‹ Histoire d'un paysan (volume 2)Chapitre 2 sur 6 · a§a&aB de ne pai être forcés d*ea venir aux coups · texte numérisé non relu

a§a&aB de ne pai être forcés d*ea venir aux coups

i£ commandant Gérard était allé vcdr le maire de la ville, M. Drouin; & comme les nouvelles de paix se répandaient de plus en plus, au lieu de nous pr^ser^ nous restâmes là jusqu'à 002e lieures. Alori le wd-ire ^ la municipalité vinrent nops voir mue la place, pendant qu'on battait le rappel & qu'on reformait les rangs. Le commandant remonta sur son cheval en saluant ces aaessieurs, & nous repartîmes, tout joyeux de savoir ^e nous arriverions à Nancy comme pour une fed^ation, au lieu de la bataille.

Vers quatre heures, nous commencions à découvrir au bord du ciel deux hautes tours grises & quelques vieilles bâtisses. Je pensais : « Est-ce que ce serait déjà Nancy^ » mais je ne pouvais le croire. C'était Saint-Niool^^. Nous continuiof?^ à nous en approcher lentement, au milieu de la poussière^ quand deux coups sourds retentii«nt au loin, sur notre droite, dans la plaine ; loute notre troupe étonnée s'arrêta, regardant & prêtant l'oreille. Il se fit un grand •silence. Quelques secondes après, un troisième, p^is jon quatrième coup retentirent , & notre commandant, debout sur ses étriers, cria :

a C'est le canon I... La bataille est commencée... En avant I »

}6 Histûift ffun paysatu

Alors, malgré la fatigue & la tristesse de penser que les bonnes nouvelles de Lunéville étaient fausses, on reprit le pas accéléré; mais, à mesure que nous avancions, notre ligne s'étendait; les trois quarts ne pouvaient plus suivre; & quand, arrivés aux premières maisons de Saint-Nicolas, regardant en arrière, nous vîmes au loin les traînards tout le long de la route, il £dlut bien s'ar- ' rêter pour attendre les plus proches.

Voilà ce que c'est de commencer par des marches forcées ; j'ai vu cela bien des fois depuis, en Allemagne : tous les conscrits restent en route; bienheureux encore quand la cavalerie ne vient pas les récolter.

Enfin, les tambours étant arrivés, nous entrâmes dans cette vieille ville de Saint-Nicolas, pleine d'enseignes de tisserands, de drapiers, de bonnetiers, pendues dehors comme à la foire. C'est bien changé depuis; mais dans ce temps le bras d'or de saint Nicolas attirait des quantités de pèlerins, & cela dura jusqu'au jour où la république envoya fondre le bras à la monnaie de Metz, avec les ciboires & les cloches.

Nous étions abîmés !

Comme nous remontions la grande rue, elle fourmillait de monde ; les gens de boutiques & de métiers descendaient leurs escaliers en dehors, toutefiarés; des femmes couraient, traî-

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nant leurs enfants à la main. Sur la place de la vieille cathédrale, on nous fit mettre crosse à terre, au milieu d'une foule de paysans, d'ouvriers & de gardes nationaux débandés, que la municipalité de Nancy venait de renvoyer avant l'attaque, parce que ces gens tenaient avec la troupe. On il^a jamais vu de confusion pareille. Ces hommes indignés racontaient qu'à peine sortis de la ville pour retourner chez eux, croyant que tout était fini, l'attaque des Allemands à la porte Neuve avait commencé. Un de leurs capitaines, un vieux sec, le nez camard & la figure toute grêlée, vint saluer notre commandant & lui cria, la main sur le col de son cheval :

« Commandant, vous allez à Nancy? N'y allez pas I L'autorité militaire & la municipalité se méfient de la garde citoyenne; c'est de la canaille !... Vous tomberez dans un guet-apens! »

Il écumait de colère.

tt Capitaine, lui répondit le commandant, mes hommes & moi nous ne connaissons que le devoir.

— C'est bon, dit ce vieux. Allez, je vous ai prévenu, fisdtes ce qu'il vous plaira. »

Mais comme la moitié de nos gens restait encore en arrière, le commandant fit rompre les rangs pour les attendre. Chacun eut le temps de

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boire un verre de vin^ sous les toits de toile grise en avant des cabarets.

Beaucoup de curieux remplissaient les clochers avec des lunettes d'approche, & ceux qui descendaient criaient en passant :

« L'affaire est au fiiubourg Saint-Piefreî » oir bien : <t La famée monte sur la porte Stainville. »

AiAsr de suite.

Au bout d'une deitri-heurc, tous les traînards étant arrivés, nous repartîmes pour Nancjr, & bientôt flous entendîmes la fusillade; sur les six heures elle devînt terrible. Le bruit du canon avait cessé. Nous conamençîons à voir la vîUe, & dans le même moment les premières bandes qui se sauvaient passaient à côté de nous. On peirt dire des misérables f caf ces gens étaient presque tous en blouse, sans chemise & nu-pieds, sans casquette ni chapeau; enfin la misère, fct grattde misère des villes en ce temp^ ! Des ligne» entières de ces malheureux gagnaient les champs; trois ou quatre que nous rencontrâmes plus loin , assis au revers de la route, pâles comme des morts, étaient blessés; ils avaient, les uns la poitrine, les autres les f ambes pleines de sang, & nous regardaient avec de grands yeux clairs, sans rien nous dire. Je crois qu'ils ne nous voyaient plus, ou qu'ils nous prenaient pour des ennemis.

Dans le moment où ooiis rencontrions cei

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malheureux, les coups de fusil, que nous avions entendus d'abord sur notre droite, s'étendaient par toute la ville; & c'est alors, comme nous Vapprîmes plus tard, que les soldats de Château- Vieux & le peuple se débandaient ; c'est alws que le massacre commençait î

En entrant dans une longue ttte bordée de hautes maisons fermées du haut en bas, nous vîmes ufle masse de gens rouler de no^e côté, devant cinq ou six hussards qui les hachaient sans miséricorde. Les chevaux se câblaient, les sabres montaient & descendaient, & des cris partaient, mais des cris qui V0118 donnaient froid, des cris horribles ! ,

Ces genS' n'auraient ew q«'^à se retouirnèr & tomber sur les brigands qui les pcmrsuivaiciit; ils n'auftaieftt eu qu'à les^ pirendre pftr k botte & les précipiter à terre, en les écrasait comme éss chais ! eh bien, ils sê hmaàent mâissacrer ! Oh ! que la peur rend bête J •

Le commandant aoifs ovâoniift d'oblffuèF à gauche, contre les maisons, pour laisser pttssefip ce monde, & éc faire halte. Mdâife Jea», Létumier & les autres officiers tirèrent le sabre, en nous criant de charger \ ehacun déchira sa pre-^ mière cartouche.

La foule arrivait; elte" passa devant notre ligne, coomie unr laroupeau poursuivi par une

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bande de loups; & les hussards alors, voyant reluire nos baïonnettes, tournèrent bride. Ils s'attendaient sans doute à recevoir notre décharge dans les reins, car, à la première ruelle, ils disparurent.

Au bout d'un instant la grande rue ëtait vide, tous les fuyards s'étaient cachés ; quelques-uns seulement restaient étendus la face contre terre. Nous entendions de nouveau le grand bourdonnement de la ville, la fusillade & le tocsin d'une petite cloche qui tintait au milieu de ces massacres.

Mon Dieu! que de pensées tristes vous viennent en se rappelant ces misères, & qu'on plaint les pauvres malheureux, toujours exterminés, même lorsqu'ils ne demandent que la justice !

Aussitôt après le tumulte, notre commandant nous ordonna de repartir ; le grand carré gris de la porte Saint-Nicolas s'avançait lentement dans le ciel, & tout à coup le cri de : Ver dà! nous avertit que les Allemands étaient maîtres de Nancy.

M. de Bouille n'avait pour ainsi dire amené que de ces gens-là ; des Français se seraient arrêtés trop tôt, il lui fallait un exemple terrible.

Alors les vieilles moustaches grises du commandant frémirent; il s'avança seul & répondit :

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« France!... garde citoyenne de Phalsbourg! »

Quelques instants après, un piquet de ces Allemands, en habit bleu, comme les invalides d'aujourd'hui, s'avança de notre côté, avec un de leurs officiers, pour nous reconnaître. Il parait qu'on se méfiait de nous, car il fallut attendre là très-longtemps, l'arme au pied, pour recevoir l'ordre de la place. La fatigue nous accablait après ces deux marches forcées, & ce n'est que vers neuf heures qu'un lieutenant vint nous prévenir d'avancer & de relever les Allemands à leur poste.

Ils étaient environ une quinzaine dans le corps de garde. Les gueux furent bien contents de nous céder la place, pour aller piller comme les camarades.

C'est sous la porte Saint-Nicolas que nous passâmes la nuit, étendus à terre, la tête sur le sac, le long des murs. Nous dormions tous l'un à côté de l'autre; deux pièces de canon & des fourgons barraient la porte; on avait aussi levé des pavés. Les sentinelles, qu'on changeait d'heure en heure, allaient vers la ville & le faubourg. C'est tout ce que je me rappelle, car je n'en pouvais plus, & par bonheur mon tour d'être en Êiction n'arriva que le matin.

Deux ou trois fois pourtant, je fus éveillé par des cris & des disputes : c'étaient nos patrouilles

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