QUATRIEME PARTIE
Quelques suggestions
Puisque les mots d'agriculture et de colonisation tombent ici sous notre plume, qu'il nous soit permis en terminant de rendre à ce sujet toute notre pensée. Il est souverainement important de travailler à favoriser ces grandes œuvres. L'histoire de toutes les paroisses du nord entr’autres, est l'histoire de leur développement successif, plus ou moins rapide, suivant les embarras plus ou moins grands que les colons ont eu à vaincre, Qu'on lève aujourd’hui ces embarras sur tous les points du pays qui en sont affectés, et des centaines, des milliers de compatriotes ou restent sur leurs terres ou reviennent de l'exil.
On a dépensé des sommes énormes au profit.
présumé de la colonisation, on a prélevé de l'argent de tous côtés et de bien des manières pour aider au défrichement des terres incultes, on a
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au profit.
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. payé des agents, beaucoup d'employés ici et là,
on a fait des loteries, essayé de bien des choses enfin, sous les plus généreuses impulsions ; le tout n’a été, pour ainsi dire, qu'un transport de numéraire de main en main, sans avantages correspondants à tant de sacrifices. Où sont les fa milles étrangères, françaises, belges, allemandes, anglaises, ou autres, dont l’acquisition a compensé nos dépenses ?
On a essayé à grands frais aussi du repatriement sans beaucoup plus de succès, enfin on a parlé, on a discouru longtemps, on a écrit mille et une belles choses sans obtenir le but désiré. Il y a plusieurs années que l’on travaille toujours de la même manière à établir, par exemple, les terres de la vallée de l’Ottawa. On a
‘versé là toutes les ressources possibles au détri-
ment d’autres places également avantageuses, et où de grands sacrifices privés étaient déjà faits. Suivant les rapports du progrès qui y auraient été accomplis annuellement, on se serait cru en droit de conclure, il y a queique temps déjà, que tout était fini, que ces établissements pouvaient
suffire; et voilà que, malgré toute la bonne volonté dont on a pu disposer, nous nous retrouvons aujourd’hui avec des ébauches de colonisation en de nombreux endroits il est vrai, mais qui sont bien loin d’être avancés dans la proportion que l’on aurait pu espérer, parce que l’on n’a pas assez de monde. Tant il est vrai que la colonisation ne se fait pas et ne se fera pas d’une manière avantageuse et rapide avec les seuls moyens que l’on a adoptés jusqu'ici.
Loin de nous la pensée de blâmer les intentions de tous ceux qui ont cru devoir agir comme ils l'ont fait jusqu'ici sur cette question. Leur sincérité ne laisse aucun doute, leur patriotisme est inattaquable, leur dévouement est digne d’admiration. Mais admettons que comme la colonisation s’est faite et se fera dans notre province avec notre population, il est une première nécessité à laquelle il faut d’abord s’arrêter, c'est celle de retenir ici cette population. Or pour la retenir, il faut lui donner les moyens de faire face à ses affaires. Que l’on examine
bien ceci: si, depuis vingt ans, toutes les som-
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mes prélevées et dépensées au nom de la colonisation, l'argent de toutes les agences canadiennes, américaines et européennes, les dépenses de repatriement, de publications à l'étranger, etc, eussent été employés à utiliser nos pouvoirs d’eau dans les montagnes, en favorisant au moyen de bonus par exemple, l'érection de bonnes manufactures, quel nombre d'établissements industriels ne compterions-nous pas ! Quelle quantité de familles n’aurions-nous pas conservées au milieu de nous! Que de bras robustes et vigoureux le pays n’aurait-il pas encore à son service et qu'il n'a plus!
Ce sont les manufactures des Etats-Unis qui nous arrachent tous nos bras; élevons-en par ici, et nous sommes sauvés, notre population dans ce cas demeure sur ses terres.
Il faut des capitalistes, dira-t-on. Sans doute, Mais si nos gonvernements s'étaient faits capitalistes, au moins d’une manière indirecte en accordant à des compagnies ou à des particuliers certains privilèges, certains encouragements mé-
me pécuniaires, auraient-ils perdu leur argent
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depuis vingt ans ? Le gouvernement du jour pe compterait-il pas ici une masse de consommateurs qui sont allés demander du pain à l'étranger ? On dira bien que ces derniers sont des gens qui n’ont pas l’idée patriotique, qu'ils manquent de courage, qu'ils sont éblouis par les apparences,qu’ils ne comprennent pas leurs vrais intérêts. Tout cela peut être vrai, mais l’argument de l'estomac privé de pain l'emporte sur
toutes ces raisons.
Nous avons des renseignements précis, nous connaissons des paroisses qui ont perdu plus de cent familles depuis deux et trois ans, Nous pourrions mentionner des comtés dont la statistique d’émigration s'élève depuis trois ans surtout, à un chiffre désolant, De partout il y a
des départs encore tous les jours. On abandonne | | des propriétés toutes défrichées, bien pourvues de bâtisses, parce qu'on a fait des dettes un peu 2°
inconsidérément, en comptant sur beaucoup de choses qui ne sont pas arrivées. Nous avons vu des familles en pleurs quitter 18 théâtre de leurs sacrifices, espérant toujours voir arriver le mo-
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ment d'en jouir, Ilyades localités où, dans certains rangs, la moitié et plus de maisons sont fermées. C’est affligeant, n'est-ce pas ? Notre cœur est peiné, nôtre main tremble en retraçant ces faits qui ne sont pourtaut que la stricte réalité !
Que manque-t-il, que faut-il donc pour arrêter ce courant, ce torrent dévastateur de l'émigration ?
Ah! ce qu’il manque,ce qu’il fant, ce sont, ici des voies rapides de communication, des chemins de fer, là des comptoirs de cormerce, ailleurs des établissements industriels. Que l'on procure ces avantages aux habitants de nos montagnes, et ils restent chez eux, très certainement, ils ne demandent pas mieux.
Donnons un éclaircissement à notre pensée.
Supposons que dans une localité nouvelle ou de date assez récente, il se fasse un établissement industriel quelconque, qu’il s'érige par exemple uné beurrerie ou une fromagerie, ou l’une et
l'autre. On sait d'avance que c’est un moyen
très efficace et bien compris d'améliorer les ter-
oo dune Na ESA Ha,
ASE AM RTS
res, de faire toucher aux habitants de petites sommes d'argent, Pourquoi le gouvernement, en place d’octrois purs et simples accordés la plupart du temps pour ceci ou pour cela, sur des raisons d'intérêts particuliers qui ne lui sont pas connus, pourquoi, disons-nous, le gouvernement n’achèterait-il pas les produits de ceg industries, au moins dans les localités les plus éloignées, à un prix raisonnable, capable d’encourager les fabricants et les patrons ? Pourquoi n’assurerait-il pas aux dits fabricants et patrons, pour une période de quelques années, un prix fixe qui pourait rémunérer les uns et les autres ? Y aurait-il même gratification d’un centin ou deux sur la valeur qui resterait en mains, la dépense serait encore minime, et dans tous les cas elle serait au bénéfice de tous sans exception. Quel renouvellement n'y aurait-il pas dans une paroisse, dans un comté, dans la province ! Il est certain que le cas arrivant, chacun se remet au travail avec courage sur sa propriété, il est certain que tous nos émigrés reviennent prendre possession de leurs terres. Alors, ce sont
autant de colons conservés, autant de repatriés et de repatriés sans frais.
Le gouvernement n’éprouverait-il pas moins de perte à établir ou à favoriser pécuniairement dans bien des localités de semblables sources de revenus pour les cultivateurs et les nouveaux colons, que de suivre la routine de certaines dépenses annuelles qui, maigré toute bonne volon-
té, ne rapportent rien, ou servent tout au plus
qu’à un bien petit nombre? Le chiffre de cinq cent mille piastres, ou peu près croyons-nous, inscrit pour les frais d’agriculture, de colonisation et de repatriement depuis trois ans, n’aurait-t-il pas été séparé et appliqué avec beaucoup plus d’efficacité et de véritable profit en faveur des industries susdites et au bénéfice de tant de bras que l’on aurait ainsi gardés parmi nous ?
Oui et très certainement, le montant des sommes que l’on prétend affecter à l’agriculture, à la colonisation ou au repatriement, deviendrait par là le service le plus signalé qui pourrait être rendu à l’agriculteur et au colon ; ce serait un bien sûr moyen de conserver notre population