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CHAPITRE XI

LÂGS SALÉS

Étang de GourtaisoD. — Lac Elton. — Lac sal6 de TUtah. — Lac * de Buffalo. — Les lacs des Pampas. — ' Lac d'Urmia. «« Lac de Menzaleh. — Lac Syouah.

Il existe une foule de lacs salés répartis dans les différentes partiesdu monde. On ne les exploite généralement pas ; on se contente de ramasser à chaque saison, le sel qu'ils laissent déposer sur leurs bords.

En France, nous avons, aux environs de VaucluBe, un petit lac qu'on appelle l'étang de Gourtaison qui retrace- en petit les phénomènes remarquables des vastes déserts salins et des lacs salés de l'Asie centralç. Un étang d'eau salée à vingt lieues de la mer peut étonner en Provence, mais il est à peu prés certain que le sol y recèle des dépôts de sel gemme : une source d'eau salée jaillit dans la commune de Baumes ; des effloresceoces salines couvrent le limon rejeté sur les bords delà Durance» En été on voit ce sel briller au loin sur le

safre on limon durci ; enfin un goût saam&tre rend désagréable an palais les eaux de la Durançole qui se jette dans l'étang de fierre.

Les lacs salés sont très^nombreux en Russie, surtout aux environs de la mer Caspienne. Trente -deux sont exploités dans le gouyernement d'Astrakan, et leur production annuelle dépasse 175 millions de kilogrammes. De tous ces lacs, le lac Blton est le plus Important. Il a dix-huit lieues de tour. Les Kalmoucks et les Kirghis l'appellent Âlton^nor ou lac doré parce que ses eaux paraissent rouges lorsque le soleil les éclaire. Ce lac présente une particularité très^remarquableé En été ses b<»ds sont tapissés de cristaux de sulfate de chaux et de sel marin, tandis qu'en hiver, outre ces sels, on y trouve aussi du sulfate de magnésie qui, l'été, reste en dissolution dans l'eau. Suivant Pallas, pendant les nuits fraîches de la saison chaude, l'eau laisse également déposer du sulfate de magnésie (sel d'Epsom) qui se rediisout pendant ,1a chaleur du jour. Il est possible qu'un jour l'industrie tire partie de ces observations.

En Amérique on rencontre égalémoit un certain nombre de lacs salés. Nous citerons enke autres le grahd lac salé de l'Utah qui doit surtout sa célébrité au voisinage des Mormons qui sont venus s'établir sur ses bords, et le hic de Buffalo sur les bords de la Kenawhay, rivière de la QaroUne septentrionale. De nombreuses sources salées aux environs de ce lac, donnent lieu à une exploitatioii trés-importaute. On observe aussi dans ces paragea un grand dégagement de gaz inflammables (hydrogène et hydrogène carboné). La plus curieuse de

ces sources gazeuses, est celle qui est connue sous le nom de source brûlante. Le gaz s'élève d'une cayité d'un pied de profondeur sur cinq à six pieds de diamètre, creusée dans le sol d'alhirion et à quelques pas seulement de la rivière. Cette cavité est ordinairement en partie remplie d'eau que le gaz traverse avec bruit. Si on approche une lumière, le jet de gaz s'enflamme et s'élève sons la forme d'une flamme légère et vacillante de 2 à 3 pieds de hauteur. Il continue de brûler ainsi jusqu'à ce qu'il ait été éteint par un mouvement subit de l'eau, ou par une forte agitation de l'air.

Cette source est placée au milieu d'un espace découvert dont Washington, qui possédait de vastes terrams sur la Kenawhay, fit don au Gopité. Il considérait ce phénomène naturel comme fort intéressant, et ne croyait pas devoir se l'approprier dans son intérêt particulier. Noble exemple qui trouve très-rarement des imitateurs.

L'eau qu'on trouve dans les Pampas et les savanes de Buénos-Âyres est également salée, surtout en été. Ici le phénomène est d'autant plus remarquable que le sol ne parait pas contenir de sel, et qu'à quelques pieds audessous de la surface ou dans des puits creusés par les habitants, ii y a de l'eau douce en abondance.

Au nord du Rio-Salado, dans le voisinage des Andes, on rencontre une région qui ne ressemble à aucune autre; image véritable du chaos, tableau de la désolation sur la terre, séjour affreux dont l'oiseau craint de s'approcher, où le nuage n'ose traverser la voûte des cieux, où la chaleur sillonne le sol de crevasses profondes, où la sécheresse détruit toute trace de végétation. Là d'im-

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HISTOIRE d'un 6RAIN DE SEL / 89

menses marais de sel s'offrent aax yeux du voyageur. Pas un souffle n'y rafraîchit Pair brûlant, les rivières mômes qui se précipitent du baut des Andes sur ces plaines désolées se perdent bientôt au milieu des sables arides.

Les lacs salés sont également assez nombreux en Perse, et sur les plateaux de TÂsie centrale. On cite celui d'Urmia, en Perse, qui est exploité comme le lac Elton et dont les eaux contiennent 23 pour cent de matières salines. H y en a aussi une certaine quantité dans l'intérieur de l'Afrique et en Egypte. Dans ce dernier pays les lacs sont très-nombreux, mais généralement très-petits : on cite principalement le lac de Syouab et le lac de Menzaleh. Enfin en Palestine se trouve un lac très-intéressant, c'est le lac Asphaltique ou mer Morte, dont nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

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CaiAPITRE XII

U mer Moifte.

Le bassin que nous appelons aujourd'hui mer Morte n'est jamais désigné sous ce nom dans les lirres saints; mer Orientale, mer de Sodome, mer du Désert, mer salée, telles sont les diverses dénominations qae lui donnent les Ëcritures. Dans Joséphe et les écrivains classiques, il est appelé lac Asphaltique, à cause des grandes quantités de bitume qui se dégage de ses profondeurs et vient surnage^ à la surface. C'est ce bitume qui est utilisé dans l'industrie et les arts sous le nom de bitume de Judée. Le nom actuel de cette mer vient sans aucun doute, de la croyance généralement admise qu'aucun être vivant ne peut exister dans ses eaux.

Ce lac a environ dix-neuf lieues de longueur sur cinq de largeur. Il a été formé par l'éruption d'un volcan, qUi causa la destruction de Sodome, Gomorrhe,Adamali et Séboïm, situées dans la vallée de Siddim, que la Genèse place à cet endroit. Cette opinion est rendue vraisemblable par la constitution volcanique du sol, et

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par les tremblements de terre qui, de tout temps, ont ébranlé la Syrie et la Palestine.

Quelle doit être l'impression du voyageur subitement transporté dans la vallée du Jourdain! 11 est entre deux montagnes roides et parallèles, et, tout aussi loin que son œil peut atteindre, il n'aperçoit que de tristes coteaux s'empilant sur des coteaux pâles, jaunes et nus, en présence d'une mer qui ne se ride pas, qui semble morte. Dans cette vallée pas un brin d'berbe, pas une ronce ne s'élève au-dessus du sable. Sur ces montagnes, pas une mousse. Dans cette mer pas d'habitants. Pas une mouche ne bourdonne dans cet air néfaste. Quelques arbres apportés par le Jourdain gisent sur la rive ; ils étendent leurs branches desséchées et noircies comme du charbon, par l'effet d'une longue suite d'années silencieuses passées sous ce ciel de flamme. Ce sont bien là des squelettes en harmonie avec le paysage qu'on a sous les yeux. Partout le désert, partout le vide, partout le néant.

Sur les bords de cette mer florissaient autrefois les villes que nous citions plus haut, et dont il ne reste aujourd'hui que quelques débris noircis par le feu. Ces villes disparurent un jour dans des tourbillons de flammes et de fumée, et leurs habitants périrent calcinés. Un seul homme, dit l'Écriture, survécut au désas* tre..«.* ici fut Sodome et là Gomorrhe !

Sodome était au pied de la montagne de sel, à la pointe sud-ouest de la mer Morte. C'est le Kharbet- Erdoum des Arabes du pays. L'emplacement occupé par les autres villes est plus incertain.

Cependant la seène de désolation «qui caractérise la mer Morte ne s'étend pas au-delà, et la stérilité qui règne sur ses bords n'est pas commune à tout le paysage ambiant. Par un contraste inexplicable, les rives du Jourdain, stériles près de la mer, se reyétent à quelque distance, de yerdure et de fleurs.

Bt comme si tout devait être étrange dans cette contrée, la mer Morte présente des phénomènes qu'on ne rencontre pour ainsi dire nulle part. Son degré de salure ne permet pas aux poissons de vivre dans ses eaux ; ceux qu'on y a trouvés étaient morts et venaient du Jourdain. Cette absence de poissons, de crustacés, de mollusques, etc., explique l'absence des oiseaux aquatiques dans ces parages, comme le manque d'eau douce et de verdure sur les bords fait comprendre l'abandon de ces lieux par les autres animaux. Ses eaux sont claires et trRûsparentes ; des flaques d'asphalte surnagent çà et là ; un brouillard dense et salé, ressemblant à une fumée blanche et épaisse, le couvre presque continuellement, et, vers le soir, sa surface est souvent tellement phosphorescente qu'on la croirait embrasée. Ces phénomènes peuvent expliquer ce que dit l'auteur de la Sagesse de Salomon^ en parlant des cités de la plaine : « Diverses preuves de leur perversité se sont perpétuées jusqu'à ce jour ; il s'échappe continuellement de cette terre, frappée par la main de Dieu, des tourbillons de flamme et de fumée, y

Sur la rive orientale, on remarque une colonne éle« vée, ronde, isolée en apparence de la masse générale, à Ventrée d'une gorge profonde, étroite et abrupte.

C'est un bloc de sel solide, diminuant légèrement de volume à mesure que Ton s'élôve. Cette masse cristaUi* sée est rattachée à la montagne Toisine, par un arcboutant ou contre-fort. Est-ce la statue de la femme de Loth dont parle la Genèse? Les Arabes la désignent comme telle aux voyageurs. Malheureusement, sa hau« teur qui n'est pas moindre de 40 pieds, ne permet pas de donner ici raison à la tradition.

Les eaux de la mer Morte contiennent une grande quantité de sels différents. D'après les analyses de H. Boussingault, le sel marin y entre dans la proportion de 6, 5 pour cent environ, ^absence de nitrates explique, jusqu'à un certain point, la stérilité du sol en* vironnant. Le Brome, au contraire, y a été trouvé en grande abondance, et deviendra peut-être un jour l'objet d'une exploitation régulière et profitable. Dans de semblables conditions, on comprend que l'eau ait un goût des plus désagréables, et sa densité est telle qu'on ne peut y nager : les bras et les jambes restent an dessus de la surface, sans qu'on réussisse à les enfoncer sérieusement ; on s'agite, et au lieu de l'onde on ne frappe que l'air. On est bientôt fatigué de cet exercice, et les voyageurs qui ont voulu en essayer se sont hâtés de regagner la terre, où ils sont arrivés couverts d'une épaisse couche de sel, le soleil ayant, en un clin d'œil, fait évaporer l'eau qui les couvrait. Cette eau est, du reste, très-irritante, et occasionne des démangeaisons insupportables. Les bords du lac sont tellement incrustés de sel qu'on dirait qu'ils ont été blanchis à la chaux.

I/es sources et marais putrides qui entourent cette

mer, les exhalaisons des flaques d'eau stagnante dlBsé* minées sur la plaine plate qui la borne au nord, produisent constamment dans ces parages des émanationg miasmatiques toujours dangereuses, et trop souyent mortelles. Ajoutons à ces causes la chaleur intense qui y règne presque continuellement, et l'effet de ces eaux acres qui énervent les forces et souvent font naître des symptômes fébriles, et on comprendra encore mieux la triste réputation dont jouit cette vallée désolée.

Avant 1835, personne n'avait osé naviguer sur ces eaux bitumineuses. Un Irlandais, Gottingam^rosa le premier. Après cinq jours de navigation, il alla mourir d'épuisement à Jérusalem.

En 1837, MM. Moor et Beck firent une nouvelle tentative ; mais les fièvres les forcèrent bientôt à abréger leur excursion.

En 1847, le lieutenant Molyneux, de la marine anglaise, y fit de nombreux sondages. Une fièvre violente ne tarda pas à remporter.

Enfin, la même année, une expédition commandée par le lieutenant Lynch, de la marine des États-Unis, y séjourna pendant trois semaines. La plupart des hommes qui composaient l'expédition furent malades, et le lieutenant Deal, un de ses membres les plus actifs, mourut, également emporté par les fièvres.

Les Arabes du désert ont raison : a Celui qui tient à la vie ne doit pas s^aventurer sur cette mer. »

CHAPITRE XIII Le Katron. — Procédés d'embaumement des anciezis Égyptiens

Le natron eatle carbonate de soude recueilli en divers lieux après TéTaporation spontanée de petits lacs d'eaux salées. La plus grande partie du natron nous vient d'Egypte ; les lacs qui le déposent en incrustations cristallines sont au nombre de neuf, situés dans le désert de Tbalat, disséminés sur une étendue de 16 kilomètres de longueur et un kilomètre de largeur ; la formation du natron parait due à la réaction du sel marin contenu dans Teau de ces lacs, sur le calcaire ou carbonate de cbaux du sol, réaction aidée par laforceefflorescentedu carbonate de soude qui amène ce sel à la superficie, et par la facile infiltration dans le sol du chlorure de calcium, produit de cette réaction, et qui eht déliquescent à un très-haut degré. Les petites sources naturelles qui dissolvent les efflorescences, se réunissent dans les neuf lacs, et s'y concentrent spontanément. Après la saison des chaleurs, on ramasse les incrustations cristallines qui sont formées de natron, de sel marin et de sulfate de soude.

Nous retrouvons également ce corps en dissolution

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dans plusieurs lacs du pays de Tripoli, de la Hongrie, de la Perse, de l'Arabie, du Thibet, de la Chine, des lades, de la province de Venezuela (Amérique méridionale), etc. Quand les lacs se dessèchent pendant la saison des chaleurs, le natron se montre en efflorescences blanches au fond de Uur Ut« Ce sel nous arme plus ou moins iihpur, en masses d'un blanc jaunitre on gris, d'apparence saline, d'une saveur à la fois salée et alcaline. Il était autrefois beaucoup plus employé qu'aniourd'hui. Les anciens qui ne connaissaient pas d'autie carbonate de soude, l'appliquaient à la fabrication du verre et des lessives. On s'en sert encore & Marseille dans la fabrication des savons durs. En Egypte,^ on le mêlait au tabac en poudre pour lui donner du montant. On s'en servit longtemps également pour saler les cadayiei et assurer leur conservation. Les Indiens du Venezuela le mâchent avec du tabac pour exciter la salivation. Les Égyptiens en faisaient un grand usage pour l'embaumement de leurs cadavres. Suivant Hérodote, la méthode la moins dispendieuse consistait à injecter dans lea^intestins une liqueur caustique qui les dissolvait, et à tenir le corps plongé pendant 70 jours dans uûe lolu* tion saturée d« natron. On vidait ensuite le cadavre^ on le lavait et on le faisait sécher. Souvent après cette dessication on plongeait le corps da£is du pissalphalte fondu, qui en pénétrait toutes les parties et les rendait noires, pesantes et d'une odeur désagréable. Ce sont ces momies que les Arabes vendaient autrefois aut Européens pour l'usage de la médecine et de la peinture. Ils les retiraient des caveaux nombreux de la plaine

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de Sagarah ou Saqquarah, ob plaine des momies, tombeaux des habitants de la célèbre Memphis. ^

Pour les cadavres des personnes riches on prenait plus de précautions encore. Après les avoir vidés et lavés avec du vin de palmier, on y introduisait des plantes aromatiques, de Tasphalte, et on les recouvrait de natron. Au bout de 70 jours, on les lavait, on les séchait, puis, on les enveloppait dans des bandelettes de toile de lin, imprégées d'une résine appelée eommi.

Udo scène d'embaumement dans l'ancienne Egypte.

Le tout était recouvert d'un enduit peint chargé d'hiéroglyphes, et enfia renfermé dans plusieurs étuis en bois' de forme humaine.

Mais ces divers procédés, outre leur longueur « avaient encore l'inconvénient d'altérer les formes du corps et les traits du visage. La chimie moderne a fourni les moyens d'abréger le travail de Tembaumement et de conserver la forme du corps sans le secours dee bandelettes*

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