‹ Histoire d'un grain de selChapitre 14 sur 36 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Histoire chimique du gel. - Ses caractères.— Ses propriétés.— Vernissage des poteries. - Alcarazas. - Désulftiration du eoite et des pyrites;

Ton? les peuples de ranti(piité se sont formé snr le sel les idées les plus superstitieuses ; sa véritable nature a été méconnue presque jusqu'à nos jours; ce n'est guère que vers le milieu du xviii* siècle qu'on a commencé à l'entrevoir. Harggraf, célèbre chimiste de Berlin né en 1709, mort en 1780, démontra le premier, par des ^périences précises, qu'on peut retirer du sel un ga£ acide, l'esprit de sel, l'acide chlorbydrique de nos jours, et un véritable alcali très-différent de la potasse auquel il donna le nom A^Âlcali fixe minéral ; c'est la soude de notre époque. Depuis fa nomenclature, le sel marin a pris le nom scientifique de Chlorure de sodium. En nombres ronds il contient sur 100 parties, 40 parties de Bbdium, et 60 de chlore; dans les ouvrages scientifiques on le représente par le symbole NaGl.

Le sel est non-seulement répandu dans la nature minérale» «omme nous l'avons vu dans les chapitres

précédents, maison le rencontre encore dans la nature organique. Il fait partie des substances dissoutes dans les liquides des plantes, et dans les excrétions et les déjections des animaux. Ses éléments se rencontrent à Fétat d'acide chlorbydrique dans lesucgastriqijiede l'estomac, et desoûde carbonatée dans Talbumine du sang et des œufs. Nous aurons Poccasion de revenir sur ces faits en parlant du rôle physiologique du sel.

Il règne dans le monde un préjugé assez bizarre relativement au sel blanc. On est persuadé qu'il sale moins que le sel gris. Cette erreur, qu'il importe de détruire, vient sans doute de ce que ce dernier, en raison des sels de magnésie qu'il contient, a une saveur amère qui ae fait plus fortement sentir dans les dissolutions que la saveur salée. En faisant abstraction de cette saveur étrangère, le sel blanc, pris sous le même poids et dans le même état de sécheresse, donne au;x mets une saveur franche et salée plus prononcée quecellequepeutdonuer le sel gris, puisque celui-ci renferme des matières terreuses qui occupent la place d'une quantité semblable de sel pur. Il en est de même de la cassonade comparée au sucre raffiné : on entend dire partout que la première sucre mieux que le second, comme si les matières étrangères qu'elle contient ne devaient pas produire un effet tout contraire. Le simple bon sens fait concevoir qu'une substance dans son état de pureté doit présenter les propriétés qui la caractérisent à un plus hautdegré,que lorsqu'elle est étendue et altérée par des matières inertes.

Le chlorure de sodium pur a une saveur salée, un

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peu piquante, mais franche et sans arrière goût désagréable. Aussi est-il recherché pour relever la saveur des mets, et paries animaux qui s'ea montrent trèsfriands. Il est îhodore, et cristallisa en cubes incolores, translucides, dont le volume n'est jamais très-considérable. Ce n'est que dans les grandes chaudières de concentration des salines qu'il se montre à la surface des liquides sous la forme d'entonnoirs carrés ou de trémies, d'assez grandes dimensions* Ce sont des pyramides creuses formées par la juxta-position des cubes le long de leurs bords.

L'eau froide dissout presqu^autant de sel que l'tiau chaude, de 35 à 40 pour cent. La solution saturée* ne bout plus qu'à + 109», et ne se congèle que bien au dessous de 0*, ainsi que Boyle Ta reconnu le premier. Cette circonstance, due à la grande affinité du sel pour l'eau, explique pourquoi l'eau de la mer conserve encore sa limpidité, alors que l'eau des rivières est déjà congelée. Nous avons vu qu'on en tirait partie pour la fabrication du sel dans les pays froids.

Il s'humecte dans l'àir humide, et perd dans l'air sec l'eau qu'il a absorbée. Ordinairement l'eau saturée de sel qui s'insinue entre les cristaux de chlorure de sodium, détermine de petites explosions par la vapeur qui les écarte, lorsqu'on jette ces cristaux sur le feu ou sur un corps chauffé au rouge. On dit alors que le sel décrépit^,

L'affinité du sel marin pour Peau est notable, car il contracte ce liquide. En s'y dissolvant, il expulse en grande partie l'air et l'acide carbonique,et l'eau saturée

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de sel produit encore une partie de cei effets trec Fm pure. Cette affinité explique la eontraotion qu'il opère sur lea tiseuB animaux et Tigétaux en faisant sortir Teau qui les distend. *

Bn B^acoumulant dans les oaTités des corps poreux, la solution salée cristallise par l'étaporation^ ses cristaux se multiplient graduellement, pressent contre les parois de ses caTltés, peuvent les briser et désagréger ainsi la plupart des matériaux de construction plus ou moins perméables. Le sel marin qui, par cette fbrce de eris^ tallisation, sort en séries de cristaux entre les asilséi résistantes des Pyramides d*tgypte, forme des excroissances cornues irrégulières, ayant parfois 2 centimètres de diamètre et 8 à 10 centimètres de hauteur.

On doit donc employer des pierres ou des briques très-compactes et résistantes pour la construction des salorges ou magasins à sels, ou rendre ces matériatix imperméables en les imprégnant à chaud de bitume, et les cimentant avec du mastic bitumineux fbndu.

Le sel marin est soluble dans Talcool et donne à la flamme une couleur jaune.

Il éprouve la fusion ignée à la chaleur rouge et se YOlatlUse en fumées blanches dans un courant d^air. Ces propriétésont été mises à profit pour remh* certaines poteries de grés et de faïence. Vers la fin de la cuisson de ces poteries, on jette dans le four du sel matin qui se volatilise aussitôt et vient s'attacher en poudre fine aux parois des différents vases. Là il se décompose sons l'influence de l'argile ; l*eau en vapeur répandue dans iefour, en se portant sur le sel, le transforme en acide

chlorhydrique qui 9e dégage, et en soude qui produit ayeo la silice et ralumine des poteries un enduit Titreux,minoe et trè8-adhéreDt.G*e8t vers 1690 que ce pro» cédé de venûssage fut imaginé par les frères BUerf.

C'est également sur la fusion et la volatilisation du sel marin qu'est fondée la fabrication des akaraMùs.

On désigne par ce nom des vases de terre en forme de cruches ou de bouteilles qui servent à rafral** cbir les boissons. La propriété réfrigérante des alca^»

une alcArazûS.

ratas tient à ce quils laissent transsuder une partie du liquide qu^lls tiennent, et à ce que cette partie en s'évaporant à la surfkce externe du vase soustrait une partie dn calorique de Tintérieur. Bn conséquence pour accélérer cette évaporatlon, et, par snite, le refroidissement du contenu, on a soin d'exposer Talcarazas à an courant d'air aussi vif que possible.

On fabrique les alcarazas avec un mélange de 5 parties de terre calcaire et de 8 parties de terre argileuse. Quand on] ne peut pas se prooorer «ne titra propre ft

cette fabrication, on môle à Pargile, lors du pétrissage, une certaine quantité de sel marin qui, en se fondant quand on fait cuire le yase, y laisse une multitude de pores par où Peau peut transsuder. De plus, on ne soumet cette espèce de vase que 10 à 12 heures à la chaleur du four à potier.

On attribue aux Égyptiens l'invention des alcarasas. Les Maures en firent connaître Fusage en Espagne, et de cette contrée remploi s'en propagea dans tous les pays chauds.

Le sel marin a bien d'autres applications dans rindustrie, dans l'agriculture et dans l'économie domestique. Il sert à la fabrication de la soude et de ses déri- Tés, du silicate de soude, du chlorure double de sodium et d'aluminium, du calomel et de ses dérivés, dans le traitement des minerais d'argent, dans la fabrication des tabacs. On l'emploie pour graduer les aréomètres et pour faire des mélanges réfrigérants. En agriculture en s'en sert comme amendement, dans l'engraissement^ du bétail et pour le chaulage des grains. Son emploies t excessivement important pour les salaisons et les conserves de tous genres. Enfin chacun connaît son importance dans les préparations culinaires.

Nous allons examiner en détail ces différentes applications ; mais auparavant nous voulons indiquer rapidement deux applications qui ont été plus récemment proposées.

La première, c'est l'emploi du sel pour extraire économiquement le soufre des pyrites de fer. Dans ce cas, le selestmélangé au minerai dans la proportion de 50 pour

100 de soufre. On applique au mélange une chaleur graduée. Le résidu de l'opération se compose surtout d'oxyde de fer et de sulfate de soude. On lessive cette masse ; les eaux de lavage peuvent servir à la fabrication de la soude. Quant à Toxyde de fer, il est utilisé comme minerai.

La seconde consiste à traiter de la même mamère les houilles sulfurées destinées à la fabrication de la soude, du fer, ou à produire le coke pour Texploitation des chauins i» fer.

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