Chronique de la campagne de 1870, par un artilleur
LA 32e DEMI-BRIGADE.
mais on obéit, et l’on subit, sans sédition, une situation honteuse et inouïe. La ville de Metz est révoltée; le tocsin sonne. Presque tous les régiments de l’armée du Rhin ont protesté'. Voici la lettre du colonel Saussier qui les résume toutes :
« Queuleu, 28 octobre 1870.
« Au maréchal Lebœuf, à Saint-Julien.
« Les officiers soussignés du 41e de ligne, quoique n’ayant pas encore reçu la communication officielle d’une capitulation sans condition, croient néanmoins devoir considérer comme vrai cet immense désastre. Ils se font un devoir de protester, de la façon la plus solennelle, contre la reddition entière d’une armée qui n’a pas encore été battue par l’ennemi; ils vous prient de vouloir bien être assuré de leur concours, et si vous voulez bien faire un appel à leur dévouement pour un acte énergique, ils se déclarent tous prêts à combattre. >»
(Suivent les signatures du colonel Saussier et de 4 2 autres officiers de son régiment.)
Nous avons cité cette lettre, parce qu’elle est consolante. Consolant aussi cet extrait du texte de la capitulation :
« Pour reconnaître le courage dont ont fait preuve, pendant la durée de la campagne, les troupes de l’armée et de la garnison, il est permis aux officiers qui opteront pour la captivité, d’emporter avec eux leurs épées ou sabres, ainsi que tout ce qui leur appartient personnellement. »
Ceux qui engagèrent leur parole d’honneur par écrit2 de ne pas porter les armes contre l’Allemagne, et de n’agir d’aucune autre manière contre ses intérêts jusqu’à la fin de la guerre, ne furent pas faits prisonniers. Les troupes, sans armes, devaient être conduites par leurs officiers, en ordre militaire, aux lieux indiqués pour chaque corps. Puis, les officiers rentreraient librement dans Metz. Des scènes touchantes se produisirent.
Tous les officiers du Régiment refusèrent les concessions de l’ennemi. Ils voulurent rester avec leur troupe jusqu’au bout. Le colonel Merle nous a conservé la cravate de notre drapeau : ce doit être pour le 52° une précieuse relique et un gage de foi dans l’avenir. Dans d’autres corps, on déchira ces
]. Le colonel Merle est du nombre; des témoins nous l’ont affirmé.