INSCRIPTION EN CARACTÈRES PHÉNICIENS
«J'ai été enlevé avanUe temps, peu avancé en âge, lorsque, sans avoir d'enfants, je fus retranché par la mort; et je suis couché dans ce tombeau, dans l'édifice que j'ai construit. »
Ces gens-là n'étaient pas des savants, des penseurs tranquilles, mais des voyageurs actifs, entreprenants. Ils écrivirent peu de livres : plutôt des comptes, des notes de commerce, quelques inscriptions. Mais ils rendirent au monde un grand service. En quoi? En apprenant à lire et à écrire à tous les peuples voisins. — Les Phéniciens avaient fondé au loin, dans tous les pays où ils pouvaient acheter et vendre, surtout sur les rivages de la Méditerranée, des comptoirs, des colonies, absolument comme font de nos temps les Anglais, peuple navigateur et commerçant aussi. Or, partout où ils
allaient, ils apprenaient aux peuples avec lesquels ils trafiquaient l'art merveilleux de L'écriture, et leur alphabet, imité des Egyptiens. Chaque peuple, naturellement, tout en prenant le système de leurs lettres, arrangeait la chose à sa manière, suivant sa langue, ses idées, ses habitudes. Ainsi firent, en Asie, les Hindous, les Israélites. Les Israélites, proches voisins des Phéniciens, ayant une langue toute semblable, ayant des idées, des mœurs à peu près semblables aussi, copièrent tout simplement l'écriture phénicienne, qui leur allait fort bien. Les Hindous, au contraire, qui habitaient l'Inde, pays tout différent, qui étaient d'une autre race, avaient une langue, des idées, des mœurs toutes différentes aussi, ne prirent que l'idée ; ils changèrent les signes, et tellement qu'ils ne sont plus vraiment reconnaissables.
Il faut savoir qu'à cette époque si lointaine les Hindous formaient depuis longtemps une grande nation, très civilisée. Ils avaient de grandes villes, des monuments, des lois, des gouvernements, des rois puissants, une religion très ancienne, des prêtres que l'on appelait brahmanes^ et qui avaient beaucoup de pouvoir sur le peuple. — Les Égyptiens étaient religieux, patients et persévérants; les Chinois, ingénieux et laborieux; les Chaldéens furent surtout agriculteurs et les Assyriens guerriers; les Phéniciens, actifs comme des hommes d'affaires qu'ils étaient; les Hindous riaient plutôt des gens d'imagination, des artistes, des penseurs. Leurs prêtres, les brahmanes, étaient à la fois des savants <>! des poètes. Ils ont écrit un très grand nombre de livres : do< livres sacrés d'abord, des hymnes à leurs dieux; puis de* livres de science, astronomie, grammaire; peu d'histoire, mais en revanche h surtout des poèmes, do* récits eu vers, mer* veilleusemenl imaginés, et d'une longueur effrayante, - et des pièces <!<' théâtre! Ces gens-là pensaient, sentaient comme
nous; en lisant leurs livres nous retrouvons <!«•- idées toutes semblables aux nôtres, une poésie qui nous charme. Les
Hindous sont, non pas nos pères, mais, comment dirai-je? no» oncles... les frères des Aryas qui ont envahi, peuplé et civilisé l'Europe, comme on vous l'apprendra plus tard. Leur langue, qu'on appelle \e sanscrit, est très belle; elle a la même origine que le grec et le latin, et par conséquent elle a de grands rapports avec la nôtre, qui n'est qu'un latin modifié. — Les Hindous arrangèrent donc cinquante lettres pour représenter tous les sons et les articulations, les voyelles et les consonnes de leur langue; et cette écriture ainsi formée, ils en furent tellement ravis, qu'ils l'appelèrent d'un nom qui signifie révélée par les dieux (dêvanâgari) : oubliant, les malheureux, qu'ils avaient imité les Phéniciens, lesquels avaient imité les Égyptiens... Ces caractères s'écrivent en ligne serrée, et dans le même sens que les nôtres. Une telle écriture a un aspect tout particulier, comme vous allez en juger; malgré son apparence compliquée, elle n'est pas très difficile à lire.
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CARACTÈRES SANSCRITS (D È V AN A G A R i).
€ Ces monts sacrés aux nombreux sommets élancés, resplendissants, touchant le ciel, rayonnant de mille couleurs, ravissant la pensée; riches en métaux variés, ornés de pierres précieuses! *
Vous remarquerez que la plupart des signes portent vers le haut une petite barre; les caractères se touchant, ces petites barres s'alignent et semblent former un trait continu. Certains signes s'écrivent au-dessus de la ligne, comme nos accents; d'autres au-dessous, comme notre cédille. — Voici donc transcrits ici trois vers d'un des plus beaux livres de l'Inde et des plus célèbres : c'est une description poétique,
exacte pourtant, de la grande chaîne de l'Himalaya, les r<>t< hautes montagnes de la terre, vous dit votre géographie. — Les sommets s'élèvent à des hauteurs effrayantes, jusqu'audessus des nuages; aux rayons du soleil couchant leurs neiges éternelles, ruisselantes de reflets ardents, brillent comme de l'or, étincellent comme des pierreries.
Dès ces temps extrêmement reculés, les Hindous connaissaient aussi l'usage des neuf chiffres et du zéro; voici la forme qu'ils avaient donnée aux signes des nombres :
cj , 3 " "&' "h % 3 t? € o.
Vous reconnaissez qu'à l'exception dé deux ou trois, ces caractères ressemblent à ceux dont nous nous servons et que nous appelons chiffres arabes, parce qu'en effet les Arabes, ayant appris des Hindous cette façon de figurer les nombres, nous l'enseignèrent ensuite. Ils nous les apportèrent en Occident vers le xe siècle. Jusque-là on se servait, dans tout notre Occident, des chiffres romains, formés des lettres de l'alphabet, que nous employons encore à certains usages, mais fort incommodes pour les opérations du calcul, parce qu'on ne peut pas les ranger en colonnes.
Je reviens maintenant aux Israélites. Ils conservèrent, vous disais-je, en modifiant seulement un peu la forme, les lettresdes Phéniciens, qui s'adaptaient à leur langue: car V hébreu diffère de la langue phénicienne à peu près comme l'italien diffère du français. Les anciens Hébreux aussi gravèrent sur la pierre et sur le métal; puis Us apprirent à peindre l'écriture sur des peaux préparées. Vous avez tous entendu parler du grand livre des Israélites : la Bible. Mais la Bible, j'entends l'ancienne Bible (Ancien Testament), la Bible écrite en hébreu, et qui est extrêmement volumineuse, n'est pas à proprement parler un livre; c'est, comme son nom même le
dit1, un ensemble, un recueil de livres éorits à des époques différentes et sur des sujets très divers : dogmes et traditions religieuses, histoire, législation (lois) et morale; récits détachés; poésies, dont la plupart (les psaumes) étaient des bymnes sacrés destinés à être ebantés. — L'écriture hébraïque ancienne, comme récriture phénicienne dont elle diffère si peu, laissait de côté la plupart des voyelles. Ainsi le nom de Sa- Jomon (en hébreu Salomoh), par exemple, s'écrivait : slmii; David y dvd :
nnhw in
H M L S DVD
En outre, comme vous le voyez ici, cela s'écrivait, de même que l'écriture phénicienne, de droite à gauche. Il y a plus : dans les livres hébreux, tels qu'on les imprime encore aujourd'hui, le volume lui-même est fait à l'envers des nôtres; les premières lignes sont à l'endroit que nous appellerions la fin du volume, les dernières au commencement : et pour lire, on feuillette les pages à rebours...
C'est pour vous donner une idée de l'aspect de l'écriture hébraïque ancienne que je transcris ici les premières lignes du livre des Proverbes, livre qui contient des maximes de morale : ■pan1? -loiDT nDDn rwib : toc«n -\hv titw noStf *teo nn1? : onfroi bdcJdi pis tatm idid nnp1? : n» ncx : nDïDi mn ivù nony dwmdS
CARACTÈRES HEBRAÏQUES.
t Proverbes de Salomon, fils de David, roi d'Israël. Pour donner la science et la règle de conduite. Pour donner l'intelligence des paroles de prudence, et enseigner la science de la sagesse, la justice, le droit jugement, l'équité. »
Or il faut vous dire que plus tard on trouva très incommode de n'avoir pas les voyelles marquées dans l'écriture;