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ce drapeau d’une nouvelle espèce, notre courage abattu se ranime; d’un furieux élan nous perçons la ligne des brigands qui allaient nous entourer, et d’un choc si violent que plusieurs soldats périssent étouffés. A minuit, on se battait encore; puis la retraite commença.
Des bataillons de 20, 50 ou 50 hommes entouraient les drapeaux; nous étions mouillés jusqu’aux os, sans tentes, sans paille, sans souliers, sans culottes, quelques-uns sans habits, dans la boue jusqu’à mi-jambes, grelottant de froid, et n’ayant pas un ustensile pour faire la soupe. Voici dans quel étal nous avaient mis l’ineptie d’un révolutionnaire de club, mais aussi le génie de La Rochejaquelein et l’audace de ses soldats. W’eslermann, dans son exaspération, s’écriait : « Je n’obéirai plus à un pareil coquin. Je suis un insubordonné. J’aime mieux servir avec les brigands qu’avec un pareil homme. » Près du pont d’Entrames, Léchelle, fanfaron comme tous les lâches, ose dire à un Maycnçais : « Qu’ai-je donc fait pour commander à de pareils lâches? » Et le Maycnçais, blessé à mort, lui a répondu : « Qu’avons-nous fait, nous, pour être commandés par un pareil Jean-F...? »
Merlin de Thionville a forcé Léchelle à se démettre du commandement, et, quelques jours après, il mourait à Nantes de honte et de remords, dans les bras de son digne ami Carrier1.
Douze jours après cette déroute, Kléber avait reconstitué son armée dans Angers; malgré cela, son civisme et celui des Mayençais étaient toujours suspectés; par haine et envie, par crainte aussi, le Comité de Salut public nous tenait en défiance, et, le 50 octobre, un arrêté ordonnait la dissolution de l’armée de Mayence et son amalgame avec les autres corps.
Le 5 novembre, Kléber nous passe en revue à Angers et fait la désignation, pour chaque bataillon, du nouveau rang de bataille2. Dans la suite de la campagne, il se montre toujours le même, patriote sincère et soldat dévoué. 11 ne se laisse effrayer ni par Prieur (de la Marne), qui le menace de la guillotine, ni par Robespierre, qui demande sa destitution, et il déconcerte ses ennemis par son sang-froid.
Marceau a été mis, le 25 novembre, à la tète d’une petite armée indépendante de celle de Rossignol; mais il n’a voulu en accepter le commandement que si Kléber consentait à diriger les opérations de la campagne :
1. Kléber avait obéi aux ordres, même absurdes, de Léchelle. Par subordination, il les avait exécutés jusqu’au moment où cet homme, qui n’avait du général que le nom, avait déserté le champ de bataille.
2. Le 52e fait partie de la 2e brigade (Canuel) de la division Kléber.
LA 52e DEMI-BRIGADE.
« Je garde pour moi toute la responsabilité, et je 11e demande q ne le commandement de l’avant-garde, au moment du danger. Je te laisserai à loi le commandement véritable et les moyens pour sauver l’armée. — Sois tranquille, répondit Kléber, nous nous battrons et nous nous ferons guillotiner ensemble. »
Nous avons battu les brigands au Mans le 12 décembre. Ils ont cherché
Habits blancs et bleus (Vendée).
(Dessin de Maurice Orange.)
à repasser la Loire à Ancenis. La Rochejaquelein et Stofflet, ayant traversé le fleuve pour chercher des barques, ne purent revenir sur la rive droite et rejoindre leur armée désemparée. Nous l’avons jetée dans la Loire à Savenay, et, le 24 décembre, nous faisions à Nantes une entrée triomphale. Marceau et Kléber furent l’objet d’une ovation dont s’effaroucha le sans-culoltisme du représentant Turreau. Lorsqu’une couronne civique leur fut présentée, celui-ci s’écria : « Les couronnes ne sont pas dues aux généraux, mais aux soldats qui, seuls, gagnent les batailles; ces honneurs qu'on vous rend puent à plein nez l’ancien régime. » Kléber répondit vivement :
f>0 HISTOIRE D UN RÉGIMENT.
« Les généraux républicains qui, comme moi, ont commencé par être grenadiers, n’ignorent pas cpic ce sont les soldats qui gagnent les batailles; mais ces soldats de la République, parmi lesquels il en est tant qui peuvent aspirer au commandement, savent que des milliers de bras ne triomphent que quand ils sont dirigés par une seule tête. Nous avons tous vaincu; je prends cette couronne pour la suspendre aux drapeaux de l’armée1. »