CHAPITRE XVIII
Mouillade des tabacs.
Les feuilles de tabac séchées à la manière ordinaire n'offrent jamais ce ipontant et cette propriété sternutatoire si développée dans les tabacs du commerce, parce que la nicotine n'est pas mise en liberté. On leur fait acquérir ces qualités en les arrosant avec une solution de sel marin et les laissant fermenter.
Quand on prépare un triage destiné au tabac à priser, on choisit les tabacs^qui renferment le plus de nicotine, car ils doivent après leur fermentation offrir aux priscurs le plus de montant, c'est-à-dire de c'ette exhalaison de vapeur excitante, en grande partie ammoniacale, étjiérée ou acétique, qui leur font rechercher l'uâage du tabac en poudre. On commence donc par mélanger ensemble les feuilles de Virginie, de Kcntucky, les tabacs indigènes des départements du Nord, du Lot, du Lot-et-Garonne, de Tllle-et-Vilaine, et des débris de feuilles de toute provenance qui ne pourraient servir à la fabrication ni des cigares, ni du tabac à fumer. t)n 7
joint quelquefois aussi des tabacs saisis en fraude qu'on ne peut utiliser autrement.
Ce mélange une fois fait, est en^ssé dans des compartiments dont le sol est dallé en pierres. Là on fait ce qu^on appelle la mouillade^ - opération qui consiste à mouiller le tabac avec de l'eau salée. Deux raisons ont amené à ajouter ainsi du sel : la première, c'est que la grande quantité de matières organiques contenues dans . Jie tab^ac le rend susceptible d'une prompte putréfaction; la seconde, c'est que le sel étant très-hygrométrique, maintient dans les feuilles l'humidité nécessaire à leur fabrication et à leur emploi. La proportion et le degré de salure de Teau ajoutée, varient suivant la destination et la nature des tabacs ; on mouille à 21 pour oeut 4'eau salée à \%\ degré Baume pour la poudre; à 28 pour cent d'eau salée à 6** pour les scaferlatis, et à 20 pour cent de la même eau pour les rôles ; les cigares sont traités par Teau pure, La mouillade se fait deux fois et dure trois jours, après quoi on laisse reposer un peu pour égaliser Thumidité de la masse. L'humidité, contenue dans les feuilles de tabac destinées à la, poudre, peut être évaluée à environ 20 pour cent dQ Içur poids, et c'est en cet état qu'on les soumet à l'aotion d^ machines nommées hachoirs.
Après avoir été haché, le tçibac est entassé en meules carrées qui ont environ 4 mètres de hauteur, et ou le laisse fermenter pendant quatre mois et densi, ce t[ui détermine dans la masse une température de 70^, lui donne une couleur uniforme, et développé les vapeurs ammoniacttteSi éthéréei ou ttc^tiques qui dosiaent U pi*
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quant au tabsiQ à priser, dette opération exige une trôs« grande habitude ; en effet, gi la fermentation était trop prolongée ou poussée à un 4egré trop élevé, les feuilles hachées se carboniseraient et la masse deviendrait une espèce de terreau*
Mouîllade des tabacs.
Après cette fermentation, le tabac est moulu dans des •moulins à meules garnies de lames, analogues aux moulins à café. Ce tabac est ensuite déposé en cases pendant deux mois, mouillé de nouveau, mélangé et transvasé. Pendant ces diverses opérations il fermente encore, at«
128 HISTOIRE D'DN grain DE SEL
teiDt enyiron 50» de chaleur, et arrive peu à peu à Tétat où il est livré aux consommateurs.
Toutes ces opérations durent environ vingt mois depuis l'entrée du tabac à la fabrique jusqu'à sa sortie en tonneaux, dans lesquels il est entassé au moyen de pilons. C'est dans ces tonneaux, fabriqués à la manufacture, que le tabac à priser est envoyé aux entrepositaires qui le distribuent ensuite aux buralistes de leur circonscription.
Quant aux feuilles destinées à la fabrication du tabac à f amer, après leur fermentation, elles sont hachées au moyen d'une machine spéciale mue par la vapeur ; on dessèche les petites lanières obtenues, sur des tuyaux de cuivre chauffés à la vapeur eu dans un torréfacteur mécanique. Il ne reste plus ensuite qu'à les mettre en paquets.