‹ Histoire d'un grain de selChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Traitement des mineraîB d'argent.

Les mines d'argent les plus célèbres et les plus riches sont situées au Mexique, au Pérou, à Buénos-Ayres, au Chili, aux États-Unis, en Colombie. En Europe il y en a aussi de fort importantes, en Hongrie, en Transylvanie, en Norvège, en Suède, en Saxe, dans le pays de Mansfeld, en Westphalie, etc. Dans presque toutes ces mines, formées principalement en Europe, de sulfare d'argent, et, dans l'Amérique espagnole, de sulfure et de chlorure d'argent, ordinairement disséminés dans des argiles ferrugineuses, qu'on nomme pacos^ au Pérou et au Chili, et colorados au Mexique, l'argent se montre à l'état natif, tantôt en cristaux isolés ou réunis en forme de brillante végétation, tantôt en filets, grains ou masses amorphes dont le volume varie singulièrement ; on en cite du poids de 25 à 30 kilogrammes, et même de plusieurs myriagrammes ; on en a rencontré une masse da poids de dix myriagrammes dans les filons de la mine de Kongsberg, en Norwège; et, en 1748, à Scheeberg, en

Saxe, on en ti^ouva uùe qui pesait plus de 1000 myriagrammes. On dit qu'Albert de Saxe se fit servir un dîner sur ce bloc et dit aux convives : « L'empereur Frédéric est sans doute un puissant seigneur; mais convenez que ma table vaut mieux que la sienne. »

On ex.truit ordinairement Targent de son sulfure désigné par les minéralogistes sous le nom A^argyrose ou d'argent vitreuXy mais on exploite aussi comme mines d^argent certains minerais qui renferment accidentellement ce composé, tels sont les sulfures de plomb ou^^alènes argentifères^ et \eé sulfures de cuivre argentifères connues aussi sous le nom de cuivre gris.

Nous allons donner une idée des deux méthodes gé' néralement employées pour Pextraction de l'argent, et dans lesquelles on emploie le sel marin.

A Freyberg, en Saxe, le minerai exploité est un sulfure d'argent disséminé dans une grande quantité de pyrites de fer et de cuivre ; il coatient à peine 0,0025 d'argent. Quand ce minerai est bocardé, on le môle intimement avec un dixième de sel marin, et on grille le mélange dans un fourneau à réverbère en le remuant fréquemment. Il se forme de la sorte des chlorures d'argent, de fer et de cuivre. On ajoute au résidu de Peau, du fer forgé en petites plaques et du mercure ; le chlorure d'argent se dissout à la faveur de l'excès de sel marin ajouté, puis se réduit au contact du fer. L'argeut mis en liberté s'unit au mercure et on l'obtient facilement en soumettant l'amalgame à la distillation.

Les minerais exploités par le procédé d'amalgamation ^ au Mexique, au Pérou, au Chili, sont encore plus pau-

yGooQle

gi,

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yres qae oeux de Freyberg. Ce soajt des pyrites dans lesquelles sont dissiminées des particuleSt inyisibles à l'œil ULu, de gulfare d'argent, d'argent niLtif, de chlorure d'argant, à'argent rouge (double sulfure d'ârgeut et d'antimoine) , d'argent antimonml (alliage d'ar* gent et d'autimoiae), de sulfure d'arsenic, d'o^^yde de fer, de silice et de carbonate de cbaux^

Ce méiange si complei^e est réduit eu poudre ioipal<* pable dans des moulins nommés arrastres^ avec le coxl" cours da l'eau, les boues sont reçues dans de grandes fosses d'où, après avoir pris une certaine consistance, elles sont portées dans une cour, ou patio^ pavée aveo des dalles légèrement inclinées,

lia on en fait d'abord, des tas ou tartal de 800 à 1200 quintaux ; on saupoudre leur surface de sel marin dans la proportion de 2 à 3 pour cent et le tout est piétiné par des mules qu'on fait courir en cercle pendant 6 à S beures afin d'opérer un mélange complet, Vingt- quatre boures après on y incorpore par le même moyen 1/2 ^ 1 pour cent d'une poudre nommée magistral, qui n'est autre chose que de la pyrita de cuivre grillée à l'air, et consiste, par conséquent, «n un mélange de peroxyde de fer, de sulfate de fer et de sulfate de cuivre, celm* ci dans la proportion de 10 pour cent environ. On in^ troduit ensuite le mercure dont la dose varie 9.yec la richesse du minerai employé, et on fait de nouveau tra^vailler les mules.

L'amalgamation dure plusieurs mois, on reconnaît h certains caractères extérieurs quand elle est terminée. On lave ensuite toutes les boues à grande eau ; les ma*

QISTOIBE D'yiH GRAIN PS SEI»

tiôres salines eUerreuses sont entraînées, Tamalgame seul reste au fond des vases oti s'effectue te laT9Se« et on en retire l'argent par la distillation. Dans ce procédé, où tant de matériaux sont en pré"

Trait^m^nt dQs minerais d'^rgeiit au Moxîque. ,

sence, il doit nécessairement se passer un grand nombre de phénomènes intéressants, mais dont Texamen sortirait complètement du cadre dans lequel nous devons nous renfermer. ? Par cette méthode on a une grande

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perte de mercure, perte que de Humboldt estimait à 25,000 quintaux par année.

Âu Pérou et dans la plupart des districts métallurgiques de l'AmériqueT espagnole, les ouvriers qui travaillent dans les mines ne reçoivent pas de salaire fixe ; seulement il leur est permis d'emporter, à la fin de leurs douze heures de travail, un capacho rempli du minerai qui est amoncelle devant la porte de la mine (à peu près 15 kilogrammes de déblais). Ce mode de paiement donne lieu à un mode de change dont on ne trouve d'exemple .nulle part. L'indien ou le métis, à la fin de sa journée» apporte au cabaret son tablier tout rempU de pierres. Là, il boit de Feau-de-vie, de la chica, mange un chupe, mâche de la coca, fume son cigare, et il paie en morceaux de pierres. 11 en est de même pour tout ce dont il a besoin habituellement, chauffage, vêtement, etc. Chaque marchand ou marchande est donc tenu de faire entrer dans les nécessités de son état, la connaissance des minerais d'argent ; étude longue et qui demande un coup d'œil éprouvé, car bien souvent, au premier aspect, rien ne distingue Ja pierre plus ou moins riche en argent, de celle même qui n'en contient pas. Rien n'est plui> ordinaire que de voir une marchande de poissons, assise sur la porte de sa boutique, et, tout en surveillant le débit de sa marchandise, concasser le minerai, le réduire en poudre, puis le pétrir avec du mercure, le laver, le brûler, enfin le mettre à 1 -état de lingot.

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