On appela cela :« signer le revers
HISTOIRE D’IJN RÉGIMENT.
chiffons, pour lesquels on meurt, et les morceaux furent partagés entre tous les témoins. Quelques-uns, en lin, creusèrent une tombe profonde pour ces guenilles glorieuses, noircies par la poudre, alin que les fossoyeurs prussiens ne vinssent pas les déterrer.
« Le 29, à midi, la lugubre cérémonie de la dégradation de toute une vaillante armée commença. On ne remarquait dans les rangs ni forfanterie, ni abattement. C’était la dignité de gens de cœur ayant la conscience de n’avoir pas démérité. A la barrière du château de Ladonchamps, deux cavaliers prussiens se tenaient en sentinelle; à leur vue, les pleurs vinrent déjà aux yeux des plus impressionnables, officiers ou soldats....
« Le défilé entre la haie des vainqueurs était supprimé : c’était une simple remise, sans dénombrement d’apparat. Chaque commandant de troupe remettait au représentant de l’état-major ennemi un tableau nominatif de sa troupe. Tous semblaient, en allant porter leur liste, monter au pilori. Beaucoup faillirent tomber d’épuisement. Plus d’un vieux serviteur répondit par des sanglots au remerciement du fonctionnaire prussien. Puis, après la livraison, signal de la séparation, quand les hommes venaient en foule serrer une fois encore la main de leur colonel ou de leur capitaine, c’étaient des scènes d’adieu déchirantes. On n’entendait plus dans les rangs que des soupirs et des gémissements. A cette heure suprême, l’année formait une vaste famille, déplorant les malheurs et la honte d’une mère commune, de la Patrie*. »
Quelle page d’histoire, souillée de douleur et de rage! L’avenir inscrira, sur le livre de nos ruines patriotiques, qu’au moment où la France sombrait, l’armée du Rhin, si belle d’énergie, de discipline et de dévouement, a été abandonnée, et qu’elle a disparu sans déchoir.
Et la captivité commença.
« La générosité, cette vertu toute française, n’est pas plus que la franchise dans le tempérament allemand. Vainqueurs, les Français se sont presque toujours fait des amis de leurs ennemis de la veille, en ne les humiliant pas. Les Russes nous ont pardonné Sébastopol. Les Allemands ont tout fait pour laisser, dans le cœur de leurs 500 000 prisonniers, le germe d’une haine immortelle. Qui dira toutes les humiliations qu’ils ont infligées aux officiers, et toutes les souffrances de nos malheureux soldats?....
« Quelle situation que celle de ces hommes abandonnés à eux-mêmes,