COMPOSTEUR SUR LEQUEL SONT COMPOSÉES DEUX LIGNES
s'y trompe pas, lui; il lit ses lettres renversées aussi facilement que vous lisez une ligne écrite ou imprimée dans le sens ordinaire : c'est affaire d'habitude.
Mais pourquoi composc-t-on ainsi à l'envers? Si vous rappelez vos souvenirs, vous l'avez deviné. Déjà, n'est-ce pas, nous avons observé que si on imprime une lettre d'un cachet, un caractère, la trace imprimée paraît retournée, disposée en sens inverse de la lettre regardée directement. S'il s'agit non plus d'une seule lettre, mais d'une ligne formée de plusieurs lettres, il en sera de môme encore, évidemment. Donc il faut composer la ligne renversée, pour que sa trace sur le papier, retournée par le fait de l'impression, suit droite... Mais cette simple indication ne nous en dit pas assez. Pour bien nous rendre compte de la position renversée des lettres et des lignes, et en môme temps de tous les ingénieux procédés du travail de la composition, j'imagine un moyen très simple : nous allons donner à l'ouvrier typographe quelques lignes d'écriture à composer; et tandis qu'il formera ses lignes, nous suivrons des yeux, lettre à lettre, le travail de sa main.
Mais avant toute chose il lui faut encore savoir quelle longueur devront avoir les lignes. Cette longueur étant choisie, l'ouvrier ajuste son outil. Voyez-vous, sur le dessin, une pièce qui porte une vis, et qui forme le troisième côté de la petite case ouverte du composteur? Cette pièce est une sorte de petite cloison mobile, que l'on peut faire avancer ou reculer; par ce moyen on peut agrandir ou rapetisser à volonté la longueur de la case aux lettres; une vis que Ton peut serrer ou desserrer fixe la pièce ou la laisse glisser à volonté. Notre compositeur avance ou recule la cloison mobile, dételle sorte que la longueur de la case soit juste la longueur même que les lignes doivent avoir; il la fixe en serrant sa vis. Régler ainsi son outil, c'est ce qu'il appelle, en termes d'imprimerie, justifier son composteur, c'est-à-dire le mettre juste; et la longueur même des lignes se nomme, pour la même raison, justification. Cette opération faite, tout est-il prêt, enfin 1 Voici, disons-nous, notre copie :
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Le typographe l'a placée, en face de lui, sur ce léger pupille qu'il nomme visorium — encore un mol latin; il saisit son composteur de la main gauche; il le tient ea travers, le côté ouvert en dehors, le côté fermé vers lui. 11 le lient un peu penché vers lui, afin que les lettres posées debout dans la rase du composteur se soutiennent en s'appuyant sur les cloisons et les unes sur les nuire-, et ne tombent pas. Il commence. Sa main rapide va chercher dans le haut de COSSê la lettre grande capitale L qui doit commencer la phrase; il la
place, debout, l'œil en haut, retournée, ainsi que vous le voyez
sur le dessin, à L'extrémité gauche de son composteur, dan l'angle Puis il prend un a (minuscule) qui est à portée de sa main dans un cassetin du bas de casse, le pose, retourné de même, auprès de l'L, l'y appuie, l'y fait joindre. Mais déjà le mot est fini. Or il faut que tout mot, pour se distinguer bien, soit séparé du mot suivant par un petit intervalle de blanc. Le compositeur prend alors, dans un des cassetins réservés pour elles, une de ces pièces courtes, sans œil, que nous avons appelées des espaces. Il prend cette fois une espace forte — en typographie, le mot espace est du féminin, — c'est-à-dire une espace assez épaisse; il la pose absolument comme une lettre : cela fait, il place contre elle l'n, première lettre du mot suivant. L'espace empêche cet n de venir toucher à l'a qui termine le premier mot; elle le tient écarté. Or l'espace ne marquant pas sur le papier, dans la ligne imprimée il y aura un intervalle blanc, d'une certaine largeur, réservé entre les deux mots. Lorsque le compositeur veut mettre entre deux lettres un intervalle plus petit, il pose une espace moyenne ou une espace fine : ces espaces sont à part, dans des cassetins spéciaux. Enfin s'il veut un intervalle plus grand que la largeur d'une seule espace/il en met plusieurs l'une contre l'autre.
Mais tandis que je vous explique ceci, déjà le compositeur a mis en place les lettres u, i, t, l'espace qui sépare ce mot du mot est; puis les lettres des mots suivants; il a pris, en passant, et mis en place le point-virgule; il est déjà bien loin — le voici presque au bout de la case; la ligne est finie. Mais quoi ! pouvons-nous compter que, le dernier mot de la ligne étant fini, cette ligne se trouve avoir exactement la longueur voulue? Cela peut arriver, mais cela arrive rarement. Le plus souvent il reste au bout un petit intervalle. Or il faut que la dernière lettre arrive juste à l'extrémité de la ligne. 11 faut donc allonger un peu. On y arrive en glissant entre les
mois de petites espaces fines; on en met au ta ni qu'il le faut pour que la dernière lettre vienne loucher le bout du composteur, s'y appuyer même un peu fortement. De la sorte les mots se trouvent un peu plus espacés qu'on n'aurait voulu d'abord; mais la différence est peu de chose, l'œil du lecteur ne s'en apercevra pas. — Régler ainsi les espaces entre les mots pour donner la longueur exacte, cela s'appelle jvstifier la ligne. Mais si, arrivé vers l'extrémité de sa ligne, le compositeur voit qu'il reste, après le dernier mot formé, non pas un petit intervalle, mais un large espace, trop étroit cependant pour contenir en entier le mot suivant, qui est long, alors il se résigne à couper ce mot par la moitié; l'autre partie commencera la ligne suivante. Dans ce cas, la partie du mot coupé qui termine la ligne doit être suivie, comme vous le savez, d'un trait d'union, que le typographe appelle division, parce que ce signe sert à indiquer la division, la coupure faite dans le mot.
La ligne linie, justifiée, on passe à la seconde. On pourrait composer les mots suivants — en recommençant parla gauche, bien entendu, — en appuyant simplement les lettres de cette nouvelle ligne sur celles de la précédente. Mais quand on agit ainsi, les lignes sont trop serrées sur la page imprimée; leur aspccl est désagréable, elles sont difficiles à lire : il vaut mieux qu'elles soient écartées davantage. Pour produ ire cet écartement, avant de commencer la seconde li le typographe pose dans son composteur une petite plaque de métal, mime, en ferme de rectangle, n'ayant pas asseï de hauteur pour marquer sur le papier, et qu'où a coupée bien exactement de longueur à la justification des lignes : i ce que l'on nomme une interligne. Appuyant donc ses lettres sur cette plaque, qui joint dans toute la longueur contre la première ligne, il compose la seconde; et par suite ces lignes seront séparées d'une quantité égale à l'épaisseur de l'interligne. Les lignes, sur la page Iropri-
mec, seront plus écartées, il y aura plus de blanc entre elles. Notre compositeur donc, ayant posé son interligne, est en
train de former sa seconde ligne. Il arrive au dernier mot : un point, alinéa. — Mais la ligne n'est pas finie : pour que les lettres tiennent, il faut la remplir. Pour cela le typographe, achève de justifier sa ligne en rangeant, non plus des lettres, mais ce qu'il appelle des cadrats, c'est-à-dire de petites pièces de mêlai ayant moindre hauteur que les lettres, n'ayant pas d'œil, semblables à des es/wees, mais beaucoup plus larges : chacun remplit la place de plusieurs lettres. Le compositeur les prend dans un des cassetins de son bas de casse, les met en place : en un instant le vide est comblé. S'il lui faut remplir un blanc moins large, il se sert de pièces toutes semblables, mais de moindre dimension, qu'il désigne par les mots diminutifs de cadratins et dedemi-cadralins.
La seconde ligne remplie, justifiée, le compositeur, après avoir placé une nouvelle interligne, passera à la troisième : inutile de suivre plus loin son travail, nous avons compris. — Je vous ferai seulement observer une chose encore, pour finir. Quand on commence un alinéa, la première lettre, qui est naturellement une capitale, n'est pas posée tout au commencement, ou, comme on dit, fi» tête de la ligne ; elle csl reculée un peu, renfoncée, disenl les typographes. Pour annoncer qu'on va à /'/ ligne — en latin a lineâ, — on ménage avanl la lettre un petit espace blanc. Ainsi, en commençant mi travail, notre typographe n'a pas mis sa première lettre, son L, tout au fond de l'angle du composteur; il y a mis auparavant un cadratiri, qui garde la place du blanc, et renfonce la lettre. 11 ferait de même à un second alinéa.
Nos lignes sont achevées; elles tiennent dans le composteur, dont elles remplissent à peu près la capacité. Mais vous êtes pressé de voir quel effet produiront ces lignes imprimées. Que le compositeur donc y mette encore un peu de complaisance... Voici; sans retirer ces lignes du composteur,
à l'aide d'un rouleau, il noircit l'œil de ses lettres; pui- il prend une petite bande de papier, la pose sur le caractère noirei, la presse légèrement de la main... Les caractères s'impriment à l'envers, tels qu'ils sont sur le papier. Mais maintenant, si nous décollons la bande afin de la lire, pour mettre sous nos yeux la surface imprimée il va falloir, nécessairement, retourner le papier... et alors les lettres et les lignes, retournées par là même, prendront la direction ordinaire de l'écriture, comme vous le voyez ici :
La nuit est claire. Au ciel noir et profond mille étoiles scintillent.
Lorsque son composteur est rempli, le typographe, saisissant ce petit paquet de caractères, l'enlève en le serrant entre les trois premiers doigts de chaque main, puis le porte sur une planchette munie de rebords comme le composteur, mais plus vaste, et qu'on nomme une gai ée. Puis il recommence à
former, sur son composteur devenu vide , un nouveau groupe de lignes, (jifil enlèvera de gam'e même el posera sur la
galée, à la suite «les premières. Commuant ainsi, il arrive à faire une asseï longue colonne de composition, pareille à la colonne de texte étroite et longue d'un journal. Mais observe/, bien : jusqu'ici tous ces caractères assemblés sont simplement plantés debout les uns près des autres, serrés, pressés, appuyés les uns suites autres, mais non pas collés ni attachés; en sorte que le moindre accident, un choc, un mouvement brusque el maladroit les ferait tomber en pâte, comme dit l'ouvi iei ,c'e -t à-dire qu'elles s'écrouleraient en désordre, en un las informe où toutes les lettres seraient mêlées : — un chaos indéchiffrable.
un affreux gâchis! Aussi le typographe ne craint-il rien tant que de faire de la pâte... Pensez : tout son travail perdu; et le temps qu'il faudrait passer a reprendre une à une toutes ces lettres, pour les remettre dans leurs cassetins! Pour éviter ce malheur, quand il a réuni un assez grand nombre de lignes sur sa galée, le compositeur lie fortement ce paquet en passant une ficelle tout autour. Puis il fait glisser adroitement le paquet de la galée sur une feuille de carton, et le dépose avec précaution sous son rang, sur une planche.
Mais pensez-vous donc qu'on puisse aligner ainsi des centaines et des milliers de petites lettres, sans qu'une fois ou l'autre il se produise quelque erreur, quelque petit accident? Ainsi ne peut-il arriver qu'en un instant de distraction la main du compositeur se trompe de compartiment, et qu'il prenne une lettre pour une autre? Ne peut-il se faire aussi que, dans le cassetin destiné à une lettre, il se soit mêlé, par accident, quelques lettres d'une autre espèce? Quelquefois la lettre prise dans la casse a été mal placée sur le composteur, ou bien le compositeur a mal lu un mot de sa copie; erreur souvent bien pardonnable ! Vous seriez peut-être tentés de croire que les auteurs, les hommes qui font leur métier d'écrire, sont naturellement ceux qui écrivent le mieux... Eh bien, pas du tout! Au contraire. J'en sais, des auteurs, et des meilleurs, des plus célèbres, dont les manuscrits sont griffonnés d'une abominable manière, biffés, raturés... Le pauvre compositeur se débrouille comme il peut; quand il ne peut pas lire, il devine... et parfois il devine tout de travers! — Quoi qu'il en soit, les pages composées contiennent toujours des fautes, plus ou moins; ces fautes, il faut les corriger : et, tout d'abord, il faut les découvrir, n'est-ce pas? — Pour cela on imprime les paquets composés, mais sans grande précaution, et d'une manière toute provisoire. L'ouvrier prend un certain nombre de ces paquets liés, huit par exemple; il les porte à une presse.
Je vous décrirai bientôt en détail cet appareil; mais ce que je vous ai dit des presses anciennes, en vous parlant des inventeurs de l'imprimerie, vous suffira parfaitement pour comprendre ce qui va se faire. L'ouvrier range donc en ordre ses paquets sur cette espèce de table que forme la presse; il met de l'encre aux caractères à l'aide du rouleau, ainsi que je vous l'ai expliqué déjà : il étend dessus une feuille de papier lé rement humide, puis il l'ait descendre doucement le plateau de la presse, à l'aide de la vis. Le papier est pressé contre les lettres encrées; il n'y a plusqu'à relever le plateau, détacher el enlever la feuille. Voyez : voici déjà des lignes imprimées, des espèces de colonnes semblables à des colonnes de journal. Seulement, en y regardant de près, vous vous apercevriez qu'elles ne sont pas parfaitement imprimées ; les lettres ne sont pas marquées aussi nettement qu'elles doivent l'être dans un livre. Et puis remarquez que toutes ces pages qui se suivent sont imprimées dun seul côlé de la feuille. Mais peu importe, on peut lire, c'est tout ce qu'il faut. La feuille ainsi imprimée pour essai est ce qu'on appelle une épreuve.
Sur l'épreuve, toutes les fautes que le compositeur a pu faire apparaissent... On la passera d'abord au correcteur de l'imprimerie, afin qu'il la corrige, c'est-à-dire qu'il marque à la marge les fautes qu'il aperçoit; puis une autre épreuve sera envoyée à l'auteur du livre, qui lui aussi marquera ses corrections; et s'il lui convient de changer quelques mots, de faire ajouter ou retrancher quelque chose à ce qu'il avait écrit d'abord, il profitera de l'occasion pour indiquer ces changements. Mais avant que l'épreuve soit corrigée, jetons-y un coup d'œil, pour notre distraction. Car il faut voua dire que [es fautes typographiques Pont un effet très bizarre. Vous n'imaginez pas les quiproquos étonnants que peut faire naître, par exemple, une lettre mise pour une autre! — Cela s'appelle, en termes d'imprimerie, une coquille : je ne sais d'où vient ce mot. Une bonne coquille, c'est-à-dire une lettre changée for-
1™ Épreuve, 15 janvier 188i.
! Les plus petits, les plus léaers, les plus 4/
2 mignons de tous les oiseAux, ce sont les co- &/
3 libris, aussi appelés oiseaux-mouches, ils *JJ A ne sont pa/ en effet, beaucoup plus gros que 4/
5 de gre bourdons... Rien n'est plus joli que &/
6 ce petit bijoujl d'oiseau : ses ailes, tout son //
7 corps drille des plus vives couleurs. Il va, i?'
8 vient, voltige, léger comme Un papillon; ses (///
9 ail/s font entendre un petit bourdonne- &/
10 ment joyeux/S'il passe dans un rayon de so- •/
11 leil/son plumage étincelle comme/le rubis; /) f crJ
12 s'il se */ pose sur les fleurs,Vle prendrait *^T/ofU
13 lui-même pour une fleurljLe colibri se fait ff"
14 un nid, unjoli nid , suspendu à un J
15 léger ra/meau, ou même à une feuille pen- O/
16 d^te. / //*/
17 7/^e n^ ressemble à une coquille de noix jl
18 creusée; il (TTa branche\est h<D à l'aide c ^y
19 de mousses à l'extérieur, et à l'intérieur) ^Z — ^ I
20 (de fibres délicates entrelacées, tapissé .
21 de d\i\etsjmôëîïeiix/o\i de la bourre soyeuse /
22 des cotonniers. (Récits d'histoire naturelle/ y
mant un sens bien ridicule, est une chose dont on s'amuse beaucoup dans une imprimerie.
Je veux maintenant vous apprendre à vous-mêmes à corriger les épreuves... Qui sait? peut-être serez-vous auteur, un jour! — ou bien typographe. Mais, sans être ni l'un ni l'autre, il arrive très souvent qu'on a quelques pages à faire imprimer : un rapport, une circulaire. Vous avez donné votre texte à l'imprimerie; on vous envoie une épreuve à corriger. Il faut savoir trouver les fautes, indiquer les corrections. — Pour votre apprentissage donc, voici une petite page de texte qui vous représente une épreuve, telle qu'on l'envoie à l'auteur, et que nous allons corriger ensemble. — Dans cette page on a réuni exprès, non pas toutes les fautes possibles, mais celles qui se rencontrent le plus ordinairement.
Dès la première ligne (1. 1) une faute : une lettre pour une autre, ce qu'on appelle une coquille; un z à la place d'un g. Pour indiquer la correction, nous barrons la lettre qui doit être changée; puis, en face, à la marge, nous écrivons un g : près de ce g une petite barre qui sert de signe de renvoi, et montre que c'est à la place de la lettre barrée dans la ligne que ce g devra être mis. A la seconde ligne (1. '2). dans le mot oiseaux, ce n'est plus une coquille : c'est bien un a qu'il faut, mais un a bas de casse, et non pas un k capital. Nous barrons cet A, et nous écrivons un petit a à la marge — toujours arec la barre de renvoi. Plus loin (1. 3) c'est tout le contraire : il faut un I majuscule à la place du petit i; nous écrivons en marge un grand I que nous soulignons trois fois. Trois petites barres ainsi tracées sous une lettre, cela signifie grande capitale; deux barres indiqueraient une petite capitale ; une seule, uni' lettre italique. Ailleurs, c'est une retire abîmée (1. -U qui marque mal, et qu'il faut changer; ou bien (1. ">) une lettre oubliée dans un mot, qu'il faut introduire : on fait alors à la barre de renvoi un petit crochet, en forme de coin : cela veut dire : énarlrz les caractères pour faire une place, puis
insérez, introduisez, la leltrc qui manque. D'autres fois, tout au contraire, comme à la ligne suivante (1. 6), c'est une lettre de trop, qu'il faut enlever. Pour dire d'enlever, de faire disparaître quelque chose, une lettre, un mot, une ligne même s'il le faut, il y a un signe particulier, formé d'un d et d'un r, dr, abrégé du mot deleatur, qui signifie, en latin, à bler. En latin? Pourquoi cela? C'est qu'à l'époque où l'imprimerie fut inventée, vous en avez souvenir, les hommes qui s'occupaient de cet art étaient tous des savants et des hommes instruits, qui parlaient volontiers latin, et prenaient leurs notes en latin... L'usage de ce mot a été conservé. — Une ligne contournée en figure de 3 est le signe convenu pour indiquer qu'il faut retourner une lettre, le b du mot briller par exemple (1. 7), qui a été mis, par inadvertance, la tête en bas... Un autre signe, une ligne tortueuse en forme d'c/3 couché, serpentant entre les lettres, s'emploie pour marquer qu'il faut échanger, remettre en l'ordre convenable deux lettres qui avaient été transposées par erreur et se suivaient en ordre inverse, défigurant le mot papillon (1. 8). Ce même signe est répété à la marge, afin qu'en l'apercevant au bout de la ligne, l'œil se reporte à l'endroit où la faute existe, A la ligne suivante, une faute d'accent (1. 9); à la marge on marque qu'un e doit remplacer l'é avec accent mis par mégarde. — Voici maintenant des fautes de ponctuation : à la fin d'une phrase (1. 10) une virgule; nous l'avons barrée, et à la marge nous marquons un point, qui doit la remplacer : barre de renvoi, toujours. De môme (1. 11), il faut une virgule après le mot soleil; je l'écris en marge au bout de la ligne, avec le petit trait branchu qui signifie introduire. Plus loin, au contraire, il y a un point-virgule là où il ne faut rien : deleatur, en marge — ôtez-moi cela. Mais cette fois il y a deux fautes dans la ligne; deux corrections en face, à la marge : ne pourrait-on pas confondre? Pour bien préciser auquel des deux endroits se rapporte chaque correction,
il me suffira de faire, pour la première faute, un petit trait en travers de la barre; pour la seconde faute, la barre aura deux petits traits; on en ferait trois s'il y avait une troisième faute dans la même ligne. Un mot répété deux fois (se se. 1. 42) est ce qu'on nomme un doublon; deleatur pour l'un des deux. Un bourdon, tout au contraire, en termes d'imprimerie, c'est un mot omis, sauté... (même ligne) : naturellement il suffira d'écrire le mot oublié à la marge, avec le signe qui signifie introduire. Ici remarquez le renvoi doublement barré : c'est la seconde faute de la ligne.
Or, patience! le métier de correcteur est un métier de patience. Continuons : ici (1. 13), il convient de faire un alinéa. A l'aide d'un signe en forme de crochet dont les deux branches sont tournées vers la droite, nous faisons savoir que les mots, à partir de ce signe, doivent être renvoyés à la ligne suivante, le reste de celle-ci demeurant en blanc. Tout au contraire, un peu plus loin (1. 17), le compositeur a fait un alinéa là où il ne devait pas y en avoir; les mots doivent suivre sur la même ligne. Nous indiquons ceci par un crochet semblable à celui dont nous nous sommes servis tout à l'heure, mais tourné en sens contraire, les branches ven la gauche; cela signifie : pas d'alinéa. Ces signes se répètent, comme tous les autres, à la marge. — Voici des lignes mal espacées; à l'une (1. 14), deux mots ont été réunis en un seul ; il faut mettre entre eux un intervalle blanc. C'est ce qu'on indique à la marge par une sorte de diète #, qui veut dire : «pacez. A l'autre ligne, au contraire (1. 15), voici un mot coup.'' à la moitié par un intervalle; il faut faire disparaître cet espace et rapprocher les deux parties du mot; cela s'écrit en marge par un signe en forme de parenthèses coin lires 3 qui dit : rapprochez. Des barres de renvoi marquent les endroits où ces corrections doivent être faites. — Voyez un peu plus loin (1. 16) une lettre qui marque trop gros, comme écrasée; c'est que cette lettre lève; elle dépasse le niveau
des autres lettres : il faut renfoncer. Tout près de là vous voyez une tache au milieu de retendue blanche . c'est une espace, une pièce qui lève aussi. Elle devrait être plus basse que les lettres, afin de ne pas marquer; elle n'a pas été bien mise en place, sa surface arrive au niveau des lettres, elle marque sur le papier : il faut l'enfoncer davantage. Gela s'indique par une sorte de petite croix x en marge, avec renvoi. — A la ligne suivante (1. 48), des mots ont été mal rangés : un long signe serpentant, semblable à celui que nous avions employé pour faire remettre en ordre deux lettres transposées, mais plus grand, renferme dans l'un de ses crochets le groupe des mots qui doit être reporté à la place de celui que l'autre crochet enveloppe, et réciproquement : c'est un échange à faire. — Souvent c'est l'ordre des lignes qui a été interverti; en sorte qu'une ligne, par exemple, vient avant celle qu'elle devrait suivre (1. 19 et 20). Un long signe serpentant, enveloppant les lignes à échanger dans ses deux crochets, marque comment il faut rétablir chaque ligne en sa place. — Enfin voici (1. 21) un mot que le compositeur a formé de lettres italiques; il n'y avait nulle raison pour cela : c'est une erreur. Pour indiquer que ce mot doit être rétabli en lettres ordinaires, il nous suffira de l'entourer complètement d'une ligne qui lui forme une sorte de cadre : un mot ainsi encadré doit être en caractère romain. — Tout au contraire, il est utile que les mots de la ligne suivante (1. 22), Récits d'histoire naturelle, soient composés en italiques, parce qu'ils ne font pas partie du texte lui-même; c'est un renvoi à un autre ouvrage, et il faut qu'il se distingue du reste. Or le compositeur les a faits de caractère romain; en soulignant simplement ces mots, je fais savoir qu'ils doivent être en caractère italique. — Ces signes doivent, comme toujours, se répéter en marge, avec barre de renvoi.
Voilà les corrections marquées par nous; il s'agit, pour le typographe, de les exécuter. L'épreuve a été renvoyée à l'im-
primerie, remise au metteur en pages. Celui-ci reprend sa page composée, la pose de nouveau sur sa galée ; pour pouvoir facilement enlever ou introduire des caractères, il desserre un peu ou môme enlève complètement la ficelle qui lie la page en paquet. Puis, regardant les signes marqués sur l'épreuve, il commence à effectuer les changements indiqués. S'agit-il de changer une lettre, ou un signe de ponctuation: rien de plus simple. Soit, par exemple, la correction de la ligne première, un z à remplacer par un g. Avec une petite pince de fer nommée bruxelles ou pressclle.s, l'ouvrier saisit délicatement, par le haut, la lettre z, l'enlève verticalement, puis, prenant un g dans la casse, le glisse dans le vide de la lettre enlevée, et l'enfonce jusqu'au niveau des autres par la pression du doigt. Il agirait semblablemcnt pour remplacer une lettre brisée (1. 3), une virgule ou un point (1. 10); pour retourner une lettre mise la tête en bas (1. 7), échanger des lettres transposées (1. 8), etc., etc. De même il enlèvera une lettre ou un signe de ponctuation; ou bien au contraire, écartant avec la pointe de ses bruxelles deux caractères qui se touchent, pour faire entre eux une place, il y introduira soit une lettre oubliée (1. 5), soit une espace pour séparer deux mots(l. 14). Il pourra de môme encore enlever ou introduire, ou changer, lettre à lettre, un mot entier, plusieurs mots.
Mais ici faisons une observation. Si la lettre, le signe, le mot enlevés sont remplacés par une lettre, un signe, un mot tenant exactement la môme place, la ligne composée a'esl aucunement changée dans sa longueur; mais si on 64e, sans le remplacer, un caractère, un mot; ou au contraire, si on en ajoute un; ou bien encore si la lettre, le mot qui remplacent ce qu'on a ôté n'ont pas juste la môme dimension, la ligne n'a plus sa longueur exacte ; elle est plus longue ou plus courte : il faut la justifier de nouveau. Si la différence est peu