CHAPITRE X
6el dt wAreoh. ^ Bel d«8 salpéMett.
Kûus deTOQS mentionner enfla une dernière source
• de production du sel. Celle-ci ne donne, à yrai dire^ que
des sels assez impurs, mais qui cependant reçoivent cer«
taines applications industrielles; nous Youlons parler
des sets de loarechs.
C'est un produit assea important des côtes et di» rochers des bords de la mer que le warecb ou goimon^ que les étrangers au littoral ne connaissent guères que par les fragments de cette plante (fucus mariiifnus)^ qu'on trouve souvent sur les écailles d'huitres ou de 'moules.
On faisait, depuis des siôcleSi des soudes avec le warechaux enyirons de Cherbourg, en Normandie, qu'on ne songeait pas encore à utiliser cette plante dans le Bas-Poitou. C'est de Fontanes, inspecteur des manufactures du Poitou, le père du savant littérateur de ce nom, qui, le premiert tenta, vers 1760, d'obtenir de la soude sur les côtes du Bas-Poitou, en indnérant les
plantes marines si communes dans ces parages. Sa tentative eut un plein succès.
Aujourd'hui on brûle les goémons sur les côtes de rOcéan, depuis le Bas-Poitou jusqu'à la Normandie. Oa les exploite également sur quelques points du littoral de la Méditerranée.
L'on commence à faire la soude à la Bn du mois d'avril, et pour cela, les paysans du littoral ramassent les warechs de toute espèce que le flux de la mer jette sur la côte, et en arrachent d'autres sur les roches Yoisines que le reflux laisse à découvert, sans aucune distinction d'espèces. Cependant les espèces les plus communément employées par les barilleurs, sont les fucus vesiculosusy nodosus^ serratus^ siliculosus. On étend les warechs sur le sable pour les faire sécher au soleil, en prenant toutes les précautions pour les empécher d'être mouillés par la pluie qui entraînerait une partie des sels qu'ils renferment. Ces goëmoos desséchés sont ensuite brûlés dans des fosses rectangulaires creusées dans le sable à proximité du rivage. On alimente la fosse de warech à mesure qu'il se consume. Le feu est plus ou moins vif selon la force du vent qui l'excite, il produit un pétillement continuel qui résulté de la dilatation de l'air contenu dans les vessies nombreuses dont quelques espèces de warech sont couvertes, et qui quelquefois les soutiennent en longues grappes sur la surface de l'eau.
Le bruit indéfinissable des vagues, le roulement des galets sur la grève, puis ces brasiers ardents entourés d'une épaisse fumée blanchâtre, et autour desquels se
meuvent, comme des ombres fantastiques ou commo les sorcières de Macbeth, des hommes déguenillés et des femmes aux longs cheveux épars, tout cela forme un spectacle étrange qui frappe vivement Timaginatlon du voyageur attardé sur ces cdtes sauvages.
Lorsque le vent porte cette fumée du côté de la terre, elle incommode beaucoup les habitants par l^odeur acre et nauséabonde en même temps, qu'elle entraîne avec elle. Cette fumée produit sur les yeux et sur la gorge un effet analogue à celui que produisent les vapeurs d'acide chlorhydrique.
Quand le feu est tombé, deux ou trois hommes re* muent le résidu dans tous les sens, afin d'en achever la combustion et d'en lier toutes les parties, c'est ce qq^ l'on appelle brasser la soude ; ensuite avec des morceaux de bois dont le bout est arrondi et épais, ils frappent vivement la matière pour en réunir les molécules en une masse solide/ils pilent la soude, suivant le langage du métier. On retire ordinairement d'un fourneau 500 kilogrammes de soude.
La soude qui se fabrique dans les mois de mai et de juin est la meilleure, parce que la végétation des warechs étant alors dans toute sa force, ces plantes contiennent plus de sels. C'est la conséquence d'un fait bien constaté. Plus les plantes sont jeunes, plus elles contiennent de parenchyme, et plus aussi elles contiennent de soude et de potasse. Ainsi les plantes herbacées en contiennent plus que les plantes ligneuses ; et, dans les arbres, les feuilles, les jeunes branches et l'écorce en contiennent plus que le bois,
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qui en contient d'autant moins qu'il est plus vieux. Les soudes brutes de warech contiennent environ 2 pour cent de carbonate de soude, 42 à 67 pour cent de composés insolubles, et 32 à 75 pour cent de sels solubles, parmi lesquels le sel marin entre, on le comprend, dans une assez forte proportion. On les employait au- 'trefois à la fabrication du verre commun. On donna plus tard la môme destination aux sels solubles extraits de cette soude par le raffinage, et qui purent même entrer dans la composition du verre à vitre et de la gobeletterie blanche.^ Dans les deux cas une partie du sel marin était volatilisée durant la fusion et l'affinage du verre. Depuis la découverte de l'Iode par Courtois, op a tiré un bien meilleur parti des soudes de warech* On les lessive et les solutions salines sont évaporées dans des chaudières en tôle. Pendant l'évaporation, il se dépose au fond des chaudières une grande quantité de sel marin; lorsque les liqueurs ont acquis un certain degré, on les met à cristalliser, on obtient ainsi un dépôt abondant de sulfate de potasse. Les eaux mères mises de nouveau à évaporer précipitent une seconde fois du sel marin, et par une seconde cristallisation donnent des cristaux de sulfate de potasse et de chlorure de potassium. Les dernières eaux-mères dans lesquelles les iodures sont concentrées sont alors traitéespour l'extraction de l'Iode. Oa obtient donc de cette manière de l'Iode, des sels de potasse et du sel marin impur connu sous le nom de sel de warech. Ce sel est employé dans les fabriques de produits chimiques pour la fabrication de la soude, de la potasse
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HISTOIRE d'un GRa/n DE SEL 85 '
factice, etc. Il n'est pas assez pur pour seryir aux ;
salaisons. |
Dans certaines fabriques on utilise le chlorure de potassium que l'on obtient pour produire du salpêtre par double décomposition avec le nitrate de soude qui nous arrive du Chili en grande abondance. Dans cette opération on obtient encore pour résidu du sel marin, impur également, et qu'on désigne sous le nom de sel des salpêtriers.