in. 29 et 1 m. 86 environ
la nourriture de l’enrôlé était, à tout prendre, préférable à celle du paysan, puisqu’il consommait plus de viande que lui. Les soldats, à la caserne comme au dehors, mangeaient au moyen de cuillers de fer dans une gamelle de terre ou de bois, qui servait pour cinq ou sept d’entre eux. Le pain était leur principale nourriture; ils le mangeaient sec ou dans la soupe. L’État se chargeait de le fournir, à raison de trois livres pour deux jours, à chaque homme. Le soldat buvait de l’eau, ne mangeait de la viande qu’une fois par jour en petite quantité, et quelquefois trois fois par semaine seulement; la ration ne dépassait guère une demi-livre, os compris, et devait être distribuée tous les jours, excepté le vendredi. Mais, dans toutes les garnisons, la délivrance de la viande ne pouvait avoir lieu quotidiennement, et le soldat y suppléait par « de méchant beurre, de l’huile ou d’autres drogues ».
Voici un aperçu de la solde des soldats et des caporaux, par jour : caporal de grenadiers, 10 sous 4 deniers; grenadier, 7 sous 4 deniers; tambour ou instrument, 9 sous 4 deniers; frater, 10 sous 4 deniers; caporal fusilier, 9 sous 4 deniers; fusilier ou chasseur, 6 sous 4 deniers; tambour ou instrument, 8 sous 4 deniers. Sur cette solde, on retenait à chacun 8 deniers (16 pour les bas-officiers) pour s’entretenir de linge et de chaussure. Ladite retenue était conservée dans la caisse du régiment, et le décompte en était fait tous les quatre mois. Le complet de masse, par homme, était de 56 livres. Après ce prélèvement, les officiers remettaient au chef de chambrée le prêt, c’est-àdire la solde pour cinq jours. Suit un modèle de la dépense :
La Tulippe, caporal, chef de chambrée.
Prêt du 1er mai 1788 pour 5 jours à 16 hommes.
A une livre par jour, ci 16 livres.
Dépense.
Le l'T avec Bruno, 50 livres pain à 2 sous G deniers 4 livres 10 sous.
du Lafleur, 12 livres viande à 6 s. 6 d. pour 5 jours. . . 5 » 18 »
d° du sel pour 5 jours 16 »
d° Paul, légumes pour 5 jours 2 » 13 »
Le 2 avec Aubert, graisse pour 4 jours 10 »
d° Nicolas, chandelles. . . .v 6 »
d° Fortin, pour un balet 5 »
Le 3 remis au fourrier pour Layer entré à l'hôpital 12 »
Le 4 avec Aubert, 8 livres viande à 6 s. 6 d. pour 2 jours ... 2 » 12 »
Certifié. — Signature du chef de chambrée. Vérifié. — Signature de l'officier de semaine.
Total. . . 16 livres » »
IIISTOIIŒ D’UN l( Éf.IM K NT.
L(; sergenl-inajor devait s’informer des bouchers et boulangers où les chefs de chambrée allaient acheter, et vérifier, au moins une lois tous les mois, si tout était payé bien exactement.
Le cahier de la dépense' du prêt devait être suspendu à un clou dans la chambrée, (h; manière que tous les hommes qui la composaient pussent en prendre connaissance en tout temps. Jl était apporté, chaque mois, au capitaine un certificat qui constatait qu’il n’était rien dû aux bouchers et boulangers.
L’état du prêt, perçu par un officier subalterne chez le quartiermaître-trésorier, était signé de tous les officiers présents.
La solde était ainsi fixée, par an, pour les officiers :
Colonel, 4 000 livres; colonel en second, 5 800 1 ivres ; lieutenantcolonel, 5000 livres; major, 5000 livres; quartier-mai tre-trésorier, 1200 livres; porte-drapeau, 720 livres; adjudant 500 livres (540 livres en 1784); aumônier, 000 livres; capitaine, 2 000 livres; 1er lieutenant, f)00 livres; lieutenant en second, 800 livres; sous-lieutenant, 720 livres.
Par jour, pour les bas officiers : sergent-major grenadiers, 18 sous; sergent et fourrier, 15 sous 4 deniers; sergent-major fusiliers, 17 sous; sergent et fourrier, 15 sous 4 deniers.
Le sercice. — En meme temps que l’engagé dépouillait le costume civil, il perdait le nom sous lequel il était connu. 11 recevait un nom de guerre, auquel il devait répondre désormais'. Beaucoup de ces noms sont la reproduction du nom patronymique, par exemple : Pierre Cambray, dit Cambray; Claude Pinet, dit Pinet. Plusieurs sont baptisés du nom de leur province ou de leur ville : Mathieu Lieck, dit Alsace; Joseph Yudcrchtoch, dit Colmar. Les qualités morales servaient à désigner quelques-uns : dit Francœur, la Tendresse. Plusieurs portaient des noms de héros de l’ histoire ou du roman : Brutus, Darius, Caligula, Cicéron, Richelieu. Régulus, Tamerlan, Cromwell, Titus. Les noms de fleurs abondaient : la Tulipe, Fleur-d’Épine, Fleur-d’Orange, Belle-Rose. Il y avait des Joly-Cœur, l’Endormy, la Terreur, Sans-Chagrin, Sans-Rémission; des Pot-de-Vin, des Brin-d’Amour, Bon-Vivant, Bien-Aimé, Ya-de-bon-Cœur, etc.... surnoms empruntés aux qualités extérieures, aux penchants et aux défauts.
La tenue, la marche et le maniement des armes faisaient le fond de l’instruction militaire. On lit cependant dans Saint-Germain : « Mon principal objet sera toujours d’apprendre les troupes à bien marcher et
1. Il nous semble que ce nom de guerre servait à déterminer plus nettement l'ident ité du soldat, à une époque où l’état civil était mal tenu.
eu ordre, ‘de les rompre à bien tirer et avec justesse, et de modérer celle vivacité et cette impétuosité de la nation qui dégénèrent presque toujours en désordre : je sais que cette vivacité est très utile, mais elle doit être réglée et n’avoir lieu que lorsqu’on l’exige. » Il voulait que le soldat séjournât le moins possible dans les casernes et les garnisons. L’été, il devait vivre au grand air et sous la toile : « Pden 11e rend l’homme plus fort que la liberté et le travail; rien 11e l’affaiblit autant que l’intem-
pérance et l’oisiveté. Ce n’était ni le long service, ni la variété des évolutions qui produisaient de bons soldats, mais l’esprit militaire. On les façonnait par l’obéissance, la religion, la discipline et beaucoup d’exercices pour fortifier le corps. Dans les exercices et les manœuvres, il fallait éviter tout ce qui n’était pas d’une utilité immédiate pour la guerre. Les évolutions de parade, les déploiements hors d’usage en campagne devaient être bannis des ordonnances. 11 fallait surtout exercer le soldat au tir; 011 11e gagnait pas les batailles en brûlant de la poudre, mais en tuant beaucoup de monde à l’ennemi1. 35