‹ Histoire d'un coup d'état (décembre 1851) d'après les documents authentiques, les pièces officelles et les renseignements intimesChapitre 5 sur 40 · APPEL AU PEUPLE · texte numérisé non relu

APPEL AU PEUPLE

Français!

La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de Tordre, est deireno on foyer de

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Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans Tintérét général , elle forge des armes pour la guerre civile ; elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple; elle encourage toutes les mauvaises passions; elle compromet le repos de la France ; je Tai dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi.

La Constitution, vous le savez, avait été faite dans le but d'affaiblir d*aTance le pouvoir que vous alliez me confier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je Tai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les outrages m*oiil trouvé impassible. Mais aujourd'hui que le pacte fondamental n*e8t plus respecté de ceux-là même qui l'invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont déjà perdu deux monarchies veulent me lier les mains , afin de renverser la République , mon devoir est de déjouer leurs perfides projets, de maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul souverain que je reconnaisse en France : le peuple.

Je fais donc un appel loyal à la nation tout entière, et je vous dis : Si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place , car je ne veux plos d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien, me rend responsable d'actes que je ne puis empêcher, et m'enchaine au gouvernail quand je vois le vaisseau courir vers l'abime.

Si, au contraire, vous avez encore confiance en moi, donnez-moi les BM)y«i8 d'accomplir la grande mission que je tiens de vous.

Cette mission consiste à fermer l'ère des révolutions en satisfaisant les besoins légitime^du peuple et en le protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à créer des institutions qui survivent aux hommes, et qui soient enfin des fondations sur lesquelles oo puisse asseoir quelque chose de durable.

Persuadé que Tinstabilité du pouvoir, que la prépondérance d'une seule Assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d^wie Constitution que les assemblées développeront plus tard :

f* Un chef responsable, nommé pour dix ans;

T Des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul;

9* Un conseil d'État formé des hommes les plus distingués , pré-

l>arant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif;

4* l'n (x>rps législatif, discutant et votant les lois, nommé par le soffra;;e universi^'l, sans sTutin de liste qui fausse Télection;

o^ l'iic M'cvnde Assemblée, formée de toutes les illustrations da pa>>, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et det lil>erté> puliliques.

O' MMi'mc, cré<'' par le premier consul au commencement ds siècle, a dijà donné à la tVance le repos et la prospérité ; il les lui garantirait encore.

Telle <>t ma conviction profonde. Si vous la partagez, déclarez*te l»ar >o> suffrages. Si, au contraire, vous préféa'z un gouTememeiit san> foire, monarchique ou républicain, emprunté à je ne sais quel pa:i>é ou qu«.'l avenir chimérique, répondez négativement.

AiUM dt»nc, |)our la première fois depuis 1804, vous voterei en connais>an('e de raus**, en sirhant bien |»our qui et pour quoi.

Si je n'obtiens pas la majorité de vos suffrages, alors je provoqueni la réunion d'une nouvelle A>semblée, et je lui remettrai le mandat que j'ai re^*u de vous.

.Mais >i vou> croyez que la rause dont mon nom est le symbole, cVst-àilin* la France régénérét* par la révolution de 89 et organisée |)ar riCmpereui, est toujours la vôtre, proclamez-le en consacrantles |)ouvoiis que je vous demande.

\\oT> la France et rËuro|>e seront présences de Paiiarchie, les obstai'le<i ««'aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront, dan^ rintérét du |M>uple, le décret de la IVovidence.

Fait au |)alais de FFlysée, le 2 décembre 1851".

Lot'IS-N'APoLiX)?! Bo.nAPAaTE.

Cette pièce magnifique est en quelque sorte Texpoié des motifs du décret qui précède; elle en établit atee une logique convaincante la nécessité et rui^cnce; elle montre à la France Tabime qu'il faut éviter. Hais elle ne se borne {)as à cela. A côté de reipositton dn

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mal, elle montre le remède ; elle indique la route qu*il fifiiut suivre. Et tout cela est dit avec une précision, une netteté, une loyauté de franchise qui ne laissent pas un point obscur, douteux, indéfini. Le pays voit d'où il Tient, mais il sait aussi où il va. A rencontre de ces génies du mal, véritables fléaux des nations, qui ne s'attachent qu'à renverser, à détruire, et qui ne savent rien fonder, rien engendrer, le prince Président ferme le passé sur des ruines , et il ouvre largement l'avenir au bonheur de la France. On retrouve dans cette pièce la force napoléonienne ; on ne fonde rien sans la force, c'est la base des grandes choses. Il y a là le génie fécond et générateur du grand homme qui sauva la France. Courage! Prince, et salut à vous, au nom des civilisations que vous allez sauver ou fonder! Quand on a , comme vous , dans les veines un sang riche d'exemples et de généreux instincts héréditaires, qu'on a dans l'âme le génie et dans le cœur le dévouement, on ne s'appartient plus. On appartient à son pays, au monde, au rôle providentiel que Dieu donne à qui bon lui semble , et qu'il aura deux fois dévolu à votre race. Marchez donc dans votre voie, et croyez à votre étoile. Les hommes de la Providence ont le fatalisme de la foi, parce qu'ils sentent que Dieu les mène.

Allez, le peuple entendra cet appel que vous faites si loyalement , car Dieu inspire aussi les peuples qu*il protège , et , comme vous le disiez hier : il protège la France. Grâce à vous y la nef de la patrie n'ira pas se

briser aux écucîls de la démagogie, ni sombrer honteu» sèment dans le bourbier fangeux des partis. On voulait, ainsi que vous le dites, vous enchaîner au gouvernail, mais, brisant les entraves, pilote de salut et de civilisflK tion, vous le prenez en main. 1^ vaisseau de la France tracei^a glorieusement son sillage vers les horizons de l'avenir.

Après avoir parlé si noblement au peuple français, Louis-Napoléon s'adresse à Tarraée :

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