‹ Histoire d'un livreChapitre 50 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ASSEMBLAGE ET BROCHAGE

Les feuilles imprimées, il s'agit de former le volume : tel est le but des opérations de la reliure.

Ici, plaçons une observation que nous n'avions pas encore faite. — Ouvrez votre livre à la page 17 ; au bas de cette page, vous verrez un petit chiffre, un 2 peu apparent. Au bas de la page 33, il y a de môme un 3; la page 49 est marquée d'un 4, la page 65 d'un 5. — Un volume étant composé de feuilles pliées en forme de cahiers et se suivant dans un certain ordre, il importe fort que cet ordre ne soil pas interverti, par accident, par erreur, lorsqu'on coud les feuill le relieur doit y faire grande attention. Pour rendre sa tâche plus facile, on lui a numéroté ses feuilles. Gela s'est fait par le tirage môme. Le metteur en pages a eu soin de mettre, au lias de la première page, sur la forme du côté de première de chaque feuille, le numéro de la feuille. Chaque feuille tirée < '-I donc marquée, au bas de la première page, celle qui i tera dessus Lorsqu'on pliera la feuille, de ce numéro d'ordre que les Imprimeurs appellent la signature, c'est-à-dire le signe, la marque. Par exception, un ne mei pas ordinairement de signature à la page du titre, vu qu'il n'es! pas besoin de cette précaution pour la faire reconnaître. -Quelquefois au lieu (le chiffres on se sert, pour signatures, des lettres de l'alphabet : </, f>. c, </, etc.

Les paquets, contenant chacun un certain nombre d'exemplaires de la même feuille, ont donc été portés à l'atelier de

reliure. L'ouvrier, consultant les signatures des feuilles, range tout d'abord ces Las suivant leurs numéros d'ordre, sur une longue table. Gela fait, il prend une feuille au premier tas, c'està-dire une feuille n° 1 ; faisant un pas, il prend une autre feuille au second tas, qui est marquée 2, et qu'il mettra sous l'autre. Ainsi de suite, avançant le long de la table, et prenant une feuille à ebaque tas, quand il est arrivé au bout, il se trouve avoir recueilli et mis en ordre de quoi faire un volume. Cette opération se nomme Yassemblage. — L'ouvrier dépose à part son petit paquet de feuilles assemblées, puis il recommence de la même manière, jusqu'à ce que tous les tas soient épuisés. Les petits paquets, contenant chacun la matière d'un volume, sont mis entre les mains des plieuses : ce sont des femmes, en effet, qui sont ordinairement chargées de cette tâche. Or la feuille doit être pliée de telle sorte que les pages se suivent dans l'ordre de leurs folios; et cette manière de plier varie, ainsi que nous l'avons expliqué, suivant le format. La plieuse, d'une main rapide, saisit la feuille; s'aidant d'un couteau de bois, plus grand que celui avec lequel on sépare les feuillets d'un livre neuf, elle plie le papier suivant la manière indiquée par le format, elle dresse le pli. Elle doit en outre faire attention que les plis passent juste au milieu des blancs laissés entre les pages. La feuille pliée forme un mince cahier. Les cahiers d'un même volume étant posés l'un sur l'autre dans leur ordre, il faut les coudre. Opération très simple : la couseuse entr'ouvre les cahiers, et piquant son aiguille dans le pli, elle passe des fils qui rattachent les cahiers les uns aux autres par le dos. Un feuillet blanc est alors posé sur le premier cahier et sous le dernier du livre : c'est la feuille de garde.

La couverture du livre a été imprimée à part, sur du papier de couleur, épais et fort. Cette couverture porte le titre du livre ; elle est assez ordinairement en tout semblable à la page de titre de l'intérieur. Le colleur prend un volume cousu; à

l'aide d'un pinceau il passe un peu de colle de pâte épaisse sur le dos des cahiers et sur le bord des feuilles de garde ; puis il applique la couverture imprimée. Cette façon expéditive d'attacher les feuilles d'un livre est ce qu'on appelle le brochage. On vend chez les libraires beaucoup de livres simplement brochés. La couverture, d'une jolie couleur, parfois ornée de vignettes élégantes, plaît à l'œil. Mais lorsque le livre a été lu plusieurs fois, si surtout on n'en a pas pris un soin extrême, la couverture se détache du dos du cahier, les fils se relâchent, il devient nécessaire de faire au livre une véritable et solide reliure.

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