ÉCRITURE HIÉRATIQUE
« Le bien devient en mal. »
Ces mots signifient : « Le bien se change en mal », c'est-à-dire « ce qui était bon devient mauvais. » Dans ces traits un peu confus on peut encore reconnaître les petits dessins primitifs, quoique altérés, déformés : ainsi vous-mêmes reconnaîtrez, avec un peu d'attention, trois fois répété dans cette ligne, le caractère qui figure un pied, et qui, s'il vous en sou-
vient, correspond à notre lettre b. — Enfin plus tard les marchands, pour prendre leurs notes, se servaient de signes encore plus abrégés qui formaient l'écriture dite dêmolique, c'est-à-dire populaire; une sorte de sténographie. Tandis que les hiéroglyphes se rangeaient en lignes dans les deux sens de droite à gauche ou de gauche à droite indifféremment, l'écriture hiératique allait toujours de droite à gauche, c'est-àdire au rebours de la nôtre.
Un grand nombre de livres ont été écrits, dans cette vieille Egypte, sur la toile et sur le papyrus, avec les caractères hiéroglyphiques ou hiératiques. Ces livres étaient conservés dans des Bibliothèques, ordinairement renfermées dans l'enceinte des palais ou des temples. Chaque grande ville avait sa bibliothèque, qui contenait parfois plusieurs centaines de volumes; un fonctionnaire, nommé gouverneur de la maison des livres, était chargé de veiller sur ce dépôt. Dépôt précieux! Toute l'histoire de la nation, toute la science d'alors était là, sur ces frêles bandelettes. Les prêtres, les savants, les écrivains y venaient s'instruire et travailler. Sur la porte de la grande bibliothèque de la ville de Memphis était, dit-on, cette inscription : Trésor des remèdes de Vâme. — Pour ces anciens, comme pour nous-mêmes, l'étude était déjà un bonheur, une consolation.
Je tenais à vous faire comprendre comment, par quelle combinaison d'idées, avec quels efforts de génie les hommes ont inventé cet art merveilleux de « peindre la pensée i qu'on appelle ¥ écriture, et créé cette chose précieuse : le livre l Voilà pourquoi je vous ai exposé avec quelque détail l'origine de l'écriture égyptienne, la plus ancienne de toute- à notre connaissance, celle qui a servi de modèle à presque toutes les autres — à la notre même aussi, quoiqu'il n'y paraisse guère au premier coup d'œil ; je vous expliquerai cela. Maintenant, êtes-vous curieux d'avoir une idée dc> écritures, si bizarres de formes, des autres peuples civilisés de l'anti-
quité?Je vais vous en donner quelques exemples. Puis il me suffira de vous dire : « Tous ces peuples; pour former leur écriture, s'y sont pris de la même manière que les Égyptiens, — ou bien, chose plus simple encore, ils ont pris récriture ôgyp- 4 2, X tienne toute faite et l'ont imitée, rri j£ « 3£ chacun à leur manière. » Que vous t| ,. > dirai-je, par exemple, des Chinois. 0? 5|* ^9*» £*un des plus anciens peuples que ^ =Jjj /Jp ^5
nous connaissions? Eux aussi, ils ***
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ont imaginé d'abord des caractères idéographiques, des signes représentant les idées; puis, ne pouvant ^p*» x\, "tf **£
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seuls, ils firent comme les Égyp- fljfc \lt* 3S.
tiens, et par des espèces de rébus, /(- I- Jf? J#p ils employèrent certains signes à \S\ >Xv "k
désigner des syllabes. Dans leur écri- vg»| sfn |v TT» ture, les Chinois ont conservé jus- ^^ 0f4 <J* dt qu'à nos jours ces deux sortes Jtvv ^ * ^ de caractères, qu'ils mêlent ensem- ^k /Ci £*^> rJ'J ble et groupent d'une façon extrê- <.A Mi- ^Z /j mement compliquée. Pour chaque ™ ^ ^i**, j.^ mot ou groupe de mots ils forment *P\ /^V 73\ pB un groupe de signes. C'est une grA- S ^ ^jjjà écriture très difficile à déchiffrer, p* %%t* Jg.
très longue à apprendre, et que les >1x W v*i^ 'J*Q+ seuls ieW?-és ou savants chinois sa- 4A yt V\J^ ^j-> vent comprendre et écrire couram- n-/!iT(H, chinois. ment. Les signes se tracent avec un
pinceau trempé dans cette couleur noire que nous employons aussi pour certains dessins, et que nous nommons encre de Chine. Les lettrés écrivent sur un papier très fin, très fort, très léger, un papier tout semblable au notre, fabriqué
aussi avec des chiffons, ou avec les fibres de certaines plantes, ainsi que je vous l'expliquerai ailleurs. Ce sont les Chinois, en effet, gens extrêmement industrieux, qui ont inventé le papier, le vrai papier, il y a des siècles et des siècles; ils s'en servaient alors que dans nos pays de l'Occident on ne connaissait, pour écrire, que la peau préparée, le parchemin, ou bien encore le papyrus fragile des Egyptiens.
Voici quelques caractères chinois : il vous suffit d'un coup d'œil pour reconnaître combien ils sont compliqués, embrouillés... Ce qu'il y a là écrit... — je ne le sais pas plus que vous. Disons seulement que les Chinois écrivent en descendant; ils forment des lignes verticales, non pas horizontales comme les nôtres. Puis ils commencent par le côté droit de la feuille de papier. Arrivés au bas, ils forment une autre ligne, toujours en descendant, à coté de la première et à gauche, ainsi que vous l'explique la figure. En un mot, ces gens-là font tout au rebours de nous...
Avez-vous entendu parler des antiques Chaldéens qui vivaient sur les bords de l'Euphrate et bâtirent la célèbre Babylone? des vieux Assyriens, dont la capitale fut Ninivef Les Chaldéens étaient déjà, il y près de cinq mille ans, des peuples civilisés, instruits pour leur temps. Ils firent, à leur manière, la môme chose que les Egyptiens. Eux aussi eurent d'abord des signes idéographiques, des dessins. Mais bientôt ces dessins parurent à nos Chaldéens, gens pratiques, hop difficiles à tracer, à sculpter, trop longs surtout. Ils abrégèrent signes d'une façon tout à fait originale. Ils composèrent le* tracé de tous leurs caractères au moyen d'un seul trait, un peu varié dans sa forme. — A cette époque, c'était surtout sur la pienc qu'on écrivait. Or quand on veut graver, avec un ciseau ou butin, un trait dans la pierre, tout naturellement ce trait, étroit là où il commence, va sélargissant, paire que le ciseau oblique, par le choc du marteau, s'enfonce de plus en plus. Ce trait, mince d'un bout, élargi à L'autre,
vertical, horizontal ou oblique, long ou court, parfois brise en forme d'accent circonllcxe, c'est ce qu'on nomme un clou ou un coin, en raison de sa forme.
L'écriture formée au moyen de ces traits a été appelée écriture cunéiforme, c'est-à-dire en forme de coins. Chaque signe, assemblage plus ou moins compliqué de ces clous — ressemblant, en effet, assez à un groupe de clous jetés au hasard sur une table, — représentait à l'origine une idée, comme chez les Égyptiens. Plus tard, comme chez les Égyptiens aussi, chaque signe figura une syllabe. Voici, comme exemple, quelques-uns de ces groupes syllabiques:
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a i ou ba ma pa sa
Et maintenant, pour vous donner une idée de l'aspect qu'offrent ces groupes disposés en lignes, jetez les yeux sur ce dessin qui reproduit quelques mots d'une inscription assyrienne, gravée, de môme que les inscriptions chaldéennes, en caractères cunéiformes :
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