‹ Histoire d'un pauvre musicienChapitre 10 sur 11 · Épilogue · texte numérisé non relu

Épilogue

Alete, qui se tenait debout près de son mari, dans une profonde émotion, à l'aspect de la reine, s'est précipitée sur lui, en le voyant tomber, et l'a pris dans ses bras, en sanglottant et en' appelant au secours.

Grâce à l'assijstance de quelques personnes touchées de sa douleur, elle a réussi à le faire transporter à Thôtel des Alpes, où elle a eu Ja satisfaction de retrouver Mme Michaud.

Un médecin est venu qui a saigné Franz, constaté lune lésion dans la poitrine et prescrit un rigide régime.

Et Franz a eu la fièvre, le délire- Sans cesse dans l'effervescence de son cerveau, il appelle Alete et à lout instant il parle de la reine. Tantôt il croit la voir, dans le Hœllenthal, et lui chante d'une voix chevrotante sa romance allemande :

So viel St&rnen in Himmel.

Tantôt, elle lui apparaît, pâle, maigre, épuisée par la douleur. Alors, il bondit sur son lit, et s'écrie d'un ton lamentable: « Alete, ils vont la tuer, les monstres! Sauvons-la, sauvons-lal »

Mme Michaud est effrayée de ces transports, et n'ose plus loger personne dans les chambres voisines de celle qui est occupée par un si ardent royaliste.

Pendant de longues semaines, Franz a cruellement souffert, et jour et nuit Alete a veillé près de lui.

Dès qu'il se sent en état de se lever, il exprime le désir de retourner à Fribourg. « Je sais bien, ditil au médecin qui s'oppose à cette idée, je sais bien que je suis malade, très-malade peut-être. Mais c'est précisément pour cette raison que je tiens à m'en aller. Je ne veux pas mourir à Paris. Je veux, s'il plaît à Dieu, m'endormir à ma dernière heure au pied de la forêt Noire, et reposer dans le cimetière où sont mes parents. Puis, regardez ma pauvre femme. Elle a usé ce qu'elle avait de force à me soigner dans la lourde atmosphère de cette chambre. Elle ne se plaint pas. Elle ne se plaindra jamais. Mais il (ïst évident qu'elle s'affaiblit de plus en plus. A aucun prix, je ne puis me résoudre à la voir ainsi dépérir, et pour la raviver, il lui faut Pair natal.

Le médecin conjure Franz d'attendre encore quel-

que tétnps , et Alete s'adjoint vivement à cette prière.

Franz attend encore quelques jours, et ne peut pas plus.

Et les deux fidèles pèlerins, les voilà, après deux mois de halte , se remettant de nouveau en route.

En deux mois, quelle chute ! Ils avaient fait, dans la générosité de leurs cœurs, de si beaux projets! Gomme ils ont été déçus! Ils étaient si impatients d'arriver à Paris, et ils n'emportaient de Paris que le souvenir de rhorrible scène de la rue Saint-Honoré.

Ils n'ont même plus la consolation de cheminer librement Tun à côté dé l'autre à pied. Leur fai* blesse et la mauvaise saison leur imposent Tobligation de se mettre dans des voilures publiques, avec des compagnons qui souvent leur causent une dou-, loureuse impression . Ils sont forcés aussi de voyager à petites journées, et quelquefois ils stationnaient dan3 une auberge pour se reposer. Mais là, ils éprouvaient unplaisjr de cœur à se retrouver seuls, et à causer à leur aise, après une pénible contrainte.

Un soir, ils étaient à Châlons-sur-Marne, Tantique cité champenoise, la noble et heureuse ville, qui dans les frénésies de la révolution, a eu la gloire de ne pas répandre une goutte de sang, grâce

à la sagesse et à Ténergie de son maire » Ht. Moignon (1).

Ils venaient de souper et ils allaient se retirer dans leur chambre, quand, tout à coup, ils entendent résonner des claquements de fouets, et une voiture attelée de quatre chevaux de poste s'arrête à la porte de l'hôtel.

Un homme en descend avec trois gendarmes qui se serrent autour de lui, de peur qu'il ne leur échappe, et demandent pour lui, en toute hâte, un potage et un verre de vin.

Cet homme, c'est Schneider, le terrible Schneider de Strasbourg.

Elle tombait rapidement, la justice de Dieu, sur ceux qui avaient commis tant d'atrocités, au nom de ce qu'ils appelaient la justice humaine.

Naguères encore Schneider se promenait en Alsace •avec des bataillons révolutionnaires, percevant des amendes, ordonnant des conQscations, prononçant selon son bon plaisir des sentences d'emprisonnement, d'exil, de mort, mattre des biens et de la vie des citoyens, partout redouté, partout obéi.

Il se croyait bien affermi dans son pouvoir, et il touchait à sa fin. Un événement qui lui donnait un nouveau triomphe précipita sa ruine.

Pour effacer radicalement son caractère deprêtre,

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