‹ Histoire d'un Parti. Les cinq sous l'EmpireChapitre 2 sur 13 · PUÉ FA CE · texte numérisé non relu

PUÉ FA CE

considérait comme un outrage et comme un atl tat toute velléité d'indépendance.

Il y avait là des difficultés qui n'ont pas été s montées sans péril : les Cinq devaient agir sur W nion sans aller jusqu a l'agitation ; de plus, cou] il s'agissait de gagner peu à peu l'Empereur à 1 cause, ils devaient bien se garder de contester origines de son pouvoir.

En suivant invariablement et sans aucune dé tion cette ligne de conduite, les Cinq ont éveillé défiances des uns et recueilli la haine des auti Mais ils ont atteint leur but : ils ont réussi à f< sortir l'opinion publique de sa torpeur, et ils forcé l'Empire à faire abandon de la dictature q avait usurpée.

Il est bien difficile de parler des Cinq sans touc aux événements au milieu des(juels ils ont vé Leur action sans cela deviendrait inintelligible, trouvera donc, dans ces pages, des anecdotes certains hommes et sur certaines choses du sec( Empire. C est en quelque sorte la bordure des pe dessins que j'ai tracés au courant de la plume les faits et gestes de l'oppositicm.

Alfked Darimon.

Paris, le 20 mars J88o.

ANNÉE d857

it

15 janvier 1857.

Le parti démocratique qui s'est tenu jusqu'ici à ^1 l'écart dans les élections veut, à Toccasion du renou- Tellement du Corps législatif qui aura lieu cotte année, ^ y prendre une part active. Il prélude à la lutte, qu'il ^\ prétend soutenir contre les candidatures officielles, , par un débat sur une question juridique de la plus " Ibmte importance.

Depuis 1855, l'Administration a soulevé la prétention d'assimiler le bulletin de vote à Yécrit, tel qu'il 6rt défini dans^l'article 6 de la loi du 27 juillet 1849 ^ «or le colportage, et de soumettre à l'autorisation préalable la distribution du bulletin portant la simple désignation du nom du candidat.

Il s'agit de faire décider par la Cour de cassation si une pareille prétention est admissible. La question posée est celle-ci:

LES CINQ SOUS l'eMPIRE

« Un électeur peut-il le jour même d'une élection dii liibuer des bulletins de vote à ses co-électeurs sans Va torisation d'un préfet?

M. Duboy, avocat au Conseil d'État et à la Cour d^ cassation, a rédigé un long mémoire où il conclut e faveur de Taffirmative. « En résumé, dit le sava •jurisconsulte, l'élection, c'est la liberté de choisir, Or, cette liberté implique le droit de se concerter s\s^ le choix du candidat et de faire connaître son nom a électeurs. Sans ces conditions essentielles, il n'est p d'élection dans le vrai sens du mot. »

La consultation de M. Duboy a reçu les adhésio de M. Dufaure, ministre de l'intérieur au 27 juill< 1849; de M. Emile Leroux; de M. Sénart, de M.C mieux ; de M. Laboulie ; de M. Marie, ancien bâton! nier; de M. Gustave Laissac; de M. Victor Lefranc, de M. Jules Favre; de M. Liouvilie, bâtonnier d avocats à la Cour impériale de Paris ; de M. Théodor^j Bac; de M. Bethmont, ancien bâtonnier; de M. Lan drin ; de M. Paul Fabre, président du conseil de Tord des avocats à la Cour de cassation ; de M. A. Fre Ion ; de M. A. Leblond ; de M. Béchard, avocat a Conseil d'État ; de M. A. Valette ; de M. Jules Grévy|| de M. Boucherie-Safer ; de M. A. Plocque ; de M. Desmarest; de M. Berryer; de M. Laboulaye,professeu de législation comparée au Collège de France, et en: de M. Odilon Barrot, l'auteur et le préparateur de loi du 27 juillet 1849. Jamais, on peut le dire, mémoi d'avocat ne s'est présenté devant la Cour suprême avec un cortège de noms aussi imposants et par leu nombre et par leur poids.

LES CINQ SOUS l'eMPIRE

Dans une lettre que M. Odilon Barrot a adressée^ il y a quelques jours, aux journaux, il a fait toucher du doigt ce que la prétention de l'Administration présentait de monstrueux. Cette lettre d'un ancien ministre de Louis Bonaparte a été le point de départ d'une polémique à laquelle la Presse ne pouvait se dispenser de prendre part.

Proudhon avait un instant manifesté l'intention de 1 traiter la question dans les colonnes du journal. Ç'au- ^" rat été pour nous une bonne fortune. Mais, au dernier moment, je ne sais pour quels motifs, il s'est tout à-coup ravisé. C'est moi que Nefftzer a chargé de cette besogne délicate et difficile.

J'ai consacré au Mémoire de M. Duboy deux artides qui ont paru dans la Presse des 9 et 12 janvier 1857. Ce sont, à mon sens, les meilleurs articles qui soient jamais sortis de ma plume.

Dans le second article, j'ai présenté la question à un point de vue que M. Duboy et ses confrères du barreau avaient négligé. Ces messieurs s'étaient contentés de démontrer que les arrêts des cours et des tribunaux étaient en contradiction avec le texte de la loi électorale. Je suis allé plus loin ; j'ai prouvé que la loi électorale était la base de la Constitution de 1852, I et que, si les prétentions des juges du premier degré étaient admises, la Constitution de 1852 n'existerait plus. J'ai fait & ce propos un exposé de la Constitution de 1 852 qui a dû faire réflécliir plus d'un homme politique ; pour la première fois peut-être, on s'est aperçu du parti que peut en tirer une opposition qui consentirait à se renfermer dans les limites d'une stricte lé-

galité. Au reste, voici la conclusion de mon article :

Nous ne dirons pas seulement, avec M. Duboy et ses confrères, qu^il est impossible d^assimiler un bulletin de vote à un écrit, sans détruire la liberté des élections; nous dirons de plus qu'eux ; Tinterprélation qu'on veut donner de la loi sur le colportage et l'extension qu'on veat en faire à la distribution des bulletins de vote est contraire au droit public établi ; il faut ou bien y renoncer, ou bien déclarer que la Constitution de 1852 est modifiée en ce sens.

Les questions électorales ont pris, depuis l'établissement de l'Empire, une grande place dans les préoccupations de Topinion. On s'élève de plus en plus contre les moyens misérables dont le Gouvernement fait usage pour écarter les candidatures indépendantes. Aussi est-on certain d'arriver promptement à la popularité, en s'occupant de dévoiler et de combattre les manœuvres auxquelles l'Administration a recours pour entraver les élections. Je suis un des premiers qui aient osé rappeler le Gouvernement impérial au respect de sa propre Constitution. Aussi mon second article a-il été considéré comme un trait d'audace et m'at-il attiré la considération de tous les partis opposants.

Les hommes politiques qui se réunissent dans les salons de M°*° d' Agoult, à l'Avenue Sainte-Marie, m'ont vivement félicité, et m'ont fait compliment de la vigueur de mon argumentation.

16 février 1857.

J'ai reçu la semaine dernière l'invitation suivante :

Monsieur et Madame Millaud prient M. Darimon de vouloir bien se joindre à la réunion d'hommes de lettres et de journalistes qui leur

fera l'honneur de venir diner avec eux le dimanche 15 février, à six heores.

Je ne sais qui a suggéré à Millaud Tidée d'inviter Proudhon à sa fête littéraire. Proudhon s'est aussitôt mis en tête les idées les plus folles, si j'en juge par ce qu'il m'écrit :

Paris, 13 février.

Mon cher Darimon, je viens de recevoir une invitation très aimable de M. et Mn^^ Millaud pour leur soirée d*après-demain dimanche. Je présume que cette invitation m'a été faite à la suite d'une lecture plus ou moins complète de mon Manuel, ce qui prouverait que M. Millaud a pluà d'esprit que tous les spéculateurs de son temps ! . . .

Je suis trop peu vaillant pour accepter l'invitation de M. Millaud, et je vous prie d'expliquer, s'il y a lieu, par la maladie, à votre patron, mon absence.

Ne laissez pas croire que je fuis ceux que j'attaque : je compte sur votre amitié en cette circonstance.

Bonjoui',

P.-J. Proudhon.

J'ai communiqué cette lettre à NefFtzer. Il m'a paru bien contrarié. « Millaud, m'a-t-il dit, compte absolument sur Proudhon. Faites-lui savoir que notre patron prendrait son refus en mauvaise part. » J'ai insisté auprès de Proudhon ; je n'ai rien pu obtenir.

Soyez tranquille, m'a-t-il écrit, je répondrai à M. Millaud de façon à ce que mon excuse lui fasse encore plus de plaisir que mon acceptation. Réellement, je ne peux aller à sa soirée. Un rien m'ébranle le cerveau et me met .sur les dents. Je me couche à dix heures au plus tard, après une promenade silencieuse qui est devenue un de mes plaisirs favoris.

Millaud ne paraissait pas tenir à la présence de Proudhon aussi fort que le prétendait NefFtzer ; car il a accepté de bonne grâce les excuses de notre ami.

8 LES CINQ SOUS l' EMPIRE

La fameuse réunion d'hommes de lettres ôt de journalistes a été une véritable cohue. On avait dressé une grande tente dans le jardin de l'hôtel de la rue Saint-Georges, 51. Autour d'une table ovale sont venus s'asseoir une soixantaine d'écrivains appartenant à toutes les catégories, mais où la petite presse dominait. Ce n'a été ni gai ni triste ; c'a été banal.

Millaud avait, du reste, fait grandement les choses. Son dîner a été magnifique. On réussit toujoui's à ces choses-là ; il suffit d'avoir un bon cuisinier et d'y mettre le prix. Mais ce qui est le plus difficile, c'est de faire que soixante personnes, ayant de l'esprit, réunies autour d'une table bien servie, montrent de l'entrain et de la gaieté. On a mangé, on a bu, on a causé avec les voisins ; * je crois même qu'on a porté des toasts. Mais on aurait réuni soixante emballeurs que les choses se seraient passées de même.

4 avril 1857.

11 y a quelques mois, le prince Napoléon, qui tient Proudhon en grande estime, m'avait témoigné le désir de le voir et de causer avec lui.

J'avais transmis le désir du Prince à Proudhon, qui m'avait répondu avec sa brusquerie habituelle :

J'irai volontiers au Palais-Royal le jour et l'heure où le Prince m'y appellera. Pourquoi donc aurais-je peur de m'y compromettre? Je n'intrigue pas, moi, ni ne dissimule, il le sait bien. Donc, au premier mot qu'il en témoignera, répondez en conséquence. Il a un secrétaire à son service, qu'il me fasse écrire.

f LES CINQ SOUS l'eMPIRE

Les choses en étaient restées là. Mais, il y a huit jours, comme on causait devant le Prince des élections \, prochaines et de l'attitude que prendrait l'opposition, i quelqu'un a raconté qu'il avait vu Proudhon la veille, ; et que celui-ci avait émis l'avis que, si des candidats \ de l'opposition étaient nommés, ils devraient entrer au Corps législatif et se soumettre à la formalité du serment.

Le prince Napoléon, qui ignorait qu'en 1852, Prou- . dhon avait professé les mêmes opinions, s'est montré surpris et en même temps curieux de connaître ses motifs. Il a envoyé à l' ermite de la rue d'Enfer une . invitation à dîner pour le vendredi 3 avril.

Afin de mettre Proudhon tout à fait à l'aise, il a été ! décidé qu'on dérogerait complètement à l'étiquette. ; Les convives et le Prince lui-même doivent être tous \ en redingote. C'est ce qu'indique un petit trait à l'encre ' tracé par l'aide de camp de service, M. Ferri-Pisani, sous les lettres réglementaires : r. s. v. p.

Mais avec ce diable de Proudhon, si impressionnable et si fantasque, on ne peut jamais être sûr de rien. Aussi un des familiers du Palais-Royal m'a-t-il écrit pour insister :

Cher ami, nous dînons vendredi au Palais-Royal. Je l'ai déjà écrit à P. J. U ne m'a pas répondu, et je présume qu'il accepte Tinvitation. Tâchez, je vous prie, qu'il ne nous fasse pas faux bond. Donnez- lui rendez- vous chez vous et amenez-le vous-même.

J'ai donc écrit de mon côt4^|!^ftMttdhon que la rue des Vieux-Augustins que j'habite, étant dans le voisinage du Palais-Royal, il était naturel qu'il vint me prendre. Il est arrivé, en efiFet, vers six heures. Il

10 LES CINQ SOUS l'eMPIRE

était vêtu de sa grosse vareuse ; il avait son chapeau rond à larges bords ; le seul sacrifice de coquetterie qu'il eût consenti à faire, c'avait été de soigner le nœud de sa cravate, dont les deux bouts s'étalaient sous son col fort blanc et soigneusement rabattu.

Le Prince a fait à Proudhon un accueil respectueux qui paraît l'avoir vivement touché. Il n'est pas habitué à ce qu'on le traite avec tant de déférence, même parmi ses égaux. Les convives étaient, du reste, presque tous ses amis ou des personnes de lui connues depuis longtemps.

J'ai remarqué E. de Girardin, le docteur Yyan, Gervais(deCaen),bucoux, Charles Edmond, E. Texier, NefFtzer.

La question électorale n'a été abordée qu'après le dîner, et comme c'est celle qui a motivé la réunion, c'est à elle que je me suis plus particulièrement attaché.

L'opinioû exprimée par Proudhon a été très nette : il s'est prononcé pour le vote et pour la prestation du serment. Son argumentation se réduit à des terme» très simples :

« A son avis, le parti qui représente la Démocratie ne doit pas se renfermer dans Tabstention, parce qu'il se constituerait ainsi à l'état de secte, et qu'il ferait supposer par là que la France, que la masse du payai est fondamentalement hostile à la Révolution.

» La Démocratie commettrait une faute énorme, si elle se contentait d'une simple manifestation. A quoi bon le vote, si les candidats nommés doivent rester at la porte du Corps législatif? Quel résultat politiqua

LES CINQ SOUS l'eMPIRE 11

pourrait-il sortir de là ? Le parti dominant ne redoute rien tant que la contradiction. Ce serait lo servir à souhait que d'empêcher les députés élus de siéger sur les bancs de la Chambre. Il faut qu'ils y aillent et qu'ils prêtent serment. Le serment ne constitue pas, comme on le prétend, une mortification. En le prêtant, les députés opposants constitutionnaliseraient en quelque sorte leur opposition. C'est beaucoup pour un parti d'être dans la légalité et de cesser d'être une faction. »

E. Texier et Ducoux ont essayé de réfuter les arguments de Proudhon. Ducoux se souvient quïl a été le préfet de police du général Cavaignac, et il n'a pas encore pris son parti du coup d'Etat. Mais comme il s'arrêtait aux demi-mesures, il a été très facile de faire ressortir ses inconséquences. Il voulait borner le vote à une simple démonstration. Après qu'ils auraient été élus, les députés opposants se seraient présentés à la Chambre et auraient solennellement refusé le serment.

C'est M. de Girardin qui s'est chargé de réfuter les arguments de Ducoux. Il n'a pas eu de peine à démontrer ce qu'aurait de puéril une pareille manifestation.

< Le seul fait, a-t-il dit, de voter prouve qu'on reconnaît au Gouvernement un certain droit, ne fût-ce que celui de convoquer les électeurs. Du moment qu'on consent à participer aux élections en posant sa candidature, il n'y a aucune raison de refuser de se soumettre à toutes les formalités que la loi impose aux citoyens, en y comprenant même le serment. Vous consentez à payer l'impôt, et vous déniez au citoyen

12 LES QNQ SOUS l'eMPIRE

que vous avez élu la faculté de le voter. C'est la dernière des inconséquences. »

Pendant que M. de Girardin parlait, j'ai remarqué que Nefftzer inclinait à chaque instant la tête en signe d'assentiment, et qu'il murmurait entre ses dents : « C'est très juste ! très juste ! »

Peu à peu les dissidences ont disparu. A la fin de la soirée, presque tous sont tombés d'accord que l'abstention avait fait son temps, que le refus de serment était indéfendable et que l'opposition démocratique se devait à elle-même de ne plus rester étrangère à l'action politique.

Jusque-là la discussion avait conservé un caractère purement académique. Mais il était visible qu'on avait le désir d'arriver à une conclusion pratique.

— Il serait bien désirable, a dit le prince Napoléon, que (][uelqu'un se chargeât de résumer dans une brochure la discussion qui a eu lieu ce soir.

Proudhon a pris la parole :

— Si j'ai bien compris les intentions des personnes qui sont ici présentes, il s'agit de combattre l'abstention et de montrer les avantages qu'on peut retirer d'une opposition fondée sur la légalité.

— C'est tout à fait cela, a répliqué M. de Girardin.

— C'est même absolument urgent, a fait remarquer Nefftzer.

— Eh bien ! a repris Proudhon, je ne demande pas mieux que d'écrire sur ce sujet une brochure d'une trentaine de pages. Ce sera une distraction pour moi.

Comme il se faisait tard et qu'il demeure fort loin, notre ami a pris congé sur ces mots.

LES cin;^ sous l'empire 13

— Si Proudhon, a dit M. de Girardin, persiste dans son idée, sa brochure ne peut manquer de causer une grande impression non seulement sur les électeurs, imais encore sur TEmpereur. Se fera-t-elle cette brochure? J'ai bien peur que non. L'Empereur a dit un jour qu'il aimait à connaître les idées de M. Proudhon. Ses ministres n'ont pas la même curiosité, car ils se plaisent à jeter des bâtons dans les jambes d'un écrivain à qui ils devraient accorder une entière liberté. Proudhon est un grand contradicteur, ce n'est pas un agitateur.

La conversation a pris un autre cours.

Le prince Napoléon a paru enchanté de l'attitude de I Proudhon.

il mai 1857.

On commence à se préoccuper sérieusement des futures élections. Auront-elles lieu en juin ou en octobre? Voilà ce qu'on se-demandait ces jours-ci à l'Avenue Sainte-Marie. Je crois que les électeurs seront convoqués immédiatement après la clôture de la session. Avec le système des candidatures officielles, il faut que les élections se fassent précipitamment et en quelque sorte par surprise. Si on laissait aux électeurs trois mois pour se retourner et se reconnaître, les can- <iidats de l'administration deviendraient impossibles ; il n'en resterait plus rien.

On paraît attacher parmi nos amis une grande importance à l'attitude que prendra Proudhon. On m'a prié

de lui rappeler la promesse qu'il a faite de publier une brochure sur les élections.

Voici ce qu'il m'a répondu :

Paris, 20 mai 1857.

Mon cher Darimon, je vais m'occuper d'un écrit sur les élections.

Ma tête est au-dessous du médiocre; mais comme j'ai ralenti mooi impression, je pourrai, je crois, m'occuper de cette bluette, qui semble avoir son iiliportance.

J'aurai besoin auparavant de juger Tétat des esprits. Sont-ils dans] l'attente ou l'indifférence? En pareille affaire, vous savez que le points capital est de répondre à un vœu secret de l'opinion.

Du reste, nous sommes au 20 mai ; la chose ne brûle pas, et je serais] bien aise de voir un peu venir.

A vous de cœur,

P.-J. Proudhon.

Nefftzer à qui j'ai montré cette lettre est convaincu: que Proudhon ne fera rien : « Il est en train, m'a-t-il dit, de se laisser envahir par les partisans de Tabsten-j tion. »

Je ne sais pas où Nefftzer a pris ses renseignements;] mais je crois qu'il se trompe. Il n'y a pas plus de huit jours que Proudhon disait à Massol qu'il pourrait bieui publier quelque chose sur les élections.

29 mai 1857.

Le Moniteur publie un décret qui, aux termes dei l'article 40 de la Constitution, prononce la dissolutioit| du Corps législatif.

Un autre décret convoque les collèges électoraux'

LES CINQ SOUS l'eMPIRE 15-

pour le 21 juin prochain à TefiFet d'élire un député par circonscription.

n s'est formé, dans ces derniers jours, un semblant de comité qui se réunit chez M. Ernest Desmarest. Les membres qui le composent ont invité les journaux démocratiques à y envoyer un de leurs rédacteurs. Le Siècle, V Estafette, le Courrier de Paris, se sont fait représenter par leurs rédacteurs en chef. Je ne sais pas pourquoi Nefftzer à cru devoir décliner cet honneur. C'est moi qu'il a désigné pour représenter la Presse.

Mes instructions, qui sont du reste en parfait accord avec mes convictions, c'est que le parti démocratique doit prendre part au mouvement électoral, et que, s'il parvient à faire passer ses candidats, ceux-ci doivent entrer au Corps législatif et prêter le serment.

1er juin 1857.

Le Moniteur publie une circulaire de M. Billault, ministre de l'intérieur, aux préfets sur les élections. Elle est conçue en termes menaçants :

Ed face des candidatures hautement avouées, résolument soutenues, les candidatures contraires peuvent se produire... Certes, on peut dire que rélecteur et Téligible auront une entière liberté, l'un pour se produire, l'autre pour exprimer son choix et le proposer à ses concitoyens. Si cependant les ennemis de la paix publique croyaient trouver dans cette latitude l'occasion d'une protestation séditieuse contre nos institutions, s'ils tentaient d'en fdire un instrument de troubles et de scandale, vous connaissez vos devoirs, monsieur le préfet, et la justice saurait aussi sévèrement remplir les siens...

On voit que le gouvernement s'est ému des tentatives

16 LES CINQ SOLS l'eMPIRE

ébauchées par le parti démocratique pour prendre une part active aux élections.

On prétend qu'en même temps que M. Billault envoyait aux préfets cette circulaire ostensible, il leur adressait des instructions secrètes sur la manière dont ils doivent procéder pour faire triompher les candidats officiels. On m'a cité ces deux phrases qui paraissent résumer cette circulaire confidentielle :

Vous donnerez aux candidats de l'administration toutes les facilités officielles ou officieuses possibles.

Les fonctionnaires dépendant des divers ministères recevront de leurs supérieurs Tinvitation (ou Tordre) de seconder cette action ; ceux qui sont placés directement sous vos ordres vous doivent un concours actif et résolu.

Le document complet a été, à ce qu'on m'assure, apporté au Siècle. Havin l'aurait publié, s'il n'avait pas craint d'attirer sur son journal les foudres de l'Administration.

2 juin 1857.

J'ai fait une ou deux apparitions dans ce qu'on appelle le Comité. Il me paraît divisé en trois éléments bien distincts.

Il y a les vieux, ce que j'appellerai les anciens dignitaires de la République de 1848, qui se prévalent de la force d'inertie et qui veulent se renfermer dans une abstention dédaigneuse.

Il y a les partisans de l'élection ; ceux-là disent qu'il faut engager la lutte ; mais ils restent à moitié chemin. Ils veulent qu'on recommence la tactique suivie en 4852,

mais sur une plus large échelle : les candidats qui seront nommés refuseront le serment ; on en nommera d'autres à leur place, qui feront la même chose, et on procédera ainsi indéfiniment jusqu'à ce que tous les noms chers à la Démocratie aient été acclamés par les électeurs.

Le troisième élément, composé surtout des jeuyies et des nouveaux-venus dans la vie politique, haussent les c»paules, en entendant les anciens proposer des combinaisons aussi puériles. « Je conçois, me disait l'un ■d'eux, que de vieux serviteurs de la République refusent de prêter serment, même du bout des lèvres, à l'homme de Décembre. Mais pourquoi des hommes nouveaux, n'ayant point d'antécédents politiques, ne prêteraientils pas le serment imposé par la Constitution, sauf à combattre l'Empire sur son propre terrain en se servant des armes légales qu'il a lui-même mis entre nos mains ? »

Quoi qu'il en soit, on voit se dessiner très nettement deux partis : celui des sermentistes et celui des insermentistes. Ce sont là les noms sous lesquels on les a désignés tout d'abord.

Le comité Desmarest se compose d'anciens représentants comme MM. Bastide, Arnaud (de TAriège), Bûchez, Bethmont, Corbon, Degousée, etc., auxquels se sont joints des avocats et des écrivains, tels que Hérold, H. Duboy, Aristide Guilbert, Frédéric

orin, Vacherot, etc.

Les journaux sont représentés par : MM. Laurent-

hat, directeur de la Revue de Paris; Havin, direc-

du Siècle; Husson, rédacteur de ce journal; Félix

bmand, rédacteur en chef du Courrier de Paris ; ont, rédacteur en chef de V Estafette.

J'ai jugé du premier coup d'œil que la Presse n'a rien à faire dans cette réunion, composée d'éléments des plus disparates, mais où domine le vieux parti démocratique. Aussi mon intention est-elle de n'y faire que de courtes et rares apparitions. Je me renfermerai dans mon rôle de simple observateur.

J'ai remarqué que, d.ans tout ce monde-là, on a Proudhon dans une sainte horreur.

6 juin 1857.

La division entre les sernientistes et les non-sermen" tistes s'accentue de plus en plus. Le moment jest proche où la scission se produira. On ne s'entend plus dans le Comité Desmarest. Les vieux se sont emparés de toute l'influence et prétendent diriger les élections dans le sens de leurs rancunes et sans tenir compte -J du réveil de l'opinion.

Le Siècle paraît décidé à rompre avec le Comité. Il s'est prononcé pour le vote. La Presse ne pouvait pas 1 faire autrement que de le suivre. Nefftzer a fait la déclaration suivante :

En conseillant le vote, c'est uns œuvre patriotique que nous croyons accomplir dans la plus large acception du mot ; ce n'est pas une œuvre de parti. Nom ne présenterons pas de liste... Ce qui importe surtout à l'avenir de la France, c'est qu'aux prochaines élections, les citoyens ne désertent pas la vie publique et qu'ils émettent un vote consciencieux et réfléchi, c'est-à-dire libre.

Nous ne présenterons pas de liste.

En imprimant ces lignes, Nefftzer ne s'est-il pas un peu trop engagé? Ne peut-il survenir tel incident qui

LES CINQ SOUS l'eMPIRE 19

oblige la Presse sl appuyer plus particulièrement certaines candidatures ? Au point où les choses en sont arrivées, la Presse ne peut se renfermer ainsi dans la neutralité. Il faut qu'elle prenne parti.

7 juin 1857.

En consentant à remplir pour le compte de la Presse le simple rôle de rapporteur du mouvement électoral, je ne pouvais supposer qu'on songerait à faire de moi un candidat. C'est cependant ce qui m'est arrivé, à mon gi'and regret, je le jure.

Cet après-midi, vers une heure, je m'étais rendu, comme je le fais tous les jours, à la Presse pour porter an article sur le Traité d'économie politique de Villiaumé. J'ai trouvé dans le cabinet de NefiFtzer deux personnes qui avaient avec lui un entretien très animé. Je voulais me retirer par discrétion ; mais Nefftzer m'a retenu : « C'est vous, m'a-t-il dit, que nous attendions. »

J'ai reconnu M. Havm, directeur du Siècle que je n'avais pas vu depuis 1855 ; l'autre m'a été présenté comme étant M. de Benazé, ancien maire du premier arrondissement de Paris, un des administrateurs du Siècle,

J'avais eu à peine le temps de me reconnaître que ces messieurs m'ont déclaré qu'un comité s'était formé pour les élections de la Seine, et que j'avais été désigné comme candidat de la 7® circonscription de la Seine.

J'ai fait valoir une foule de considérations cour déclv-

20 LES CINQ SOUS l'eMPIRE

jier l'offre qui m'était faite. J'avais compté sur l'appui de Nefftzer pour résister, mais c'était, à ce qu'il m'a paru, une question vidée d'avance. NeffLzer a joint ses instances à celles de MM. Havin et de Benazé. Pour achever de m'ébranler, il a mis en avant cet argument irrésistible que, dans la situation actuelle de la Presse^ le choix qui était fait de ma personne pour une candidature à Paris, devait relever l'importance politique du journal. J'ai cherché à mettre en avant le nom de Proudhon ; on ne m'a même pas écouté : « Nous avons mieux que Proudhon, m'a répondu M. Havin. » Moitié de gré, moitié de force, j'ai cédé.

Après le départ de ces messieurs, j'ai essayé de tirer de Nefftzer des éclaircissements sur l'aventure dans laquelle on veut me jeter.|Nefftzer s'est renfermé dans son mutisme habituel. A toutes les objections que je lui ai faites, il a répondu par des éclats de son gros rire.

— Mais enfin, lui ai-je dit, quel est ce comité dont parle M. Havin ? Le seul comité qui existe à ma connaissance, c'est celui auprès duquel vous m'avez accrédité, et je vous jure que ce comité n'a jamais songé à m' offrir une candidature. Comme disciple de Proudhon, et comme ancien collaborateur de M. de Girardin, j'inspire, il m'a été donné d'en faire la remarque, le plus vif éloignement à la plupart de ses membres. Que signifie donc la démarche faite auprès de moi par le directeur du Siècle? Vous comprenez, mon cher Nefftzer, que maintenant que je suis engagé, j'ai le droit de savoir quel est le mot de l'énigme.

. — On vous donnera des explications plus tard, m'a

LES CINQ SOUS l'eMPIRE 2f

répliqué Nefftzer. Pour le moment, il s'agit de déjouer les combinaisons absurdes du Comité, et de chercher des candidats qui consentent à aller jusqu'au bout. Oa sait que vous vous êtes prononcé en ce sens ; il est donc tout naturel qu'on s'adresse à vous.

Je me suis rendu au Sièck dans l'espoir que M. Havin se montrerait plus expansif ; mais je n'ai pu tirer de lui que des récriminations contre les candidats du Comité.

Nefftzer est venu me rejoindre dans le cabinet du directeur du Siècle. Havin lui a dit qu'on cherchait uncandidat pour la troisième circonscription. Quelqu'un a mis en avant le nom d'Emile OUivier. On a fait quelques objections ; mais ce nom a été soutenu avec chaleur par un jeune avocat que j'ai rencontré à plusieurs séances du Comité, et qui, du premier coup, s'est rangé parmi les plus fougueux sermentistes . Il se nomme- Ernest Picard, et il fait partie du conseil d'administration du Siècle. Nefftzer a appuyé ce choix de son côté^ et il a été décidé que le nom d'Emile Ollivier serait inscrit sur la liste.

Comme le consentement d'Emile Ollivier est nécessaire, il a été convenu que demain M. Picard et moi, nous nous rendrions chez lui pour le lui demander.

8 juin 1857.

M. Ernest Picard et moi nous nous étions donné rendez-vous à la Presse pour aller de là chez Emile' i Ollivier. Nous ne l'avons point trouvé à son domicile,.

!2!2 LES CINQ SOUS l'eMPIRE

rue Saint-Guillaume. On nous a dit qu'il était chez son médecin, rue Saint-Arnaud.

Nous sommes arrivés juste au moment où il descendait l'escalier. M. Ernest Picard Fa arrêté brusquement sur l'un des paliers. « Nous sommes, lui a-t-il » dit, envoyés par MM. Havin et Nefftzer pour vous » offrir une place parmi les candidats de Paris. Voici » M. Darimon, rédacteur de la Presse^ qui a accepté » d'être porté dans la septième circonscription. On » vous offre la troisième. Il faut vous décider tout d(^ » suite. »

Les hésitations d'Emile Ollivier n'ont pas été longues. Au bout de cinq minutes, nous avons emporté son consentement.

Je ne connais Emile Ollivier que de vue pour ainsi dire. Mais j'ai été fort lié avec son père, M. Démosthènes Ollivier, de 1848 à 1851. Son frère Aristide a été mon collaboraleur au Peuple de 4850, C'est moi qui ai eu la malheureuse idée de conseiller à Aristide, après la chute de ce journal, d'aller à Montpellier prendre la direction du journal républicain de cette ville. Quand je lui ai donné ce conseil, j'étais loin de prévoir que cet infortuné jeune homme courait audevant d'un duel dans lequel il devait trouver la mort.

J'ai rencontré assez souvent Emile Ollivier cet hiver dans les salons de M""® d'Agoult. J'avais des préventions contre lui. On me l'a dépeint comme étant doué d'un amour-propre exagéré. M. Ernest Picard, qui paraît être un de ses amis, m'a dit que, depuis dix ans, Emile Ollivier lutte péniblement contre mille obstacles qui l'ont empêché de sp faire une carrière, et que

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ce qu'on appelle son amour-propre n'est rien autre chose que le sentiment d un homme de valeur à qui on refuse la situation qui lui est due.

— OUivier, a ajouté M. Ernest Picard, est un des plus puissants orateurs de notre temps. Au barreau, il a déjà obtenu de grands succès. Mais s'il entre au Corps législatif, vous pouvez être assuré qu'il produira un immense effet. C'est un homme à qui bien certainement est réservé un grand avenir.

Quand un homme est parvenu à donner à ce point confiance à ses amis, on peut dire qu'il sort de l'ordinaire. Je me suis pris tout de suite à avoir pour Emile Ollivier de l'estime et de la considération.

J'ai demandé, à M. Ernest Picard ce qui avait déterminé M. Havin à venir me proposer une candidature. J'avais deviné juste. Le fameux comité dont MM. Havin et de Benazé s'étaient donnés comme étant les organes n'existe pas, ou plutôt il ne se compose que de gens appartenant au journal le Siècle.

Voici ce qui s'était passé :

M. Havin avait consenti d'abord à figurer sur la liste du Comité ; mais à la condition qu'on lui donnerait la quatrième circonscription, où, disait-il, le Siècle comptait un grand nombre d'abonnés. Cette circonscription, ayant été réservée au général Cavaignac qui y avait été élu en 1852, on n'avait pu donner satisfaction à M. Havin. Diverses combinaisons avaient été tentées ; elles avaient toutes échoué. De là une grande irritation chez le directeur du Siècle.

A côté de ces questions de personnes, il y avait eu d'autres motifs de dissidence entre le Siècle et le co-

mité : le Comité voulait renouveler la manifestation qui avait été faite en 4852 par MM. Cavaignac, Carnot et Goudchaux; il ne consentait à patronner que des candidats prenant l'engagement de refuser le serment,, s'ils étaient élus ; le Siècle, au contraire, voulait que les. candidats élus entrassent à la Chambre et prêtassent \ le serment. Sur ce terrain, ilny avait pas de conci- iliation possible. Aussi la rupture avait-elle été violente et irrémédiable. C'est M. Havin qui a inventé lesnoms de sermentistes et de nonsermentistes.

Dans le but, disait-il, de montrer son désintéressement, en réalité, (M. Ernest Picard m'en a fait l'aveu), pour ne pas s'exposer à une lutte inégalecontre le général Cavaignac, M. Havin a renoncé à toute candidature, mais il a tenu à ce qu'il y eût deux listes distinctes, afin d'établir une séparation entre la politique du Siècle et celle du Comité. La substitution du nom d'Ollivier à^eelui de Garnier-Pagès et de mon nom à celui de Bastide est destinée à tracer la ligne dedémarcation.

Je vois que les rancunes de M. Havin tiennent une large place dans ces combinaisons que j'avais cru dictées par le sentiment de la vraie politique à suivre.

M. Ernest Picard m'a confessé qu'il était de longue date l'ami d'Emile Ollivier. Je m'en étais aperçu tout de suite.

J'ai omis de noter que dans la conférence qui a eulieu au Siècle pour arrêter la liste des candidats, Jourdan a mis en avant le nom de M. Prost, banquier, qui' fait en ce moment beaucoup de tapage avec les banques d'assurances dont il a couvert les départements..

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J'ai vu le moment où ce nom allait être accepté. J'aî objecté que M. Prost était bien plus un homme de finance qu'un homme politique, que j'avais étudié avec soin les institutions financières qu'il avait établies, qu'elles reposaient sur un principe vrai, mais que déjà le fondateur les avait faussées en se livrant à des opérations de Bourse. Mes observations ont suffi pour faire écarter la candidature de M. Prost. M. Prost est propriétaire du Courriel^ de Paris.

9 juin 1857.

M. Ernest Picard et moi, nous avons fait une tentative auprès du Comité pour arriver à une conciliation. Il s'agissait de faire agréer par ces messieurs le nom d'Ollivier et le mien.

Le comité était au grand complet. J'y ai remarqué le général Cavaignac, Bastide, Carnot et Goudchaux.

Comme j'étais présent, on n'a pas osé m'attaquer en face. On s'est contenté de dire à Picard :

— « Comment espérer de faire réussir vos candidats ? C'est à peine si les électeurs les connaissent. »

A quoi Picard a répliqué : « Vous les prendrez sous votre patronage. De cette façon, vous arriverez à les faire connaître. »

Il y avait un parti-pris trop évident. Nous avons dû nous retirer.

Il y aura donc deux listes. Celle du comité comprend par ordre de circonscriptions MM. Jean Reynaud, Bethmont, Cavaignac, Garnier-Pagès, Carnot, Goud-

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chaux, Bastide, Jules Simon, de Lasteyrie et Pelle tan.

Cette liste est acceptée et défendue par ÏEstafette et par le Courrier de Paris.

Le Siècle et la Presse porteront M. Ed. Laboulaye dans la première circonscription à la place de Jean Rejnaud ; ils remplaceront dans la quatrième circonscription Garnier-Pagès par Emile Ollivier, dans la septième J. Bastide par Darimon, Jules Simon par Vavin, et Pelletan par M. Reynau, ancien sous-préfet de Saint-Denis.

La lutte est donc devenue inévitable. J'en ai jugé ainsi dès le premier jour.

Il juin 1857.

Quand j'ai laissé mettre mon nom sur la liste du Siècle et de la Presse, je ne me doutais guère de ce qui m'attendait. Depuis deux jours, il s'est accumulé contre moi plus de méfiance et plus de haine que jo n'en ai recueilli dans ces dix dernières années. Mes meilleurs amis me battent froid ou bien s'éloignent de moi.

Je ne m'attendais pas à cela. J'en ai été profondément troublé, et j'ai écrit à Nefftzer peut lui déclarer que, n'ajantpas désiré d'être porté candidat, j'étais tout disposé à me retirer et que je le priais de vouloir bien rendre public mon désistement.

Nefftzer ne m'a pas répondu; mais ce matin, quand je l'ai vu à la Presse, il s'est moqué de mes scrupules.

LES CINQ SOUS l'EMPIRE 27

' «Si l'on vous attaque, m'a-t-il dit, nous vous défendrons. Au besoin, nous déclarerons que la candidature vous a été imposée et que vous ne l'avez acceptée que

* par dévouement. Les choses sont d'ailleurs trop avancées. Votre désistement ressemblerait à une trahison. » J'ai répliqué à Nefftzer que je le rendais respon-

. sable de tout ce qui arriverait. Il a ri de son gros rire alsacien et l'affaire en est restée là.

\ Ollivier a eu, à ce qu'il paraît, les mêmes préoccu-

' pations que moi. Il a essayé de revenir sur l'engagement qu'il avait pris. Nefftzer et Havin lui ont refusé de lui rendre sa parole.

M. Ernest Picard m'a appris qu'à cause du nom de M. Edouard Laboulaye, qui est inscrit sur notre liste, il était probable que le Journal des Débats nous accorderait son appui.

12 juin 1857.

Aux termes de la jurisprudence admise par la Cour de cassation, les bulletins de vote peuvent être distribués sans autorisation préalable, mais ils sont soumis à la formalité du dépôt au parquet.

Je me suis présenté aujourd'hui au parquet du tribunal de la Seine pour y faire le dépôt de mon bulletin de vote. On a exigé que je revêtisse ce bulletin de ma signature.

Le récépissé qui m'a été délivre par le commissaire de police délégué par le procureur impérial fait mention que l'écrit, intitulé : Alfred Dx^moiii (bulletin de vote) y

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est revêtu de la signature du candidat. » Cette pièce vise les dispositions de l'article 7 de la loi du 27 juillet 4849 et de Tarticle 40 de la loi du 40 juiUet 4852.

Voici la liste des candidats soutenus par le Siècle et adoptés par la Pi^esse et le Journal des Débats :

l" circonscription, MM. Laboulaye, membre de l'Institut et rédacteur du Journal des Débats,

2« — liethmont, ancien ministre.

3® — le général Cavaignac.

4e — Emile OUivier, avocat.

■5e — Carnet, ancien ministre.

6* — Goudchaux, ancien ministre.

7* — Darimon, rédacteur de la Presse,

8e — Va vin, ancien député.

9e — F. de Lasleyrie, ancien député.

10e — Reynau, ancien sous-préfet de St-Denis.

D'après le Constitutionnel^ les candidats officiels seraient :

Ire circonscription, MM. Guyard-Delalain.

Je — Devinck.

3e — Germain Thibaut.

4e — Varin.

5e — Monin-Japy.

6e — Perrot.

7e — Lanquetin.

8e — Fouché-Lepelieticr.

9e — Kœnigswarter.

10e — Véron.

J'ai VU le prince Napoléon aujourd'hui; il m'a semblé qu'il donnait son approbation à la politique du Siècle. 11 m'a vivement félicité de la détermination que j'ai prise de rompre avec les vieux partis. Suivant lui, il n'y a rien à faire avec ces encroûtés. C'est le terme dont il s'est servi.

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13 juin 1857.

L'article suivant du Siècle donne une idée de la polémique que soulèvent les deux listes :

Nous ne voulons pas prolonger de pénibles et inutiles débats. Quelques dernières paroles semblent cependant nécessaires.

V Estafette nous propose de soumettre à des arbitres le mérite de la liste qu'elle publie et de celle que nous avons présentée de concert avec le Journal des Débats et la Presse, Dans huit jours, le scrutin va s'ouvrir : c'est aux électeurs seuls à vider la question. Nous maintenons les candidatures qu'il nous a paru utile et politique de leur recommander.

Nous maintenons avec netteté et décision la liste que nous avons publiée avec la Presse et le Journal des Débats, et nous refusons résolument, ne fût-ce que comme une cause de division, les candidatures de MM. Jean Reynaud, Garnier-Pagès, J. Bastide, J. Simon et Pelletan.

Signé : L. Havin.

Les journaux officieux ne pouvaient manquer de signaler la scission qui s'est produite dans le parti démocratique. M. Henry Cauvain,dans \e Constitutionnel , s'exprime ainsi :

11 y a deux listes : la première pourrait être appelée la liste des purhlicisteSj à cause de M. Laboulaye, de M. Darimon et de M. Havin, qui, à l'exemple du héros antique, y brille par son absence. On nomme la seconde la liste des philosophes : MM. Jtan Reynaud, Jules Simon, Garnier-Pagès î quelle large place faite aux idéologues !

OUivier n'a pas encore pris son parti de la scission. Lui, homme de 1848, il lui répugne de se séparer des gens avec lesquels il a toujours marché d'accord et qu'il a considérés jusqu'ici comme ses amis. Le souvenir de la proscription dont son père a été l'objet au 2 Décembre et dont les effets durent encore, le pour-

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suit et le trouble. Il n'a pas vu, surtout du premier coup d'œil, où pouvait le mener l'acceptation d'une candidature dans les termes où elle se présente.

On me dit qu'il se propose de faire une démarche auprès de Garnier-Pagès, afin d'obtenir de celui-ci qu'il consente à s'occuper d'une fusion entre les deux listes. La tentative que nous avons faite, son ami Picard et moi, aurait dû l'éclairer sur l'inutilité d'une pareille démarche. Garnier-Pagès n'est pas libre d'accepter une pareille proposition et personne n'a donné mandat à Emile OUivier pour la tenter.

Il me semble qu'avant de se lancer dans cette voie, Ollivier aurait dû consulter les personnes qui patronnent sa candidature. M. Havin n'est pas content; Nefftzer grogne, et moi je ne sais plus que penser de cette incartade.

Je conviens que nous avons un peu serré le bouton à Ollivier ; mais depuis quatre jours, il a eu le temps de réfléchir et de prendre un parti. Le vin est tiré, il faut le boire.

14 juin 1857.

Le Siècle est mieux placé que la Presse pour soutenir ma candidature. L'appui de Nefftzer aurait Tair d'un acte de pure camaraderie.

C'est M. de Benazé qui s'est chargé de me recommander aux électeurs. Il a pour Bastide un mot bien dur : il dit que l'ancien ministre de 1848 est « moins populaire qu'il ne le fut autrefois. » M. de Benazé

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rappelle ramitié qui m'unit « à un des chefs les plus fameux de l'école socialiste, » et il déclare « que le » choix qui a été fait de ma personne a pour but de » donner aux travailleurs un gage que leurs intérêts » ne seront pas méconnus. »

M. Ernest Picard a pris Emile Ollivier sous son patronage. Il donne à cette candidature une signification toute particulière :

S'il est utile de préparer aux luttes do l'avenir des hommes jeunes et intelligents, s'il faut toujours se souvenir que la Démocratie est l'expression du progrès, la candidature de M. Emile Ollivier sera bien reçue et les électeurs de Paris voudront sanctionner un précédent qui répond à des vœux souvent exprimés.

Le Constitutionnel dit en parodiant le mot du poète : « Si M. E. Picard patronne M. Ollivier, qui, à son tour,, patronnera M. E. Picard? »

M. E. Picard n'a point, en effet, de notoriété politique, mais il fait partie d'un groupe de jeunes avocats actifs et ardents que le joug des anciens impatiente et fatigue. Ils brûlent de voler de leurs propres ailes. C'est pour ce groupe, qui a pris naissance à la conférence Mole, que l'article de M. E. Picard a été écrit. Je suis certain qu'il produira son effet. Il ne s'agit de rien moins que de donner un chef au parti des jeunes.

15 juin 1857.

On a sans doute reproché à Nefftzer de se montrer trop doux pour la liste du Comité, car il l'attaque aujourd'hui dans les termes les plus violents.

NeflFtzer proclame que la Presse, après avoir combattu le National, quand il était vivant, n'est pas d'humeur, aujourd'hui qu'il est mort, à en subir le fantôme. La liste du Comité lui paraît «une exhibition pure et simple.» Il termine son article en déclarant que ce n'est pas « pour passer une revue des revenants » que la Presse a conseillé le vote.

C'est là ce qu'on appelle « couper le câble. )> On ne peut pas mettre plus de crânerie à secouer le joug des a^iciens.

16 juin ISbl.

Le Constitutionnel a pris le bon moyen pour jeter le trouble dans l'esprit des électeurs : il a soulevé la question du serment. Il a demandé aux candidats de l'opposition et aux journaux qui les patronnent si dans le cas où ils seraient élus, ces candidats seraient décidés à jurer obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur.

Que le Courrier de Paris et Y Estafette se taisent, on le comprend; ils représentent les non-serment istes. Mais que le Siècle garde le silence et que la Presse neprenne la parole que pour répondre qu'elle ne répondra pas, j'avoue que cela me passe.

Les électeurs ont le droit d'être éclairés sur les intentions des candidats qui briguent leurs suffrages. La liste présentée par le Siècle et la Presse n'a plus de raison d'être si les candidats que ces journaux patronnent n'osent pas se prononcer sur la question du serment.

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Hâvin et Nefftzer doivent reconnaître maintenant la faute qu'ils ont commise en composant leur liste mipartie de sermentistes et de jwnsermentistes.

Il n'y a rien à répliquer à ce que dit Henry Cauvain dans le Constitutionnel de ce matin :

Si les candidats des deux listes ont Tintention, s'ils sont élus, de prêter le serment, cette déclaration n'a rien de pénible ni de difficile. Us la feront donc si telle est leur intention bien arrêtée. S'ils continuent à se taire, on en conclura qu'ils n'ambitionnent les sufH'ages des nlectears que pour se rendre dupes d'une comédie .et complices d'une démonstration indigne d'hommes sérieux. Les électeurs apprécieront.

Neflftzer assimilant l'opposition qu'il s'agit de fonder à l'opposition anglaise qui prend volontiers le nom (T opposition de laMeine^ dit qu'on veut établir une oppo^ sition de F Empereur. Le mot est 'très heureusement trouvé. Mais alors pourquoi refuser de s'expliquer sur cette question du serment?

17 juin 1857.

Dans le tourbillon où je suis entraîné depuis que j'ai accepté la candidature, j'ai négligé de voir Proudhon. J'étais persuadé qu'il était resté, au point de vue des élections, dans les sentiments qu'il nous avait exposés, il y a deux mois, au Palais-Royal, et que par conséquent il approuvait la ligne de conduite que j'avais suivie. MM. Haviii et Nefftzer me pressaient beaucoup d'obtenir de lui une lettre recommandant ma candidature.

Je répugnais beaucoup à ce patronage qui ne peut

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que m'amoindrir aux yeux de mes ële<;teurs et qui me mettra, vis-à-vis de Proudhon, dans une situation de dépendance gênante.

J'ai donc été fort surpris de recevoir, ce matin, la lettre suivante de Proudhon :

Paris, 16 juin 1857.

Mon cher Darimon, le bruit, le bruit court, dites-vous, qu'une lettre de moi, insérée dans les journaux, doit recommander votre candidature aux électeurs prolétaires de la 7« circonscription électorale, et vous vous demandez ce qu'il y a de vrai dans cet on-dit.

Vous recommander, mon cher ami, ce serait me recommander moimême, première raison pour que je m'abstienne de cette démarche.

Puis ce serait prendre parti entre la liste du Siècle et celle de V Estafette, et vous savez que j'ai horreur des divisions.

Enfin, le public pourrait croire que j'attache aux élections prochaines une importance et une signification qui sont loin de ma pensée, laquelle vous connaissez mieux (Jut) personne. La Démocratie ayant décidé de prendre part à la lutte électorale de 1857, la fraction socialiste à dû suivre, bon gré malgré, puisqu'elle n'a pas la majori-té dans les conseils. C'est pour cela que vous avez pris part aux délibérations du Comité et que vous vous trouvez aujourd'hui candidat.

Car la Démocratie rouge et modérée, c'est nous ; la Uberté, c'est nous ; la Bourgeoisie constitutionnelle elle-même, quoi qu'elle fasse et quoi qu'elle dise, c'est encore nous. Qu'y a-t-il là qui prête à rire aux journaux du gouvernement? Je les plains fort s'ils ne font eux-mêmes ni du Socialisme, ni de la Démocratie, ni de la Bourgeoisie libérale et constitutionnelle. Hs sont donc jésuites, s'ils sont hors de la Révolution?

Mais le Socialisme, en tant qu'expression complète de la Révolution, ne devait pas paraître dans la lutte, et c'est pour cela que je m^ suis pas moi-même candidat. Qui donc m'eût empêché de me porter dans les dix circonscriptions de la Seine, comme l'honorable M. Ber- TRON, le représentant du parti des humains ? Que le gouvernement de l'Empereur, dont le sang est quelque peu échauffé par sa dernière course quinquennale, ait besoin de ce rafraîchissement ; que les anciens partis tiennent aussi à prouver qu'As ne sont pas morts, je le coniprends à merveille. A mes yeux, la vie sociale n'est plus là; le cou^

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rant porte ailleurs, et le Socialisme dont la santé est parfaite, n'avait rien de mieux que de se laisser aller au fil de l'eau.

Les actes du suffrage universel sont les sacrements de la politique : 4îe ne sont pas tout à fait les nôtres. En 1848, l'établissement a reçu Je baptême; 1851 lui a donné l'absolution; 1854, la communion; 1857 va lui administrer la confirmation. Elle est toujours accompagnée d'un petit soufflet.

Dans cinq ans, si d'ici là malheur n'arrive, le gouvernement aura «ne maladie de croissance pour laquelle il devra recevoir l'extrême ^>nction, après quoi il devra déclarer définitivement s'il se fait moine ou s'il épouse, puisque l'un des deux exclut l'autre.

Dans toutes ces opérations, à quel titre le socialisme proprement dit pourrait-il intervenir ! II n'a pas la foi !.. .

Tout ce que je puis dire pour vous, cher ami, est de déclarer que vous avez été mon collaborateur au Peuple et à la Voix du Peuple; que vous avez travaillé avec conscience, fidélité et zèle; que vous n'avez pas fait fortune, et que je crois vous connaître assez pour répondre que si demain, par la permission du ministère, le Peuple ressuscitait, vous quitteriez sans hésiter les pâturages de M. Millaud pour les bruyères du citoyen Proudhon.

Par tous ces motifs, j'espère, mon cher ami, que vous partagerez avec M. Bastide, votre concurrent d'opposition, les suffrages civiques de la 70 circonscription, de laquelle fait partie votre tout dévoué et de sa personne toujours écloppé.

P. J. Proudhon.

Quoi qu'en dise Proudhon, au début de sa lettre, je ne lui ai point écrit et je ne l'ai point interrogé. Il a cédé sans doute aux sollicitations d'amis trop zélés qui ont cru me faire plaisir en l'invitant à donner son avis.

Après en avoir conféré avec MM. Ha vin et Nefftzer, j'ai pris le parti de garder la lettre de Proudhon en portefeuille. Ces messieurs y ont vu de la perfidie : « Il semble, a dit M. Havin, que Proudhon désire vous voir échouer. » M. Havin se trompe ; il ne connaît pas le caractère de Proudhon.

Quoi qu'il en soit, cette lettre va contre le but que

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Fauteur s'est proposée Bien loin d'être pour moi un titre de recommandation auprès des électeurs, elle les mènerait à voter contre moi ou tout au moins à s'abstenir.

Un ami de Proudhon , M. Bourges , négociant de la rue du Sentier, est venu cet après-midi à la Presse, Il paraissait avoir connaissance de la lettre et il m'a demandé ce que je comptais en faire.

«Rien, lui ai-je répondu; je ne fais pas de profession de foi, et je ne vois pas pourquoi Proudhon se chargerait d'en faire une à ma place.

— Cependant, m'a fait observer M. Bourges, Proudhon a écrit cette lettre pour qu'elle fût publiée.

— Il est libre, ai-je répliqué, de publier cette lettre, s'il le veut ; mais je ferai savoir que je ne la lui ai point demandée, et que je réprouve les doctrines abstentionnistes qu'elle renferme sous une forme à peine déguisée. »

M. Bourges est parti de fort mauvaise humeur. Je crois que le pauvre homme n'a pas compris un traître mot à la lettre-manifeste de Proudhon.

18 juin 1857.

La Presse sl publié aujourd'hui la profession de foi d'Ollivier en la faisant précéder des lignes suivantes :

Nous recevons la circulaire que M. Emile OUivier a adressée aux électeurs de la V circonscription. Nos lecteurs y trouveront les idées auxquelles la Presse s'est dévouée de tout temps. Quant à la portée des élections, rhonorable candidat l'apprécie comme nous -même. Ce

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n'est pas le passé, c'est le présent et l'avenir qu'il considère. «En présence d'une situation nouvelle, dit-il, il faut se transformer et non se répéter. » Ce mot heureux et juste qui s'adresse à tout le monde, résume la situation dont les amours-propres obstinés n'ont pas voulu se rendre compte. — A. Nepftzer.

On m'a beaucoup pressé de faire une profession de foi ; j'ai cru devoir m' abstenir d'en présenter une. Ces sortes de morceaux m'ont toujours paru aussi humiliants pour le candidat qui les rédige que pour les électeurs qui les exigent. A moins qu'il n'y ait lieu de se prononcer suV des questions précises, une profession de foi ne peut se composer que de phrases vagues et élastiques qui ne constituent pas un engagement sérieux. D'ailleurs, comment prévoir toutes les circonstances qui peuvent se présenter et toutes les solutions aux difficultés qui doivent surgir ? Pour qu'un programme eût le caractère d'un contrat entre le député et ses électeurs, il faudrait que les uns et les autres eussent le don de prophétie. Quelque précision qu'on donne à cette sorte de préface électorale, il y aura toujours quelqu'un qui trouvera que le député va en deçà ou au delà de ses promesses. Pour la dignité des uns et des autres, il vaudrait mieux qu'on y renonçât dans la plupart des cas, et qu'un homme, connu par ses antécédents ou par ses écrits, fût déchargé de cette obligation équivoque.

NefiFtzer a donné son acquiescement à mes raisons. « Est-ce que vous ne faites pas, m'a-t-il dit, votre profession de foi tous les jours dans la Presse? y>

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19 juin 1857.

C'est aujourd'hui la journée des circulaires. Circulaire d'Haussmann adressée aux électeurs de la Seine.

La question est nettement posée.

Voter pour les candidats désignés par le gouvernement, c'est ratifier leur conduite par nos suffrages, approuver ce qu'ils ont soutenu, faciliter l'exécution des grands projets de l'Empereur.

Voter au contraire pour les candidatures hostiles, c'est suivre dans une voie sans issue des hommes qui n'ont au fond aucune sympathie pour le peuple, qui, dans Vexercice du pouvoir, ont déjà donné des preuves de leur insuffisance et de leur faiblesse, et qui ne pourraient relever leur parti que sur les malheurs de la patrie.

Votre choix ne saurait être douteux.

Circulaire de Billault, dans laquelle on dit leur fait aux candidats de l'opposition :

La plupart des candidats que Ton a fait surgir professaient autrefois des idées républicaines ou socialistes; que veulent-ils donc? Présenter de nouveau la question de la République au suffrage universel, qui Ta trois fois solennellement condamnée. Cela n'est pas sérieux. Prêter le serment à TEmpire et se soumettre à la Constitution , remplir loyalement le mandat de député? Personne ne le croira. Dès lors que restet-il? Essayer de semer le trouble et l'agitation, d'embarrasser Taction de l'Empereur.

■r- Voilà qui va bien, m'a dit NefiFtzer. Du moment qu'on vous injurie, c'est qu'on a peur de vous. Je cbnimence à croire à votre succès. Mais comme Billault a l'air de mettre en doute votre loyauté, je crois qu'il est bon de répéter qu'il s'agit purement et simplement de constituer une opposition de V Empereur.

Le bon Nefftzer entend par là une opposition légale et constitutionnelle.

ik

LES CINQ SOUS l'eMPIRE S9

20 juin 1857.

On me signale une manœuvre qui ne peut réussir qu'avec la complicité de la police. On répand dans certains quartiers de la septième circonscription des bulletins de vote portant ce nom imprimé en gros caractères :

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