‹ Histoire d'un livreChapitre 17 sur 53 · CAROLUS GRATIA DEI REX FRANOORUM · texte numérisé non relu

CAROLUS GRATIA DEI REX FRANOORUM

c Charles, par la grâce de Dieu, roi des Francs, ) Les moines, à ce moment, et pendant presque tout le moyen

âge, étaient à peu près les seuls qui eussent le loisir et les moyens de s'instruire; quand tout était troubles, guerres, misère, eux seuls avaient la paix, nécessaire pour le travail de l'esprit. De toutes parts les hommes intelligents et pacifiques se réfugiaient dans les monastères pour trouver repos et sécurité. Là seulement il y avait encore des écoles, des livres, des bibliothèques. Certains moines, instruits pour leur temps et laborieux, passaient leur vie à lire, à écrire, surtout à copier des livres. Et quel travail de patience ! recopier, lettre à lettre, page à page, ees gros volumes ! — Les livres que les moines écrivaient ou copiaient, c'étaient surtout des ouvrages chrétiens, des livres de piété, des Bibles, des missels, des Vies des saints mille fois recopiées. Mais d'autres, des plus intelligents et des plus érudits, comprirent aussi qu'il ne fallait pas laisser périr les livres des auteurs païens, c'est-à-dire des anciens auteurs grecs et romains. Ceux-là surtout nous ont rendu un grand service, dont il faut leur être reconnaissants. Sans eux, les livres de l'antiquité, brûlés dans les incendies, oubliés dans les ruines ou tombant en poussière par le temps, auraient tous été détruits : nous ne connaîtrions pas ces ouvrages admirables.

L'écriture de cette époque (vie, vne, vine, ixe et xe siècle) est extrêmement irrégulière, confuse, difficile à déchiffrer, ainsi que vous le voyez par les exemples précédents. <>u la traçait au moyen de roseaux taillés, puis bientôt de plumes taillées, sur le parchemin : le papyrus était devenu de plus en plus rare, et on finit par l'abandonner tout à fait.

On distinguait plusieurs sortes d'écritures : L'écriture capitale, forméede lettres majuscules, dont vous venei de voir un exemple ; l'écriture dite onciale, «le forme plus arrondit1 ; enfin l'écriture minuscule, donl Les petites Lettres étaient ('.rites au plein de La plume, plus ou moins régulières, mais séparées; c'était L'écriture courante des livres. Considère! ces quatre lignes : ce sont les premières d'un livre célèbre

Y Histoire des Francs, écrit par le chroniqueur Grégoire de Tours (vi" siècle) el recopié au vue siècle par quelque moine de l'antique abbaye de Gorbie1 :

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COMMENCEMENT DE L'HISTOIRE DES FRANCS, PAR G R E G 0 I R E D E T 0 U R S.

De Francorum vero regibus quis fuerit primus a multis ignoratur. Nam cum multa de eis sulpicii alexandri narret historia, non tamen regem primum eorum valentinus... (nominat).

« Des rois des Francs, quel fut le premier, c'est ce que beaucoup ignorent. Car, quoique l'histoire de Sulpice Alexandre raconte d'eux beaucoup de choses, cependant Valentin ne nomme pas leur premier roi... »

Tout d'abord, pour dignement commencer, une belle et grande initiale; puis quelques mots en majuscules un peu arrondies. Mais alors le brave moine qui voit le temps que lui ont coûté ces deux lignes, se met à penser, avec raison, que s'il lui fallait écrire le livre tout entier avec ces caractèreslà, il n'en finirait de sa vie! Et, dès la seconde ligne, il prend une écriture plus rapide, mais plus irrégulière, une ronde peu facile à lire. Enfin, lorsqu'il ne s'agissait pas de livres, mais de notes ou de simples correspondances, on ne se donnait pas la peine de tracer les caractères séparés; on écrivait chaque mot d'un seul trait de plume, comme nous faisons, en liant ensemble les lettres; c'était ce qu'on nommait l'écriture cursive ou expéditive, c'est-à-dire rapide; chacun la traçait

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