‹ Histoire d'un crimeChapitre 17 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

s'en alla que lorsque toutes les batteries furent prêtes i marcher.

De certains préparatifs suspects se multipliaienl. Vers midi, les ouvriers d'administration et les infirmiers vinrent établir au numéro 2 du faubourg Montmartre une sorte de vaste ambulance; il y eut comme un encombrement de civières. — Pourquoi tout cela? disait la foule.

Le docteur Deville, qui avait soigné Espinasse blessé,

Taperçut sur le boulevard et lui demanda : — Jusqu'oi irez-vous ?

La réponse d'Espinasse est historique.

Il répondit : — Jusqu'au bout.

Jusqu'au bout. Cela peut s'écrire jusqu'aux boues.

A deux heures, cinq brigades, de Cotte, Bourgon, Ganrobert, Dulac et Reybell, cinq batteries d'artillerie, seize mille quatre cents hommes S infanterie et cavalerie, lanciers, cuirassiers, grenadiers, canonniers, étaient échelonnés, sans qu'on pût deviner pourquoi, entre la rue de la Paix et le faubourg Poissonnière. Des pièces de canon étaient braquées à rentrée de toutes les rues; il y en avait onze en batterie rien que sur le boulevard Poissonnière. Les fantassins avaient le fusil haut, les cavaliers avaient le sabre nu. Qu'est-ce que cela voulait dire? C'était. une curiosité, cela valait la peine d'être vu; et des deux côtés des ti^ottoirs, de tous les seuils des boutiques, de tous les étages des maisons, étonnée, ironique, confiante, la foule regardait.

Peu à peu cependant, celle confiance diminua; l'iro-

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