‹ Histoire d'un crimeChapitre 23 sur 63 · RENDEZ-VOUS AVEC LES ASSOCIATIONS. H · texte numérisé non relu

RENDEZ-VOUS AVEC LES ASSOCIATIONS. H

immédiat et qu'il y aurait quelque inconvénient à les laisser se calmer.

La majorité des membres du comité penchait toujours vers un certain ralentissement de Faction, tendant à prolonger la lutte; et il était difficile de leur donner tort. Il était certain que si Ton pouvait faire durer jusqu'à l'autre semaine la situation où le coup d'État avait jeté Paris, Louis Bonaparte était perdu. Paris ne se laisse pas piétiner huit jours par une armée. Cependant j'étais, à part moi, frappé de ceci : — Les associations ouvrières nous offraient trois ou quatre mille combattants, puissant secours; — l'ouvrier comprend peu les stratégies, il vit d'enthousiasme ; les ralentissements le déconcertent; il ne s'éteint pas, mais il se refroidit; — trois mille aujourd'hui, seraient-ils cinq cents demain ? — et puis, quelque chose de grave venait de se faire sur le boulevard; ce que c'était, nous l'ignorions encore; quelles conséquences cela entraînerait, nous ne pouvions le deviner; mais il me semblait impossible que le fait encore inconnu, mais violent, qui venait de s'accomplir, ne modifiât pas la situation, et par conséquent ne changeât point notre plan de combat. Je pris la parole dans ce sens. Je déclarai qu'il fallait accepter l'offre des associations et les jeter tout de suite dans la lutte; j'ajoutai que la guerre révolutionnaire exige souvent de brusques changements de tactique; un général en rase campagne devant l'ennemi opère comme il veut; il fait clair autour de lui; il connaît son effectif, le nombre de ses soldats, le chiffre de ses régiments; tant d'hommes, tant de chevaux, tant de canons ; il sait sa force et la force de l'ennemi ; il choisit son heure et son terrain ; il a une carte sous ses yeux,

il voit ce qu'il fait. Sa réserve, il en est sûr, il la Uenl. il la garde, il la fera donner quand il voudra, il l'aura toujours sous la main. Mais nous, m'écriai-je . nous sommes dans l'indélerminé et dans l'insaisissable. Nous mettons le pied au hasard sur des chances inconnues. Qui est contre nousî Nous l'entrevoyons. Mais qui esi avec nous? Nous l'ignorons. Combien de soldats? Combien de fusils î Combien de cartouches? RieDl et l'obscurité. Peut-être le peuple entier, peut-être persoDoe. Garder une réserve 1 Mais qui nous répond de cette réserve? Aujourd'hui c'est une armée, demain ce sera une poignée de poussière. Nous ne voyons clairement que notre devoir; pour tout le reste, nuit noire. Nous supposons tout, nous ignorons tout. Nous livrons une bataille aveugle! Frappons tous les coups qu'on peut frapper, allons droit devant nous au hasard, ruons-nous sur le péril I et ayons foi. car puisque nous sommes la justice et la loi, Dieu doit être dans cette ombre avec nous. Acceptons cette superbe et sinistre aventure du droit désarmé et combattant.

Le constituant Leblond et le délégué King. consultés par le comité, se rallièrent à mon avis. Le comité décida que les associations seraient invitées, en notre nom, à descendre immédiatement dans la rue et à faire donner toutes leurs forces. — Mais nous ne gardous rien pour demain, objecta ud membre du comité. Quel au-iiliaire aurons-nous demain 7 — La victoire, dit Jules Favre. — Carnot et Michel de Bourges flrent remarquer qu'il serait utile que les membres des associations qui faisa ient padie de la garde nationale, se revêlissenl de leurs uniformes. Cela fut convenu ainsi.

Le délégué King se leva : — Citoyens représentants.

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