L INCENDIE DE L HOTEL DE VILLE DE CLUSY
ET D UNE CATHliDRALE.
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Tun des combles des bâtiments latéraux, sous le vent
(fig. -34).
Par bonheur, Tair était calme, sans quoi, tout le quartier bas de la ville eût été brûlé.
Renonçant à sauver leur hôtel de ville, tous les hommes valides, répandus dans les rues avoisinantes et sur les toits des maisons, étaient occupés à éteindre les charbons incandescents qui tombaient dru comme grelc assez loin du lieu
du sinistre.
Les ribauds ne perdaient pas leur temps. Quand ils virent que tout le monde était dehors, que de toutes parts on courait effaré, ils se ruèrent sur deux des plus riches hôtels de la ville, les pillèrent à fond en un clin d'œil, en tuant les habitants qui essayaient de défendre leur bien-, puis, se dirigeant vers une des portes de la ville, en aval de la rivière, ils massacrèrent les portiers, levèrent les herses, ouvrirent les huis, sans pont-levis sur ce point, et cracrnèrent au lar^e, chargés de leurs dépouilles et de frère Robert.
Avant le jour, ils étaient réunis dans la forêt. Là, ils firent bon feu, ne craignant guère les forestiers qui se gardaient de les déranger, pour cause, se mirent à rôtir des quartiers de viande qu'ils avaient volés, sortirent du pain et du vin de leur bissac et comptèrent leur butin. Il était gros : beaux écus, argenterie, bijoux, vêtements Quand le partage fut fait éauitablement, ils songèrent à jjur prisonnier; on le délia, puis on procéda à son interrogatoire.
« Tu nous as trahis ! dit le grand gaillard cà la physionomie sombre qui, le premier, avait eu des soupçons sur frère Robert.
. — Non, répondit celui-ci.
— Ne nie pas.... Qjand tu es allé boire avec quatre
bourgeois.^ après que nous sommes sortis de Thôtel de ville, ceux-ci t'ont remis une somme pour nous livrer?
— Cest faux.
— Qu'on le mette tout nu. »
L'ordre fut aussitôt exécuté et, des chausses de frère Robert, on tira une vingtaine d'écus d'or. « Ces écus sont à moi, c'est mon avoir.
— Nous te ferons bien parler vrai, « dit Tinterrogateur ; et, sur son ordre, les pieds du malheureux furent approchés d'un des brasiers.
Alors, en poussant des cris affreux, frère Robert avoua tout ce qu'on voulut :
Comme quoi, voyant que les choses traînaient en longueur et que, le peuple de Clusy ne jouant pas franc jeu contre les notables, on arriverait à un arrangement, il avait voulu au moins tirer quelque profit de Péchauffourée-, que, pour se débarrasser de ses complices, ils les avait menés au point de la ville où ils devaient trouver des bourgeois armés....
Chaque fois que le misérable essayait de revenir sur ses aveux ou d'atténuer sa trahison, ses pieds étaient posés sur les charbons.
Alors, il confessait tous les méfaits qu'on lui imputait.
Quand l'interrogatoire fut terminé, la sentence fut prononcée par le même bandit, et quelques secondes après, le corps de frère Robert se balançait au bout d'une grosse branche d'un hêtre.
Pendant que la troupe des ribauds, vagabonds, truands et pauvres hères employait ainsi son temps dans la forêt, on était en grand émoi dans la ville de Clusy. L'hôtel de ville était détruit par le feu ^ toutefois, le trésor et les archives, enfermés dans l'étage voûté de la tour sous le
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bciVroi, avaient été préservés; deux riches hôtels étaient pillés, on ne savait trop par qui, avec meurtres.
Il n'y avait plus de magistrature, les eschevins et le maire ayant, dès Taube, quitté la ville. Uévcché demeurait fermé et le prévôt royal ne donnait signe de vie.
Qa\altait-il advenir? Chacun se faisait, au matin, cette question.
Les bourgeois toutefois, se donnèrent rendez-vous à rheure de midi, dans la cathédrale, pour aviser. Les chanoines en laissèrent les portes ouvertes, mais à toutes les questions ne répondirent autre chose, sinon qu'on attendait révéque.
L'assemblée nomma à la hâte un maire, des eschevins et jurés, et vers le soir, le prélat entra dans la ville. Les nouveaux élus le reçurent avec de grandes marques de respect, lui déclarant que la ville se mettait sous sa protection, comme étant le gardien naturel de ses franchises, et que tous les excès de la veille avaient été provoqués par le maire étranger, imposé par le roi, par les eschevins qui lui étaient entièrement dévoués et par des gens sans aveu, poussés par eux.
L'évêque écouta froidement les dires des délégués des bourgeois, mais leur déclara que les élections auxquelles ils avaient procédé dans la journée étaient nulles, comme ayant été faites contrairement à toutes les formes, et que, s'ils voulaient obtenir sa protection, il fallait d'abord qu'ils remissent entre les mains de ses offîciaux les plus compromis d'entr'eux, afin qu'il pût faire juger le cas.
Fort mécontents, les délégués rapportèrent à l'assemblée les paroles de l'évêque. Il était évident que les élections faites le matin, du moment qu'elles n'étaient pas agréées par l'évêque, n'avaient aucune valeur. Une délégation en-
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voyée au prévôt ne reçut que des réponses évasives. Ce personnage, déclara qu'il avait informé le conseil du roi des événements de la veille et qu'il attendait des ordres.
Depuis quinze Jours, Tanarchie régnait dans la ville de Clusy. Il iiY avait plus de police, les bourgeois osaient à peine sortir de leurs maisons. Des bandes de malandrins parcouraient la banlieue et venaient piller jusque dans les faubourgs, lorsque Tarrivée des troupes du roi fut annoncée.
Louis X se présentait en personne à la tête de deux mille hommes d'armes, le 5 juin, devant les portes de la ville. L'évêque s'empressa de se rendre près de lui, et lui demanda aussitôt, comme à son seigneur, ce qu'il convenait de faire, car il comptait bien jouer en celte circonstance le rôle d'arbitre.
« J'aviserai, répondit le roi -, et j'aurai soin de faire bonne et prompte justice.
— Mais, reprit le prélat, vous n'ignorez pas, très-cher et honoré sire, que c'est moi qui ai dans la ville haute justice. »
Le roi ne répondit rien, mais se dirigea vers la cathédrale où furent convoqués les bourgeois.
Les parents de ceux qui avaient été tués ou blessés pendant l'émeute, se jetèrent à ses pieds en réclamant justice.
Un conseil fut composé, comprenant le maire et les anciens eschevins, auxquels furent adjoints des conseillers du roi. Une information fut commencée et poursuivie cinq jours durant, à la suite de laquelle douze cents habitants furent exilés, comme ayant participé au tumulte, malgré les protestations de Tévêque qui revendiquait le jugement des coupables, conformément aux privilèges appartenant à son siège. Il demanda que les bannis lui fussent remis, comme étant jugés illégalement.
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Mais le roi ne tint compte de sa requête et, avant de quitter la ville, réclama de Tévêché cent livres pour son droit de gîte, ce qui irrita profondément le prélat.
Nous ne saurions dire si la somme fut payée.
La commune de Clusy était dans une situation désastreuse. Endettée, sa maison de ville brûlée, une partie des bourgeois et gens de métier exilés, n'ayant plus de crédit, et, devant elle, des charges énormes, elle ne pouvait plus s'administrer.
A la suite d'une réunion des notables, il fut décidé qu'on proposerait au roi de lui vendre l'abolition de la commune et de se soumettre au régime prévôtal, à la condition que la dette municipale tomberait à la charge de la couronne.
Après quelques pourparlers et de bonnes sommes versées par les plus riches d'entre les bourgeois entre les mains des officiers du roi, cette proposition fut agréée et un traité conclu le i'''" juillet i3i5 à Clusy, scellé du sceau ro3^al et ainsi libellé :
« Louis, par la grâce de Dieu, etc., faisons savoir à tous présents et à venir, que Nous, ayant reçu de la commune de Clus}^, supplication des bourgeois et habitants d'icelle, pour certaines causes tendantes aux fins qu'ils tussent ci-après gouvernés à perpétuité en prévôté, en Notre nom, par un prévôt que Nous y établirons désormais sans qu'ils aient maires ni jurés en commune; Nous, à la supplication des dits habitants, la commune avec les juridictions, droitures et émoluments, avons reçu et recevons par la teneur de ces présentes lettres et gouvernerons en Notre nom, dorénavant, par un prévôt que Nous y députerons^ et voulons que le prévôt qui, de par Nous, sera député en la ville, pour la gouverner en Notre nom, gouverne en prévôté les
habitants, selon leurs lois et coutumes, avec les libertés et franchises qu'ils avaient au temps qu'ils étaient gouvernés en commune, excepté que dorénavant majeurs ni jurés n'y seront mis ni établis, que les habitants n'auront ri sceau, ni bannière, ni beffroi municipal , ni assemblées publiques.... »
En quittant de nouveau la ville, le roi voulut bien accepter des habitants un don de quatre cents livres.