‹ Histoire d'un Parti. Les cinq sous l'EmpireChapitre 10 sur 13 · moi · texte numérisé non relu

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Nous avions pris la résolution de combattre à outrance les conventions passées entre l'État et les grandes compagnies de chemins de fer. Nous nous sommes partagé la besogne. Je devais engager la question au point de vue général; E. Picard devait entrer dans les détails, et OUivier, attaquer le monopole des compagnies au nom de la liberté.

Quelques instants avant l'ouverture de la discussion, M. de Momy m'a fait appeler au fauteuil : « On prétend, me dit-il, que vous voulez faire du scandale à propos du Grand-central. Est-ce vrai?

— Il nous sera bien difficile, répondis-je, de ne pas parler du Grand-central; mais si nous nous en prenons à l'opération, nous laisserons de côté les personnes.

— A la bonne heure, me dit notre président» car si vous et vos amis, vous vous livriez à des personnalités, je vous arrêterais aussitôt. Prévenez vos collègues ; je ne souffrirai jamais qu'un orateur dépasse les bornes d'une discussion courtoise. »

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Il y a eu beaucoup de députés qui ont pris part à cette désastreuse entreprise du Grandcentral, formé sous le patronage de M. de Morny lui-même. Les uns y ont gagné beaucoup d'argent; d'autres ont eu à subir de grosses pertes. Il est certain que si un débat s'engageait sur le Grand-central, la chambre deviendrait un véritable champ-clos et que le prestige du Président pourrait en souffrir.

Les recommandations de M. de Morny étaient du reste inutiles. OUivier a manifesté l'intention de citer l'exemple du Grand-central ; mais il n'insistera pas et ne mettra pas en jeu les questions de personnes.

Mon discours tout bourré de faits et de chiffres a produit une certaine impression sur la chambre. Il y a eu un mot qui a eu un grand succès ; j'ai appelé les grandes compagnies les six grands commandements industriels. Ce mot a frappé juste ; car le commissaire du gouvernement a fait tous ses efforts pour en détruire l'effet. Presque tous les orateurs l'ont répété : le mot restera.

Cette discussion a affermi notre situation. On reconnaît que nous sommes en état d'aborder les grandes questions d'affaires. La réputation d'hommes pratiques n'est pas à dédaigner dans une chambre où les faiseurs pullulent. Nous avons prouvé que nous connaissions toutes les finesses et toutes les roueries de nos financiers. On n'osera plus s'engager , aussi légèrement qu'on l'a fait jusqu'ici, dans les entreprises véreuses.

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18 moi 1859.

Le Corps législatif a achevé la discussion des projets de convention avec les chemins de fer.

Jérôme David a fait ses débuts. La façon dont il s'est posé ne manque pas d'une certaine originalité : c'est un homme d'opposition qui cherche à être un homme de gouvernement. La parole est nette, mais le débit est saccadé. Quant aux arguments, ils manquent généralement de suite et de solidité. Il était évident que l'orateur parlait de choses dont, la veille, il ignorait le premier mot. Les phrases étaient trop bien faites pour être improvisées. Le discours m'avait bien l'air d'avoir été appris par cœur.

C'est aux faits que j'ai révélés dans mon discours que Jérôme David s'est attaché. Il en a reconnu l'exactitude et il a signalé la justesse de mes critiques. Il a même reproché au gouvernement de n'avoir pas pris mes arguments suffisamment au sérieux.

L'ancien habitué du Palais-Royal s'est retrouvé dans la péroraison où il s'est plaint des obstacles que les intérêts matériels avaient cherché à élever contre la guerre d'Italie : « 11 a faUu, a-t-il dit, pour vaincre leur opposition, ce mouvement spontané des populations se pressant autour du souverain qui allait se mettre à la tête de son armée. »

Le rôle que veut prendre David est bien difficile à remplir : afficher un grand dévouement à l'Empire et dire de dures vérités aux hommes du gouvernement, c'est là un beau programme. Je ne crois pas Jérôme

David assez naïf pour se livrer longtemps à un donquichottisme politique qui ne peut le mener à rien.

23 mai 1859.

Le conflit entre la chambre et le Conseil d'Etat s'accentue. A propos d'une augmentation de 100,000 francs réclamée pour les haras et rejetée par le Conseil d'Etat, M. Jules Brame s'est écrié qu'il ne fallait pas pourtant laisser croire que le Corps législatif n'a d'autre rôle que celui d'un bureau d'enregistrement.

Cette fois, M. Baroche a relevé le gant : « M. Brame, a-t-il dit, veut donc que le Conseil d'Etat soit tenu d'admettre toujours les amendements qui sont proposés par les commissions? Le Conseil d'Etat respecte assurément les attributions et la dignité du Corps législatif; mais il a, lui aussi, sa dignité et son rôle constitutionnel dans l'élaboration des lois. Le Conseil d'État, pas plus que la chambre, ne saurait être, pour employer une expression du préopinant, un bureau d'enregistrement.»

Il est impossible que les choses en restent là!

M. de Morny a donné à la chambre communication d'une lettre qui lui a été adressée par le grand maître des cérémonies, M. de Cambacérès. Aux termes de cette lettre, les députés seront admis le 26 « auprès de Son Altesse impérialiB le prince impérial, au moment du départ de l'Impératrice-régente, pour aller se fixer au palais de Saint-Cloud. »

Beaucoup de nos collègues ont trouvé cette invitation insolite et maladroite. Elle tendrait à faire croire

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que l'Empereur court de grands dangers et qu'il est bon que les grands corps de l'Etat se mettent dès à présent en contact avec Théritier de la couronne.

Je ne vois, moi, dans cette démarche que l'effet de cette manie dont est possédée l'Impératrice de saisir toutes les occasions de se mettre en évidence, elle et son fils. Cela l'amuse de rappeler qu'elle est la Régente et que, si l'Empereur venait à disparaître, elle serait là pour pourvoir au salut du pays.

24 mai 1859.

Au moment où allait commencer la discussion du budget, M. Paul Dupont s'est approché de moi et m'a demandé si nous y prendrions part. Je lui ai répondu que nous avions épuisé les grandes questions politiques et financières dans la discussion relative à l'expédition d'Italie et aux conventions avec les chemins de fer, et que nous laisserions la place à la. petite opposition.

On commence à donner ce nom dans la chambre à un groupe de députés indépendants qui, sur des questions de détail, cherchent à organiser un centre de résistance contre l'omnipotence du Conseil d'État.

Nous n'avons pas eu à nous repentir de notre abstention. Les réflexions de M. d'Andelarre sur l'ensemble de là situation financière, les observations de M. J. Brame sur le nécessité de mettre un frein à l'arbitraire des préfets, la discussion sur le cadre de réserve, et la sortie de J. Brame contre le Conseil d'État, qui a repoussé un amendement signé par 220 membres, ont

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donné assez de tablature à M. Baroche pour que nous n'ayons pas eu besoin d'intervenir.

La petite opposition a admirablement fonctionné. Il n'y a que des éloges à lui adresser.

^ mai 1859.

Le Corps législatif vient de montrer les dents à propos d'un simple projet de loi d'intérêt local.

Le département dlndre-et-Loire avait appliqué les fonds destinés aux voies vicinales aux dépenses d'installation du Maréchal chargé du commandement militaire de l'Ouest.

Des députés dévoués, MM. de Beauverger et Çarteret, ont combattu ce projet. Il a été adopté, mais il y a eu 67 opposants.

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