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CONGÉS ET INVALIDES

Lin des caractères qui distinguaient l’armée d’autrefois de la nôtre, c’était la diversité de la composition du corps d’officiers, et la différence de l’Age et du temps de service des soldats qui la composaient. Ajoutons que le bas-officier était le véritable nerf de l’armée royale. Ces sergents qui, à de très rares exceptions près, ne pouvaient aspirer à l’épaulette, suppléaient, dans le service journalier, les officiers presque toujours absents ou à la recherche du plaisir. En vain Saint-Germain, pour faciliter à la pauvre noblesse de province, rebutée du service, l’accès des emplois, reprend dans l’héritage de Louvois l’institution des Cadets-gentilshommes; en vain Sa Majesté Louis XVI, «convaincue que le luxe est un principe de corruption, enjoint aux officiers généraux employés près de ses troupes de ne point permettre que ceux qui leur seront subordonnés excédent, en dépenses, le montant de leurs appointements, ni que ceux qui sont riches de leur propre fonds humilient leurs camarades par des dépenses qui ne conviendraient pas à leur grade. Un militaire, ajoute-t-elle, doit s’endurcir au travail, à la peine, et s’accoutumer aux privations; les chefs de corps ne négligeront rien pour en convaincre les jeunes officiers. » Saint-Germain est obligé de donner sa démission, et, en 1781, une ordonnance exigeait de tout officier la preuve de quatre quartiers de noblesse. 11 fallait, en autre, pouvoir acheter une compagnie ou un régiment. Un des colonels de Bassigny, Suffren comte de Saint-Tropez, achète, à dix-neuf ans, une compagnie dans Royal- Lorraine, moyennant 10 000 livres. Il est colonel à trente-cinq ans, et fait son service à la cour de Versailles. L’arbitraire le plus complet préside à la nomination des officiers. Pour un membre de la haute noblesse, le grade de capitaine est le premier échelon de la hiérarchie. Un grand nombre de sousofficiers quittèrent alors l’armée.

Aussi, les officiers de fortune, comme on appelait les sergents et les soldats parvenus, étaient peu nombreux et n’allaient pas loin; une lieutenance dans les grenadiers, un emploi de porte-drapeau, tel était généralement leur avenir.

L’analyse des services du colonel Vimeux et d’un quartier-mai tretrésorier montrera ce qu’était l’avancement durant cette période.

Vimeux (Louis- Antoine), né à Amiens (Somme) le 15 août 1757.

Soldat au régiment d'Aunis, 14 mars 1755:

Sergent, ‘25 août 1700;

Porte-drapeau, 20 septembre 4 708;

Sous-lieutenant des grenadiers dans Bassignv, 28 avril 1778;

Lieutenant des grenadiers, 20 mai 1780;

Chevalier de Saint-Louis, 21 décembre 1788;

Capitaine par commission, 1er janvier 1791 ;

Lieutenant-colonel, 4 novembre 1792;

Colonel, 11 janvier 1795;

Général de brigade par arrêté du Conseil de guerre séant à Mayence pendant le blocus, 27 mai 1 795;

Confirmé par le Gouvernement après la reddition de la place, 5 décembre 1795;

Général de division, 14 ventôse an n (mars 1794);

Cassard (Jacques), né le 21 février 1745;

Soldat, 9 septembre 1762;

Sergent, l,r septembre 1769;

Fourrier, 20 mars 1772;

Sergent-major, 15 juin 1776;

Porte-drapeau, 26 mai 1782;

Quartier-maître-trésorier, 25 novembre 1782;

Rang de capitaine, 20 juin 1792.

Dans ces conditions, le rôle des bas-officiers prenait une importance capitale. Ils étaient, en général, animés d’un bon esprit; habitués qu’ils étaient à être regardés comme d’une caste inférieure à celle de leurs officiers, ils acceptaient, sans murmurer, les conséquences de cette infériorité. Ils aimaient le régiment, auquel ils étaient attachés depuis longtemps, comme on aime sa famille. Le drapeau était tout pour eux. Les mémoires du temps les montrent intrépides, francs, naïfs et bons enfants. Les places de bas-officiers étaient données à l’élection; les plus anciens du grade, dans lequel il y avait un emploi vacant, se réunissaient pour établir une liste de trois candidats; les officiers supérieurs et les capitaines examinaient cette liste, et, sur le rapport adressé par eux au colonel, celui-ci faisait son choix définitif parmi les trois candidats. Mais les colonels se prêtaient peu à la mise en vigueur d’une disposition contraire à leur omnipotence, et, à cet égard, l’ordonnance de 1762 fut lettre morte.

LA 32e DEMI- BRIGADE.

Le rapport de Lameth à l’Assemblée Constituante et la loi de 1790 rétablirent un système qu’avait déjà rappelé l’ordonnance du 17 mars 1788. C’est alors que la dénomination de bas-officier fut remplacée par celle de sous-officier.

Nous avons dit que, par la nature même du recrutement, il existait dans le régiment une grande diversité d’âge et de temps de service. Il faut songer que les recrues ont de dix-sept à trente-cinq ans. De plus, il y a dans les compagnies des hommes qui se sont rengagés une ou plusieurs fois, et qui, ayant de quarante à cinquante ans, servent quelquefois depuis vingt ou trente ans. Jacques Couchot, dit Langevin, sergent à la lre compagnie de grenadiers, est tué parles chouans en 1794; il a cinquantecinq ans. Parmi les tués, à Mayence et en Vendée, 18 ont plus de trente ans et 10 plus de quarante.

Le soldat pouvait rengager après huit, seize et vingt-quatre ans de service. Au bout de huit ans, il avait droit à un chevron; au bout de seize, à deux. Atteignait-il vingt-quatre ans de présence? il était décoré d’un médaillon, au milieu duquel deux épées étaient brodées sur du drap écarlate. Pour le 1er rengagement, la prime était de 100 livres payées moitié comptant, moitié le jour où commençait la cinquième année; pour le 2e, elle était de 120 livres, et de 150 livres pour le 5e. On pouvait contracter ensuite, après les vingt-quatre ans de service, des rengagements successifs d’un an. Le fusilier François Gray, dit Sans-Façon, de la compagnie Fompitou, s’engage le o mai 1752 à vingt et un ans. Il rengage pour huit ans à compter du 1er décembre 1765; il a trentequatre ans. Il contracte des rengagements successifs de quatre ans, de huit ans et d’un an. Il est encore à Bassigny le Ier décembre 1790; il a cinquante-neuf ans, et est breveté vétéran du 21 juillet 1775.

La plupart des bas-officiers vieillissaient ainsi dans leur emploi, jusqu’à ce que l’âge ou la fatigue les eût portés à demander leur congé ou leur entrée aux Invalides.

Nous avons montré comment le soldat entrait et vivait dans un régiment, nous allons voir comment il en sortait.

Les moyens réguliers de quitter le service étaient pour lui les congés temporaires et définitifs, les réformes, le rachat ou congé de grâce et l’admission aux Invalides1.

Vingt-cinq congés de semestre par an étaient accordés dans chaque compagnie de grenadiers; vingt dans chaque compagnie de fusiliers.

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