‹ Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale;Chapitre 33 sur 43 · LE MAIRE EMPÊCHE LA DESTRUCTION DES STATUES DE LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

LE MAIRE EMPÊCHE LA DESTRUCTION DES STATUES DE LA CATHÉDRALE

ET D UNE CATHIJDRALE.

On avait remplacé la première déesse de la Raison, en chair et en os, et qui s'en alla, après Pinauguration, dîner avec les commissaires de la fêtw, par une statue de plâtre, et, à ce sujet, le maire, qui ne participait guère aux cérémonies imaginées par les promoteurs du culte de la Rai-' son, pensait qu'il était au moins ridicule de substituer une idolâtrie nouvelle à celle qu'on prétendait abolir

Et, en effet, voyait-on des bonnes femmes de Clusy entrer dans la cathédrale pour déposer des fleurs et allumer des chandelles aux pieds de la statue de la Raison, comme autrefois elles en plaçaient devant Timage de la Vierge,

Les idées abstraites n'entrent pas dans le cerveau des

simples, et la nouvelle déesse de plâtre devenait à leurs yeux un fétiche. Aussi, dans le conseil de la commune, dans le club des Jacobins, des orateurs s'élevaient contre ce nouveau culte qui semblait préparer les esprits au retour des pompes du catholicisme. Si on adressait à ce sujet des observations au maire, il levait: les épaules; se conte:itait de dire tristement : « Ceci nous prouve que les lumières de la philosophie pure n'ont point pénétré Tâme du peuple,.,. Pourquoi nous en étonner? une nation ne prend pas en deux ou trois ans des habitudes contractées pendant des siècles. »

Toutefois ces réunions durèrent peu; le peuple les tournait en dérision, et Téglise demeura bientôt déserte.

Pendant les derniers jours de 1793, les clubs réclamèrent impérieusement le jugement des suspects, et ils menaçaient de forcer les prisons. Le maire attendait, répétait-il toujours, des ordres de la Convention.

Au péril de sa vie, il opposait aux injonctions des clubistes une inébranlable fermeté. Puis intervint le décret de la Convention qui ordonnait de fermer toutes les réunions, sauf celle des Jacobins.

Hillot n'a3^ant plus à lutter qu'avec celle-ci et tenant la garde nationale dans sa main, sut éviter les excès populaires.

Actif, sans cesse à son poste, prévoyant tout, il put maintenir Tordre dans la ville, sut pourvoir à son approvisionnement, décourager les meneurs, faire respecter les lois, ménager les esprits violents, et imposer par sa fermeté et son calme à la nombreuse et dangereuse classe des trembleurs.

Après le 9 thermidor, les prisons furent ou\'ertes, et bientôt après, Hillot, accusé d'avoir favorisé les Jacobins

ET D UNE CA TllI.nRALn:.

par ceux-là mêmes qu'il avait sauvés d'une mort certaine, fut arrêté, traduit de\'ant une commission composée de contre-révolutionnaires et condamné au bannissement; car la peur ne pardonne pas.

Réduit à rindigence, — il avait dépensé son faible patrimoine pendant sa magistrature, — il finit ses jours en Hollande, dans un hospice, en 1800.

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