‹ Histoire d'un livreChapitre 14 sur 53 · Le mot Biblia est le pluriel du mot grec bibion, livre · texte numérisé non relu

Le mot Biblia est le pluriel du mot grec bibion, livre

cela rendait la lecture difficile ou même incertaine. Pour ne pas changer toute l'écriture adoptée, on imagina, plusieurs siècles après Jésus-Christ, d'y ajouter seulement des points et groupes de points qu'on nomma points-voyelles, et qui indiquent en effet, par la manière dont ils sont disposés, la prononciation des voyelles.

Pendant des siècles et des siècles, tandis que l'Orient (c'est-à-dire l'Egypte et l'Asie) était le séjour de grandes nations civilisées, l'Occident, notre Europe, n'était encore habité que par des peuplades barbares. Le premier peuple civilisé, en Europe, ce lut celui qui habitait le plus près de l'Asie, au beau pays de Grèce. Les Grecs étaient des hommes extrêmement intelligents, très ingénieux, ayant beaucoup d'imagination; ils imitèrent les peuples déjà civilisés, leurs voisins, et bientôt ils les surpassèrent. Or les Grecs faisaient beaucoup de commerce, dès ce temps, avec les Phéniciens; naturellement les Phéniciens leur enseignèrent l'écriture — la leur, bien entendu. Les Grecs ne se donnèrent pas la peine de changer beaucoup les lettres phéniciennes; plus tard seulement ils en ajoutèrent quelques-unes. Ils gardèrent même les noms que les Phéniciens avaient donnés à ces lettres, noms qui avaient un sens en langue phénicienne, mais qui n'avaient pas de sens en langue grecque... Ainsi, pour voua donner un exemple, les Phéniciens appelaient leur première

Alrpf». Bclh.

lettre aleph, ce qui veul dire tête de bceuf} parce qu'elle figurai! grossièrement une tète avec deux cornes; ils appelèrenl leur seconde lettre beth, c'est-à-dire maison, parce qu'avant d'être défigurée par abréviation, elle rappelait plus ou moins

le profil d'une maison avec son toit. Nos Grecs gardèrent donc ces noms, qu'ils prononçaient à leur manière, alpha et bêta : ce qui, en grec, ne signifie rien du tout... Pour dire « étudier ses lettres », en ce temps-là, on disait donc: apprendre son Alpha-bcta, comme vous dites aujourd'hui « apprendre son ABC ». Et voilà comment les noms de ces deux premières lettres joints ensemble sont devenus notre mot Alphabet! — Quand vous prononciez ce mot d'alphabet, vous ne vous figuriez pas, bien sûr, que vous parliez phénicien !

Cependant les Grecs, qui avaient une langue harmonieuse et sonore, avec des voyelles bien Tranches et bien nettement prononcées, ne manquèrent pas d'écrire partout ces voyelles nécessaires à leur langage. Tout d'abord aussi, en élèves soumis, ils avaient suivi la mode des Phéniciens, leurs instituteurs, qui était d'écrire de droite à gauche. Plus tard, il leur vint une idée singulière. Les Grecs étaient, comme vous le savez, fort habiles dessinateurs; quand ils avaient peint ou sculpté, sur un mur, sur un piédestal de statue, sur un vase, un personnage ou un groupe de personnages, ils ne manquaient pas d'écrire ce qui était là représenté, ce que faisaient ces personnages. Et alors, au lieu d'écrire, comme nous le faisons, leur légende ou texte explicatif en une ou plusieurs lignes au-dessous du dessin, ils disposaient leurs caractères en lignes sinueuses comme des replis de serpent, allant dans un sens, se recourbant, revenant en sens contraire, entourant les personnages. Ils trouvèrent cela si ingénieux, que même lorsqu'il n'y avait pas de personnages, ils conservèrent cette habitude prise. Quand donc l'écrivain ou le graveur était arrivé à l'extrémité de sa ligne, il la repliait, pour ainsi dire, et revenait en rangeant ses caractères au-dessous de la première ligne, mais en sens contraire, pour se retourner encore à l'autre extrémité, et ainsi de suite... Nos Grecs, qui étaient gens très spirituels et se plaisaient aux comparaisons, comparèrent cette façon d'aligner les lettres à la manière de

cheminer du bœuf attelé à la charrue, qui, après avoir tracé un sillon, arrivé au bout, se retourne pour tracer, en marchant en sens contraire, un second sillon à côté du premier; et ils appelèrent cette disposition de l'écriture boustrophedon — ce qui veut dire : la marche du bœuf revenant sur ses pas. Au temps où Ton n'écrivait guère que sur la pierre, il était indifférent de tracer les lignes dans un sens ou dans l'autre. Mais quand on écrivait avec de l'encre, à l'aide d'un pinceau, ou bien encore, comme on fit chez les Grecs, à l'aide d'un roseau mince taillé en forme de bec de plume, la marche de droite à gauche (c'est-à-dire à rebours de notre écriture) avait un inconvénient : souvent la main en avançant passait sur l'écriture trop fraîche et l'effaçait... Les Grecs qui avaient essayé les deux façons, finirent par adopter tout à fait la marche de gauche à droite, qui est la nôtre. Mais alors — chose qui vous paraîtra singulière — en retournant les lignes des Phéniciens, ils retournèrent aussi à l'envers les lettres elles-mêmes. Ainsi, par exemple, les trois petits traits de la lettre E, chez les Phéniciens, étaient dirigés vers la gauche; les Grecs l'écrivirent d'abord de la môme façon; mais quand ils retournèrent les lignes, ils retournèrent la lettre, en sorte que ses petits bras furent tendus vers la droite. Ils firent de même pour presque toutes les lettres; en voici quelques exemples :

Phénicien.

Grec ancien.

Grec retourné. A R JÇ /^ 1^

Or vous voyez que ces lettres grecques, ces lettres phéniciennes mises à renvois... ce sont précisément les nôtres.

L'ÊCRl I I l; E ET LE LIVRE EN OCCIDENT. 63

Par quel chemin elles nous sont venues de Grèce, c'est ce qu'il me reste à vous dire.

Les Grecs ajoutèrent en outre quelques signes qu'ils jugèrent utiles pour exprimer certains sons de leur langue, et ils eurent ainsi Yalphabet que voici, peu différent du notre, comme vous le voyez :

A B rAE Z H 0 I KAM

A B G D E Z Ê Tll I K L M

n ion p s ty<î>x ta

N X 0 P R S T U PH Kil PS Ô

Ces lettres, ce sont des majuscules. — Mais faisons une petite observation. Quand nous gravons sur la pierre ou le métal des inscriptions, quand nous écrivons ou imprimons des titres, un petit nombre de mots importants que nous voulons faire ressortir, nous employons nos lettres majuscules. Mais dans votre écriture courante, sur vos cahiers par exemple, vous n'écrivez pas en lettres majuscules, séparées, parce que ce serait trop long. Au fond, les lettres de notre écriture manuscrite sont bien les mêmes que celles de nos lignes imprimées; mais en les traçant à la main nous les déformons un peu, nous les lions entre elles de manière à former le mot entier d'un seul trait de plume, tout cela pour aller plus vite. Eh bien, les anciens Grecs firent de même-, les écrivains, les copistes qui avaient beaucoup à écrire, prirent l'habitude de défigurer un peu les lettres en les arrondissant davantage et les liant même entre elles ; ces lettres de l'écriture courante, formes altérées des majuscules ou grandes lettres, sont ce que nous avons appelé les minuscules ou petites lettres. Vous voyez, sous chacune des lettres majuscules

de l'alphabet grec la minuscule correspondante. Les lettres, les notes, les livres étaient écrits avec cette écriture courante, formée de minuscules. Pour vous donner une idée de son aspect, je vous en transcris quelques lignes, tout en vous faisant remarquer qu'ici ces lettres sont imprimées; par conséquent elles sont très nettes, extrêmement régulières, isolées, tandis que dans l'écriture faite à la main elles étaient, tout naturellement, quelque peu irrégulières et confuses, souvent unies par des liaisons :

Ztû, a)!ot Te Btoi, Sort <5ij xaî tov§£ yevéaftu iraî<5' iph-j, ù; xaî îyw irsp, àpiKpenioi T/swcgciv, w<îe fiîvjv x àyaôov, xeù 'D.îou Tcpc àvaaaecv, xod TTori Tcç tïnnvi' Tla-colq S'oye 7roX/bv àfîtvwv.

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