‹ Histoire d'un livreChapitre 34 sur 53 · JE · texte numérisé non relu

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il y a (les lettres, le k, par exemple, Px, 1<4 w, qui servent rarement. Certaines lettres revenanl donc plus souvent que les autres dans récriture, le compositeur emploie davantage de celles-là : il Tant qu'il en ait une plus grande provision; n'est pourquoi on leur faii «les cassetins plus larges. Les lettres qui servent moins souvent sont renfermées, en moindre quantité, dans de* cassetins plus étroits. Puis voua avei re-

marqué aussi que, dans ce même tiroir, les lettres ne sont pas rangées dans l'ordre habituel de l'alphabet. Pourquoi encore? C'est pour épargner la peine et le temps du compositeur. Les lettres qui servent le plus souvent, comme les e, les s, les a, on les a placées dans le bas de casse, et le plus près possible du compositeur, vers le milieu- de la casse, afin que sa main ait moins de chemin à faire pour aller les chercher. Les autres lettres sont plus loin, il faut allonger le bras davantage pour les saisir; mais comme elles servent plus rarement, la peine n'est pas grande. Voilà ce que vous expliquerait l'intelligent et adroit ouvrier, si vous lui demandiez la raison de la forme et de la disposition de sa casse. Il vous ferait remarquer aussi que son basdecasse contient, en outre des petites lettres (minuscules), les signes de ponctuation, tels que points, virgules, points-virgules, deux points; quelques autres signes encore, employés dans récriture et dans l'impression, comme les traits d'union, les apostrophes, les tirets. Il vous montrerait encore, dans de petits compartiments, certains groupes de lettres, tels que 11, fi, qui tiennent ensemble, sur la môme pièce, en sorte qu'en prenant ces sortes de caractères on met en place deux lettres ou même trois à la fois. — Vous y voyoz, en leur ordre, les neuf chiffres et le zéro. Enfin vous trouveriez trois ou quatre compartiments remplis d'espaces, petites pièces de métal, plus ou moins épaisses, semblables de forme aux lettres, mais plus courtes, et n'ayant pas d'œil — vous vous souvenez de ce que cela veut dire. « N'ayant point d'œil, direz-vous, point de partie en relief? Mais elles ne marqueront pas sur le papier lorsqu'on imprimera! — Sans doute. — A quoi bon ce qui ne marque pas? — Vous le verrez tout à l'heure. »

Dans les compartiments du haut de casse sont d'abord les grandes lettres majuscules, qu'on appelle grandes capitales : celles qu'on met au commencement des phrases, des noms propres, dont on fait les titres des chapitres ; A B G D.

Puis viennent d'autres lettres de même l'orme, mais plus petites, a b c d, qui servenl moins souvent encore. Justement parce que les capitales s'emploient moins que les petites lettres de l'autre forme (minuscules), on les place dans le haut de casse, dans des cassetins éloignés de la main, tous égaux, et on les range dans l'ordre ordinaire de l'alphabet. Ce môme tiroir du haut contient aussi certaines lettres minuscules, mais qu'on emploie rarement, les ë, les ï, les û, avec tréma, les œ accolés; les lettres portant l'accent grave ou l'accent circonflexe; puis certaines petites lettres qu'on met en haut dans quelques abréviations, comme l'r de M . l'o de n° : c'est ce qu'on appelle des \eitres*$upérieures. Enfin vous y trouveriez encore certains signes que vous rencontrerez dans les livres, tels que les points d'interrogation ? et les points d'exclamation ! la parenthèse () les crochets [ et plusieurs autres, beaucoup moins usités que les signes ordinaires de ponctuation. En un mot on met dans le haul de casse tout ce qui sert peu. — En tout, il y a 152 cassetins dans une casse.

Et comment, pensez-vous peut-être, comment le compositeur peut-il se reconnaître dans tous ces petits compartiments si bizarrement rangés? — Il s'y reconnaît à merveille. Il ne cherche point, il ne tâtonne point... A peine a-t-il lu quelques mots de sa copie, que, de la main droite, il saisit l'une après l'autre, et avec une rapidité surprenante, les lettres par la tète, c'est-à-dire du côté de l'œil, el les place, le cran en bas, dans un instrument qu'on uomme com-j teur, el qu'il nous faut maintenant examiner.

C'est un outil très simple : une petite rigole <m fer, a\ un rebord assez haut en avant, à droite et à gauche : cela

forme comme une petite case encore, mais une case qui n'aurait que trois côtés. Le compositeur range en ligne les lettres qu'il lève, c'est-à-dire qu'il prend dans la casse; il les

plante debout le long du bord du composteur. Il les plant.1

debout, je veux dire l'œil on haut; mais, chose qui vous paraîtra étonnante au premier abord, il dispose ses lettres renversées, le haut de la lettre tourne vers lui, — en un moi, il compose ù l'envers. Ainsi faisant, s'il pose, par exemple, un p, la lettre, renversée, présente à vos yeux un d; s'il pose un n, vous croiriez voir un u. Mais le compositeur ne

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