CHAPITRE IX
Sel ignifère de TÂvranchin. — Sel obtenu par la gelée.
£q Basse-Normauidie, du côté d'Avranches, on eiii« ploie un procédé tout à fait différent de ceux employés dans rOuest et dans le Midi.
La mer, lorsqu'elle monte, couvre de son eau salée les grèves sablonneuses. Lorsqu'elle s'est retirée, et que le soleil a desséché ces grèves, les propriétaires riverains viennent haveler , c'est-à-dire gratter avec une large planche ferrée, et placée sur champ, la surface salée des grèves ; cette espèce de râteau, fortement appuyé sur le sol par les hras d'un homme, comme s'il tenait les mancherons d'une charrue, est tiré par un cheval. Les travailleurs ramassent en un tas ces terres grattées, ou tangues, et les lavent pour en extraire le sel. Us ont un châssis dans le fond duquel ils placent une couche de tangue déjà lavée, qu'ils battent et pilent bien pour empêcher l'inliltration. Sur cette tangue battue, ils mettent d'assez fortes solives, et sur ces solives de petites voliges, mais non serrées complètement les
unes contre les autres ; sur ces voliges ils étendent un peu de glui ou paille de seigle, puis une certaine quantité de terre grattée qu'ils couvrent avec de l'eau de mer. Cette' eau filtre au travers du sable, se charge des, parties salées, et vient tomber dans une barrique disposée à cet effet ; au moyen de boules de cire, ils reconnaissent si la brune ou solution saline est au degré voulu, c'est-à-dire est assez chargée de sel, pour pouvoir être évaporée avec profit, et ils mettent plus ou moins de sable dans le châssis suivant l'indication que leur donne cet essai imparfaite.
Les liqueurs concentrées sont évaporées à slccité dans de petites bassines en plomb, chauffées avec du bois. La masse saline, ainsi obtenue, est mise dans des paniers qu'on tient suspendus au dessus des chaudières pendant toute la durée de Tévaporation suivante. Cette masse s'humecte ainsi de vapeur aqueuse, et abandonne les sels déliquescents. On la laisse ensuite dans des magasins pendant plusieurs mois avant de la livrer à la consommation, Le sel perd encore là de 27 à 28 pour cent de son poids ; il est trés-blanc, excessivement divisé, et commeneigeux.On leconnaltsous le &omdej6J ignifère. Ce mode d'exploitation était déjà appliqué dés l'an 1600, et, dans le pays, la tradition en faisait remonter l'introduction au ix^ siècle. Autrefois la majeure partie de la Normandie était approvisionnée par les salines de l'Âvranchin, mais aujourd'hui elles sont peu productives et presque abandonnées.
Les terres lavées sont mises en tas nommés mandrins ^ que Ton répand ensuite sur les luzernes.
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Les bassines en plomb sont placées au dessus de parallélogrammes de terre glaise, ayant de 12 à 15 centimètres d'élévation. Pendant Tébullition, il«e forme des écumes qu'on enlève au fur et à mesure avecdes petits râteaux de bois ou havets et qu'on jette ensuite sur Targile du sol. Au bout d'un certain temps on brise cette masse argileuse chargée d'écume salée, et, sous le nom de FournaisCy on la mélange avec de ia terre et on l'emploie comme engrais.
Set obtenu par la gelée. — Dans les pays froids, où Ton ne peut appliquer à l'eau de mer la méthode des marais salants, on extrait le sel en exposant les bassina ou réservoirs remplis d'eau de mer à une température très-basse : l'eau se divise en deux parties ; l'une, qui se solidifie d'abord, est de l'eau presque pure, tandis que l'autre reste liquide et retient en dissolution tous les sels solubles. On enlève de temps en temps les gla* çons qui se sont formés, et on finit par obtenir ainsi une eau très-chargée de sel que l'on évapore ensuite.
C'est ainsi que se prépare le sel en Norwège et dans le nord d3 la RussieJ