‹ Histoire d'un coup d'état (décembre 1851) d'après les documents authentiques, les pièces officelles et les renseignements intimesChapitre 4 sur 40 · SECOND DÉCRET · texte numérisé non relu

SECOND DÉCRET

Le Président de l'Assemblée nationale , etc. ,

Vu l'article 32 de la Constitution ,

Vu l'article 1 12 du décret réglementaire , etc. ,

Ordomie à tout général, à tout commandaDt de corps ou détache-

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ment , tant de rannéc que de la garde nationale , stationnée dans la

première division militaire, d'obéir aux ordres du général

fliargé do garantir la sûreté de PAssemlilée nationale.

Fait au palais de TAsscmblée nationale , le

Ainsi, à six heures vingt minutes ou six heures et demie au plus tard, le Palais législatif était occupé et toutes les arrestations étaient faites. M. de Persigny, qui avait accompagné le colonel Espinasse depuis TÊcole militaire et qui avait assisté à Toccupation du palais Bourbon , rentrait avant sept heures à FÊlysée, pour rendre compte au Président de cette importante opération.

Le colonel Espinasse a procédé , dans renlèvement du Palais législatif, avec une habileté qui n'a d*égale que Ténergie qu*il a déployée. Mais, ce qui est admirable surtout, c'est la direction imprimée à la police, c'est la précision, Tunité et la vigueur de son action.

Nous avons été sobre dans le portrait de M. de Maupas; lui-même, en quelque sorte, nous avait imposé cette réserve par la modestie qu'il avait montrée dani sa circulaire d'installation aux habitants de Paris. Ce magistrat, qui débutait dans des fonctions où plusieurs avaient laissé des souvenirs de haute capacité , d'habî* leté très-grande , y a révélé une puissance vraiment étonnante.

Encore peu connu de ses agents, il les conquiert au moment d'agir. Beaucoup sont indifférents peut-être à telle ou telle modification politique ; au nom du salut de

la France, il a le talent d'en faire des hommes qui lui prêtent un concours aveugle, tant il est dévoué. Ils sont à lui , comme des soldats à ces chefs qui savent les entraîner. On n'en peut douter, cette arrestation des notabilités de TÂssemblée était le pivot du coup d'État; sans elle hardiment faite , que de malheurs peut-être ! c'était la guerre civile au lieu de l'émeute. Il fallait un homme qui se dévouât pour en sauver des milliers. Ce coup merveilleux , portéparM.deMaupas, nousdonne la mesure de ce qu'il fera plus tard. Nous le dirons en détail; en quinze jours , Paris , purgé des bandits , des démagogues, de tout ce qui fait des barricades , vole et assassine , prodigieux résultat , atteint avec une énergie et une sûreté extraordinaires. Tout le monde rend justice à M. de Maupas : on aime cette loyauté « cette franchise d'action qui va droit au but et ne le tourne pas. Cet administrateur entend la police comme il convient sous un gouvernement vraiment fort , qui me à se faire estimer par sa droiture et par ses allures loyales.

Dans le public , toujours si bien renseigné sur ce qu'il ignore le plus, on a parlé d'un prétendu c >ncours officieusement prêté par M. Cartier. 11 aurait, au ministère de l'intérieur, utilisé son expérience au profit de l'action de ce mmistère sur la Préfecture de police. Pour être historien fidèle, pour donner à chacun la part qui lui revient dans les grands événements de Décembre, flous avons voulu savoir la vérité à cet égard. Ces bniits d'an instant n'ont jamais eu le moindre fon*

dément. M. de Maupas, en ce qui concerne son administration, a tout dirigé, comme il a tout exécuté. On conçoit que personne n'eût consenti à imposer, à accepter , à prêter un concours , qui , ne déplaçant pas une responsabilité si haute, Teût augmentée ou amoindrie. Chacun des acteurs de ce grand drame politique a couvert entièrement de sa tète , et de sa tête toute seule , l'action de ceux qui agissaient sous ses ordres.

A six heures et demie , M. de Morny s'installait au ministère de Tintérieur avec deux cent cinquante chasseurs de Vincennes et remettait à M. de Thorigny, son prédécesseur, une lettre du prince Louis-Napoléon , qui lui faisait part des mesures suprêmes qu^il mettait à exécution, et le remerciait de ses loyaux services.

Vers cette même heure de la matinée, M. Forloul, Tun des ministres, recevait du Président une lettre qui conimenç<ût ainsi :

a Mon cher Fortoul, je vous dirai pourquoi je ne vous avais pas fait part de mon secret, etc. » M. Fortoul, comme plusieurs autres, savait que le coup d'État aurait lieu ; mais le Président , comme nous Tavons dit, n*avait initié au moment même que ceux qui lui étaient nécessaires pour Faction.

Pendant ce temps, arrivaient de toutes parts, à la Préfecture de police, des prisonniers ignorant les motifs de leur arrestation. Les afficheurs de la capitale, qu'on avait appelés , y étaient réunis. Les myriades d'agents qui se repliaient, après les arrestations faites, se demandaient ce que voulait dire ce qui se passait.

Celait pour tout ce inonde un mystère, une énigme dont personne n'avait le mot. Les employés, qui arrivaient à leur poste, ne s'expliquaient pas plus ce mouvement prodigieux.

A sept heures, les afRcheurs partirent de la Préfecture de police dans toutes les directions pour placarder sur les murs de la capitale les affiches qu'on venait de leur distribuer.

A la même heure, la brigade Ripert, division Renaud, occupait la place Bourbon et ses abords. Ce ne fut qu*à huit heures et demie que la brigade Forey prit position sur le quai d'Orsay.

Tout est exécuté avec une admirable précision, avec un ensemble qui n'a pas fait faute dans une seule de ses parties. Le plan, simple comme tout ce qui est fort, n'a pas rencontré d'obstacles, ou plutôt tous les obstacles ont été enlevés, sans coup férir, par l'habileté de tous ceux qui ont agi.

Dans cette saison, la grande cité sommeille encore à rheure qu*il est. On n'entend dans les rues que le bruit des voitures qui l'approvisionnent; on n'y voit que quelques rares ouvriers se rendant au travail. Mais aujourd'hui Paris s'éveille tout à coup. H semble qu'une secousse électrique ait au même instant commotionné ses vastes quartiers. Qu'est-ce donc? c'est la grande nouvelle qui vole, rapide comme l'éclair, et qui, dans un instant, est répétée partout : « C'est le coup d'État, dit-on : l'Assemblée dissoute, le suffrage universel ré-

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, tabliy Paris en étal de siège. » Partout on peut lire sur les murs de la capitale les pièces suivantes :

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le Président de la République, Décrète:

Art. 1*^ L'Assemblée nationale est dissoute.

Art. 2. Le sufllrage unitersel est rétabli. La loi du 31 mai est abrogée.

Art. 3. Le peuple français est contoqué dans ses comices à partir du 14 décembre jusqu'au 21 décembre suivant.

Art. 4. L'état de siège est décrété dans l'étendue de la 1** diTîsioo militaire.

Art. 5. lie conseil d'État est dissout.

Art. 6. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

Fait au palais de l'Elysée, le 2 décembre I85i.

Locis-NapoUon BoNAPAan.

U miniitrt de Cimtériêmr^

De MoaifT.

Vient ensuite Tappel au peuple :

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