‹ Histoire d'un crimeChapitre 48 sur 63 · COMMISSIONS MILITAIRES ET MIXTES · texte numérisé non relu

COMMISSIONS MILITAIRES ET MIXTES

+ signifiait déportation à Gayenne. (La guillotine sèche. La mort.)

O signifiait acquittement.

Pendant que cette justice travaillait, rbomme sur lequel elle travaillait était quelquefois encore libre, il allait et venait, tranquille; brusquement on l'arrêtait, et, sans savoir ce qu'on lui voulait, il partait pour Lambessa ou pour Gayenne.

Sa famille souvent ignorait ce qu'il était devenu.

On demandait à une femme, à une sœur, à une fille, à une mère :

— Où donc est votre mari?

— Où donc est votre frère?

— Où donc est votre père?

— Où donc est votre fils?

La femme, la sœur, la fille, la mère, répondait :

— Je ne sais pas.

Une seule famille dans TAllier, la famille Préveraud, du Donjon, a eu onze de ses membres frappés, un de la peine de mort, les autres du bannissement et de la déportation.

Un marchand de vin des Batignolies nommé Brisadoux a été déporté à Gayenne pour cette ligne de son dossier : Son cabaret est fréquenté par des socialistes.

Voici un dialogue exact, et saisi sur le vif, entre un colonel et son condamné :

— Vous êtes condamné.

— Ah ça! pourquoi?

— Ma foi, je ne le sais pas trop moi-môme. Faites votre examen de conscience. Voyez ce que vous avez fait.

— Moi?

s devez avoir fait quelque chose.

s non, je n'ai rien fait. Je D*ai même pas bit mon dcvoii'. J'aurais dû prendre mon fusil, tleâceaiin dans la rue, baranguer le peuple, faire des barricaiiesî je suis resté cliez moi, platement, comme uu faio^aiit (l'accusé rit), c'est de cela que je m'accuse.

— Ce n'est pas pour cela que vous Oies coudaniDt Cliercbez bien,

— Je ne trouve rieu.

— Quoi I vous n'avez pas été au café?

— Si! j'ai déjeuné.

— Vous n'avuz pas causé?

— Si. Peut-être.

— Vous n'avez pas ri?

— J'ai pcul-Oti'e ri,

— De qui? De quoi?

— De ce qui se passe. C'est yrai, j'aî eu lorl <

— En môme temps vous parliez?

— Oui.

— De qui?

— Du président.

— Que disiez-vous?

— i'arbleu, ce qu'on peut dire, qu'il avait manqué à son scrincul.

— Ensuite?

— Qu'il n'avait pas droit darrôter les repréieulants.

— Vous avez dit cela?

— Oui. Et j'ai ajouté qu'il n'avait pas le droit de tuer les gens sur lo boulevard...

Ici le condamné s'interrompt et s'écrie :

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