‹ Histoire d'un hôtel de ville et d'une cathédrale;Chapitre 8 sur 43 · INCENDIE DE LA CATHÉDRALE CARLOVINGIENNE · texte numérisé non relu

INCENDIE DE LA CATHÉDRALE CARLOVINGIENNE

ET d'une cathédrale. 65

déloger les Jcfenscurs des tours, qui coniiiuiaient à tirer sur les bourgeois et à leur jeter des débris de toutes sortes, le feu fut mis aux charpentes de la cathédrale, et rinccndic gagnant bientôt les beffrois, les malheureux paysans périrent presque tous dans les Hammes (fig. 14).

•Quant à Tévêquc, sur le soir, on le trouva caché dans une barrique, et malgré ses supplications, ses promesses de rétablir la commune, il fut égorgé.

Sur son corps dépouillé et abandonné dans la cour, chacun voulut jeter une pierre.

Cependant, la troupe des jeunes g^ns envahissait successivement les maisons des nobles et des chevaliers; ceux-ci, n'ayant pu se réunir, se défendirent comme ils purent dans leurs logis, et blessèrent ou tuèrent un certain nombre des assaillants. Mais cette résistance ne faisait qu'animer davantage les bourgeois.

Us égorgeaient tout ce qui leur tombait sous la main, et jusqu'aux femmes et aux enfants. Peu de chevaliers purent se dérober, se cacher ou gagner la campagne.

Ce n'était plus un combat, mais une boucherie.

A la fin du jour, quand le massacre fut terminé, la troupe des jeunes gens rapporta le corps de la jeune fille, tout couvert du sang des victimes immolées, à la veuve, et pendit le cadavre mutilé du ravisseur devant sa porte.

La foule enivrée avait outrepassé les instructions d'Ancelle, qui eut voulu qu'on gardât en otages les principaux d'entre les chevaliers, et qu'on obligeât l'évêque, par un blocus rigoureux, à consentir à un nouveau traité avec la commune, en donnant des sûretés.

L'incendie avait succédé au massacre. Le palais épiscopal, la cathédrale, beaucoup d'hôtels de nobles étaient enflammés.

Après cette terrible journée, comme il arrive toujours, la stupeur succéda à la colère.

Qu'allait-on faire?

Ancelle réunit les jurés afin d'aviser-, les séances, auxquelles assistèrent en outre beaucoup de bourgeois, furent tumultueuses.

Plusieurs proposaient de députer quelques-uns d'entre eux près du roi, avec une bonne somme d'argent, d'implorer sa miséricorde et le rétablissement de la charte de commune.

Mais, sentant que la démarche aurait peu de succès, et que la cour, tout en gardant l'argent, ferait très-probablement un mauvais parti aux députés, sans accorder la charte, ce projet fut abandonné.

Quelques-uns ouvraient l'avis de se conjurer avec d'autres villes voisines, de lever des milices et d'organiser la résistance sur une grande échelle.

Mais , outre la difficulté d'arriver à cette entente , le temps manquait pour obtenir un résultat sérieux. D'autres enfin, parmi lesquels se trouvait le maire, proposèrent de s'aboucher avec le comte, seigneur des terres du faubourg et lieux circonvoisins, et d'obtenir de lui que, moyennant finance, il se déclarât le protecteur de la commune de Clusy.

Le comte Égelbert était un homme ambitieux et avide. 11 avait suivi avec une joie secrète les péripéties du drame qui venait de se dénouer, et comptait bien profiter de l'occasion pour étendre sa juridiction, et peut-être remplacer celle de l'évêque dans une bo.'.ne partie de la ville. Quand des ouvertures lui furent faites par les bourgeois, touchant le titre de protecteur de la commune de Clusy, qu'on lui offrait, il n'en fut pas surpris.

ET D UNE CATHKUrî ALE.

Il s'agissait de discuter les conditions de son appui. Si onéreuses qu'elles fussent, les bourgeois, qui n'avaient guère d'autre parti à prendre, les acceptèrent, et le comte entra le lendemain dans la ville, tout armé, entouré de sa chevalerie, et, dans la salle des jurés, il entendit la lecture du traité (fig. i5). Avant d'y apposer son sceau, il demanda

toutefois à en délibérer avec sa noblesse. Il trouva celle-ci peu disposée à engager avec le suzerain une lutte inégale, — car il n'était pas douteux que le roi dût intervenir bientôt pour réduire les bourgeois de Clusy à l'obéissance.

Le comte Egelbert différa donc de donner sa réponse, mais n'en reçut pas moins des présents considérables des

bourgeois, qui cspiraient Tamener à prendre leur parti. Enfin, réfléchissant sur les suites de cette affaire, n'ignorant pas que le prévôt du roi avait reçu Tordre de réunir des troupes, il rentra dans son château sans avoir rien conclu, promettant toutefois de donner une réponse satisfaisante aux bourgeois, et à cet effet il les convoqua dans un champ dépendant de sa seigneurie.

Là, il leur déclara qu'il tiendrait sa promesse, en ce qu il protégerait les habitants de Clusy, mais que, ne disposant pas de forces suffisantes pour entrer en lutte avec les troupes du roi, il offrait sa seigneurie comme asile, où il défendrait les bourgeois selon son pouvoir.

Cette déclaration jeta la consternation et le découragement parmi les Clusianois ; beaucoup, en effet, se réfugièrent sur les terres du comte, d'autres sur celles de l'abbaye de Saint-Martin, dans la crainte de terribles représailles.

La ville se dépeupla ainsi d'une partie de ses habitants, et les gens de la campagne, conduits par les seigneurs voisins, liQ mirent à piller les maisons abandonnées. Les nobles et chevaliers qui n'avaient pas été tués pendant l'insurrection, profitant de ce désarroi, se mirent à piller de leur côté et â tuer les bourgeois restés dans la cité. Les cloches du beffroi furent brisées.

Et quand arriva le roi à la tête de ses troupes, il ne trouva plus guère d'habitants à châtier; toutefis, cette intervention fit cesser les représailles.

Des cérémonies expiatoires furent ordonnées en présence de l'archevêque de Sens , venu à Clusy pour cet objet, cérémonies suivies de beaux sermons, parmi lesquels on peut citer ce passage, inspiré du texte sacré : Servie subditi estote in omni timoré dominis! « Serfs, disait l'archevêque, soyez soumis en toute crainte à vos seigneurs.^ i.i si

ET D UNE CATniiDRALE.

VOUS êtes tentés de vous prévaloir contre eux de leur durcti et de leur avarice, écoutez ces autres paroles de l'Apôtre : « Obéissez non-seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux. )> Aussi les canons Ixappent-ils d'anathème quiconque, sous prétexte de religion, engagerait les serfs à désobéir à leurs maîtres, et à plus forte raison à leur résister par la force..., »

Après quoi, Ancelle, qui n'avait pas voulu quitter sa maison, s'employant de son pouvoir à rendre la situation de ses concitoyens moins douloureuse, fut exilé avec toute sa famille, et ses biens furent confisqués au profit du roi. Il alla mourir à Troyes.

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