CONVERSATION ENTRE MM. MELLINOT ET MAJORIN
■de leur façon de camper, de leur tactique, de leur armement, de leurs machines de guerre, des contrées où elles combattirent , de l’aspect des villes qu’elles assiégèrent et des moyens de défense de leurs ennemis? Ils appiendront cela plus tard, répondez-vous (s’ils l’aprennent jamais). Pourquoi pas, en lisant le texte ?
— Vous voudriez, peut-être, que le professeur chargé de faire traduire les Commentaires , non content de corriger les versions, passât partie de la classe à dessiner sur le tableau des Romains et des Gaulois, des catapultes et des remparts ?
— Ce professeur-là le pourrait faire que je n’y verrais pas grand mal , car , évidemment alors , il serait en état de mieux expliquer le texte. Il ne s’agit pas de cela; mais il s’agirait, par exemple, de faire copier à ces enfants ou à ■ces jeunes gens , à la place de modèles graphiques qui ne signifient rien pour eux, des modèles reliefs représentant un Valium romain , une machine de guerre romaine, un rempart gaulois, l’armement d’un légionnaire, les ustensiles dont on se servait alors , de leur faire copier la carte des champs de bataille avec la position des corps, un Oppidum gaulois ou un camp romain en relief. Ne croyez- vous pas qu’en procédant ainsi, ces enfants ne feraient point leurs versions avec plus d’entrain et d’intelligence et qu’ils ne suivraient pas la classe de dessin avec plus d’assiduité?
— Tout cela est superbe en théorie, mon cher ami; mais où supposez-vous que nos lycées pourraient se procurer toutes ces belles choses, sans compter la dépense qu’occasionnerait un pareil matériel scolaire ?
— Ah! parbleu, parlez-moi de la dépense. Il s’agit bien de quelques milliers de francs de plus ou de moins quand la question de l’enseignement est sur le tapis. Et si on pouvait, en cinq ans au lieu de huit, former ces jeunes esprits et leur donner l’habitude de l’observation, des idées justes au
lieu d’idées incomplètes ou fausses, ne pensez-vous pas que cela vaudrait la peine de porter par an une trentaine de mille francs de plus au budget de l’instruction publique Pet quand je dis trente mille francs par an pour réaliser ces améliorations dans l’enseignement, je suis au-dessus de la vérité. Je me charge d’entreprendre l’opération à ce prix, si vous le voulez. La mise de fonds pour les modèles une fois faite , les moulages coûteraient bien peu de chose.
«Mais non, la routine est là*, depuis Rollin, pour ne parler que de l’antiquité, on a fait un pas immense dans la connaissance de cette antiquité. Nous savons plus exactement aujourd’hui comment vivaient, comment administraient, comment se battaient les Romains, qu’on ne sait comment se battaient et se gouvernaient les Français sous Philippe^Âuguste. Cette masse de connaissances ne pénètre pas dans l’enseignement*, elle se tient au seuil de la porte d’issue, à la dispositions des très rares esprits que leurs goûts portent vers les études historiques sérieuses!...
— Bon ! nous voilà bien loin des débuts de notre conversation* Il y aurait trop à dire sur ce sujet pour vous répondre*, revenons à notre point de départ. Vous n’entendez pas envoyer petit Jean au lycée, pour le moment du moins*, mais, sans vous paraître trop indiscret, me permettez-vous de vous demander quelle méthode vous prétendez appliquer dans le cas présent? Si je vous fais cette question, c’est pour ma propre instruction, car je ne saisis ni vos moyens d’exécution ni n’entrevois nettement le but où vous tendez.
— Soit, précisons Dans l’étude du dessin il y a deux
éléments, le travail matériel, l’exercice de l’œil et de la main, puis le travail intellectuel , c’est-à-dire l’habitude d’observer avec exactitude et de graver dans la mémoire ce que l’on a observé, de telle sorte que l’esprit puisse comparer et tirer des déductions de la comparaison.