‹ Histoire d'un regimentChapitre 30 sur 135 · Succession Merle (colonel du Régiment · texte numérisé non relu

Succession Merle (colonel du Régiment

HISTOIRE ICIN RÉGIMENT.

« Aux Pyramides, au mont Thabor, à Saint-Jean-d’Acre, à Aboukir, à Lisbé el à Alexandrie, elle se couvrit de gloire et me valut, comme son chef, un sabre d’honneur qui me fut décerné par le Premier Consul, à mon retour en France, avec le décret suivant :

« Au nom du peuple français :

« Bonaparte, Premier Consul de la République, d’après le compte qui « lui a été rendu de la conduite distinguée et de la bravoure éclatante du « citoyen Toussaint üarmagnac, général de brigade, à l’affaire du 10 bruce maire an Mil, contre les troupes ottomanes débarquées près l’embou- <c chure du Nil de la branche de Damiette, étant chef de la 52“ demi- <c brigade de ligne;

« Lui décerne, à titre de récompense nationale, dans le grade de' chef cc de brigade, un brevet de sabre d’honneur, qui lui a été accordé par cc le général en chef de l’armée d’Orient, le 17 frimaire suivant.

cc 11 jouira des prérogatives attachées à ladite récompense' par l’arrêté cc du 4 nivôse an VIII, indépendamment du traitement de général de bricc gade.

cc Donné à Paris, le 18e jour du mois de floréal an X.

cc Le Premier Consul : Bonaparte.

« Le Secrétaire d ’ État : B. Maret.

cc Le Ministre de la guerre : A. Berthier.

cc C’est donc comme dernier membre de cette famille militaire qu’on appelait la 52e, c’est comme son chef, comme son dernier officier vivant, qu’obéissant aux ordres du général en chef Bonaparte, j’offre à Votre Altesse Impériale le journal de ses triomphes d’Italie, et que je vous acclame, comme ils vous acclameraient tous!

cc Mortui et moriluri, Cæsar, te salulavt.

cc Le général de division en retraite, ancien chef de la 52e,

cc Vicomte d’ Armagnac.

« Bordeaux. 7 octobre 1852. »

Nous avons préféré à cette relation de caractère officiel les souvenirs intimes d’un volontaire qui, parti à vingt et un ans comme capi-

tainc de grenadiers dans le 2U bataillon de volontaires de la Drôme, fut tué chef de bataillon à la 52e demi-brigade, le 25 juillet 1799, à la bataille d’Aboukir.

Nngues (Pierre-Claude), né à Romans le 27 octobre 1770, entra au collège de Navarre, à Paris, le 15 octobre 1780. Il y fit de solides études et remporta le 7 août 1788, à l’Université, le prix d’honneur, un prix de grec, et un accessit d’amplification française. 11 passa encore une année à Paris pour y perfectionner son éducation en apprenant les armes, la

En-lète du papier à lettres de Berthier. — Armée d’Italie.

danse, l’équitation. 11 était bon musicien et chantait agréablement. Grand et robuste, il avait le visage régulier, le teint brun, les yeux bleus. Son habileté dans les exercices du corps et. son agilité à la course lui avaient fait une réputation dans les collèges de Paris. Il embrasse avec ardeur les principes de la Révolution, et se lie d’amitié, à Paris, avec de chauds patriotes. A Romans, il était membre du Club des amis de la Constitution.

Ses sentiments généreux et patriotiques, la maturité de son jugement et l’estime générale que son caractère inspirait à ses concitoyens lui valurent, au mois d’octobre 1791, d’ètre élu capitaine de la compagnie de grenadiers du bataillon de Romans.

Avant de transcrire fidèlement sa pensée, nous avons voulu contrôler l’exactitude de scs assertions. C’est un sincère qu’il faut croire. Ces documents officiels et les mémoires de la même période corroborent son récit. Seuls, quelques détails d’organisation lui ont échappé. N’est-ce pas excusable, quand il se bat tous les jours?

C’est ainsi qu’il écrit : « La 118e demi-brigade prend en février 1790 le numéro 21 », et plus loin : « Nous devenons enfin la 52e (22 juin 1796). » C’est une erreur qu’expliquent, mieux encore, les violentes polémiques engagées, au sujet de l’épisode de la redoute de Montelegino, entre les généraux Rampon et Despinois. Nous en avons trouvé les traces dans des lettres adressées à Bonaparte. Rampon eut gain de cause, et c’était justice.

L’acte de naissance officiel de la 52e coupera court à toute discussion et permettra au lecteur de rétablir la vérité'.

Comment expliquer cette ignorance de témoins et la passion de leurs discussions? Par ce fait, que ce fut seulement après le tirage au sort de Soncino (mai 1796) que les divers éléments qui composent noire demibrigade forment un tout sous ce nom : la 52e. Mais notre existence remonte au début même de la campagne, car le décret d’organisation est de mars, et l’héroïque défense de la redoute de Montelegino par Rampon eut lieu le 11 avril.

Aussi, bien que dans certaines relations, les unités qui concourent à la formation de la 52e figurent sous leurs anciennes dénominations, la campagne d’Italie appartient, en son entier, à notre histoire.

Les rapports officiels établis sur l’ordre d’Alexandre Berlhier, général de division, chef de l’état-major général de l’armée d’Italie, en font foi. En voici la conclusion, qui résume toute la campagne :

« Du 11 avril 1796 au 7 avril 1797 (un an moins quatre jours) la 52e a pris part à 15 batailles, 18 combats.

j , < 23 officiers l 226 officiers

UCS ( 540 s.-officiers et soldats. B méS \ 1280 s.-officiers et soldats.

Prisonniers ( 26 officiers de guerre ( 415 s. -officiers et soldats.

ce qui suppose que 2 113 des individus qui l’ont composée (nombre supérieur à sa formation) ont subi les chances de la guerre.

« Elle a fait 1 1 601 prisonniers, pris 36 canons et 6 drapeaux.

« Au premier cri de la patrie en danger, tous les hommes qui y comptent seront prêts à voler à son secours : La liberté ou la mort, voilà

LA 52e DEMI- BRIGADE.

leur vœu. Haine à tous les oppresseurs, voilà leurs sentiments inébranlables. »

Notre dernier argument est tiré de l’histoire régimentaire et divisionnaire de l’armée d’Italie*. De l’étude de ce document il ressort combien valaient ces premiers volontaires, les seuls qui méritèrent ce titre, et qu’il ne faut pas confondre avec les réquisitionnaircs de juillet 171)2 et ceux de la levée de 500 000 hommes (février 1795). Toute l’explication de la valeur de la 52e est là.

« Animés par un profond sentiment du devoir, écrit Gouvion Saint- Cyr, ces volontaires communiquèrent à leurs camarades une grande force morale. » De ceux-là on peut dire ce que pense Albert Duruy de l’armée royale en 1789 : « En la connaissant, on se sent un peu plus Français. »

Claude Nugues est des leurs, et des meilleurs. C’est un véritable chef, parce qu’il a l’instruction et l’éducation.

Souvenirs intimes d’un volontaire de 1 7 9 11 2 .

I.E 2e BATAILLON DE LA DROME ; LA 118% LA 21e ET LA 52e DEMI-BRIGADE (1791-1 799).

Romans, 12 octobre 1791.

O sublime élan de 1791, que ne puis-je te célébrer dignement ! O spectacle le plus magnifique que jamais aucune nation ail offert au monde! O jours de patriotisme et de gloire, échauffez et nous et nos générations de vos feux immortels!

Hier, un père de famille s’est présenté à notre lieutenant-colonel :

2. Nous avons respec'é scrupuleusement la pensée de l’auteur de ces Mémoires. Mais le cadre restreint de notre ouvrage nous a obligé à un choix. Puisse-t-il montrer au lecteur la physionomie et l’allure des hommes de cette époque !

Il ISTOlIt I-: D'UN 15 KG I MENT.

« Voici ni(!s trois (ils, dit-il, mais je n’en puis an ncr que deux; donnez un fusil au troisième. » — Une mère amène son (ils tout équipé. — Un garçon tailleur apporte un uniforme complet : « Le jour, dit-il, je travaille pour vivre; mais j’ai fait cet habillement la nuit : on ne dort point quand la patrie est en danger. »

Le bataillon a été béni aujourd’hui à l’église paroissiale. Tous les hommes ont prêté le serment de fidélité devant le drapeau. Sur ce drapeau est inscrit : « Drôme, 2" bataillon ». C’est un sergent-major qui le porte. Chaque compagnie a un fanion sur lequel est son numéro.

Noire bataillon comprend neuf compagnies, dont une de grenadiers, composée des huit hommes les plus grands et les pi ns forts de chacune des huit autres compagnies. C’est moi qui la commande. Mon lieutenant s’appelle bâtisse; il est armurier de son état, et joyeux compagnon. 11 a fait la guerre d’Amérique sous Lafaycttc, et raconte volontiers ses campagnes. Le sous-lieutenant se nomme Gonthicr, et mon sergent-major Jullien. La compagnie est partagée en deux pelotons et quatre sections. Un sergent est affecté à chaque peloton, et un caporal à chaque section. Voilà mes auxiliaires pour instruire un tambour et 52 grenadiers. De beaux hommes, ma foi, jeunes et bien taillés : 5 pieds o pouces en moyenne'. Nous apprenons l’exercice tous les jours, de deux à quatre heures, afin d’être en état de le montrer bientôt nous-mêmes aux soldats. ( Pièces justificatives, n° 5.)

Notre lieutenant-colonel, M. Boreton, ne mène, non plus que nous, une vie de chanoine. 11 ne cesse de courir du district à la municipalité, de la municipalité aux casernes. Il a eu grand’peine à obtenir des armes, en partie mauvaises1 2. Les habits et les autres fournitures dont le Département s’est chargé ne seront peut-être pas prêts de deux mois. Heureusement Boreton ne manque ni d’énergie, ni d’activité, ni de connaissances. C’est un capitaine en premier d’un régiment d’artillerie. Le commandant en second, M. Guédi, ancien officier retraité, a également le grade de lieutenantcolonel. Notre adjudant-major et l’adjudant appartenaient aussi à l’armée active.

Il n’y a encore que vingt-cinq habits pour tout le bataillon. Notre uniforme se compose d’un habit en drap bleu, d’une culotte et d'une veste, ou gilet en drap blanc, avec boutons d’uniforme (les boutons ont pour

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