‹ Histoire d'un regimentChapitre 10 sur 135 · II ISTOIHE D’UN II KG IM EN T · texte numérisé non relu

II ISTOIHE D’UN II KG IM EN T

comtesse de Praslin : « Il a dit qu’il voulait que l’officier lut assuré de sou sort et qu’il eût des récompenses méritées, pour lui donner l’amour pour le service du Koi dont il faut, ajoute-t-il, bannir l’arbitraire, en se fondant sur la plus exacte justice dans la distribution des grâces. »

Quelle était donc la constitution des régiments de l’ancien régime? « L’ancienne armée royale de France, écrit le général Foy, était composée de deux classes distinctes : les soldats, condamnés à tout mériter sans rien obtenir, et les officiers, appelés à envahir les grades sans avoir pris la peine de les gagner. Cette dernière classe se subdivisa en noblesse de province et en noblesse de cour. L’une fournissait un certain nombre de militaires appliqués au métier et beaucoup d’amateurs pour qui le service était un simple passe-temps; l’autre peuplait les régiments de colonels imberbes et les états-majors de généraux de salon. Entre hommes placés sur des terrains si différents, que séparaient des obstacles infranchissables, il pouvait y avoir communauté de dangers, jamais communauté de position et d’intérêts1. »

Les guerres malheureuses du règne de Louis XV avaient jeté sur les généraux battus et incapables et sur tout le corps d’officiers un discrédit, injuste à beaucoup d’égards, car cette brillante noblesse était toujours brave, aimable et dévouée.

La guerre de Sept Ans avait révélé une indiscipline effrayante. Le duc de Noailles se plaignait d’avoir sous ses ordres des brigands capables de tous les crimes et de tous les excès, coupant les doigts des femmes pour prendre leurs anneaux d’or. Mais rien n’égale le tableau tracé par Saint-Germain lui-même : « Je conduis, dit-il, une bande de voleurs, d’assassins à rouer, qui lâcheraient pied au premier coup de fusil et qui sont toujours prêts à se révolter. Le Roi a la plus mauvaise infanterie qui soit au monde et la plus mal disciplinée. La terre a été couverte de nos soldats à quarante lieues à la ronde; ils ont pillé, violé, saccagé et commis toutes les horreurs possibles. » Il est juste d’ajouter que ces armées du xvme siècle, souvent indisciplinées, déployèrent dans de nombreuses occasions un véritable héroïsme, comme les soldats de la garnison de Minden, refusant de souscrire à la honteuse capitulation consentie par les officiers, et se frayant, au nombre de 1800, conduits par un caporal, un passage à travers l’armée ennemie. C’est encore Champagne,

1. Voir Pièce justificative n° 1, la composition en olïiciers de Bassigny, relevée sur l’État militaire

dont la sentinelle répond fièrement an régiment qui vient le relever aux avant-postes : « On ne relève pas Champagne devant l’ennemi. » El, comme la tète de colonne ne tient pas compte de l’injonction et continue à marcher, le soldat de Champagne la reçoit à coups de fusil.

Les réformes de Saint-Germain arrêtèrent les progrès du mal. Son plan général était largement conçu; son but était d’accroître les forces militaires du royaume sans augmentation de dépenses; 105 régiments à 2 bataillons furent organisés, chaque bataillon ayant 5 compagnies : une compagnie de grenadiers comptant au premier bataillon et à l’effectif de 108 hommes, y compris les officiers (1 capitaine-commandant, 1 capitaine en second, 1 premier lieutenant, 1 lieutenant en second, 2 souslieutenants, 1 sergent-major, 1 fourrier écrivain’, 4 sergents, 8 caporaux, 1 cadet-gentilhomme, 1 frater, 84 grenadiers, 2 tambours); 4 compagnies de fusiliers, à l’effectif de 171 hommes (1 sergent, 2 caporaux et 60 hommes de plus que la compagnie de grenadiers); une compagnie de chasseurs, ayant le même effectif que les compagnies de fusiliers, est recrutée parmi les hommes les plus lestes et les plus vigoureux, sans avoir égard à la taille; elle compte au deuxième bataillon. Mais le nombre des soldats variait avec la volonté du roi et les circonstances. Il y avait, en outre, une espèce de compagnie de dépôt, appelée compagnie auxiliaire, placée à la suite du régiment et destinée, en guerre, à pourvoir au remplacement des hommes qui viendraient à manquer. I/état-major du régiment comprenait : 1 colonel; 1 colonel en second et 1 lieutenantcolonel ayant chacun une compagnie et commandant, le premier, le 1er bataillon, et l’autre le second; 1 major; 1 quartier-maître trésorier, ayant rang de lieutenant, chargé de tenir les registres de recettes et de dépenses, et de recevoir l’argent qu’il devait déposer dans la caisse; 1 adjudant ayant rang de premier sergent-major; 2 porte-drapeaux; 1 chirurgien-major; 1 aumônier; 1 tambour-major; 1 armurier*.

Le drapeau du 1er bataillon était blanc, couleur du commandement : c’était le drapeau colonel-, le 2e bataillon avait un drapeau d’ordonnance de la couleur distinctive de Bassignv; c’était véritablement le drapeau du régiment. Une croix blanche en formait le fond ; aux quatre angles,

1. Ne faisant d’autre service que celui de tenir les registres, former les états et pourvoir au logement de la compagnie.

2. L’ordonnance de 1 7 88 supprime tous les officiers de remplacement, les officiers attachés et les colonels en second. Elle crée un emploi de major en second, un caporal tambour, et affecte deux cadets-gentilshommes à l’état-major du régiment; ceux attachés aux compagnies sont supprimés.

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des carrés orange et noir attenant à la hampe, vert et ronge à la partie flottante, Los porte-drapeaux avaient rang de derniers sous-liculcnants et étaient exclusivement choisis parmi les sous-officiers, ha garde du drapeau se composait, dans chaque bataillon, du premier sergent et des deux plus anciens caporaux des 4 compagnies de fusiliers; le cadet-gentilhomme de la compagnie de fusiliers pouvait suppléer le second caporal. Le premier rang du peloton du drapeau était formé du porte-drapeau et de 5 sergents, le deuxième et le troisième rang de 4 caporaux. Le sergent delà compagnie colonelle était placé en serre-file dans le lrr bataillon , derrière la file du drapeau; celui de la compagnie du lieutenant-colonel occupait la même place dans le second bataillon.

Le comte de Saint-Germain supprima encore la vénalité des grades, les corps privilégiés, et les grades sans emploi; il créa des ressources pour le recrutement, organisa le territoire en circonscriptions militaires et les troupes en divisions permanentes dont les chefs exerçaient leur autorité sur les régions territoriales, avec obligation pour eux de séjourner au milieu des régiments; cette institution mit un terme aux absences prolongées de la plupart des officiers. 11 créa un conseil supérieur de la guerre, sorte de tribunal de l’armée, composé de membres inamovibles et irrévocables, chargé de veiller sur l’exécution des lois militaires, de donner son avis sur toutes les innovations proposées et de classer le personnel de tous grades; enfin il mit en vigueur des mesures sévères pour le maintien de la discipline, de la morale et de la religion; il traça les règles de la subordination et de la hiérarchie, et chercha des remèdes à celte plaie des régiments de l’ancien régime : la désertion.

Quel précurseur! Et pourquoi tant d’impopularité? Il était venu trop tôt pour réussir. Esprit systématique et sans souplesse, il voulut appliquer ces belles réformes avec la brusquerie d’un théoricien, sans compter avec le temps, sans aucun des tempéraments nécessaires pour convaincre les irrésolus, désarmer les résistances, apaiser les intéressés, préparer enfin, par des transitions habiles, la constitution d’un ordre nouveau. L’impopularité qui s’attacha cà son nom tint surtout à ses règlements sur la discipline. Les coups de plat de sabre ne furent pas inventés par lui; ils avaient été proposés par plusieurs des militaires les plus distingués du temps, entre autres par le comte de Rochambeau, et acceptés par les inspecteurs, réunis en comité sous la présidence du duc de Biron. La réglementation de ce mode de répression servit cependant de thème à toutes les attaques dirigées contre Saint-Germain, qui tomba sous une sorte de concert universel.

Sa gloire sera d’avoir rompu les troupes aux manœuvres et constitué un corps remarquable de bas-officiers. Quand les gentilshommes émigreront, ces soldats et ces sergents parvenus, ces officiers de fortune, deviendront les chefs des régiments de ligne et fourniront les cadres des bataillons de volontaires aux armées de la République. Ils s’appelleront :

Masséna, Augereau, Hoche, Jourdan,

Kellcrmann, Desaix. Sérurier, Rampon, Roguet et Vimeux.

Rien connaître les réformes de Saint-Germain, c’est connaître, en même temps, un régiment pendant les derniers jours de la Monarchie.

Pour donner à nos lecteurs une idée nette de ce que fut Bassigny, nous avons étudié dans les registres matricules de l’époque tous les détails de la vie militaire des officiers et

des soldats; puis, nous avons cher- Drapeau de liassigny. - 1789.

ché l’explication des actes de chacun d’eux dans les Ordonnances royales et les Mémoires du temps.

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