CHAPITRE IV
ou l'accord s'établit ENTRE l'ÉVÊQUE ET LES HABITANTS DE CLUSY.
Bien que la charte de commune fut déchirée, bien que la ville de Clusy eût été abandonnée, ruinée, bien que les plus notables parmi les habitants eussent dû s'exiler, que beaucoup eussent péri pendant les mois d'anarchie qui succédèrent à la journée du lundi de Pilques de Tannée i io3;, bien que le courageux maire fut mort peu après avoir été recueilli par des bourgeois de Troyes, touchés de son infortune et pleins de respect pour son caractère, cependant, les prélats qui «succédèrent à Pévêque Godefroi cherchèrent plutô't à améliorer le sort des malheureux bourgeois de Clusy qu'à profiter de leur affaiblissement pour les fouler plus grièvement.
Soit que ces évêques fussent doués d'un esprit modéré et sage, soit qu'ils redoutassent l'esprit communal et de provoquer de nouvelles prises d'armes, ils procédèrent avec douceur, et, sans abandonner leur droit seigneurial, établirent une sorte de modus vivendi pendant lequel les bourgeois
INTERIEUR DE LA CATHÉDRALE CARLOVINGIENNE APRÈS l'incendie.
ET DUNE CATHÉDRALE. '] l
traitaient de toutes les affaires de la ville, percevaient les taxes et étaient chargés de la police urbaine. L'effort tenté par les bourgeois en i io3 n'avait donc pas été sans résultats. Les seigneurs évêques savaient qu'il fallait compter avec une force nouvelle révélée d'une manière terrible, et que le mieux, dans lïntérêt de tous, était de ne pas essayer de la trop comprimer.
Cet état transitoire fut suivi, en 1 1 28, de l'octroi en bonne forme, par le roi Louis le Gros, d'une charte intitulée Institution de paix * -, — car le mot « commune », considéré comme séditieux, ne fut pas écrit dans cette charte; mais ses articles ne faisaient que reproduire, à peu de différence près, les conditions stipulées lors de l'établissement de la commune de II 01.
La cathédrale et l'évêché durent être réparés à la hâte, après le désastre, par le successeur de l'évêque Godefroi. La nef de l'église, couverte en charpente et non voûtée, avait beaucoup souffert de l'incendie-, les murs et piliers, calcinés par le feu, menaçaient ruine sur quelques points (fig. 16).
On se contenta d'aviser aux ouvrages les plus urgents, en rétablissant une couverture provisoire, mais avec l'intention de rebâtir un édifice plus vaste sur de nouveaux plans.
Mais 'il fallait beaucoup d'argent pour entreprendre ces travaux, et les évêques avaient eu fort à faire de réparer tous les dégâts commis, lors de l'insurrection de i io3, dans palais épiscopal et même dans les bâtiments capitulaires, écoles, maisons de chanoines, etc.
Dans le diocèse de Clusy, comme dans beaucoup d'autres,