‹ Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale;Chapitre 23 sur 43 · LES MILICIENS DE CLUSY · texte numérisé non relu

LES MILICIENS DE CLUSY

-' Montrons-leur que Clusy n'est pas un village ouvert, et, avant qu'elles se soient réunies sous nos murs, allons en bon ordre au-devant de ces troupes dispersées-, détruisons-les séparément, et Dieu, protecteur des opprimés, sera pour nous ! »

Les miliciens, levant leurs armes, acclamèrent chaudement ce discours (fig. 38) -, aussitôt, maître Gornil ayant vêtu son haubergeon, posé sur sa tête un lourd chapel de fer et saisi un vouge, descendit sur la place.

En poussant des cris, les troupes se dirigèrent vers les portes. Sur les remparts, les vieillards, les enfants, les femmes les regardaient sortir. Ils étaient environ quatre mille hommes. Leurs colonnes, commandées par les quartiniers, se réunirent en masse compacte à deux cents pas des murs et se dirigèrent vers des maisons qu'occupaient déjà des pillards bretons. Bientôt des clameurs arrivèrent aux oreilles des Clusianois groupés sur les chemins de ronde des murs, puis on vit des tourbillons de fumée s'élever audessus des chaumières. De loin en loin, des groupes de soldats de l'armée des princes se dirigeaient à la hâte sur le lieu du combat. Quelques hommes d'armes franchissaient la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. La plus vive anxiété se peignait sur les visages de C2tte foule attentive, groupée sur les murailles, et à peine si on entendait quelques mots prononcés à demi-voix.

A cette époque de l'année, les jours sont courts -, la nuit se faisait quand on vit rentrer les gens de la ville, en assez bon ordre, couverts de boue et de sang. Ils avaient surpris et anéanti un gros parti de Bretons, puis s'étaient jetés sur les troupes qui successivement venaient secourir ces miliciens, avaient massacré quelques hommes d'armes, et, enivrés de leur succès, ils ne demandaient que bataille.

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Dans cette échauffourée, ils avaient perdu peu de monde et juraient d'exterminer le lendemam l'armée, royale. ; .,

Les vainqueurs furent reçus dans la ville avec les marques de l'allégresse la plus vive. On s'empressait autour d'eux, on leur faisait raconter les phases de la lutte, et la plus grande partie de la soirée se passa à boire.

Maître Cornil, cependant, ne partageait pas cet enthousiasme , bien qu'il montrât la plus grande confiance. Il pensait, non sans raison, que le lendemain toute l'arméç des princes serait devant la ville, et croyait que le plus sage était de l'attendre derrière les murs, les miliciens ayant montré qu'ils pouvaient combattre. Il visita les défenses, pourvut à l'artillerie, et n'alla prendre quelque repos que fort avant dans la nuit, après avoir fait savoir aux quartiniers qu"iis eus; e it à se trouver dès l'aube, avec leurs hommes, sur la place du Marché.

Le lendemain, en effet, les miliciens étaient réunis ,. et faisaient bonne contenance. Mais ce fut vainement que .le maire voulut leur persuader de demeurer dans la ville et de se borner pour le moment à la défensive.

Leur succès facile de la veille faisait croire à ces braves gens que désormais ils étaient invincibles. Ils demandaient qu'on les menât au plus tôt au combat ; ils commençaient même à murmurer en accusant Cornil de timidité et disaient hautement que si on ne voulait pas les conduire ils sauraient bien sortir seuls.

« Eh bien ! dit Cornil, si vous le voulez, sortons ; mais, par Dieu ! le jeu sera rude ^ préparez-vous donc à bien faire ! »

Ayant réuni les quartiniers, il leur recommanda de tenir leurs hommes serrés en batailles, séparées les unes des^-aujtrès de dix toises environ, de mettre entre elles les archers

ET d'une cathédrale.- IQÔ

et coutillers, les arbalétriers sur les ailes, et de marcher ainsi sur une seule ligne. \i; -[jL

Ce fut avec des cris de joie que les habitants, demeuré dans la ville, accompagnèrent les colonnes jusqu'aux portes.

Le jour était clair et la terre séchée par une petite gelée. Les miliciens formèrent leurs batailles hors des murs, et s'avancèrent dans la plaine. On voyait au loin une ligne noire étendue, et derrière, deux grosses batailles de gens d'armes dont les armures blanches brillaient au soleil.

Il ne s'agissait plus, comme la veille, de surprendre des troupes débandées, mais de livrer un combat régulier.

A la vue de la belle ordonnance qu'ils avaient devant eux, les chants et les propos cessèrent parmi les miliciens ; mais ils n'avançaient pas moins en bon ordre. On voyait en même temps la ligne noire opposée se mouvoir et planter ses. pavois en herse.

Quand les deux partis furent à portée de traits, les flèches et les carreaux tombèrent dru comme grêle sur Jes gens de Clusy, beaucoup furent atteints, mais sans ;s'arrêter pour riposter, les batailles, malgré les cris des quartiniers, se mirent à courir sus aux archers et arbalétriers ennem.is et ne formèrent plus qu'une masse confuse.

Alors, les deux batailles des gens d'armes, tournant les ailes des piétons qui les couvraient, vinrent fondre au galop, lances couchées, sur les flancs des Clusianois.

Ceux-ci, voyant ces deux ouragans de fer qui allaient les saisir comme dans une tenaille, ne les attendirent pas, et, saisis de panique, se bousculaient et renversaient dans leur fuite ceux qui essayaient de les arrêter.

Les habitants, qui étaient sur les murailles, vo3^ant ce désarroi, levaient les mains au ciel et poussaient des cris

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de désespoir, mais ne songeaient guère à veiller aux portes demeurées ouvertes.

Les batailles débandées, poursuivies par les armures de fer, se précipitaient sur les ponts des fossés, trop étroits pour les recevoir.

Les gens d'armes arrivaient en même temps qu'eux-, et avec leurs masses, leurs longues épées, ils abattaient et fauchaient dans cette foule affolée (figure 38 bis).

Maître Cornil avait eu la précaution de faire placer sur les portes quelques ribeaudequins et de les confier à des hommes sûrs et dévoués, avec ordre de tirer, en cas de retraite, sur fennemi fût-il mêlé aux gens de Clus}' et au risque de tuer les fuyards. Au moment où déjà quelques hommes d'armes menaçaient de passer sur Tun des ponts, deux volées de ces pièces les enlevèrent, ainsi que plusieurs des fuyards.

Cet acte énergique rendit un peu de cœur aux malheureux miliciens qui se retournèrent.

Deux autres volées envoyées au hasard, du côté où la presse des armures de fer était la plus forte, ralentirent l'ardeur des gens d'armes, qui craignaient fort ces engins des vilains ; on put ainsi faire rentrer bon nombre de fu^-ards et lever les ponts. Toutefois, un tiers de ces miliciens restèrent dans la plaine et furent massacrés sans miséricorde.

Maître Cornil, blessé, avait été entraîné dans le flot et rentrait dans la ville un des derniers.

Nous n'essa3'erons pas de peindre la confusion de ces premiers moments. « Trahison ! » criaient les uns; « Nous avons été menés à la boucherie ! » vociféraient les autres. Et les femmes de courir les cheveux épars cherchant leurs maris! Et les blessés qui s'appuyaient mornes contre les murs et auxquels personne ne songeait à porter secours l

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