I. Ourouk en Chaldée, sur l'Euplirate
â<tô
voyez. Les Phéniciens n'inventèrent pas; ils imitèrent, ils perfectionnèrent. Et comment? Le voici. C'était un peuple de marchands et de navigateurs; leurs villes étaient bâties le long du rivage de la Syrie; au moyen de leurs vaisseaux, ils faisaient un grand commerce avec les autres nations, avec l'Egypte tout particulièrement. Il était donc tout naturel qu'ils apprissent l'écriture des Égyptiens, leurs voisins, leurs acheteurs. Ainsi firent-ils; mais nos Phéniciens étaient des gens pratiques, — des marchands, vous disais-je, — économes du temps, fort ingénieux du reste. Lorsqu'ils connurent le système compliqué desÉgyptiens, ils se dirent : c Nous allons simplifier tout cela ! > D'abord ils ne cherchèrent point à imiter les petits dessins de l'écriture sacrée, c'était trop lent; ils prirent l'écriture hiératique, déjà fort abrégée. Et alors les voilà mettant hardiment de côté tout ce qui n'était pas absolument nécessaire, tous les signes représentant des idées, tous les signes représentant des syllabes. Ils conservèrent seulement les signes représentant des sons, des articulations isolées (voyelles et consonnes détachées); et encore ils abrégèrent le tracé à leur martière. Ils avaient dans leur langue vingt-deux sons et articulations distinctes; ils ne gardèrent que vingt-deux signes : pour chaque son ou articulation un seul caractère, toujours le môme, une lettre enfin. L'Alphabet était créé, cet alphabet qui, au fond, est le nôtre. Remarquons enfin que les Phéniciens n'écrivaient guère que les consonnes; les voyelles peu senties dans leur prononciation ne se marquaient pas. Enfin leur écriture allait de droite à gauche, comme L'écriture hiératique qu'elle imitait. Vous allez en avoir un exemple: c'est une inscription sur le tombeau d'un roi de Sidon; le pauvre roi se plaint d'être mort jeune et sans enfants.
D'un simple coup d'oeil jeté sur cette inscription, vous reconnaissez déjà que ces lettres sont beaucoup moins compliquées de forme et plus rapides que les signes do< Egyptiens. En regardant avec quelque attention, vous obsenez encore
que dans ce peu de lignes les mômes signes sont répétés un grand nombre de fois. De cela seul vous conclurez que cette écriture n'avait qu'un petit nombre de lettres, puisque ces lettres reviennent si souvent, toujours les mêmes, dans les mots. — Et voilà que sans avoir aucune connaissance de ces caractères, en regardant seulement, et avec un peu de réflexion, vous avez constaté par vous-mêmes combien ces ingénieux Phéniciens ont simplifié l'écriture de la vieille terre des Pharaons.