DEROUTE DES GENS DE CLUSY
Cornil, entoure de quelques quartiniers, se dirigeait sans mot dire et aussi rapidement que le lui permettait sa blessure vers l'hôtel de ville, quand au détour d'une rue il fut rencontré par un groupe de bourgeois armés.
« Traître ! » dit Tun d'eux, et le saisissant à la gorge, il lui porta deux coups de dague sous son camail. Le maire tomba lourdement sur le pavé. Les quartinicrs, surpris par cette attaque, eurent un moment d'hésitation.
« Oui ! poursuivait le m.eurtrier, cet homme est un traître-, l'armée royale était prévenue par lui de notre sortie; il a vendu notre sang pour faire sa paix avec les princes ! »
La foule s'amassait-, si invraisemblable que fût l'accusation, le peuple est toujours disposé à voir un traître dans le chef qui Va mené à la déroute -, pas une voix n'osa donc s'élever pour défendre la mémoire du malheureux maire....
Les gens de Clusy, par un de ces virements subits qui se produisent dans les grandes crises, se tournèrent vers ces notables bourgeois suspectés la veille.
Eux seuls pouvaient traiter avec les princes. Il fut donc décidé dans la nuit, après une séance orageuse pendant laquelle les récriminations se croisèrent avec une extrême violence, que, dès le matin, douze notables iraient trouver les princes et tâcheraient d'obtenir les conditions les moins dures, en promettant démettre la ville entre leurs mains.
Ainsi fut-il fait, à l'insu du menu peuple, qui seul parlait encore de résistance et se défiait des notables. Les princes promirent que la ville ne serait point livrée au pillage, et que, sauf les coupables de trahison envers le sire roi, il ne serait exercé aucune vengeance contre les habitants à propos de leurs mutineries.
Tout cela était bien vague, mais il n'}^ avait pas à discu-
Î9l§ HISTOIRE d'un hôtel DE VILLE
ter, car Tarmée royale comptait plus de ?ix mille lances et quinze à vingt mille Bretons routiers, gens de pied, ouis deux mille arbalétriers génois. -
Les princes avaient hâte d'arriver à Paris et ne voulaient point être arrêtés en route.
- '■ L'^entrée des troupes royales se fit, en effet, en bon ordre et sans qu'il y eût excès commis.
Le conseil du roi demanda qu'on lui livrât le maire, les jurés, les quartiniers et dizainiers, les capitaines des portes et tous ceux qui avaient participé à l'administration de la ville.
Le corps du maire fut pendu sur la place du Marché, les •qtiaffini^rs eurent la tête tranchée sur l'heure, et les autres furent jetés provisoirement en prison. Les cloches du beffroi de la commune durent être descendues et brisées, le sceau et les actes publiés pendant la magistrature de Cornil, brûlés sur la place.
^ Un corps de Bretons fut installé dans Thôtel de la commune, avec ordre de ne laisser aucun habitant s'en approcher sous peine de la hart, et les cadavres des décapités furent brûlés sur la place du Marché, leurs cendres jetées dans la rivière.
^' La ville, dans les vingt-quatre heures, eut à payer 1Jo 000 francs d'or, à fournir des vivres à toute l'armée royale, et il fut enjoint aux habitants de déposer toutes les 'àrities au palais épiscopal, dans lequel fut mis garnison. TLés plus riches bourgeois eurent à loger et à nourrir des gens d'armes et les autres gens de pied. Après quoi, ces premières mesures prises, les princes se dirigèrent vers Paris, aVècle gros de l'armée, en toute hâte. ---^
Il n'est besoin d'ajouter que les maisons de la banlieue Tarent brûlées et les champs saccagés.
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Si durs qu'étaient ces premiers actes, les gens de Clusy craignaient un pire traitement.
Mais ils ne tardèrent pas à envier le sort de ceux qui avaient été lues en combattant pour leurs libertés.
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