi-lieue de la ville et les dispersa sans coup férir. Mais bientôt, Carpentras fut cerné par de nouvelles bandes et ne fut dégagé que le 9 par une colonne mobile. Ce sera le rapport du général d'Antist qui continuera notre récit. Il donne complètement l'histoire de ce qui se passa dans le département de Vaucluse :

«Le mouvement s'étendait; le 7, il avait envahi Apt ; on s'y conduisait comme à Forcalquier. Pertuis avait aussi son insurrection.

et Le génénl de division dirigea tout de suite sur ce point, situé à dix-neufkilomètresd'Aix, une colonne qui rétablit Tordre. Le 8, informé des événements de la veille, ne recevant que des nouvelles contradictoires, je dirigeai sur Apt une colonne formée de cent cinquante hommes d'infanterie, vingt-cinq hussards et vingt-cinq gendarmes. Je me disposais à l'appuyer, suivant les circonstances et les renseignements que le commandant Malher, du 54% chef de la colonne, devait recueillir.

« Mais , après son départ, je sus que des bandes de Forcalquier étaient entrées à Apt, qu'elles marchaient sur Avignon , se recrutant des contingents fournis par les villages du Luberon. Le tocsin sonnait partout sur leur passage; le pays entier se mettait en révolte. Ma colorme pouvait être compromise ; je la fis rentrer.

« Le 8 au soir, la rive droite du Rhône s'agita. Des bandes nombreuses (cinq ou six mille hommes , d'après les rapports les moins exagérés ) s'avançaient sur Avignon; la ville semblait se préparer à une insur- Yection intérieure; les rouges des environs se rassemblaient pour se joindre à la colonne insurgée venant d'Apt.

« Je dus renoncer au désir que j'avais d'aller à la rencontre de ces bandits. Ma présence dans Avignon étant indispensable pour conserver la ville, je me décidai à y rester. Ce parti m'était d'autant plus imposé^ que le matin même j'avais fait partir pour Marseille, par le chemin de fer, un bataillon du 54**.

« La garnison passa la nuit sous les armes; informé, à minuit , par un gendarme qui avait essuyé une décharge de coups de feu, qu'il y avait , à un kilomètre, un rassemblement qui attendait les bandes d'Apt, j'envoyai un piquet d'infanterie et de cavalerie pour les disperser. Le chef reçut l'ordre de fusiller tout individu pris les armes à la main.

a A l'approche des troupes, les hommes du rassemblement jetèrent les armes et s'enfuirent ; quarante-sept furent pris ; on ramassa quelques armes. Cette petite exécution et la marche de la colonne du commandant Malher arrêta les insurgés. Le 9, ils reculèrent en laissant quelques bandes aux environs de Lisle.

« Je voulus les enlever ; un détachement de cinquante hommes d'infanterie, montés en omnibus, et un escadron de hussards partirent le 10, dans l'après-midi, pour

Carpentras, sous les ordres du commandant de France, du 54V

a Us s'établirent dans cette dernière ville comme s'ils allaient y passer la nuit ; mais, à onze heures, la colonne se dirigea sur Lisle, où dans la soirée se trouvaient un millier d'insurgés ; ceux-ci avaient quitté la ville à neuf heures. Ayant appris à Lisle qu'il y avait quelques bandes aux environs de Cavaillon, le commandant de France alla les y chercher ; il en rencontra une près de Cavaillon , il lui tua quelques hommes, reprit les drapeaux enlevés à la mairie de Lisle , et fît fusiller deux ou trois individus qui tombèrent entre ses mains.

«Le 9, la situation était assez alarmante pour que, chacun de son côté, M. le général de division et M. le préfet de Vaucluse aient cru devoir proclamer l'état de siège.

a L'expédition deCavaillon eut les meilleurs résultats; les insurgés s'elTrayèrent et reculèrent sur Apt. J'envoyai, le 10, sur cette ville une colonne commandée par M. le colonel Vinoy, du 54*, et formée d'un bataillon du 54% deux escadrons et vingt-cinq gendarmes.

« Cette colonne rétablit les autorités, procéda à un désarmemi nt et fil soixante prisonniers, parmi lesquels se trouvent le commandant et le tambour-major des bandes qui avaient envahi Apt; plusieui*s meneurs ont été également pris.

« Le 1 2, la position du département de Vaucluse s'amé^ liorant, je donnai l'ordre à M. le colonel Vinoy d'en-

3i6 HISTOIRE

trcr dans les Basses-Âlpes , où opéraient des colonnes envoyées par M. le général de division. »

Nous avons vu , en parlant des Basses-Alpes , comment M. le colonel Vinoy entra à Forcalquier et à Digne. Il reçut l'ordre de revenir à Avignon quand les troupes du colonel Sercey furent arrivées à Digne. Le département de Yaucluse n*a été agité que durant quatre jours.

Quant au nombre d'insurgés tués à Cavaillon et que le rapport ne précise pas, il est de cinq en tout , tant tués que fusillés.

Var. — Ce fut dans la soirée du jeudi 4 décembre qu'on apprit dans le Var les événements de Paris. A Toulon, l'agitation fut extrême. On recevait de tout le département des nouvelles fort alarmantes. L'insurrection éclatait dans une foule de localités. Dans cette môme soirée du 4, des rassemblements considérables se formèrent hors des portes de la ville et sur le Champde- Bataille. On envoya pour les disperser quelques compagniçs qui en vinrent facilement à bout. Sur quelques personnes arrêtées, on trouva des armes, notamment des poignards.

« La société secrète de Cuers avait décidé que le 5 décembre serait le jour du soulèvement. Dès sept heures du matin, toutes les avenues des chemins ruraux étaient gardées par des affidés en costume de gardes nationaux, qui interceptaient le passage le sabre à la main et donnaient l'ordre de s'armer el de se tenir

prêts. A une heure de raprès-midi, un rassemblement nombreux se porta vers la maison commune.

« M. Barralier, maire de Cuers, averti de ce mouvement, sortit pour se rendre à la caserne de gendarmerie ; comme il revenait escorté de la brigade, des vociférations se firent entendre ; M. Barralier donna l'ordre à la foule de vider la mairie ; un individu , nommé Mourre, s'écria : «Le peuple est souverain ! ce sont des brigands qu'il faut exterminer sur-le-champ !» A ces paroles, on se précipita sur le maire ; à trois reprises, le gendarme Gauvin parvint, au péril de ses jours, à le couvrir de son corps; ses efforts furent vains. M. Barralier et le gendarme Gauvin furent terrassés et emportés hors de la mairie. Le brigadier de gendarmerie, qui était arrivé sur ces entrefaites , fut également saisi et entraîné du côté de la prison ; au moment où il y arrivait, un coup de feu l'atteignit au front et il tomba mort.

« Un second gendarme, nommé Daureu, fut poursuivi à coups de fusil dans une rue; quant au brave Gauvin, après avoir lutté contre dix individus, il fut désarmé, essuya plusieurs coups de feu, dont un l'atteignit à la tète, et parvint cependant à se réfugier dans la maison du sieur Toucas, cafetier, qui s'empressa de le cacher.

« M. Barralier, horriblement maltraité, put cependant échapper à la mort et fut jeté en prison.

a Débarrassés de toute résistance, les insurgés se rendirent au domicile de M. Roustan, receveur buraliste des contributions indirectes; sa maison fut mise au pillage :

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tous los niouhles, les livres, les cartons, furent lancés par les fenèlros et devinrent la proie des flammes. Rien n*a pu être sauvé: il ne reste au receveur que les habits qu'il portait sur lui. Lu même scène, la même dévastalion se sont reproduites chez M. Guérin , receveur à clii>\aL qui était rn tournée. M*"* Guérin, pour sauvegarder sa vie. nrut d*autre ressource que de se cacher dans la ea\e. (Irtte famille ne ])4»ss4*de plus rien.

<i Les factieux se sont ensuite transportés à la caserne de ,i!endarnierie. Il est impossible de retracer les S4*énrs i\\\'\ s'y soiit passées. Tout a été saccagé; la veuTe du liriifadier. couchée en joue par les émeutiers, a été lorcéede rem<»ttre les fonds et les munitions de la brigade.

Cl Après a\oir accompli ces actes de vandalisme* les insurgés ont constitué un<' commission provisoire; ils sont ensuite r(*\tMnissur la |)lace publique, et ont assouti leur rauM* sur le cada\re du malheureux brigadier tué dans la matinée: ils en ont fait le tour en écrasant la tét<* à coups de pied, ils ont tiré des cou|>s de fusil sur dil1éri'nt(*s parties du corps : et, enfin, un de ces miséralil(*s, plus fénu'e enrore que ses aflidés, s'est lavé les mains dans l(*s;uig delà victime!

n<!es horreurs acconqdies, la commission n^nlrsàla maison comnnnie pour délibi^rcr. Il fut décidé qu*à minuit on exterminerait tous les ennemis du peuplé. l'n homme, coilTé d*un lionnet rouge, les bras et les jandN's nus. a^ait parcouru la ville avec sa cohorte et désigné cv\i\ qui seraient immolés. Par bonheur, le

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gendarme Cauvin, homme aussi dévoué qu*énergiqu6, malgré sa blessure et ses souffrances, malgré les périls qui le menaçaient, s'était résolu à aller chercher des secours à Toulon. Les autorités, prévenues par lui, expédièrent immédiatement une colonne qui arriva à Cuers à onze heures du soir, et préserva la population

de plus grands malheurs. » (ConsUtutionnel du 18 décembre.)

Ixi nouveau préfet, M. Pastoureau, arriva à Toulon dans la soirée du 4. Le 5 au matin, il en partit avec huit compagnies du 50% se portant sur Cuers où il arriva la nuit. Il y surprit les insurgés, opéra un grand nombre d'arrestations, rétablit les autorités que l'insurrection avait chassées et remplacées par une municipalité révolutionnaire, et revint à Toulon le 6, dans Faprès-midi , avec soixante-dix prisonniers. 11 y avait parmi eux deux personnages marquants qui avaient été surpris portant des armes , des munitions et des pro^ clamations, dans les coffres de leurs voitures.

Aussitôt SOI) arrivée à Toulon, le préfet y proclama la mise en état de siège du département.

Dans la nuit du 6 au 7, M. Pastoureau marcha sur le Luc, autre cheMieu de canton également insurgé, avec cinq compagnies, quinze gendarmes et neuf sousofficicrs et soldats du train montés. En route, une compagnie fut détachée de la colonne et envoyée à Hyères, où, conjointement avec cent marins de Virante j elle rétablit et sut maintenir la tranquillité. En roule, on apprit que quatre ou cinq mille insurgés, qui occupaient le Luc et Vidauban, se disposaient à marcher sur

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Dra^zuignan, mais dts (|irils curent connaissance de rapproche de la colonne du 30^, qui bientôt allait les joindre, ils se rejetèn*nt sur la gauche, se portant sur Salron el Aups.

Arn\éi» au Luc, la colonne rt'»tablit Tordre, reconstitua les autorilis. Ht la même chose à Vitauban, et man^lia sur Drat^uignan avec les prisonniers qu'elle avait faits i!an^ ces deux localités. La garnison de celte ville était sons les armes, attendant renncmi, et disposée à le bien rece\oir.

Kntré à Draguignan le 8, le préfet en repartit, avec la colonut*, le 9. dans la direction de Flayose, Salerne et Lorgnes, où les insurgés avaient établi leur quartier général. Dans ces différentes localités, ils enrAlaient fiMcement tous les hommes de dix -huit à cinquante ans. Ils s'emparaient dis aut«»rités et les conduisaient a\ec eux comme otages; ils les faisîiient marcher au premier rang birstprune atta(|ne était probable, afin que la troupe n'osât pas tirer sur eux. Dans la seule nimniune dt* L«»rgiH*s, les insurgés avaient recruté de force t|u.itre cents houunes. Quand le préfet y arriva, ils a\«iieiit fui. t)n échaug(*a quelqu(*s coups de fusil aviH.* eux dans les environs, et« comme il étiiit Lird, on rentra à Dragui<;nan.

Durant ce temps-lâ , le colonel Sercey, avec un ba^ tailliMidu 10* léger, deux canons et vingt-cinq liussards, |Mrtait de Marseille, entrait, dans la journée du H décendtre, à Krignolles, y reconstituait l.i municipalité, se |H)rtait ensuite sur Itarjols« et de là dans les Itasses-Alpes.

D'UN COUP D ETAT. 3îl

Ainsi les insurgés qui occupaient Aups , Salerne et les environs, se trouvaient pris entre les deux colonnes expéditionnaires. Le 10, le préfet et le colonel Travers partirent de Draguignan pour Aups. Ils avaient onze compagnies d'infanterie et quarante gendarmes, sous le commandement d*un capitaine. A Tourtour, les insurgés ne tinrent pas, et, aux premiers coups de fusil tirés , lâchèrent pied en laissant un des leurs sur le terrain.

A onze heures à peu près, la colonne arrivait devant Aups. Les insurgés, au nombre de trois mille ou (rois mille cinq cents, occupaient la ville et avaient porté des masses assez considérables en avant du côté de la plaine. Ils avaient eu soin de s'emparer des maisons, pour faire le coup de feu des fenêtres. Aussitôt le colonel prit ses dispositions, l'infanterie fut formée en pelotons et l'attaque commença. La troupe s'étant résolument portée en avant, les insurgés prirent la fuite, après avoir perdu plusieurs des leurs. Immédiatement, le préfet fit charger à fond et de face par la gendarmerie, qui tua environ cinquante insurgés. Les soldats, développés en tirailleurs, et tournant la position par la gauche, en tuèrent à peu près quarante. Parmi ces derniers, il y en avait deux qui portaient des drapeaux rouges. Cent furent pris les armes à la main. On leur enleva environ quinze quintaux de poudre.

Durant qu'on se battait, le nommé Dutheil, ex-rédacteur du Patriote de Marseille, qui, prenant le titre de général, sétait mis a la tête de l'insurrection, s'en-

fuyait à briile abattue, sur un cheval volé h la caserne de «^eiularruerie.

Dans une maisiui située sur la place, les insurgés avaient enfermé environ quarante prisonniers, quMIs gardaient connue otages : Grêlaient les autorités et les personnages notables des communes dans lesquelles ils avaient passi*. Leur mort éiail résolue. Déjà aux arbres de la place étaitMit attaclit^es les poulies qui devaient ser\ir à leur exécution, car on avait décidé de les pen* dre. On a\ait fait \enir des préti*es pour leur atiminislrer 1rs sccouis de la religion : quelques heures encore les séparaient du monienl fatal. Quand la colonne arriva, li*s in>urgcs crurent un moment qu'ils allaient être \ainqueurs; ils se contentèrent de faire bonne garde autour des captifs; mais, au moment où les premiers fuyards se replièrent sur la place, ils comprirent (|u*ils allaient être \aincus, et ils se ruèrent sur la maison pour fgurger les prisonniers. Q^ux-ci se renfi^rmèrent t*t barricadèrent, comme ils purent, les portes. Tne compagnie arii\ait, lancée au |>âs de course, à l'instant où les in^urgrs eidonçaient la porte. Les soldats, cro%ant qur cette maison était le refuge des rebelles, tirent feu sur le> fenêtres. G* fut alors qu'un des prison* niti-s, M. de La\al, se dévouant pour les autn*s, saute par la ienêtn* du premier et \ient tomber devant les soldats. Il \rut leur parler: mais ils le prennent pour un insurge ipii cherche à fuir, et ils font feu sur lui : un feu terrible , preM|u'à liuut portant, un feu de peloton. Il de\ait être criblé de balles : il en a ses habits troués;

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bqUes le sont aussi ; le nœud d^ sa cr^v^ie ost emporté; m|^îs la Providence couvrait M. de Laval, il n'a que des blessures légères. Cependant, se croyant blessé à mort, il dit, en tendant la main au capitaine : « J^ meurs content, je sauve, mes compagnons les prisonniers I Vive le 50*1 » Ou s'empresse autour de lui. Il était miraculeusement préservé.

La colonne expéditionnaire a eu un soldat tué, un capitaine, un lieutenant et cinq sous-officiers et soldats blessés.

Après avoir laissé une force suffisante à Aups, y avoir rétabli les autorités, le préfet en partit avec de nombreux prisonniers.

Pendant la journée du 14 , la colonne séjourna à Draguignan; elle en repartit le 12, pour aller à Lagarde -Frey net rétablir les autorités que l'insurrection avait déposées.

Nous achèverons ce qui regarde le Yar, en citant la fin du remarquable rapport du général Levaillant :

« Pendant que cette colonne agissait, les troupes qui occupaient Toulon, Antibes et Saint-Tropez ne restaient pas oisives. M. le sous-préfet de Toulon marchait, le 9, sur G)llobrières , avec M. le procureur de la République et deux compagnies, y rétablissait Tordre et faisait des arrestations. Le colonel de Parron, commandant la place d* Antibes, envoyait cent cinquante hommes à Grasse et cinquante autres à Saint-Laurent-du-Yar, pour tenir en respect une colonne de Piémontais qui menaçait Yenci et la Gaude. Des éloges sont dus aux

autorités, aux préposés de la douane et à la gendarmerie, qui, sous la direction du brigadier de douane Boyer, se sont armés et ont marché à leur rencontre. Les compagnies détachées de Toulon marchaient également sur Belgemier, Soliès-Pont, Soliès- Ville , Soliès-Toucasse , la Seyne , et y rétablissaient l'ordre par leur seule présence.

a Le 8 , M. le vice-amiral, préfet maritime, expédiait un aviso à vapeur à Saint-Tropez , et une frégate à vapeur, VAsmodée, recevait Tordre de longer la côte de Test jusqu*à Antibes, où elle avait ordre de mouiller, prête à jeter une compagnie de débarquement à l'endroit où la nécessité l'eût exigé. Cette frégate, louvoyant en vue de la côte , suffisait pour faire rentrer dans le calme les villages qui auraient tenté de se soulever.

« Le désarmement s'est opéré comme par enchantement dans toutes les localités, à la suite d'arrêtés répandus dans tout le département , et de nombreuses arrestations ont été faites. L'une et l'autre de ces mesures se continuent encore. Le nombre des détenus , aussi bien que celui des armes saisies, est considérable. '>

Hérault. — Les sociétés secrètes étaient très-puissamment organisées dans ce département. Elles avaient pris Béziers pour centre de leurs opérations. Dans la soirée du 3, la dépèche télégraphique , qui annonçait les événements de Paris , fut affichée à Béziers. Les troupes

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étaient consignées, les postes doublés et vingt -cinq hommes gardaient la Sous-Préfecture. Les démagogues envoyèrent immédiatement leure émissaires soulever les campagnes, pour qu'elles se portassent sur la ville.

L'ancien cimetière, route de Bédarieux, fut désigné comme lieu de réunion. A quatre heures du malin, le jeudi 4, les rassemblements y étaient considérables. Les réverbères s'éteignent à ce moment dans Béziers. On attendait cet instant. Quatre mille insurgés, armés de faux, de piques, de fusils, se rangeaient en bataille sur le boulevard extérieur. Un grand nombre de femmes les accompagnaient , portant des sacs pour emporter leur butin.

Les insurgés avaient des ceintures et des écharnes rouges. Avant le départ, les chefs tirèrent au sort les quartiers de la ville. Droit de vie et de mort leur était attribué. Les soldats de celte armée féroce voulaient se disséminer pour piller; mais les chefs leur firent comprendre qu'il fallait auparavant s*emparer de la Mairie et de la Sous-Préfeclure. On se mit en marche pour se porter d'abord sur ce dernier point.

Le maire, M. Lognos, dont la maison est voisine du lieu de rassemblement, venait de renvoyer un poste de gardes champêtres qu'il avait établi. Ces hommes venaient de lui affirmer que tout était tranquille, quand il voit défiler l'insurrection sous ses fenêtres. 11 court à la Mairie, réveille lout le monde, fait fermer les grilles el se rend h la Sous-Préfecture. Il racontait ce ([u'il vc-

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