XVI
Encore en prison.
Aglaé , qui a des amis puissants parmi les patriotes, obtient un arrêté du comité de salut public, en vertu duquel son mari doit être remis immédiatement en liberté .
En lui annonçant cette nouvelle, elle l'engage à partir aussitôt pour la Suisse, lui disant qu'elle ira le rejoindre à Genève par la route directe.
Le fait est que, malgré sa romanesque admiration pour Rousseau , la belle Aglaé n'avait nulle envie d'aller voir Clarens, ni la Meillerie. Elle aimait mieux rester à Paris, et, pour le moment , elle- n'était pas trop affligée d'y rester sans son mari.
« Je vous laisse ici sans regret, dit Sonino à t^ranz. Mais si votre femme est moins habile et moins bien protégée que la mienne, en t*evanche, vous n'êtes pas, que je sache aussi compromis que je rétais pour la lettre de mon petit despote ger^
manique. J'espère donc que vous ne resterez pas longtemps ici. Permettez-moi seulement de vous donner un conseil. Si quelqu'un vient vous voir, ou si Ton vous donne un compagnon, prenez garde à ce que vous direz dans vos entretiens. Si vous êtes seuly prenez garde à l'exclamation, à la parole qui peut s'échapper de vos lèvres. Les murs ont des oreilles. La République récompense généreusement ceux qui lui révèlent une infraction à ses lois, ou une pensée hostile à ses principes, et dernièrement un des patriotes de Strasbourg, un des membres de la propagande, le citoyen Dubois, s'est écrié en pleine séance «lu club des Jacobins : < H vaut mieux sacrifier un innocent que de manquer une dénonciation. »
« Je suis sur que notre geôlier, dans l'espoir de se faire un bénéfice de plus, par une bonne délation^ monte souvent son escalier à pas de loup, et s'en va à la porte des cachots écouter ce qui se dit. Souvent aussi, il y a, dans les prisons remplies de suspects, des hommes sur lesquels ne pèse aucun soupçon, qui , au contraire , sont les amis et les auxiliaires des plus purs sans-culottes. Us se mêlent avec les autres détenus et tâchent de se lier avec eux. Par leur air de franchise et de bonhomie, ils rassurent les plus malins; par la hardiesse de leurs propos, ils provoquent des confidences, et peu à peu parviennent à recueillir des aveux que
le juge ne réussirait pas à obtenir par ses interrogatoires.
« Il est triste, je l'avoue, d'être obligé d'employer de tels moyens pour découvrir la vérité. Mais que faire, mon cher, la République a tant d'ennemis! Vous la voyez attaquée au dedans et au dehors, non-seulement par les tyrans qu'elle épouvante, mais par les esclaves qu'elle affranchit. On méconi^att ses intentions; on outrage ses actes; on ne rend pas même justice à ses grands hommes. Il faut qu'elle se défende. Il faut qu'en dépit des traîtres, des ignorants,- des valets de la royauté, des fanatiques de l'Église, des nobles et des bourgeois, elle accomplisse son œuvre magnanime ; dût le monde entier lui résister , il faut qu'en dépit de l'humanité elle fasse la gloire et le bonheur de l'humanité.
a En vous disant cela, je ne prétends pas vous convertir. Vous êtes de ceux qui ne veulent point ouvrir les yeux à la lumière et les oreilles à la voix de la vérité. Mais, comme je m'intéresse à vous, il y a longtemps, vous le savez, je voudrais vous engager à ne pas aggraver votre situation par vos imprudences. Dernièrement, vous m'avez parlé de Schneider dans les termes les plus acerbes. Songez au pouvoir qu'il exerce, et tâchez de manifester à son égard d'autres sentiments. Tenez, voulez-vous que je vous laisse ses poésies? Quand vous enten-
drez venir notre gardien Stock, vous les prendrez entre vos mains, et quand il entrera, vous ferez semblant de les lire avec enthousiasme.
— Merci, répondit Franz. Je puis me taire, mais je ne puis mentir à ma conscience.
— Eh bien! adieu! Nous nous retrouverons peutêtre encore.
— Peut-être. »
Le jour même où Sonino partait pour Genève avec l'espoir d'y être rejoint par sa femme, Alete recevait la permission qu'elle désirait si ardemment, et courait en toute hâte la présenter à Stock.
« Hum! fit le gardien d'un ton revêche, ce n'est pas l'heure où Ton vient voir les prisonniers.
— Gomment? s'écria la jeune femme alarmée par ces paroles. Il n'y a point d'heure spécialement indiquée sur ce bulletin que je vous apporte.
— C'est possible. Mais croyez-vous que je doive être à la merci de tous ceux à qui il plaira d'entrer Ici tantôt le matin et tantôt le soir. Faut-il qu'à chaque instant, je me dérange pour ouvrir la porte à un tas de gens que je ne connais pas? Non. De midi à deux heures, voilà le règlement, et je m'en tiens là, d'autant que la plupart^de ceux qui viennent m'importuner quand je suis à table, et quand je désire fumer ma pipe et boire ma choppe de bière tranquillement , n'ont pas même l'air de se douter de l'importance du service qu'ils me de-
mandent, et ne me donnent pas le moindre témoignage de reconnaissance. ' V
— Oh f monsieur, dit Alete, qui comprit aussitôt le sens de cette brutale protestation, si vous voulez bien me laisser venir ici , à toute heure, et rester le plus longtemps possible près de mon mari, je serai reconnaissante, je vous assure. »
Pour prouver immédiatement sa bonne intention, elle tira de sa poche un assignat et le mit dans les mains de Stock.
« Soit, répliqua le rapace geôlier en regardant le chiffre du petit papier qui lui semblait assez convenable. Quoique je m'expose à perdre ma place en manquant à ma consigne, je veux bien braver pour vous ce danger. Vous avez l'air d'une bonne petite femme. Vous ne conspirez point, j'espère, contre la République, et vous ne me trahirez pas. Moi, voyez-vous, je suis un bonhomme, quoique certaines gens m'accusent d'être un peu rude , et mon plaisir est d'obliger. »
En se décernant lui-même cet aimable certificat , Stock introduisit Alete dans l'intérieur de la tour.
C'est Dante qui a dit en un de ses vers d'airain, combien 11 est dur à monter l'escalier d'au trui.
Mais l'escalier de la prison ! Et l'escalier sombre, humide, vermoulu de la vieille tour des Ponls-Couverts, longtemps abandonnée, si le glorieux exilé
de Florence Tavait vu, quel tableau il en aurait fait! Alete, pourtant, le gravissait légèrement. Elle pensait à son cher Franz. Elle allait le rejoindre, et cette pensée lui donnait une impulsion extrao^ | dinaire. !
Comme le chamois des hautes montagnes d'Al- ' levard, sautant sur les rives des Sept-Lacs et sur les pointes de glaces du pic de la Pyramide, elle sautait d'un pied léger sur les marches brisées et glissantes du donjon ténébreux, et quand elle arriva en haut de la tour, et quand la porte du captif s'ouvrit, elle ne vit rien de la nudité, de la misère du cachot où elle entrait : elle était dans les bras de Franz, elle le serrait sur son cœur, puis le regardait, et de nouveau l'embrassait, le sourire sur les lèvres, Fâme réjouie, oubliant en cette minute de béatitude tout ce qu'elle avait souffert.
< Depuis qu'il est ici, dit Stock, qui assistait en silence à cette scène, il a un peu maigri, votre mari. Ce n'est pas ma faute ; je lui offre chaque jour les meilleurs plats de viande et de légumes. Il ne mange rien et ne prend rien pour se fortifler. II ne boit pas même une goutte d'eau-de-vie.
« La citoyenne doit le gronder et l'obliger à vivre d'un autre régime. J'ai dans mon armoire des bouteilles de vin, de bière de liqueurs, qui seraient dignes d'être offertes à un représentant du peuple, et ma femme fait une cuisine qui ravirait tous
mes prisonniers, mais je réserve ces délicatesses pour mes privilégiés, et voyez quelle faveur j'accorde à votre mari. Tandis qu'une quantité d'autres détenus sont entassés dans une pièce où ils n'ont ni air ni lumière, où ils peuvent à peine se mouvoir, lui est là, tout seul, dans une chambre, la plus jolie chambre de la prison, seulement, il faut être reconnaissant... Il faut être reconnaissant.
— Nous le serons, s'écria Alete qui avait appris de quelle façon Stock comprenait la reconnaissance.
—Eh bien I je vous laisse. Je viendrai vous chercher dans une demi-heure.
— Comment, dans une demi-heure ! moi qui comptais rester ici jusqu'au soir I
— Et le règlement ! vous ne le connaissez pas ; non, vous ne vous en souciez pas. Moi, je suis forcé de m'y soumettre. » ^
En disant ces mots, il avançait [machinalement la main.
Alete y mit un nouvel assignat.
t Allons, reprit-il, je ne puis me résoudre à vous contrarier. Vous avez l'air d'une bonne femme. »
Quand il fut sorti, Alete et Franz purent enfln causer en liberté, et ils avaient tant de choses à se dire I
Depuis leur mariage, ils n'avaient pas été un
seul jour séparés l'un de l'autre, et Ils venaient de passer plus d'une semaine sans se voir. Gela leur semblait une éternité. D*abord, Alete raconta avec quelle cordialité Mme Garten, puis M. Garten l'avaient accueillie. « Je voulais, dit-elle, aller loger au Corbeau, quoiqu'il m'en coûtât de me trouver seule dans une auberge. Jamais ils n'ont voulu y consentir. Mme Garten est venue avec moi chercher notre valise, et m'a ramenée chez elle. Cependant, ils s'exposent à de fâcheux désagréments en recevant chez eux une étrangère dont le mari est en prison, et ils n'ont aucun devoir à remplir envers moi ; et, par bonté d'âme, par charité chrétienne, ils font pour moi ce qu'on oserait à peine attendre d'un proche parent.
— Ah! dit Franz, il y a encore dés justes en Israël. C'est ce qui apaise la colère de Dieu. »
Ensuite, il fit le récit de sa rencontre et de ses entretiens avec un homme qui n'était point un de ces justes d'Israël, avec Sonino.
Tout en l'écoutant sans perdre un mot de sa simple narration, Alete regardait cette cellule dont Stock préconisait les agréments; elle se reprochait, comme si c'était sa faute, d'avoir un si doux gite dans la maison de Mme Garten, tandis que son mari était enfermé dans cet affreux réduit. En même temps, elle se proposait de remédier de son mieux à un tel dénùihent. Elle faisait en silence
ses combinaisons , et il fallait qu'une partie au moins de ses idées fût réalisée immédiatement.
Le soir, en retournant dans son hospitalière maison, elle fit ses empiètes, puis elle rentra dails sa chambre et travailla toute la nuit.
Le lendemain matin, elle allait aux Ponts-Couverts avec un lourd panier que le féroce gardien ne voulait point laisser passer sans l'examiner de fond en comble. A chaque chose qu'il en tirait, c'étaient des clameurs et des protestations effrayantes.
« Impossible! s'écrlait-il de sa grosse voix de colosse. Le règlement! les inspecteurs! les membres du comilé de surveillance! Vous voulez donc me perdre, vous avez cependant l'air d'une bonne petite femme. »
Il avait adopté cette phrase pour justifier ses condescendances et offrir à Alele un espoir de transaction.
Alete, qu'il avait d'abord terrifiée, se souvint des deux essais de la veille, fouilla de nouveau dans sa" poche. Cette fois, le marché était plus difficile. Elle dut longtemps raisonner, prier, batailler^ pour vaincre une résistance qui paraissait inébranlable.
Enfin, enjoignant un assignat à un assignat, puis un autre encore, elle finit par obtenir la pleine et entière autorisation qu'elle implorait» Elle entra triomphante dans la misérable habitation de Fran^, étala par terre son baaar et en tira un cou-
vert en étain brillant comme de l'argent, un verre, des serviettes, des draps, un oreiller, une couverture. Elle avait caché aussi dans sa poche et soustrait aux perquisitions de Stock un flacon de bon vin et du sucre que Mme Garten lui avait donnés, et ce n'était pas peu de chose ; car, alors, en vertu d'un arrêté des représentants, pour pouvoir acheter un morceau de sucre à Strasbourg, il fallait présenter une prdonnance d'un médecin.
« Voilà pour aujourd'hui, dit-elle. Demain, si M. Stock veut bien le permettre, nous compléterons votre mobilier.
— Eh ! quoi encore? s'écria Franz en regardant ces richesses d'un air émerveillé. Toute cette corbeille remplie comme une corbeille de fée, et cela ne vous paratt pas assez. Allons, ma chère Alete, je vois bien que vous voulez vérifier la justesse d'une de mes maximes.
t Je prétends qu'il est très-facile à l'homme de se rendre heureux, pour peu qu'il y mette de la bonne volonté, qu'il sache modérer ses désirs, surtout son ambition, et qu'il ne se pose pas sur le nez des lunettes noires, avec lesquelles il verra tout en noir. Je crois que si Ton a la conscience calme, et de bonnes pensées dans le cœur, on peut se faire son paradis dans une coquille de noix. Voilà ce que vous voulez faire ici , et quand votre belle œuvre sera accomplie, nous nous trouverons si
d'un pauvre musicien. • 285
bien tout seuls dans notre petit paradis que nous • ne voudrons plus en sortir, et la pauvre Reine, nous l'abandonnerons.
— Non ! non 1 Au contraire. Il faut sortir d'ici au plus tôt, et Dieu aidant accomplir notre projet. M. Garten est persuadé qu'il parviendra à nous faire mettre en liberté, mais pour ne pas se hasarder dans une fausse démarche, il est obligé d'attendre une occasion favorable, et, en ce moment, dit-il,, impossible d'y songer. Le pays est dans un état de crise épouvantable. » ^
Les passions révolutionnaires étaient en eflfet plus que jamais surexcitées par les rassemblements de troupes ennemies sur les frontières, par quelques engagements où nos soldats n'avaient pu rester maîtres du champ de bataille. A tout instant il arrivait de Paris des ordres foudroyants. Les jacobins criaient à la trahison. Saint-Just et Lebas enrageaient.
Pour vaincre au dehors, il semblait qu'on dût exterminer au dedans, et la malheureuse Alsace, déjà si opprimée, si dévastée et si dépeuplée, devait subir de nouvelles exactions et de nouvelles tortures. Les visites domiciliaires devenaient plus sévères, les dénonciateurs plus ardents; les réquisitions plus rigides, les arrestations plus nombreuses. Pour justifier ce surcroît de rigueur, on ne cherchait pas cependant à découvrir de nouveaux
crimes. Gela n'était pas nécessaire. La République avait une vieille nomenclature de criminels qui lui donnait assez de besogne : agitateurs, accapareurs^ fanatiques^ feuillants, aristocrates, et le reste.
A cette époque U y avait beaucoup d'aristocrates.
Par les soins de la société populaire de Strasbourg j des domestiques, des artisans tailleurs, cordonniers, relieurs, pécheurs, menuisiers, voire même un ramoneur, furent arrêtés' avec des professeurs, des rentiers et d'anciens intendants.
C'étaient autant d'aristocrates.
Il y avait une autre classe de criminels aussi justement poursuivie et punie ^ comme on le voit par une liste publiée dans le livre bleu :
Wachter, banquier égoïste.
Khun, négociant, homme riche, égoïste.
C'était un triste temps, il faut l'avouer, que celui où Ton découvrait dans l'enceinte d'une ville tant d'aristocrates et de banquiers égoïstes.
Par bonheur la vertu des sans-culottes ne res* tait point endormie. L'Argus de Schneider veillait avec ses cent yeux sur cette abominable engeance^ et le Courrier de Laveau consolait les patriotes en proclamant les punitions infligées aux coupables^
Aristocrates et égoïstes étaient arrêtés, et selon leur degré de perversité, un peu aussi, je pense^ iselon l'état de leur fortune citaient emprisonnés o\\ condamnés à une formidable amendci ou dé-
portés à Besançon, â Latigres, à Dijon, quelquesuns même au delà des mefàj jtlsqU'à Mftda-gascar.
On comptait alors trois mille détenus daiis la seule cité de Strasbourg* Tous les cachots étaient remplis. Il fallait bien que les provinées voisines et les colonies lointaines àccé|)tassent uii excédant de criminels.
AHissingue, dans le Haut-Rhin^ fi la fin d'une journée où Ton aVait eu l'audace de célébrer comme autrefoiiS la Me patronale du village, des enfants renversèretit en jouant Un arbre de la li* berté que quelques-uns de leurs camarades s'é^ taient amusés à planter deux heures auparavant. Là-dessus> grande rumeur et gfand seandale* Rap-' port terrible des jacobins aux représentants Hentz et Goujon. Arrêt furieux de ces deux potentats. Le général Diéche arrive aussitôt dans la malheui*euse Commune d'Hlssingue, fait raser la maison du curé, et rétablit l'arbre dé la liberté au lieu même, dit-il, « où les monstres, les Scélérats de prêtres Pavaient arraché. » « Puis, en moins de huit jours j deux cent cinquante-six prêtre», tirés des districts de Benfeldj de Colmar, d'Altkirch, de Belfort, partagés en sept convois, étaient dirigésj
1. Èiitoire de kt Révolutkn dan^ h d^onemenl du Hdui' îihit^f page 23.
les uns sur Ghamplitte, les autres en plus grand nombre sur Besançon.
Dans le nombre se trouvaient huit pasteurs pro^ testants, et six rabbins ou chantres israélites, arrêtés par les soins de Daniel Stamm, agent national du district de Benfeld. Le district de Belfort avait compris dans son contingent un septuagénaire et un octogénaire. Le voyage se fit dans les plus tristes conditions. Il n'y avait de voitures que pour ceux que leur âge ou leurs infirmités empêchaient de marcher. Les autres étaient obligés de suivre à pied. La plupart de ces malheureux que Ton forçait de voyager à leurs frais étaient dans le plus profond dénûment. Ils ne recevaient qu'une nourriture insuffisante, et plus d'une fois, arrivant épuisés à rétape où ils devaient passer la nuit, il leur fallait coucher sur la dure. Â Besançon, on les parqua dans l'étroite chapelle de la citadelle, et quand on demanda pour eux de la paille au fou furieux qui y commandait comme général, Fexprince de Hesse. »
« De la paille, répondit-il, c'est bon pour les animaux, mais des chiens de cette espèce peuvent bien coucher sur la terre nue. »
Il faut dire à Thonneur de l'Alsace que la plupart de ceux qui commirent, dans cette belle province, tant d'actes d'iniquité et de féroce cruauté, étaient étrangers à l'Alsace. Ce général Diéche, qui s'en
allait si vaillamment démolir une hulnble cure et faire une razzia de pWtres sans défense, était originaire de Rodez. Colonel d'un régiment en 1792,' il avait été nommé général de brigade en 1793, et onze jours après général de division.
Les réformateurs de fe sociétç moderne ont fait tant de jolies plaisanteries sur ces gentilshommes d'autrefois, qui venaient au monde avec un brevet d'officier ! Je ne sache pas qu'aucun de ces favoris de la fortune ait été élevé en onze jours au plus haut grade de Tarmée, sans avoir vu la fumée d'un camp, sans sortir de sa résidence. Mais Dièche justifiait ce rapide avancement par la docilité avec laquelle il accomplissait les ordres des représentants, et il buvait avec les patriotes beaucoup de bière.
Les principaux terroristes de Strasbourg étaient aussi des étrangers : Laveau, ancien maître de langues à Berlin et à Stuttgardt ; Simond, un prêtre renégat de Munster; Teterel,unfarouchejacobinde Lyon ; Taffin, un chanoine de Metz ; Schneider, le moine deFranconie; Monet, un avocat de la Savoie.
Tous ces hommes professaient le plus profond mépris pour la ville où ils percevaient tant d'amendes et où ils s'étaient constitué un si grand pouvoir.
« Strasbourg, disaient-ils, n'est pas fait pour la liberté, Strasbourg par son idiome, par ses mœurs,
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par ses r^lçitions, parles liens du voisinage tient à Tempire. Strasbourg ne peut être que le partisan de r Autriche et de la tyrannie; il ne peut être peuplé que d'aristocrates. Il faut régénérer cette partie de la France ; il faut y transplanter une colonie de patriotes purs et incorruptibles, et reléguer dans l'intérieur des terres ces âmes faibles et timorées qui ne savent pas se mettre à la fauteur de la révolution, et qui pachent sous le jn^-sque hypocrite d'un dévouement absolu aux lois, leur attachement q,ux principes destructifs de toute égalité sociale*. »
Dans le Haut-Rhip, un autre démp^gogue nommé Millier s'écriait : « Que la population alsacienne 'devait être divisée en trois catégories, dont Tune serait déportée dans l'intérieur de la république, l'aijtre au déjà des frontières, et la troisième guillotinée. »
Dès le con^mencement de la révolution, des sociétés populaires s'étaient organisées en Alsace, comme dans les autres provinces de France, à l'imitation des clubs de Paris. Très-modérées d'abord, elles ne tardèrent pas à être emportées par le torrept révolutionnaire, et devinrent, selon l'expression (Je Riouffe, des machines à destruction.
Sur la première page du registre de ses délibé-