RELIURE PROPREMENT DITE
Un livre relié, en môme temps qu'il est plus solide et plus durable, est du reste, plus élégant. Jetez un coup d'œil sur ce volume. Vous observez d'abord les deux feuilles de carton qui soutiennent et préservent le livre. Les surfaces extérieures de ces deux feuilles, les plats de la reliure, comme on dit, sont couverts d'une toile fine, de couleur, où sont imprimés, en creux et en relief, des ornements gaufrés. Tandis que les bords des feuilles d'une brochure sont inégaux, ceui du livre relié sont coupés nets, et forment une tranche lisse. Remarquez en passant que les tranches du haut el du l>as d<>> pages sont droites; celle du devant, au contraire, es! creuse, elle forme ce que l'on appelle la gouttière. A l'opposé, le dos arrondi du livre, également recouvert de toile gaufrée, porte des ornements et parfois un titre.
L'opération de la reliure est plus compliquée que celle du brochage. La première chose à Faire, c'est de comprimer, de tasser les feuilles pliées, de manière à diminuer l'épaisseur du livre, en le rendant plus <n\<'\ plus compact. Pour cela, l'ouvrier, pressant le paquet de, cahiers, et le tenant posé sur
une pierre bien dressée, le bat à coups mesurés d'un très lourd marteau de 1er. Sous ces chocs répétés, les cahiers s'amincissent. Souvent on remplace le battage au marteau par le passage à la presse-laminoir. Les cahiers, disposés entre deux feuilles de zinc, sont engagés entre les deux cylindres de cette mackine, toute semblable à la presse à satiner , représentée page 185, et agissant absolument de môme. Les feuilles ainsi aplaties sont souvent un peu courbées; pour les dresser on empile ces paquets, formant chacun un volume, sous une presse ordinaire en forme de pressoir : on fait alterner les volumes avec des planchettes de bois. Puis on serre. Au sortir de la presse, les volumes étant dressés, le relieur en prend un, l'engage et le serre entre les mâchoires d'une sorte d'étau de bois, semblable à la presse de l'établi d'un menuisier, le dos des cahiers dépassant un peu ; puis, avec une petite scie, il fait, entravers, trois, ou quatre, ou cinq rainures peu profondes, dont vous comprendrez bientôt l'utilité : cette opération est ce qu'on nomme le grecquage.
Pendant ce temps la couseuse a disposé son métier. Ce métier est très simple : une planchette pour poser les cahiers, deux montants, une traverse. De la planchette à la traverse sont tendues verticalement deux, trois ou quatre ficelles. Voyez agir l'ouvrière : déjà plusieurs cahiers ont été superposés et cousus par elle. Les ficelles, qui ont été disposées à des distances convenables, entrent dans les petites entailles que le grecquage a faites au dos de chaque cahier, s'y logent, pour ainsi dire. La couseuse pose un nouveau cahier sur les autres, engageant de même dans les entailles les ficelles tendues, ce qui maintient son cahier en place. L'entr'ouvrant alors de la main gauche, de la main droite elle passe l'aiguille. Elle met un fil dans le pli du papier, et lui fait faire un tour, pour l'arrêter autour de chaque ficelle. Arrivé à la dernière entaille, au haut ou au bas de la feuille, elle fait sortir son aiguille par le petit trou, pour la faire rentrer, par l'entaille correspondante,
dans le cahier qu'elle va poser ensuite. De la sorte, les feuilles sont toutes liées fermement entre elles et attachées aux ficelles mêmes. Le cousage terminé, on coupe les ficelles en laissant dépasser les bouts de quelques centimètres; ces