‹ Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale;Chapitre 29 sur 43 · LE FRERE COME · texte numérisé non relu

LE FRERE COME

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vagabonds auxquels s'étaient joints des capucins et des prostituées. Là, on buvait, on chantait des couplets en faveur de la Ligue et de la sainte Union, mêlés à des chansons obscènes. Riffaut, façon de bandit qui avait participé à tous les excès commis contre les huguenots depuis la Saint-Barthélem}', et qui commandait à une troupe de gens de sac et de corde avec lesquels il rançonnait les paysans et pillait les hameaux, montant sur une table et dominant le tumulte, prit la parole :

« Je ne sais, dit-il, quels dé,<Toûtés politiques, de la noblesse et de la robe parlent de paix et de conserver la Religion et rÉtat tout ensemble ; quant à nous, nous n'entendons point à toutes ces finesses ; vive la guerre, par Dieu ! J'ai bonne épée et bon pistolet, et il n'y a ni sergent, ni prévôt des maréchaux qui m'osât ajourner! M. le légat ne nous a-t-il pas mis la bride sur le col pour prendre le bien des politiques et faire suer l'or à ces huguenots du diable par tous les moyens ? Pourvu que nous soyons bons catholiques, le reste n'est rien, et faisons nos affaires. Donc, finissons-e.i avec ces gens qui tournent leur robe si aisément et parlent de paix quand ils voient que leur parti va mal.

« Il ne nous chaut ni du Valois, ni du Béarnais, ni de tous les chats-fourrés qui les conseillent et soufflent le chaud et le froid, croyant nous amuser aux bagatelles.... Ne nous laissons endormir, et sus aux hérétiques, politiques, nobles ou vilains, de la ville et des champs !

« Assez avons enduré l'insolence de ces hochebrides et avaleurs de frimats -, faisons cette soirée-ci de la bonne besogne, la sainte Union s'en trouvera bien, et nous autres mieux, ou je me donne au diable ! »

Et toute l'assemblée d'applaudir, d'entourer Riffaut, de

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lui demander de se mettre à la tête de tous hs hommes de bonne volonté pour en finir avec les politiques.

La nuit était venue; la foule qui accompagnait le père Côme à la cathédrale avait allumé des torches et, en hurlant des cantiques, descendait la principale rue de la ville, suivant le dominicain et bon nombre de religieux armés.

Ainsi, cette multitude arriva-t-elle sur la place devant rhôtel de ville, criant :

« Mort aux politiques, aux traîfres, aux amis du Valois! »

I^e conseil siégeait encore et, entendant ces clameurs, se montra dans la loge entouré de flambeaux. JVIalestroit, voyant de quoi il s'ajissait :

a Ehî mes amis, cria-t-il, après avoir obtenu un peu de silence : qi^'C voulez-vous?

— La mort des ennemis de TUnion ! hurla la foule.

— Mais, vous avez fait justice ! Ils sont enfermés; on fera Leur procès !

— La mcrt ! la mort !

— Eh ! par la sainte Union ! vous êtes les maîtres faites ce que bon vous semblera !

— A révêché ! à mort les politique ! »

Et le flot populaire, remontant la cité, se précipita- vers b palais épiscopal \ on brisa les portes extérieures fermées, , car nul, à Tintérieur, n'osait les ouvTir, on pénétra dans Tofficialité, cherchant les malheureux eschevins. Mais au bruit du dehors, le porte-clefs, ne pouvant se méprendre sur les intentions de la populace, avait ouvert les portes des prisons en engageant les eschevins à se tirer d'affaire comme ils pourraient. Sur les neuf, quatre seulement tentèrent d'échapper à leurs. bourreaux, les cinq autres restèrent dansleurs cachots, attendant la mort.

L'évêque était absent. Pendant ces temps de troubles,

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peu de prélats demsuraient dans leurs év3chés; la plupart étaient avec Ls princes, ou à Paris, ou ailleurs, plus occupés d'intriguer quj de maintenir Tordre dans leurs diocèses.

Les religieux, mêlés à la foule, ne voyaient pas sans crainte cette violation du palais épiscopal. L'archiprêtre ni aucun des chanoines n'étaient parmi eux. Aussi, après avoir allumé le feu, essayaient-ils de Téteindre et criaient-ils à tous ces hommes possédés d'une fureur vertigineuse :

« Pas de sang ! pas de sang dans le palais de Tévêque ! Emmenez-les ! »

Les cinq malheureux eschevins, frappés, blessés, furent ainsi entraînés hors de l'évêché et massacrés sur la place du parvis.

Les quatre fugitifs erraient dans le palais, cherchant une issue dans l'ombre ou quelque cachette sure, et cro^^ant à chaque instant entendre derrière eux les pas des massacreurs.

Pendant que ceci se passait en haut de la cité, la troupe de Riffaut s'était Jetée sur les hôtels des eschevins prisonniers et les pillait, mettant à mort les quelques serviteurs restés à leur poste, les femmes et les enfants surpris dans ces demeures. Quand ceux d'en haut redescendirent pour procéder à cette opération, ils trouvèrent la besogne fort avancée-, mais ils se dédommagèrent sur d'autres hôtels appartenant à des bourgeois soupçonnés de ne pas être dévoués à la sainte Union.

Ces scènes de désordre et de meurtre durèrent toute la nuit et la journée du lendemain; les détonations d'arquebuses, les cris, les chants reiiiplissaient la ville, et le conseil laissait faire, ne tentait rien pour empêcher le pillage cî le mas.'icre.

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Cependant, vers le soir, nombre de bourgeois s^étaient réunis à Phôtel de ville, armés, adjurant Malestroit de faire cesser ces excès -, celui-ci, qui, à tout prendre, était brave, considérant d'ailleurs que Tautorité dont il était revê:u allait lui échapper s'il ne parvenait à maintenir la populace enivrée de pillage et de tueries, dit à ses collègues et à ces bourgeois :

« Allons, il est temps que tout cela finisse, par Dieu ! il faut avoir raison de cette canaille ; qui veut, me suive ! »

Et sortant de Thôtel de ville, à la tête de deux à trois cents bourgeois, précédé de trompettes, il donna sur la première bande de pillards qu'il rencontra, la désarma sans peine, et, allant ainsi de maison en maison où étaient fort occupés ces bandits , il en eut raison , d'autant qu'ils étaient tous chargés de butin, et que ceux qui eussent pu le réclamer étaient cachés dans la ville ou tués.

Ayant ainsi rétabli quelque ordre dans la cité, le conseil fit publier à son de trompe que nul n'eût à sortir en armes dans les rues, sauf sous le commandement des quartiniers-, que justice étant faite des politiques et alliés des huguenots, le peuple devait considérer les violateurs de maisons et d'hôtels comme voleurs et brigands, et courir sus.

Dès lors, le conseil crut bon de s'entourer d'une garde nombreuse de bourgeois armés, laquelle était relevée tous les soirs et se tenait dans les salles basses de l'hôtel de ville.

Mais, chaque jour étaient dénoncés des citoyens parmi les plus notables, comme politiques et ennemis de l'Union ; le conseil les faisait arrêter et enfermer dans les prisons de l'évêché, puis, la place manquant, dans certaines tours des murailles.

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Beaucoup, parmi ces malheureux prisonniers, moururent de misère ou de maladie dans les cachots étroits où ils étaient entasses; quelques-uns, sur les instances de leurs parents qui donnèrent de grosses sommes à Malestroit, furent élargis et purent gagner les champs ou se cacher dans la ville sans oser jamais se montrer, de sorte qu'ils ne firent que changer de prison.

Ce ne fut qu'en 1594 que la ville de Clus}' rentra sous l'autorité ro3'ale. Malestroit, de président du conseil, en était devenu le véritable gouverneur après la mort de Henri III , par suite d'une délégation du duc de Mayenne, lieutenant général du royaume. Il y fit maintenir l'ordre, en rétablissant la milice et Tapparence des franchises municipales, sous son autorité omnipotente. Les bourgeois lui reprochaient toutefois ses exactions. 11 rançonnait arbitrairement les plus riches d'entre eux, sous prétexte de garantir leur vie et leurs biens contre les mutineries de la populace excitée par les moines.

Et, pour montrer que cette protection était efficace, il fit pendre Riffaut et bon nombre de ses bandits, comme pillards, robeurs et meurtriers.

Malestroit, voyant les affaires de l'Union marcher de mal en pis, et ne recevant plus d'Espagne un seul doublon, se rapprocha des politiques et rendit la ville à Henri IV, mioyennant une somme de dix mille écus qui lui furent comptés.

Le premier acte du roi, en entrant à Clusy, fut d'abolir toutes les franchises municipales, de nommer un gouverneur, d'y installer un prévôt, chargé de l'administration et de la police de la cité, et d'y laisser une garnison.

Cependant, en 1604, un édit royal, « considérant les domiTiages qu'a subis la viile de Clusy et la nécessité d'y

apporter remède, permet aux habitants d'élire des officiers municipaux (eschevins), lesquels seront renouvelés chaque année et devront désigner' un certain nombre de notablesparmi lesquels le roi choisira un maire. »

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