CHAPITRE XXXII
Conservation des bois au moven du sel.
Un jour Golbert a dit : La France périra faute de bois. Il ne pouvait pressentir alors deux causes agissant en sens inverse : ni rétablissement des voies ferrées qui semblent hâter le fatal événement, ni l'invention des procédés de conservation des bois qui semblent, au contraire, devoir anéantir les motifs de sa prédiction.
Les bois, comme on le sait, sont sujets à la pourriture^ qui résulte de fermentations successives produites par le concours de l'air, de Thumidité et des ferments que dév^loppient les matières azotées que les bois renferment. Aussi les bois sont-ils plus altérables lorsque les arbres abattus après l'hiver, en mars ou en avril, contiennent la sève ascendante en plus forte proportion, tandis qu'à l'époque plus convenable de Tabatage, en novembre et en janvier, ils offrent les meilleures conditions de solidité et de durée. On peut en conclure que les agents propres à la conservation des bois doivent être ceux qui assurent la conservation des matières azoté 3s ou am'-
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maies elles-mêmes. Le sel marin, qui est employé pour la conservation des viandes, da poisson, du beurre, etc, doit donc être également un excellent agent antiseptique pour les bois.^Et» en effet, on retrouve intacts les boisages des miuciido Hallein, dont l'exploitation est antérieure à Père chrétienne. Les explorateurs ont aussi trouvé dans la mer Morte des poutres parfaitement conservées, et nous avons vu, en parlant des salines de Kellaway, que les premiers colons avaient retrouvé, en parfaite conservation, les augets de bois qui servaient aux Indiens pour la préparation du sel. L'utilité du sel comme agent conservateur des bois est donc mise hors de doute, mais il est encore utile à un autre point de Tue, surtout pour les instruments agricoles.
On sait par expérience, dans les campagnes, que la sécheresse est plus funeste aux instruments aratoires, surtout aux voitures, que Thumidité et la pluie. Sous n rinfluence solaire, les jantes se fendillent, se déjoignent et éprouvent une rétraction qui fait que les cercles n'adhèrent bientôt plus assez fortement à la périphérie des roues pour les consolider et en assurer la durée. Alors pour peu que l'on recule devant la difficulté de se passer de voitures pour quelques jours à Fépoque des travaux, ou devant le déplacement à faire pouralle^ trou- ,ver un maréchal, qu'on n'a pas toujours sous la main, pour opérer le raccourcissement de ces cercles, les rais prennent de i'ébattement dans le^ moyeu et dans les jantes, dont ils tendent à se déboiter, et le moment ne tarde p^s à venir où ces roues disloquées s'effondrent sous une charge même moyenne. Si, une fois faite, cette
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diminution, du diamètre des cercles assurait an moins pour un, long intervalle la solidité dans les roues ; maïs non, peut-être un ou deux mois après, le bois continuant son retrait, il faudra de nouveau recourir à l'ouvrfei^ forgeron.
A la vérité, quand le charron a eu soin de n'employer que du bols très-sec et de bonne qualité , ces inconvénients ne se présentent pas aussi tôt, bien qu'ils finissent* toujours par arriver; mais peu d'ouvriers sont suffisamment pourvus pour ne se servir que de bois coupé depuis plusieurs années.
La nécessité se fait donc sentir de préserver les roues de Taction solaire, par un moyen plus efficace que le vernissage, Timbibition de l'huile bouillante, le séjour préalable dans le lizier des diverses pièces de charronnage. Or nul n'ignore que le bois ayant subi un contact prolongé avec du sel ou de la saumure, en a tellement absorbé, qu'il suinte Thumidité longtemps après que ce contact a cessé. La saumure surtout est si pénétrante qu'on ne peut la conserver dans des récipients en métal ou en pierres parfaitement cimentées. Le sel accroît la dureté du bois, le préserve de la yermoulure, et le rend à peu près incontractile.
Depuis un temps reculé, les paysans sardes utilisent ces salutaires effets du sel dans l'intérêt des roues de leurs chariots, et ils salent abondamment toutes les parties qui les doivent composer. Ânrès cette opération^ ils laissent impunément dehors leurs véhicules pendant tes mois entiers de la belle saison. Nous ignorons (fuel ^ est le mode de salage qu'emploient ces contadini^ mais ,
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il est probable qu'an bain suffisamment prolongé dans, de l'eau fortement ^alêe, serait ce qu'il y aurait de plus simple et de plus pratique.
Il est bien entendu que tout ce que nous venons de dire pour tes roues, s'applique également à tous autres organes d'appareils quelconques, omstruits ou façonnés avec du bois, et susceptibles d'être souvent exposés aux ardeurs du soleil.