CHAPITRE VI
Origine des marais salants. — Fabricalion du sel chez les Gan* lois. — Distribution des marais, sur le littoral de la France.
,Siir quelques-unes de nos côtes, la mer est une véritable mine que les habitants exploitent avec succès. Cette exploitation est, du reste, excessivement simple. Les eaux de la mer sont soumises à une êvaporatioa spontanée à l'air libre, pendant la saison chaude, dans de vastes bassins ou réservoirs creusés sur les bords de la mer, et qu'on nomme les marais salants, '
Si c'est à la méditation que nous devons Tidée d'introduire, dans un lieu préparé, l'eau de la mer, de la tenir pendant quelque temps exposée à Taspiration du soleil, et de la forcer ainsi à nous abandonner le sel qu'elle tient en dissolution, ce fut là une profonde conception ; et Thomme de'génie à qui nous en sommes redevables, mérite la reconnaissance de l'univers entier, puisqu'il nous a rendu un des services les plus importants pour les besoins de la vie. Mais non, cette idée, toute simple qu'elle est, ne fut probablement pas le fruit de la réflexion. Les habitants des côtes maritimes au-
HISTOIRE D'ON grain DE SEL » 57
ront Yu,^ à la suite d^ûne grande tourmente où d'une haute marée, la mer abandonner dans une ca,vité de roche, un peu d'eau salée; ils auront yu le soleil pomper cette eau en entier, et, dans la place qu'elle occupait auparavant, laisser un dépôt de sel. Frappés de l'opération de la nature, il leur aura paru facile d'imiter son procédé ; et alors ils auront imaginé ces marais salants qu'avec le temps l'industrie a perfectionnés. Beaujeu (1551) rapporte un fait qui peut servir à confirmer cette conjecture. Près d'Arles était un étang où, tous les ans, on recueillait du sel fait naturellement sans aucun travail humain. Pendant l'hiver, et surtout dans les gros temps, la mer, dont il était voisin, le remplissait d'eau salée. Cette eau, qui n'avait aucun écoulement, s'évaporait pendant Tété. Elle déposait un sel très-blanc, et en si grande quantité, que le Roi en retirait annueltement 40,006 écus. Les marais salants des anciens, dont parle Pline, n'étaient probablement pas autre chose que des étangs analogues. S'il faut en croire ce naturaliste, l'art de faire artificiellement le sel aurait été méconnu des Gaulois ; ils y suppléaient selon lui, par un moyen qui nous paraît trop étrange pour qu'on puisse y ajouter foi : « Leur coutume, dit-il, est de construire un grand bûcher auquel ils mettent le/ei^. Qi^and le bois est bien consumé et réduit en braise, ils jettent sur les charbons de l'eau salée qui les éteint, et ces charbons ensuite leur tiennent lieu de sel. » Pline • parle de cette coutume comme subsistant encore de son temps, et comme établie aussi chez les Espagnols. Ou croira difficilement qu'une nation, fut-elle barbare, ait
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jamais mangé du cbarbou salé; ou même, que pour donnçr du goût aux aUmeD,ts, iU y aient mêlé ce uoir assaisonnement. Probableiueot les Gaulois qui habitaient les côtes de la mer, et qui possédaieut une fontaine salée dans leur canton, faisaient bouillir et éyaporei Veau sur des Charbons pour eu retirer le sel, et l'on aura dit à reneycldpédiste latin, qui ne pouvait tout voir par lui-même, qu'ils jetaient cette eau sur des charbons pour les saler.
Pour établir un bon marais salant, il faut dçpx conditions essentielles : qu'il puisse recevoir en tout temps Teau de la mer, et qu'il soit assis sur un fQnd de glaise compacte qui la retienne. La glaise doit être aussi pure que possible, alîn de ne pas laisser infiltrer l'eau, et^ d'un autre côté, de ne pas souiller le sel qui se précipitera dans les bassins.
En France, les marais au nombre de 82^ occupant une surface de 24,248 hectares, sont situés : Un sur les cêtea de la Manche, dans le. département dllle-et- Vilaine ; 36 i^urlea bords de TOcéan, dans les départements de la Charente-Inférieure, de la Loire-Inférieure^ de la Vendée et du Morbihan ; 45 enfin sur les bords de la Méditerranée, dans les départements de l'Aude, des Qouches-du- Rhôue, de la Corse, du Gard, de l'Hérault, des Pyrénées- Orientales ^t du Var.
Nous allons examiner en détail quelques-uns de ces 'marais; les termes employés ne sont pas;, toujours les mêmes d^une localité à l'autre, et, de plus, lie mode de travail sur les côtes du Midi diffère un peu de celui en usage sur les bords de FOcéail.