FABRICATION DU PAPIER A LA MACHINE
Le procédé que nous venons de décrire était seul connu autrefois; on l'emploie encore pour certains papiers qui doivent être très forts et très durables. Le papier ainsi fabriqué est appelé papier à la forme ou encore à la feuille, parce que chaque feuille est faite séparément. Mais aujourd'hui tous les papiers dont on fait les cahiers et les livres sont fabriqués à l'aide d'une machine produisant, non pas des feuilles séparées, mais une large bande continue, qui s'allonge indéfiniment, et se roule en gros rouleaux semblables aux rouleaux des papiers de tenture dont on tapisse nos appartements.
Si vous avez suivi avec attention la description précédente, vous comprendrez facilement le principe et la disposition générale de la machine àpapier. Celte machine est très grande; elle remplit toute une vaste salle. Ce qui frappe vos veux, si vous entrez dans la salle, c'est l'assemblage confus d'une multitude de cylindres, de rouleaux, les uns très gros, les autres plus menus; tous tournent à la fois, et entre eux passent, circulent de la façon la plus compliquée de larges bandes d'étoffes, et aussi la bande de papier fabriquée. — Tâchons de débrouiller un peu cette confusion apparente.
Imagines une toile métallique sans fin horizontale, ten*
due entre deux rouleaux. Sachez d'abord qu'on appelle toile sans fin, ruban, corde sans fin, une bande de toile, un ruban, une corde dont les deux bouts sont rattachés; en sorte que celte bande, ce ruban ou cette corde peut circuler entre deux rouleaux ou. deux poulies, toujours dans le même sens, allant, par exemple, en dessus, revenant par-dessous : telle la coule d'un rouet que l'on tourne circule entre la roue et la bobine. Imaginez donc cette toile sans fin, composée de fils de cuivre très déliés, circulant entre deux rouleaux assez éloignés l'un de l'autre, avançant en dessus, revenant en dessous. Pour que cette toile chargée ne fléchisse pas, par son poids, entre les deux rouleaux, on la soutient sur une rangée de petits rouleaux sur lesquels elle glisse. La surface supérieure de cette toile, ainsi parfaitement droite et horizontale, forme ce qu'on appelle la table de la machine ; elle représente exactement la toile qui fait le fond de la forme dans la fabrication du papier à la main ; elle remplit la même fonction. A l'une des extrémités de la machine est une large cuve remplie de pûte bien fine, bien mélangée. La pâte arrive continuellement dans cette cuve par un tuyau ; et, continuellement aussi, elle déborde par-dessus un bord replié en forme de lèvre, comme un étang par le déversoir. Cette pâte, à mesure qu'elle déborde ainsi, tombe sur la toile sans fin qui passe au-dessous du déversoir ; elle s'y étale bien également dans toute la largeur de la table. Et comme la toile avance continuellement, la pâte versée se trouve former à sa surface une couche égale. L'eau de la pâte coule à travers la toile, comme à travers un tamis; les fibres, retenues sur la toile, se tassent; un petit mouvement de secousse en travers donné par la machine à cette toile, aide à faire écouler l'eau. Vous voyez que l'ingénieux mécanisme imite, le mieux possible, le travail manuel de l'ouvrier fabriquant le papier à la feuille. — La couche de pâte suit la toile, s'égouttant toujours. Or, avant de se replier pour revenir en dessous, la toile sans fin passe entre deux
rouleaux garnis de feutre, tournant en sens contraire, assez fortement serrés l'un contre l'autre. La couche de pâte, entraînée avec la toile, passe aussi entre ces rouleaux ; elle est pressée. La plus grande partie de l'eau qu'elle contenait encore est exprimée par la pression; en ressortant de l'autre côté du rouleau, elle forme déjà une feuille de papier, très humide, il est vrai, extrêmement fragile. Il s'agit maintenant, comme dans le cas de fabrication à la feuille, de la comprimer fortement pour lui donner plus de consistance, puis de la sécher.
Pour cela, à mesure que la feuille avance, sortant de dessous le cylindre, au lieu de continuer de suivre le mouvement de la toile métallique qui, se repliant en dessous, revient vers l'autre rouleau, elle se sépare de la toile, et se pose, à mesure, sur une large bande sans fin de feutre, qui circule, elle aussi, dans le même sens et avec la même vitesse, entre d'autres rouleaux convenablement placés. Étalée sur ce feutre et avançant avec lui, la feuille molle est amenée entre deux nouveaux cylindres très serrés l'un contre l'autre. Obligée de passer avec le feutre lui-même entre ces cylindres, elle est fortement comprimée, ce qui lui donne une consistance assez ferme. La feuille de papier est faite; il faut la sécher. Au sortir des cylindres presseurs la feuille, quittant sa bande de feutre, passe sur un autre feutre sans fin, qui la conduit de même. Suivant ce nouveau feutre qui la porte et la soutient, la feuille vient s'appliquer, sans forte pression, contre un gros cylindre tournant, chauffé par de la vapeur d'eau bouillante, qui de la chaudière arrive dans l'intérieur du cylindre sécheur en suivant de longs tuyaux. La feuille appliquée contre la surface chaude du cylindre commence à se sécher. Mais, pour que ce séchage soit suffisant, il faut qu'elle passe de la môme façon, toujours conduite par le feutre, autour de plusieurs cylindres séelieurs semblables. — Enfin, le
papier étant suffisamment séché, on le l'ait passer, seul cette
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fois, sans feutre, entre deux cylindres parfaitement polis et fortement serrés, qui comprimant le papier sec, l'écrasant, pour ainsi dire, rendent sa surface lisse et douce : cette machine se nomme la calandre.
Si vous avez bien suivi cette description, vous comprenez que la môme bande de papier, passant d'un cylindre à l'autre, se forme continue, sans interruption ; la machine verse sans cesse, à l'une de ses extrémités, de la pâte à papier, et sans cesse aussi une large bande de papier tout fait et tout sec sort à l'autre extrémité, en se déroulant de dessous la calandre. Il ne reste plus qu'à enrouler la bande, à mesure qu'elle suit, avec une sorte de dévidoir, sur lequel elle forme de très gros rouleaux, semblables, vous disais-je, aux rouleaux des papiers peints. Plus tard, déroulant la bande, on la coupera en feuilles de la grandeur que l'on voudra. — Lorsqu'on veut obtenir du papier colle, le procédé le plus simple consiste à mêler la colle, en quantité convenable, à la pâte à papier elle-même; la feuille formée se trouve par cela même contenir de la colle; elle ne boit plus l'encre, et peut servir pour l'écriture. La colle employée à cet effet est, ou de la gélatine, semblable à celle que l'on emploie pour coller les feuilles fabriquées à la forme, ou une sorte de savon, que l'on produit en faisant bouillir de la résine avec une lessive très forte, et une certaine quantité d'un sel nommé alun. Pour éviter -la teinte un peu jaune que prend quelquefois le papier, on a l'habitude d'ajouter à la pale à papier blanc une très faible quantité de couleur bleue, qui donne à sa blancheur un reflet légèrement azuré. — Les machines à papier ne sont pas toutes exactement semblables; mais elles ne diffèrent que par les détails.
On peut faire du papier, avons-nous dit, non pas seulement avec des chinons, mais avec toutes sortes de végétaux fibreux, pouvant fournir des fibres très fines. On lait aujourd'hui beaucoup de papier avec de la pailla, du foin, des
roseaux, avec une herbe fibreuse qu'on nomme Yalfa, et qui est très commune en Algérie; avec des écorces filamenteuses, même avec du bois... Toutes ces matières sont d'abord hachées, pilées, écrasées à l'aide de machines convenables, pour commencer à séparer les fibres; puis on les broie, on les blanchit; on les met en pâte, enfin, de môme que les chiflbns. Mais le papier que l'on fait avec cette pâte est moins fin, moins beau et surtout moins solide que lepapierde chiiïons.
Le papier fabriqué à la machine est coupé en feuilles. Vingt-cinq de ces feuilles de papier, superposées et pliées ensemble, sont ce qu'on appelle une main de papier. Vingt mains de papier réunies forment une rame. Une rame contient donc cinq cents feuilles.
Le carton, dont on fait la couverture des livres, ne diffère du papier qu'en ce qu'il est plus épais à la fois et plus grossier; les fibres ont été moins finement broyées, à peine blanchies; la pâte est épaisse et grise. On emploie pour la former de la paille, des roseaux, des chiffons grossiers, de vieilles cordes, enfin toutes sortes de retailles de papiers, de vieux registres, etc. La machine qui sert à fabriquer le carton est toute semblrble à la machine à papier, plus grande seulement et plus forte; la couche de pâte versée sur la table de cette machine étant plus épaisse, la feuille formée est plus épaisse aussi. La bande continue de carton est, comme la bande de papier, pressée à son passage entre des cylindres presseurs, puis séchée sur de gros cylindres sécheurs et enfin découpée en larges feuilles.