CHAPITRE XVI
Sulfate de 8oade« — Acide chlorhydrigue. «^ Soudes artificielles» — Soudes^ salées. — Sels de soude. ^ Cristaux de soude. — Soude caustique. — Potasse artificielle. — Lessive des savouniers. — silicate de soude. — Chlorure double de sodium et d'aluminium. —Aluminium. —Bronze d'aluminium. —Galomel et Sublimé corrosif. -* Poudre de succession. — Mort de Thomas Ovesbury.
A peine les arts chimiques commençaient-ils à s'éclairer au flambeau de la science, que tout d'un coup les nombreuses matières premières tirées de l'étranger pour diverses industries cessent de pénétrer en France. En 1792, la France, mise au ban des nations, attaquée de toutes parts, manquait des agents matériels propres à sa défense; alors Tindustrie fut privée elle-même de ses moyens habituels de travail et des matières premières qui eussent pu fournir les produits indispensables à la confection des armes et de la poudre de guerre, au blanchissage, à la teinture, etc. Cependant Garnot organisait la victoire. Il fallait du soufre et du salpêtre pour faire de la poudre, du cuir pour chausser les sol-
dats, des uniformes pour les vêtlf, et l'on n'avait rien, rien ! Ce fut précisément dans cette nécessité suprême qu^les plusgraades opérations manufacturières prirent leur source.
Les arts ctiiiniqueaauxquels toutes les industries empruntent des secours ne furent pas seulement perfectionnés» il fallut encore étendreleur domaine, car toutea les conditions d'existence étaient changées. Bientôt la fièvre du travail s'emparant de nos ateliers, cetteimmense crise lit jaillir de notre territoire : le soufre extrait de3 pyrites, Talun fabriqué à Faide des schistes pyriteux, le salpêtre, dont Télément azotique se trouyail accumulé dans les vieilles murailles et les terres dès écuries, enfin la soude artificielle tirée du sel marin. ^ Les nations, qui avaient cru pouvoir anéantir notre iadustzie et notre commerce, furent obligées plus tard d'eûiprunter à leur tour, pour soutenir leur propre industrie, les grands moyens d'action que la science française, surexcitée par le patriotisme, avait enfantés^
L'un des plus importants de ceis moyens fut la fabrication de la soude. Cette découverte s'est conservée intactQ au milieu de la multitude des transformations des autres arts chimiques, et elle forme encore aujourd'hui, en France comme dans toute TËurope, la base des industries soudières qui, d'après M. Payen, livrent annuellement chez nous au commerce et à l'industrie 90 millions de kilogrammes, en Angleterre 150 millions, et dans le monde entier plus de 300 millions de kilogrammes de soude brute ou leur équivalanten sels de soude.
Le procédé est celui de Leblanc, élève deDarcet père.
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Toatefoîs Leblanc ne sut pa& Texploiter industriellement, et ce n'est qu'en 1804 que^ grâce à Darcet fils, la fabrication de la soude artificielle est devenue un art régulier. C'est ce chimiste qui a élevé les premières fabriques de ce genre aux environs de Paris (à la Folie- Nanterre, et à Saint-Denis) ; et, dès 1805, elles fournissaient déjà par jour jusqu'à 22,000 kilogrammes de soude brute. C'est en 1806 que ce genre d'industrie fut importé; à Rouen, et presque en même temps à Marseille, où il prit surtout un essor Immense, en raison des nombreuses savonneries établies dans cette ville.
Nicolas Leblanc, né à Issoudun en 1753, était avant la révolution, chirurgien de la famille d'Orléans. Il s'associa d'abord pour Texploitation en grand de son procédé, le duc d'Orléans, Henri Shée, administrateur des deniers du prince, et Dizé, préparateur de chimie au Ct)llége de France.
Une usine fat créée à la maison de Seine, près de Saint -Denis; mais bientôt les événements de la révolution amenèrent le séquestre des biens du duc d'Orléans, et par suite celui de la fabrique dans laquelle il était intéressé. Leblanc s'était assuré la propriété de son procédé par un brevet d'invention, en date du 25 septembre 179), mais à l'appel du Comité de salut public^ qui demandait un sacrifice généreux de toute espèce de secrets pour la patrie, il autorisa la publication de son procédé que chacun put alors exploiter librement. C'était la ruine pour Leblanc. Aux prises avec la misère, fatigué de ses longues et inutiles instances pour obtenir justice^ impuissant à arracher ea nombreuse famille à la détresse,
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il tomba dans le désespoir et se tua, en 1806 ! Oa a voulu lui enlever le mérite de sa découverte; on a revendiqué pour Dizé une part égale de l'invention ; mais une enquête ouverte dans le sein de l'Académie des sciences a mis hors de doute que Leblanc est bien le seul inventeur du procédé de fabrication de la soude artificielle.
Le procédé de Leblanc consiBteàtransformerd'abordle sel marin en sulfate de soude, puis à convertir ce dernier en carbonate par le moyen de la craie et du charbon.
La première opération est effectuée en traitant le sel marin par l'acide sulfurique poit dans des cylindres de fonte, soit dans des fours ^ réverbères. Dans les deux cas il se dégage de racine chlorhydrique, que Ton condense dans une série de jiombonnes contenant de l'eau, et que l'industrie et le coiumerce consomment en quantités considérables aous le nom d'acide muriatique.
La deuxième opér^tiOQ, c'est^à dire la conversion du sulfate de soude en carbonate, consiste à calciner le sulfate de soude méli^ngé préalablement avec de la craie et de la houille pulvérisée. Ou obtient ainsi le produit qui porte le nom de soude brute. C'est avec elle qu'on fabrique les sels et les cristaux de soude, ainsi que les lessives caustiques dites lessives des savonniers.
En décomposant le sel marin par la silice et la vapeur d'eau, on obtient le silicate de soude ou verre so* lubie, qui a de nombreuses applications dans l'industrie.
Depuis quelques années le sel marin a reçu un emploi très-important dans la préparation de l'aluminium. L'aluminium existe dans une foule d'espèces *miné«
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raies. Le minerai qu'on préfère, est la cryolite ou fluorure double d'aluminium et de sodium ; il existe en abondance au Groenland. Pour extraire l'aluminium on chauffe la cryolite avec du sodium en lingot et du chlorure double d'aluminium et de sodium, corps dans lequel intervient le sel marin.
Aiguière en alumiuium.
Le prix encore éleré de l'aluminium a eqipôché jusqu'à présent qu'on le substitue dans les usages domestiques, au zinc, au cuivre, à l'étain, sur lesquels il l'emporte par son innocuité, son inaltérabilité, sa malléabilité, et sa légèreté. Jusqu'à présent l'industrie a dû. 8el)orner à la fabrication des bijoux, <es médailles, des
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inBcruBtatiODs, etc.; pour la marqueterie et le meuble de luxe, et, eu fin à la fabrication de tous ces objets que Pou fabriquait avec l'argent massif ou les composés argentés'. La bijouterie fine en a surtout tiré un excellent parti, grâce à raptitude de raluminium pour la foute et le travail de ciselure. /
L'alliage d'aluminium à 2 pour cent de cuivre se prête merveilleusement à Torfèvrerie d'or, et l'alliage à 10 pour cent de cuivre, nommé bronze d'aluminium, trés-dur, très-malléable et aussi tenace que l'acier, 1^ dispute comme beaisbté et comme précision de travail, 4 For, Â l'argent, et aubronze de cuivre. Mais il a, en outre, sur ces métaux un avantage immense, c'est la légèreté qui le rend excessivement précieux pour la construction de certains instruments de précision et des subdivisions du gramme.
vLa science marche vite aujourd'hui. Quand une voie est tracée, tout une armée de vaillants pionniers se met à Tœuvrp. Espérons donc que dans un avenir peu éloigné, l'aluminium nous rendra tous les services que nous ne faisons encore qu'entrevoir.
Deux composés mercurlels importants, employés en médecine et dans les arts, se préparent également avec le sel marin. Ce sont le calomel ou mercure doux, et le sublimé corrosif, le dragon des alchimistes. Malgré son nom qui veut dire joli noir, le calomel est un corps blanc, agissant sur Péconomie à la manière de Témétique, mais moins violemment cependant. C'est Turquet de Mayerne, savant médecin chimiste du xvii^ siècle, illustre par les persécutions injustes de la Faculté de
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Paris qui sévissait alors contre les novateurs, qui a donné à ce corps le nom de calomel, en l'honueur d'un nègre qui le servait.
Le sublimé corrosif est un poison redoutable dont la découverte se perd dans la nuit des temps, et auquel les alchimistes firent jouer un grand rôle dans leurs infructueuses recherches de la pierre philosophale. G'est,apFè8 racidearsénieus,le poison métallique le plus dangereux. Il a porté pendant un temps le nom de poiodre de suo" cession, à cause du criminel usage auquel on Tappli^ qttait. C'était -un des poisons de I9 Btinvllliers, et le principal parmi teux que Ton trouva dans la fameuse cassette de Sainte-Croix, son complice, dont la justice s'empara. En 1613, ce fut par ce poison que le comte et la comtesse de Sommerset firent périrent sir Thomas Ovesbury enfermé dans la Tour de Londres» Les meurtriers essayèrent successivement, et sans succès, sur leur' victime Teau forte, Tarsenic, la poudre de diamant, la potasse caustique, de grandes araignées et des cantharides \ le sublimé corrosif, administré en lavement, amena la mort en 24 heures. On sait qu'Ovesbury, poète anglais, était trôs-liô avec Robert Carr qui étant devenu, sous le nom de vicomte de Rochester, favori dé Jacques I, obtint, en 1618, pour son ami le titre de.chevalier du Bain. La faveur d'Ovesbury à la cour fut de courte durée. S*étant aperçu, raconte un ancien auteur, delà vive passion que Rochester avait conçue pour Fraoces Howard, femme de Robert, comte d'Essex, iJ en eut tant de chagrin, connaissant le mauvais caractère de cette dame, qu'il fit tous ses efforts pour le faire
reDOucer aa commerce qu'il a^alt arec elle. Le vicomte mécontent de ces conseils, en fit part à la comtesse qui résolut la perte d'Ovesbury. Mais on ne pouvait frapper en plein jour, le poëte estimé àe tous. II fallait aux assassins le secret des sombres cachots de la Tour. Jacques 1 désirait envoyer un ambassadeur à la eour de France, Rochester proposa Oveabury, puis traîtreusement vint dissuader son ami d'accepter. Le poète accédant aux perfides conseils de son ami, refusa^en efiet, et le Roi, mécontent', le fit enfermer à la Tour, le 21 avril 1613; il y mourut le 15 septembre suivant après des souffrances sans nombre. Deux ans après, la coupable intrigue fut découverte. Plusieurs personnes, convaincues d'avoir pris part à ce meurtre, furent exécutées. Les principaux coupables, Rochester devenu comte de Sommerset et sa femme Tex-comtesse d^Ëssex, furent condamnés à mort, mais le roi leur fit grâce et se contenta de les tenir éloignés de la cour.
Il est probable que la trop célèbre empoisonneuse Locuste, qui préparait à Néron des breuvages si subtils, connaissait et utilisait les propriétés du sublimé corrosif.