‹ Histoire d'un regimentChapitre 111 sur 135 · ORDRE DU BATAILLON N · texte numérisé non relu

ORDRE DU BATAILLON N

Le sergent Jouvin, du 1er bataillon de chasseurs annamites, chef

du poste de Lac-Ha, était informé par des papiers annamites, répandus dans les marchés de la contrée, que le Doang-Diü, grand chef, rebelle très influent et très redouté dans le pays, était revenu s’installer dans les forêts situées au sud-est de Bag-Naï.

Afin que sa marche ne soit pas éventée, le sergent Jouvin part le soir même, à neuf heures, avec deux zouaves du 2e régiment et sept chasseurs du 1er bataillon annamite.

Très bien guidé par deux indigènes, anciens rebelles soumis, la petite colonne se met en route, par une nuit noire, qu’augmentait un brouillard épais; il fallait suivre un sentier de montagne, à peine tracé, semé d’obstacles, et traverser des arroyos.

La petite troupe dut traverser une quarantaine de fois des cours d’eau; l’obscurité était telle que chacun se tenait par le veston, pour suivre les guides et ne pas s’éloigner du sentier très peu frayé.

À trois heures du matin, on touche à une petite éclaircie; le guide prévient que deux avant-postes étaient placés à l’entrée de la forêt dans laquelle il fallait s’engager.

Bien que les guides fassent observer qu’il était impossible de traverser la forêt ailleurs, le détachement, pour ne pas donner l’éveil, abandonne le sentier afin de tomber à l’improviste sur le refuge des rebelles.

On marche près de deux heures, sous bois, pour faire trois kilomètres.

A quatre heures trois quarts, on atteint un petit sentier; le jour commençait à poindre, la marche devient plus facile et se fait dans le plus grand silence.

A 20 mètres, une sentinelle crie en annamite « : Qui va là? » Sans répondre, la petite troupe s’élance pour cerner les maisons désignées comme servant de refuge aux rebelles. La sentinelle s’enfuit.

Après une lutte corps à corps, le caporal Ouen-Doa, qui s’était emparé de la personne du Doang-Diü, malgré sa résistance, appelle à son aide le sergent Jouvin, qui avait saisi un lieutenant rebelle Ouen-Taû. Trois autres rebelles sont pris; des armes, des munitions, les fanions de commandement et les cachets du chef rebelle tombent entre nos mains.

En portant ce brillant succès à la connaissance du bataillon , le commandant est heureux de féliciter le sergent Jouvin, qui a fait preuve de hardiesse, d’habileté et de vigueur; le caporal de chasseurs Ouen-Doa, qui s’est emparé de la personne môme du Doang-Diü, mérite aussi des éloges, ainsi que tous les chasseurs qui faisaient partie de la petite colonne.

Le commandant s’empresse de faire connaître à M. le lieutenant-

IIISTOlliK D’UN II KG IM UN T.

colonel, commandant la région, ce brillant fait d’armes qui fait honneur au bataillon.

Vinh, le 17 février 1888.

Les impressions de ce sous-officier, que nous avons interrogé, sont dignes d’être recueillies; voici comment il juge les jeunes soldats qu’il a commandés dans des circonstances difficiles :

« Faut-il forcer une marche, traverser vingt fois l’eau, se battre exténué de fatigue, jamais une plainte; mes hommes marchaient avec courage et gaieté. Mais, si je les étudie au cantonnement, je les trouve frondeurs et enclins à la critique de tous les actes de leurs supérieurs. S’agit-il, en revanche, de rendre un service à quelqu’un d’entre eux, ils sont tous là, prêts au dévouement et au sacrifice. »

Lecteur, ne reconnaissez-vous pas les grenadiers de la 52e et les fusiliers d’Espagne?

Nous devons mentionner encore le sergent-major Abonnenc , deux fois blessé, le 5 février 1889, dans une rencontre avec les pirates, le sergentfourrier Rogeon, l’adjudant Moret, le sergent Blanchard, tous volontaires, qui ont apporté au Régiment, à leur retour d’Extrême-Orient, l’exemple du devoir simplement accompli.

Le chef de bataillon commandant,

Signé : 0 loden.

Page 1